- il y a 4 mois
Dans une interview "La Provence", Sébastien Lecornu dévoile sa stratégie politique, abordant le retrait de la suppression de deux jours fériés et des réformes fiscales potentielles. Il répond aussi aux critiques de la gauche et ajuste les mesures de François Bayrou.
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00:04Et la fois, on va la une, c'est le Premier ministre Sébastien Lecornu qui dévoile les premières pistes de son futur budget
00:12avec une annonce choc qui tranche déjà avec François Bayrou.
00:16Il annonce retirer la suppression des deux jours fériés car il dit qu'il veut épargner les Français.
00:23On va revenir, on va se demander si c'est une grosse concession ou si c'était une concession attendue
00:28avec nos éditorialistes qui sont avec nous ce soir.
00:31Bonjour Blanche Leridon, directrice éditoriale de l'Institut Montaigne.
00:36A côté de vous, Jean Garrigue, historien.
00:39Je rappelle votre livre, Les avocats de la République aux éditions Odile Jacob.
00:44Avec nous également, Christophe Bourseillet, spécialiste des colères françaises
00:48et qui écrit un livre sur les Le Pen, Une famille française.
00:51Et Frédéric Thaddeï, directeur de Marianne avec une une assez choc,
00:56Lecornu, opération Dernière Chance.
00:58Vous allez nous dire si ces premières annonces,
01:02si vous allez accorder la confiance à Sébastien Lecornu
01:05et Léopold Daudbert du service politique.
01:07Vous venez de lire cette interview qui vient de tomber à la presse quotidienne régionales
01:11et il y a des annonces fortes.
01:13Oui, c'est dense.
01:14Effectivement, c'est la première fois que Sébastien Lecornu entre dans ce niveau de détail,
01:19en tout cas de ce qu'il veut faire sur certains points.
01:22Tout n'est pas encore très clair parce qu'il garde les cartes en main.
01:26C'est la stratégie Lecornu, c'est d'en dire un petit peu, mais pas trop.
01:29D'abord concerté et ensuite annoncé.
01:31Mais la mesure à retenir cette interview, effectivement,
01:34c'est la suppression de ces fameux deux jours fériés qui avaient fait polémique
01:37et qui en partie avaient causé la chute de François Bayrou
01:40lors de ce vote de confiance de la semaine dernière.
01:43Il envoie très clairement un gage à la gauche, notamment,
01:45qui lui a reproché à François Bayrou cette méthode en disant que le travail devait payer.
01:51Il en a conscience dans cette interview.
01:53En tout cas, il répète qu'il se dit prêt notamment à revenir sur peut-être l'idée de taxer plus les ultra-riches
02:02sans forcément adopter cette fameuse taxe humaine qui a beaucoup fait couler d'encre également.
02:07Un autre point que l'on retient de cette interview, c'est qu'il n'y aura pas de réouverture du conclave
02:14sur les retraites qui avait également été quelque chose qui n'avait pas forcément très bien marché
02:18dans la méthode Bayrou.
02:19Bref, essayez de prendre, comment vous dire, ce qui avait de positif selon lui
02:25dans le plan de François Bayrou.
02:27Mais on voit bien que, trait pour trait, il amende déjà certaines mesures.
02:30Alors, Léopold, on revient donc sur cette annonce de cette suppression des deux jours fériés
02:35qui, effectivement, avait cristallisé la colère.
02:37Est-ce que c'est une grosse concession, Jean Grieg ?
02:40Ou est-ce qu'on s'y attendait, finalement ?
02:42Oui, un contestement, c'est une concession inévitable.
02:46C'était vraiment la pomme de discorde.
02:49C'était là-dessus que, non seulement d'ailleurs la gauche,
02:51mais le Rassemblement National aussi avait beaucoup polémiqué autour de ça.
02:55Donc, il fallait enlever ça, cette épine du pied au gouvernement de Sébastien Lecornu.
03:02Pour le reste, il est assez normal qu'il y ait aussi une autre mesure assez symbolique
03:07et qui aussi a fait, dont on a beaucoup parlé,
03:10sur les avantages des premiers ministres.
03:12Alors, on va y revenir, mais restons simplement deux minutes sur les jours fériés
03:15qui, quand même, concernent tous les Français qui nous regardent.
03:18Blanche Le Ridon, il dit cette phrase,
03:19« Je veux épargner les Français qui travaillent ».
03:22C'est ça aussi.
03:23Oui, alors c'est vrai que, comme l'a dit Jean Garrick,
03:25dans le contexte actuel, ça aurait relevé de l'obstination totalement irresponsable
03:30que de persévérer sur le maintien de cette mesure,
03:32surtout deux jours après les mobilisations du Boulot-Conto du 18 septembre
03:37et quelques jours avant celle du 18 septembre.
03:39On sait que c'est une mesure qui avait absolument l'unanimité contre elle.
03:42Donc, il était parfaitement attendu.
03:44Et c'est un renoncement, j'ai envie de dire, un petit peu facile
03:47que celui qu'a fait le nouveau Premier ministre.
03:52Donc, voilà.
03:52Et puis, ça ne l'engage pas trop.
03:53C'est-à-dire que là, les différentes oppositions,
03:56ou même les membres qui feront peut-être partie demain de son gouvernement,
03:59ne pourront pas l'accuser d'avoir pris un certain nombre de mesures
04:01sans avoir formé un gouvernement.
04:03Dans la mesure où, encore une fois, pour moi, tout ça relève de l'évidence.
04:07Christophe Bourséguet, vous aviez un peu analysé les slogans
04:09qu'on avait entendus le 10 septembre lors des manifestations.
04:12Ça revenait, ça, cette suppression des jours fériés ?
04:14Oui, il y avait une espèce d'obsession là-dessus.
04:16C'était le point de cristallisation du mouvement.
04:19Et c'est ce slogan des jours fériés
04:22qui a provoqué l'émergence du mouvement pendant l'été
04:25et qui était donc vraiment le point nodal.
04:28Donc, effectivement, il a déminé
04:29et il peut espérer calmer le jeu social en cette rentrée.
04:34Mais il faut bien dire, on reviendra là-dessus tout à l'heure,
04:36que les enseignements de ce 10 septembre sont quand même très nuancés.
04:39Et on ne peut pas dire que c'était un grand mouvement de colère sociale
04:42qui a traversé le pays.
04:43On était très, très loin des Gilets jaunes.
04:45Alors, on ne peut pas dire ça,
04:47mais effectivement, il n'y a pas eu une marée humaine dans la rue.
04:49Néanmoins, cette colère sociale, on la sent quand même, Christophe Bourséguet.
04:52Ça se discute, oui, oui.
04:53Alors, effectivement, il y a eu une colère sociale,
04:54il y a eu une souffrance sociale, c'est évident.
04:56D'ailleurs, il y a un calendrier, puisqu'il y a eu le 10,
04:59qu'il y a maintenant des blocages sporadiques qui ont lieu.
05:02Qui ont lieu aujourd'hui, toute la journée.
05:03Il y a eu des blocages qui sont organisés par les autonomes.
05:06Et puis, il y aura le 18, qui sera le moment suivant.
05:10Néanmoins, très rapidement,
05:12quand on fait l'analyse de cette mobilisation du 10,
05:15on s'aperçoit qu'il y a eu 200 000 personnes,
05:18qui ont donc, en gros, 200 000 qui sont descendues dans les rues,
05:20qui se sont agitées.
05:22Ces 200 000 personnes, donc c'est le peuple,
05:24mais c'est le peuple de gauche.
05:26C'est-à-dire, c'est en réalité une démonstration de force
05:28de la gauche de la gauche,
05:30et qui a montré qu'elle existait,
05:32et qui a montré, ça tombe très bien,
05:34avant la fête de l'Huma, avant le 18,
05:36qu'elle représentait une force,
05:37et qu'il fallait compter avec elle.
05:39Et d'ailleurs, j'ai l'impression que Sébastien Lecornu
05:40l'a peut-être entendu, d'une certaine façon.
05:43Alors, la gauche qui doit peut-être se réjouir
05:45de voir Sébastien Lecornu dire
05:47« La taxe Zucmane, je suis pour plus de justice fiscale,
05:51j'y suis prêt, Frédéric Taddeï ».
05:53C'est quand même ça aussi, forme de rupture, non ?
05:55De concession.
05:56– Écoutez, imaginez que demain,
05:59vous êtes nommé Premier ministre d'Emmanuel Macron.
06:03– J'imagine très bien, effectivement.
06:05– Ça fait déjà sept ans que vous êtes au gouvernement,
06:08donc vous êtes une macroniste pur jus,
06:11vous n'avez pas de majorité,
06:13qu'est-ce que vous faites ?
06:14Vous allez faire la même politique que tous les autres avant.
06:17Donc vous annoncez que oui,
06:19vous vous laissez tomber deux jours fériés,
06:21histoire de vous mettre bien avec la gauche,
06:23mais il ne se passera rien.
06:25– Il tend la main à la gauche.
06:29Michel Barnier avait plutôt essayé de se mettre
06:30le rassemblement national dans sa poche.
06:33Il y a quand même un changement de stratégie, Jean-Garine.
06:35– Ce n'est pas aussi simple que ça, quand même.
06:37Il a parlé de rupture, souvenez-vous de la passation de pouvoir.
06:40Il a quand même donné une petite leçon de méthode à François Bayrou.
06:44– Assez violemment d'ailleurs.
06:45– Et assez violemment.
06:46Donc ça veut dire qu'il y a une rupture à faire.
06:49Ça veut dire que notamment,
06:50on sait très bien que s'il y a négociation pour éviter une motion de censure
06:56ou pour éviter un vote de défiance,
06:58il faut le faire avec les socialistes.
07:00Donc il est assez cohérent quand même,
07:02qu'il commence à remettre un tout petit peu,
07:04chapitre, cette taxe Zuckman.
07:07Ce qu'on pense, ce que les observateurs pensent,
07:09c'est que ça ne sera pas la taxe Zuckman telle que la demandent les socialistes.
07:12Mais il y aura quelque chose sur les ultra-riches.
07:17– C'est intéressant, Paola, que vous ayez mentionné à plusieurs reprises
07:19la comparaison avec Michel Barnier.
07:21Moi, j'ai fait un tout petit peu d'archéologie médiatique avant de venir.
07:24Et vraiment, l'archéologie récente.
07:27Les mots employés pour commenter les premiers jours de Michel Barnier
07:30sont quasiment les mêmes que ceux qu'on emploie depuis 72 heures
07:33pour parler du démarrage de Sébastien Lecornu.
07:35Déjà, élément intéressant, il était à Mâcon aujourd'hui
07:38pour faire une visite sur le thème de la santé.
07:40Comment est-ce que Michel Barnier avait commencé lui aussi
07:43au poste de Premier ministre ?
07:45C'était à l'hôpital des enfants malades à Necker
07:48en disant que lui aussi, il allait ériger la santé en problématique.
07:51Il avait aussi, on l'oublie un peu vite,
07:53parce que bien sûr, cette option-là avait très rapidement été écartée de son projet,
07:57mais il avait lui-même parlé de justice fiscale
07:59et de peut-être, il avait évoqué l'hypothèse de faire contribuer les plus riches.
08:02Et puis, tout le camp présidentiel et la droite étaient vent debout contre ça.
08:08Donc, on voit qu'il y a quand même beaucoup de similitudes.
08:10On avait aussi parlé de l'humilité d'un Michel Barnier qui était grand négociateur,
08:15qui lui-même aussi avait fait le déplacement dans le bureau de Yael Brunpivet.
08:18Et tout le monde s'est dit, c'est formidable,
08:20on montre une espèce d'immense respect à l'égard de l'institution parlementaire,
08:25puisque ce n'est pas elle qui vient le voir, mais lui qui se déplace.
08:28Vraiment, on est dans une chorégraphie quasiment répétée à l'identique.
08:31Donc, pour l'instant, la rupture, j'ai énormément de mal à voir.
08:33Il y a une différence d'âge, c'est vrai.
08:35Et là, je regardais les éléments de langage dans l'interview qu'il a adressée à la PQR.
08:41Il parle quand même d'une immense loyauté à l'égard du président de la République.
08:44Donc, à mon avis, la rupture, elle n'est pas pour tout de suite.
08:46Non, mais il y a quelque chose qu'on ne remarque pas parce qu'on est français,
08:48mais que m'a fait remarquer un journaliste suisse.
08:52Sébastien Lecornu, c'est un apparat chic à la française.
08:55C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est devenu assistant parlementaire à 19 ans.
08:59Il en a 39, ça fait 20 ans.
09:01Il n'a jamais eu de boulot.
09:02Assistant parlementaire, maire, non d'abord conseiller ministériel, maire, président du département,
09:09secrétaire d'État, ministre, Premier ministre.
09:1120 ans de carrière, comme Gabriel Attal, au fond.
09:14C'est des gens qui n'ont jamais travaillé, en réalité.
09:16Je ne veux pas dire que...
09:16Non, ce n'est pas qu'ils ne travaillent pas quand ils sont ministres.
09:18Bien sûr, je sais que c'est très compliqué.
09:19C'est quand même un métier aux politiques.
09:21Ils ne connaissent absolument rien de la vie à part la politique.
09:24Jordan Bardella, exactement sur le même type.
09:27Et ce sont des trucs qui n'existent...
09:28Ce sont des gens qui n'existent qu'en France.
09:32Alors, Léopold, on continue à...
09:33La différence, c'est qu'il est élu local quand même.
09:35Oui, il est maire, il est maire.
09:37Pour les sénateurs, il est un symbole...
09:39Alors, on continue quand même, parce que je pense que les Français sont impatients de savoir quelles sont les autres annonces, Léopold.
09:46Et donc, parmi ces annonces, eh bien, ils s'attaquent à ce qu'on appelle les privilèges, ou en tout cas les commodités réservées aux membres du gouvernement.
09:55Notamment les anciens ministres et anciens membres du gouvernement, avec la fin des privilèges, comme il le dit, la fin de des aides très concrètes pour essayer d'avancer.
10:06On sait que c'était quelque chose qui était symboliquement aussi dans l'air, déjà.
10:09Et on comprend que dans la manière d'avancer, dévoiler cette piste, même si on attend des précisions,
10:14et c'est important de voir quoi précisément, parce que les mots, évidemment, c'est quelque chose.
10:18Mais de quoi parle-t-on comme avantage ? On le verra, c'est quelque chose qui envoie, évidemment, un symbole très fort.
10:23Je reviens sur un autre point, également, qui va faire beaucoup parler, sur l'usage du 49-3.
10:28Pour, vous savez, cette idée de passer en force, qui est critiquée par notamment la gauche.
10:34Olivier Faure avait demandé, notamment à Sébastien Lecornu, de s'engager à ne pas utiliser le 49-3 dans le cadre de l'adoption du nouveau budget.
10:41« Je ne peux pas dire jamais, ce serait démagogique », dit aujourd'hui Sébastien Lecornu.
10:46Mais je ferai tout pour ne pas y être obligé.
10:49Comprenez, en tout cas, qu'il n'y a pas d'engagement clair sur ce point.
10:53Je reviens sur un autre élément important, sur les éléments d'abord de négociation avec la gauche.
10:58Voilà ce que dit Sébastien Lecornu.
10:59Je veux une discussion parlementaire moderne et franche, de très bon niveau, avec l'EPS, les écologistes et le Parti communiste.
11:08Vous me voyez venir, il manque une des composantes de la gauche de ce nouveau Front populaire.
11:12C'est la France insoumise.
11:14Cette gauche, donc républicaine, dont on connaît les valeurs, doit s'émanciper de la France insoumise,
11:19dit Sébastien Lecornu, qui s'exclut elle-même de la discussion et préfère le désordre.
11:24Alors, c'est intéressant parce que vous ne dites pas d'engagement clair.
11:26Effectivement, je ne peux pas dire que je n'utiliserai pas le 49-3.
11:29La justice fiscale, j'y suis prêt.
11:31On va demander à Olivier Besancenot, membre du parti anticapitaliste qui est avec nous en duplex de la fête de l'Humanité,
11:38si cette interview, si ces premières pistes dévoilées par Sébastien Lecornu l'ont convaincu.
11:43Bonjour Olivier Besancenot.
11:45J'entends l'ambiance de la fête de l'Humanité, mais je ne vous vois pas encore.
11:49Bonjour.
11:50Alors, je vous vois très bien.
11:52Donc, est-ce que vous êtes convaincu par ces premières annonces ?
11:55Déjà, ça tranche, c'est la rupture.
11:56Il n'y aura pas de suppression de jours fériés pour l'ensemble des Français.
12:01Absolument. Il m'a convaincu à 100%.
12:05À bientôt ?
12:07Non ?
12:08Évidemment, je pense que le problème, ce n'est pas moi de toute façon.
12:11C'est qu'on était dans la crise politique et avec cette tentative de mise en place d'un gouvernement,
12:17on rentre encore dans la crise politique.
12:19Voilà.
12:19Et ça dépasse le cas personnel de M. Lecornu qui, paraît-il, est la pièce maîtresse du dispositif Macron.
12:25Ça donne à voir de ce qu'est le dispositif Macron de manière générale.
12:29Il y a des équations trop compliquées à réunir.
12:30Donc, de toute façon, c'est soit la crise, soit la crise, soit la crise.
12:33Parce qu'un gouvernement qui cherche à jouer la monde, si tenté qu'il arrive à le mettre en place, ça sera la crise.
12:38Une dissolution, ce serait la crise.
12:40Une présidentielle anticipée, ça serait aussi la crise, puisqu'on resterait dans ce système présidentialiste
12:45qui est au cœur, précisément, de toute la faïence démocratique qu'on est en train de vivre en ce moment même.
12:50Donc, je pense que c'est l'occasion à gauche de re-réfléchir au grand défi démocratique,
12:55c'est-à-dire comment on peut réinventer une démocratie qui fonctionne du bas vers le haut, plutôt que l'inverse.
13:00Et on a une rentrée sociale et politique qui est là pour nous rappeler que dans ce pays,
13:04il y a une politique extra-parlementaire aussi, parce que dans ces manifestations, dans ces rassemblements,
13:09dans ce qui s'est passé le 10, dans ce qui se prépare pour le 18, il y a aussi la volonté d'aspirer à autre chose.
13:14C'est-à-dire pas simplement d'en finir avec Bérou, mais d'en finir avec ce type de budget-là,
13:18et donc d'imposer aussi à terme une autre répartition des richesses qui soit favorable, cette fois-ci,
13:22à la majorité de la population, parce qu'il n'y a pas de raison qu'on soit dans une situation, finalement,
13:28où on rançonne le travail pour gaver le capital.
13:30Est-ce que ce n'est pas l'occasion aussi pour la gauche, Olivier Besancenot, de se mettre à la table des négociations,
13:35d'apprendre à discuter ? Par exemple, Sébastien Lecornu vient de dire qu'il y avait quelque chose à faire
13:39sur plus de justice fiscale, la taxe Zuckman. Est-ce qu'il ne faut pas, au contraire,
13:43essayer de négocier ? Vous avez des moyens de faire pression sur ce Premier ministre ?
13:51Alors, moi, à titre personnel, non. Franchement, je vous avoue que je n'ai pas le bras long,
13:54et ce n'est vraiment pas un problème. Je souhaite bien du courage à tous ceux qui veulent le faire.
14:00Non, non, j'ai bien compris, j'ai bien compris. Mais je veux dire, quand bien même, qu'ils le fassent,
14:04ils n'y arriveront pas. Je vous dis, il y a trop de contradictions politiques, de toute façon,
14:08et la réalité va se réinviter. C'est pour ça que je ne veux pas faire de démagogie.
14:11Il y a des batailles politiques qui se mènent au sein des institutions et du Parlement. C'est une chose.
14:15Mais à un moment donné, la vie réelle se réinvite. Et à un moment donné, il faut savoir quel type de politique
14:19on cherche à mener. Donc, tous ceux qui le font, on va continuer à vivre avec ces épisodes qui commencent
14:24à blaser et à fatiguer tout le monde. Nous, on est là pour dire qu'on n'a plus le temps
14:28et qu'on entame un autre rapport de force avec cette vie politique extra-parlementaire,
14:33celle qui s'exprime aussi dans la rue, pour réclamer, par exemple, qu'on commence à imposer une règle toute simple
14:39qui n'est même pas anticapitaliste. C'est que le capital soit taxé à la hauteur du travail,
14:44ce qui n'est même pas le cas, puisqu'aujourd'hui, les revenus financiers sont proportionnellement
14:47moins fiscalisés que le reste. L'infime minorité qui détient les richesses est moins fiscalisée
14:53que la majorité de la population. Et ça, aujourd'hui, on n'a pas besoin d'être anticapitaliste
14:58pour le sentir, pour le savoir. Or, si vous me parliez de négociation, quitte à négocier
15:02et à discuter, ça serait bien que toute la gauche sociale et politique apprenne dans son propre camp
15:06à rediscuter. Parce que, traditionnellement, la répartition des richesses et la démocratie,
15:11c'est des terreaux favorables pour qu'on reparte à l'offensive. Donc, il y a une opportunité
15:14aujourd'hui. J'espère que la gauche pourra la saisir. Mais là aussi, je ne suis pas sûr
15:18d'avoir le bras long.
15:19Une question de Jean Garrigue, Olivier Besancenot, pour vous.
15:21Oui, je voudrais lui demander. Il fait le diagnostic d'une crise de régime, qui est un diagnostic
15:26qu'on peut faire, qui est valide. Mais pour déboucher sur quoi ? Une nouvelle république ?
15:32Une sixième république ? Est-ce que ça reste un objectif ? Il faut quand même passer par des
15:36institutions pour modifier un petit peu, justement, le débat social et le débat politique.
15:42Qu'est-ce qu'il en pense, Olivier Besancenot ?
15:46Alors, ce qu'il en pense, c'est qu'il n'est pas le seul à le penser. C'est qu'il faudrait
15:50une assemblée constituante, un processus constituant, une convention démocratique,
15:55peu importe le terme. Mais c'est-à-dire l'irruption sur le devant de la scène politique,
15:58là où les politiciens ne voudraient jamais qu'on aille, de centaines de milliers de personnes,
16:01peut-être même deux millions. C'est-à-dire, quitte à repasser devant le suffrage universel,
16:06autant convoquer une assemblée démocratiquement élue, qui s'autoproclame le droit de redéfinir
16:10toutes les règles. Donc, en effet, des règles institutionnelles, pour ma part, j'espère,
16:13avec des institutions qui aient le plus petit « i » possible, comme je vous le disais,
16:17parce que je pars de l'idée, par exemple, qu'il y a probablement 80-90% des choses
16:22qu'on pourrait décider localement, là où on vit, là où on travaille, et tout ce qu'on ne peut pas
16:25ou où on ne doit pas décider localement. Il faut que les mandataires qu'on envoie
16:30dans d'autres assemblées puissent être contrôlés pour qu'on ne puisse pas faire carrière
16:33en politique, par exemple. Alors, on n'est pas obligé d'être d'accord sur tout ça,
16:37mais en tous les cas, à gauche, ce serait bien qu'on puisse aller au-delà simplement
16:40de la critique de la Ve République, qui, comme vous le rappelez, était aussi
16:43une partie de l'histoire politique de la gauche.
16:45Mais je constate une chose, la crise de régime, je pense qu'une partie...
16:50Oui. Exactement. Voilà. Et ça, ce serait bien qu'à gauche, on l'entend aussi.
16:54Dans ce sondage, on entend effectivement une envie de démission d'Emmanuel Macron,
17:01qui se retraduit d'ailleurs chez les Français qu'on voit...
17:05Vous aviez une question pour Olivier Besancenot, Christophe Broussier.
17:07Oui, moi j'ai une question pour Olivier Besancenot. Vous incarnez depuis longtemps
17:10un courant qui est minoritaire au sein de la gauche. Vous êtes un peu des mouches de coche
17:14de la gauche, puisque vous incarnez, vous, une gauche extra-parlementaire,
17:18mais qui est toujours restée confinée dans les marges. Est-ce que vous avez l'impression
17:21aujourd'hui que ça bouge pour vous ? Est-ce que vous avez l'impression
17:25que le 10 octobre, c'est un vrai moment, le 10 septembre, ou est-ce que ça reste
17:29encore et toujours une ritournelle ? On essaie de faire bouger la gauche,
17:32mais elle reste immobile. Comment envisagez-vous notamment votre action le 18 ?
17:38Je vais vous répondre, comme le disait Jean-Luc Godard, la marge, comme vous le dites
17:46si gentiment à notre propos, c'est ce qui rattache les pages au restant du livre.
17:50Voilà. Donc il ne faut jamais trop, trop, trop prendre de haut cette politique,
17:56je parle au-delà de nos rangs, cette histoire politique bien française, en effet,
17:59qui existe au-delà même des institutions. Par ailleurs, il nous arrive de se présenter
18:03aux élections, de jouer la carte aussi sur ce terrain-là. Et contrairement à peut-être
18:08ce qu'on a laissé transparaître de manière bien malencontreuse, et dans ces cas-là,
18:11je veux tout de suite corriger le tir, en fait, on n'est pas des losers.
18:14Donc tout ce pour quoi on milite au quotidien, toutes les idées qu'on essaye de mettre
18:21en avant, toutes les solutions politiques qu'on met en avant, ce n'est pas pour qu'elles
18:24soient minoritaires, c'est pour qu'elles deviennent majoritaires et qu'à terme,
18:26elles soient mises en application. Voilà. Alors on est humble, c'est-à-dire à la hauteur
18:30de ce qu'on est. Mais on pense aussi qu'il y a une partie de nos réflexions politiques
18:34qui ont été reprises par une partie de la gauche. Et on essaye, contrairement à là aussi
18:38ce que, peut-être le message n'est pas passé, mais à défendre une politique à la fois
18:42unitaire et radicale en même temps. Et vous le savez mieux que moi, à gauche, c'est compliqué
18:46d'être les deux à la fois. Mais on ne peut pas être l'un sans l'autre. C'est une ligne
18:49de crête. Une ligne de crête, par nature, c'est casse-gueule. On peut tomber à gauche
18:53ou à droite. On peut devenir soit opportuniste, soit sectaire. Mais on ne voit pas d'autre
18:57possibilité que de s'essayer à être à la fois unitaires et radicaux. On avait réussi
19:01à le faire avec le nouveau Front populaire à l'époque.
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