- il y a 1 an
Bruxelles, je t'aime ? : État de l'Union - Un discours réussi ?
Dans cette édition en français de "Bruxelles, je t'aime ?" nous parlons des réactions autour du discours d'Ursula von der Leyen sur l'état de l'Union. C'est un discours phare censé fixer l’agenda du mandat et donner de l’énergie aux eurodéputés. Von der Leyen a- t-elle réussi cette mission ?
LIRE L’ARTICLE : http://fr.euronews.com/2025/09/13/bruxelles-je-taime-etat-de-lunion-un-discours-reussi
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Dans cette édition en français de "Bruxelles, je t'aime ?" nous parlons des réactions autour du discours d'Ursula von der Leyen sur l'état de l'Union. C'est un discours phare censé fixer l’agenda du mandat et donner de l’énergie aux eurodéputés. Von der Leyen a- t-elle réussi cette mission ?
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00:00Bruxelles, je t'aime, Bruxelles, je t'aime, tu m'as fait manquer.
00:04Bruxelles, je t'aime, Bruxelles, je t'aime, dis-moi pourquoi ?
00:09Bruxelles, je t'aime, Bruxelles, je t'aime.
00:12Bonjour et bienvenue dans Bruxelles, je t'aime, l'émission hebdomadaire qui décortique tout ce que vous allez adorer ou détester de la politique européenne.
00:19Je suis Maya Delabeau, merci de nous avoir rejoint.
00:22Alors au programme cette semaine, c'est le moment préféré de l'année pour la présidente de la Commission européenne.
00:27Mercredi, Ursula von der Leyen a profité de plus d'une heure sous les projecteurs à Strasbourg pour prononcer son discours annuel sur l'état de l'Union.
00:35De l'accord commercial avec le président Trump aux guerres en cours en Ukraine et à Gaza,
00:40les eurodéputés ont réagi aussi bien à ce qu'elle a dit qu'à ce qu'elle a omis de dire.
00:45Nous regardons ce discours de plus près et examinons ce que cela signifie pour l'avenir de von der Leyen, mais aussi pour celui de l'Union européenne.
00:52Et vêtue de rouge, des milliers de personnes ont défilé dimanche dernier dans les rues de Bruxelles.
00:57Pour demander aux états membres de l'UE d'adopter une position plus ferme à l'égard d'Israël.
01:02Depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023, le gouvernement de Benjamin Netanyahou n'a cessé de pilonner Gaza dans le but d'anéantir le Hamas.
01:11Mais après deux ans de guerre, même les Israéliens en ont assez.
01:15Et appellent leur Premier ministre à mettre fin aux tueries, au risque sinon de mettre en danger la vie des otages israéliens retenus par le Hamas.
01:23Nous posons donc encore une fois la question, pourquoi l'UE n'est-elle qu'un payeur dans ce conflit complexe et non un acteur ?
01:31Alors voici quelques-uns des thèmes que nous allons explorer avec notre panel d'invités, tous membres de Think Tank Influents.
01:37Alors Juliette Delacroix de l'Institut Emile Van Der Velde, bonjour Juliette.
01:41Bonjour.
01:42Isabelle Durand de Friends of Europe, bonjour Isabelle.
01:45Bonjour.
01:45Et Eric Morris du European Policy Center, bonjour Eric.
01:49Bonjour Maya.
01:50Alors avant de vous donner la parole, on écoute un extrait de la présidente de la Commission européenne
01:54qui s'est exprimée pendant plus d'une heure dans l'hémicycle de Strasbourg, on l'écoute.
01:58Aujourd'hui même, nous avons assisté à une violation inconsciente et sans précédent de l'espace aérien polonais et européen.
02:08Nous devons travailler d'urgence à une nouvelle solution pour financer la réponse militaire et l'effort de guerre de l'Ukraine sur la base des avoirs russes gelés.
02:18Je pense que l'Europe devrait avoir sa propre voiture électrique.
02:22L'avenir de l'automobile et les voitures du futur doivent être fabriqués ici, en Europe.
02:28Le logement est devenu une source d'angoisse.
02:34Il s'agit plus que d'une crise du logement.
02:35Il s'agit d'une crise sociale.
02:37Nous présenterons le tout premier plan européen pour le logement abordable.
02:43Les algorithmes exploitent la vulnérabilité des enfants dans le but explicite de créer des dépendances.
02:48Ce sont les parents et non les algorithmes qui devraient élever nos enfants.
02:51L'Europe doit saisir cette occasion pour affirmer son indépendance.
02:55C'est un combat pour notre avenir.
02:58C'est un discours phare, on le sait, et c'est un discours qui a été décrit par les médias d'une façon plutôt forte.
03:06C'est-à-dire un discours fort, des mots forts.
03:08Juliette, je me tourne vers vous.
03:10Qu'avez-vous déjà pensé de ce débat ?
03:12Est-ce que vous êtes plutôt du côté des enthousiastes ou des critiques ?
03:16Alors, ce que je retiens du débat, c'est qu'il y a quand même pas mal d'incohérences dans le discours d'Ursula von der Leyen, puisque par exemple, elle a parlé d'autonomie énergétique, alors qu'en fait, cet été, elle a signé un accord commercial avec les États-Unis, dans lequel elle engage l'Union européenne à 750 milliards de dollars d'achats d'énergie sur le marché américain.
03:38Donc là, il y a quand même une contradiction.
03:40Ensuite, elle a évoqué la hausse des températures cet été et les incendies dramatiques, alors qu'en même temps, elle est en train de détricoter le pacte vert européen, qui est peu à peu vidé de sa substance.
03:54Ce que je retiens aussi, c'est qu'il y a des grands perdants dans les priorités.
03:58Donc, d'abord, la politique sociale. Ensuite, la PAC. On voit que les agriculteurs vont recevoir moins de financements.
04:06Oui, elle en a d'ailleurs peu parlé dans son discours.
04:08Elle en a peu parlé. Elle a évoqué, par exemple, l'accord Mercosur comme une grande victoire pour les agriculteurs, alors que concrètement, ça va les soumettre à une concurrence déloyale.
04:18Elle n'a pas du tout mentionné l'égalité des genres. Ce n'est pas une fois dans son discours, ni même le mot femme, d'ailleurs.
04:24Donc, ça, c'est quand même interpellant. Après, ce n'est pas tellement étonnant quand on a suivi la répartition des portefeuilles aux différents commissaires,
04:31puisque maintenant, en fait, l'égalité des genres est diluée dans d'autres priorités comme la gestion des crises, les opérations humanitaires, etc.
04:39Donc, on voyait déjà que ce n'était pas une grande priorité de la présidente de la commission, mais je trouve que c'est quand même assez inquiétant.
04:46Vous semblez un peu déçue. J'ai l'impression, Isabelle, vous, vous êtes d'accord avec ces contradictions, justement, ces incohérences dans ce discours ?
04:51Il y en a, mais je voudrais peut-être revenir tout d'abord sur le discours lui-même.
04:55Et je pense que le discours lui-même, il correspond aussi à une réponse à la tourmente dans laquelle Mme Vendorlaï en a été pendant l'été.
05:01Parce que, bon, les accords sur les tarifs avec les États-Unis, mais pour une série de raisons, l'été et même la fin du printemps a été, pour elle et pour la commission, extrêmement difficile.
05:12Elle a été terriblement critiquée. Donc, je pense qu'elle a essayé dans son discours de, je dirais, rassurer un peu tout le monde, que ce soit la gauche, la droite, l'extrême droite même.
05:22Parce que je trouve que sur la migration, elle a été extrêmement assertie sur trois fois, triplé le budget pour renvoyer les migrants, etc.
05:31Donc, elle a donné des gages à ceux-là. Elle a essayé de donner un peu des gages aux écologistes sur le pacte vert.
05:36Mais c'est vrai qu'après tout ce qui s'est passé, on a un peu du mal à croire que réellement, on va le sauver.
05:41Elle a voulu donner des gages, bien sûr, aux PPE et aux différents groupes et aux groupes politiques pour essayer d'avoir un soutien large.
05:48Donc, je pense que c'est un discours à la fois intéressant, mais en même temps, on va devoir regarder point par point ce que réellement chacune des annonces,
05:57parce qu'il y a des annonces intéressantes, ce que chacune des annonces signifie vraiment.
06:01Et vous avez raison de parler, par exemple, d'agriculture. Il n'y a pas eu grand-chose.
06:05Et la veille, la Commission signe l'accord Union européenne-Mercosur, qui est en effet très, très mis à mal par les agriculteurs,
06:13enfin, qui pourrait mettre à mal les agriculteurs européens.
06:17Et donc, c'est un peu paradoxal d'être à la fois dans l'annonce de quelque chose et en même temps d'avoir, je dirais, des politiques antérieures ou même...
06:25Mais alors, c'est un discours qui semble un peu, de ce que vous décrivez, un peu défensif, c'est-à-dire donner des gages.
06:30Ce n'est pas forcément convainc, Réric.
06:32Alors moi, j'ai trouvé qu'il y avait deux dimensions, deux parties très différentes dans son discours.
06:36La première partie, où elle a des actions très lyriques, où elle a des paroles très fortes.
06:41Et elle se met dans une position de leadership pour réaffirmer son leadership européen.
06:44Sur l'Ukraine, par exemple.
06:46C'est la partie, justement, Ukraine, d'une certaine manière Gaza, mais toute la partie géopolitique.
06:51Et elle commence en disant « Le monde d'aujourd'hui ne pardonne à personne ».
06:56C'était une phrase, c'est fort, quoi.
06:58C'est le positionnement d'Ursula von der Leyen, un peu au niveau des chefs d'État et de gouvernement.
07:03Je suis la dirigeante de l'Europe et voilà ma vision géopolitique.
07:08L'Europe défendra chaque centimètre de son territoire.
07:10Mais le problème, c'est que ce n'est pas sa responsabilité, ce ne sont pas ses compétences.
07:14Elle ne peut rien faire sur la défense du territoire.
07:16Elle peut aider l'industrie de défense européenne, mais ce n'est pas elle qui déploiera les soldats
07:20ou qui donnera l'ordre d'aller défendre le territoire de l'Union européenne.
07:25Elle a des grands mots pour se mettre au niveau des chefs d'État et de gouvernement.
07:29Elle dit « Il faut l'unité, sous-entendu derrière moi, l'unité de la majorité, l'unité des institutions ».
07:34Et il y a une deuxième partie du discours, et là je suis d'accord avec Mme Durand,
07:37où elle donne des gages à toutes les composantes du groupe central au Parlement européen
07:41qui est censé le soutenir, le centre-droit, le centre-gauche, les libéraux, les verts.
07:45Et c'est là qu'on voit le manque de cohérence.
07:47C'est une liste de mesures, mais sans cohérence entre elles et sans détail sur ce qu'elle fera derrière.
07:53Donc on a vu les deux facettes finalement d'Ursula von der Leyen.
07:57Il fallait qu'elle donne des mesures.
07:58La présidente de la Commission européenne qui doit dévoiler un agenda législatif
08:03qui y fasse plaisir d'une certaine manière aux différentes composantes du Parlement européen.
08:09Et de l'autre côté, l'Ursula von der Leyen, leader de l'Europe,
08:12ou en tout cas autoproclamée leader de l'Europe,
08:15qui regarde le monde et qui aimerait jouer un rôle sur ce plan.
08:17Mais quand elle regarde le monde, je trouve qu'elle a parlé évidemment d'Ukraine et de Gaza,
08:22mais elle n'a rien dit sur le reste du monde.
08:25Elle n'a rien dit sur...
08:26Oui, parce que ce sont les sujets qui l'intéressent, l'Ukraine.
08:28Gaza, elle était attendue, donc elle devait dire quelque chose.
08:31Mais c'est essentiellement l'Ukraine, la défense, qui sont ses grands sujets,
08:34même sur le transatlantique, parce qu'elle a été mise en difficulté.
08:37Vous avez parlé d'annonces intéressantes, justement, peut-être Juliette.
08:40Les annonces intéressantes, vous les avez vues où, vous ?
08:43Vous me semblez plus critique.
08:46Non, j'ai trouvé que, par exemple, sa proposition pour le logement, c'est intéressant.
08:50Et je pense que c'est important aussi, parce que c'est une thématique qui touche des millions d'Européens.
08:54Donc ça permet aussi de donner le sentiment aux citoyens européens
08:58que l'Union européenne n'est pas totalement déconnectée de leur réalité.
09:02Donc ça, je pense que c'est une proposition intéressante.
09:04Maintenant, il faudra voir comment s'est déroulé en pratique.
09:08Il faut des investissements, par exemple, dans des logements publics et abordables,
09:11parce qu'elle parle de logements abordables.
09:14Mais qu'est-ce que ça veut dire, finalement, un logement abordable ?
09:16Est-ce que ça comprend aussi des logements sociaux ?
09:19Il faut aussi, quand même, d'urgence, s'attaquer à la problématique du sans-abrisme en Europe,
09:23qui touche plus de 1 million de personnes.
09:26Donc pour ça, il faut une stratégie claire, avec des investissements conséquents,
09:30et peut-être le déploiement d'un modèle du style « housing first ».
09:33Donc ça, je pense que c'est un élément positif.
09:35Alors il y a aussi l'annonce de la potentielle suspension partielle
09:40de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël.
09:43Ça, voilà, on l'attendait.
09:44Alors on en parlera dans un prochain épisode, justement.
09:47Mais peut-être, Isabelle, ces annonces intéressantes, vous les voyez où ?
09:50Sur l'Ukraine, par exemple ?
09:52En tout cas, sur l'Ukraine, elle met en avant certains éléments sur la défense, etc.
09:58Elle reparle un peu des avoirs gelés russes.
10:02Qui serviront de prêt pour la reconstruction de l'Ukraine.
10:04Alors là aussi, il y a débat, parce qu'à la fois, pour le moment,
10:07on utilise déjà les intérêts du capital, on n'utilise pas le capital.
10:11Je pense que c'est un sujet qu'on devrait creuser, parce que c'est controversé.
10:15Ce n'est pas si évident qu'on ne peut absolument pas utiliser les avoirs en tant que tels.
10:20Et pouvoir les utiliser en tant que tels, évidemment, apporterait non seulement
10:23une sérieuse manne financière, mais donnerait aussi un signal extrêmement fort
10:27à Poutine et à la Russie.
10:29Donc ça, je trouve que c'est un sujet où elle dit déjà d'emblée,
10:32on ne touchera pas aux avoirs.
10:33Elle ferme la porte.
10:34Et je trouve que c'est problématique, parce qu'il faut au moins la laisser ouverte
10:38jusqu'à aller au bout de la question.
10:39On ne peut pas, évidemment, violer le droit international,
10:41mais on peut aussi écouter ceux qui nous disent,
10:44y compris les plus grands juristes, que ce n'est pas nécessairement exclu.
10:49Parce que ça touche non seulement à l'argent de la défense,
10:51mais aussi aux garanties de sécurité qui devront être données,
10:54au financement de la reconstruction, etc.
10:55Éric, justement, sur le volet commercial,
10:58elle a été très décriée pour l'accord qu'on a en ce moment
11:02entre l'UE et les Etats-Unis avec Trump.
11:05Justement, est-ce que vous avez l'impression que dans ce discours,
11:07elle s'est bien défendue à ce niveau ?
11:09Alors, sur cette question-là, mais aussi sur la question des avoirs,
11:12il y a une contrainte qu'on n'a pas encore évoquée,
11:14ce sont les Etats membres.
11:16Elle donne des gages aux partis politiques.
11:17Et sur Gaza.
11:18Et sur Gaza.
11:18Elle donne des gages aux partis politiques sur l'agenda législatif,
11:22mais sur les avoirs, sur les sanctions, sur la politique commerciale,
11:25elle fait ce que les Etats membres lui demandent de faire.
11:28C'est le rôle, d'ailleurs, de la présidente de la Commission européenne.
11:31Sur le commerce, c'est elle qui négocie au nom des 27,
11:34mais il y a un mandat des Etats membres qui lui demandaient
11:36d'être consignants avec Trump.
11:37Sur les avoirs, il y a des Etats importants,
11:40l'Allemagne, la France notamment,
11:41qui pensent que juridiquement, c'est risqué.
11:43Donc, elle ne va pas s'engager trop en avant là-dessus.
11:46Sur ces questions-là, elle fait preuve, dans les mots, d'un leadership,
11:50mais son volontarisme est limité par ce que peuvent dire les Etats membres.
11:55Elle l'avait démontré dans la précédente période,
11:57la première année de la Commission.
11:59Ça a été ça.
12:00Il y a eu des annonces intéressantes dans l'Etat de l'Union l'année passée.
12:04Mais voilà, on a reculé sur pas mal de choses
12:06parce que les Etats membres n'ont pas suivi.
12:07C'est la limite de l'exercice d'Etat de l'Union.
12:10Elle fait des effets d'annonce, mais c'est rarement suivi
12:12ou trop peu souvent suivi.
12:14Et non, je rejoins votre point.
12:16C'est-à-dire que, par exemple, le ministre des Affaires étrangères belge,
12:19Maxime Prévost, a déclaré qu'il était contre la confiscation
12:22des avoirs russes gelés en Belgique, principalement.
12:26Après, en effet, il y a une division très forte chez les Etats membres
12:30et ça fait que c'est difficile d'arriver à un consensus.
12:34Ça, c'est indéniable.
12:35Mais je pense qu'il ne faut pas oublier que la Commission garde quand même
12:38le monopole de l'initiative législative.
12:41Et donc, elle a ce rôle essentiel d'incarner une cohérence
12:44sur les grands dossiers européens.
12:46Et là, force est de constater que depuis le début de son mandat,
12:50elle ne fait en fait que revenir sur des textes de loi existants.
12:53Donc, elle détricote ses propres avancées.
12:56Et donc, sur le Green Deal, elle vide un peu de sa substance.
13:00Elle en a très peu parlé, justement.
13:01C'est ça. La directive devoir de vigilance aussi, avec tout le paquet de directives omnibus,
13:06elle revient sur des acquis.
13:08Donc, au-delà des divisions entre les Etats membres,
13:11je pense que la présidente de la Commission peine à incarner un vrai leadership européen
13:16et une position long terme sur les grands enjeux.
13:18Alors, depuis Bruxelles, les observateurs de l'Union européenne ont suivi attentivement ce discours
13:23puisqu'ils fixent les grandes orientations politiques des prochains mois.
13:26Nous avons parlé à Rebecca Christie, cherche senior au Think Tank Bruegel.
13:30On lui a demandé comment elle jugeait la santé politique d'Ursula von der Leyen
13:34à la veille de son grand discours. On l'écoute.
13:40Elle se trouve actuellement dans une situation très difficile
13:44car la Commission est vivement critiquée pour son manque d'ambition
13:47et son manque d'engagement à prendre les devants dans cette période critique.
13:51Dans le même temps, elle est critiquée pour son manque de démocratie,
13:53son refus d'écouter les électeurs et son manque de responsabilité envers les Etats membres
13:57qui exercent un contrôle important sur l'agenda.
13:59Les Etats membres, qui constituent selon moi son électorat le plus important,
14:03ne l'ont pas beaucoup encouragé à faire preuve d'audace,
14:05à prendre les devants et à agir avec fermeté.
14:07Si l'on prend l'exemple des dirigeants allemands et français en particulier,
14:10ceux-ci sont confrontés à des problèmes nationaux très importants.
14:13Elles ne bénéficient donc pas d'une dynamique suffisante
14:15pour agir avec le soutien des Etats membres.
14:17Cela dit, si elle ne fait pas un pas en avant,
14:19elle sera encore plus critiquée pour son immobilisme et son incapacité à agir.
14:23Le discours sur l'Etat de l'Union était alors l'occasion pour elle
14:25de se mettre en avant devant les législateurs
14:27et de donner au Parlement européen la possibilité de se faire entendre
14:30et d'exprimer sa frustration.
14:31Alors Eric, justement, je me tourne vers vous.
14:38Cette frustration dont on parle vis-à-vis de Van der Leyen,
14:41cette même détestation, parce qu'on l'a vu au Parlement européen,
14:44les eurodéputés ont été extrêmement critiques, même après son discours.
14:49Justement, on arrive à un stade où est-ce que, voilà,
14:52où est le point de non-retour pour Van der Leyen ?
14:54C'est-à-dire, comment maintenant envisager les choses ?
14:56Je pense qu'il y a une question institutionnelle derrière.
14:59C'est que la présidente de la Commission est élue par le Parlement européen
15:03après ce processus dit du Spitzenkandidat,
15:06c'est-à-dire le candidat du parti qui est issu aux élections européennes
15:12deviendra président de la Commission,
15:14avec le soutien d'une majorité, d'une coalition au Parlement européen.
15:16Mais c'est une fiction.
15:17Ça ne fonctionne pas comme ça.
15:18Elle reste la présidente d'une institution
15:21qui est là, qui a le monopole législatif,
15:24mais qui n'est pas un gouvernement européen.
15:26Il n'y a pas de coalition au Parlement européen
15:29avec un programme préétabli sur lequel ils seraient d'accord.
15:32C'est pour ça qu'ils n'arrêtent pas de se chamailler,
15:34parce qu'ils ne sont d'accord sur quasiment aucun sujet.
15:37Et, comme le disait très bien la personne interviewée,
15:42ses principaux mandataires,
15:44ceux envers qui elle est principalement responsable,
15:47ce sont les États membres.
15:48Donc, il y a cette ambiguïté entre ce positionnement d'une chef,
15:52d'un gouvernement qui représenterait une majorité au Parlement
15:55et la réalité institutionnelle qui dépend des États membres.
15:58On confie beaucoup à la Commission européenne aujourd'hui.
16:00Oui, mais de la part des États membres,
16:02pas de la part du Parlement européen.
16:03Le Parlement européen, il va prendre position,
16:06adopter les textes législatifs,
16:07de la même manière que les États membres
16:09au sein du Conseil de l'Union européenne.
16:11Mais les grandes orientations et la responsabilité
16:13à la fois politique et institutionnelle d'Ursula von der Leyen,
16:16elle est principalement auprès du Conseil européen,
16:19des dirigeants européens,
16:20beaucoup plus qu'auprès du Parlement européen.
16:21Donc, il y a un décalage qui fait qu'elle se met en avant,
16:25elle devient la cible,
16:26alors qu'elle n'a pas les moyens d'assumer la politique européenne,
16:30puisqu'elle n'est pas la seule décisionnaire.
16:32Isabelle, justement, ce discours, il intervient un an après le rapport Mario Draghi,
16:37qu'on connaît bien, pour booster la compétitivité de l'Europe.
16:40Justement, elle n'a pas tellement mentionné le mot compétitivité.
16:44Non, et je trouve que non seulement il y a eu le fameux rapport de M. Draghi
16:47sur la compétitivité, mais aussi celui de M. Letta sur le marché intérieur.
16:51Et ces deux rapports, qui ont déjà plus d'un an,
16:54n'ont donné lieu jusqu'à présent à à peu près rien,
16:57en termes d'initiatives concrètes qui sont indispensables,
17:00à la fois sur les questions d'innovation,
17:02sur le marché intérieur, la simplification, etc.,
17:05et de l'autre côté, sur la compétitivité.
17:06Et ça, je trouve quand même qu'on parle d'autonomie nouvelle,
17:09de stratégie, d'autonomie énergétique,
17:12et on voit bien d'ailleurs qu'il n'en est pas vraiment en question,
17:14puisque l'accord avec les États-Unis montre un peu le contraire.
17:17Mais je trouve que là, on est dans quelque chose qui touche très directement,
17:21ou qui peut toucher très directement les entreprises européennes,
17:25les citoyens européens.
17:26Elle a parlé un peu d'emploi,
17:28même si ses compétences sont extrêmement limitées à cet égard.
17:31Et donc, je trouve que là, il y a urgence à ce que très, très vite...
17:35Alors, elle a annoncé sur le rapport l'État deux, trois choses, trois chantiers.
17:39On va voir.
17:40Elle met ça pour 2028, je pense.
17:43Il est urgent que la Commission vienne avec du matériel concret
17:46sur ces deux rapports, sur la compétitivité.
17:48Mais la compétitivité qui fait gagner l'Europe,
17:51et qui fait gagner une Europe aussi qui soit sociale,
17:54une Europe qui réponde à toutes les interrogations
17:56qu'on a au travers de tous les États membres,
17:59vu l'inflation, vu le coût de la vie,
18:01vu les inquiétudes multiples de tous les citoyens européens.
18:04Et ça, on a très peu de réponses.
18:05Donc, elle s'est finalement trop penchée sur les gros sujets
18:08de l'actualité internationale qui sont l'Ukraine, Gaza,
18:11et peut-être pas justement sur les citoyens,
18:13les problèmes économiques, si je ne me trompe pas.
18:16Je pense que c'est ce que vous, Juliette, vous disiez, justement.
18:18Oui, je voudrais peut-être revenir sur ce qui a été évoqué tout à l'heure.
18:22En effet, la Commission a une responsabilité envers les États membres,
18:25mais elle a aussi une responsabilité, évidemment,
18:27envers les citoyens européens.
18:29Et je ne suis pas tout à fait d'accord avec ce qui a été dit tout à l'heure
18:32sur l'accord commercial avec les États-Unis.
18:34Je pense qu'il y avait un vrai problème de méthode et de transparence.
18:38C'est-à-dire que Ursula von der Leyen n'a pas consulté
18:42le Conseil de l'Union européenne en amont.
18:44Elle n'a pas consulté la Commission commerce internationale
18:47du Parlement européen pour conclure un accord quand même
18:50qui a un impact majeur sur la vie des citoyens européens.
18:54Et d'ailleurs, les sondages montrent que 75% des Européens
18:57disent qu'elle a mal défendu leurs intérêts.
19:00Et une majorité d'entre eux disent aussi avoir ressenti
19:03de l'humiliation en prenant conscience de ce rapport.
19:06Donc je pense qu'il y a un problème au niveau de la méthode
19:08et aussi au niveau des comptes qu'elle a à rendre aux citoyens européens.
19:13Mais à cet égard, je trouve, sur cet accord US,
19:17le fait qu'elle nous dise que c'est le meilleur accord possible
19:21par rapport à tous les autres,
19:23je trouve que c'est un argument extrêmement défensif.
19:26Enfin, je veux dire, on est dans une posture qui est,
19:28bon, ben voilà, les autres ont eu pire, on a eu moins mauvais.
19:32On ne pouvait pas mieux faire.
19:33On ne pouvait pas mieux faire. Je ne dis pas que c'était facile.
19:35Mais je pense vraiment que l'attitude qu'elle a eue à ce moment-là,
19:38et y compris évidemment l'image,
19:41comment est-ce qu'on peut se laisser piéger dans cette image,
19:43dans ce resort écossais,
19:44où elle doit faire comme ça avec son pouce.
19:46Enfin, je veux dire, bon, bien sûr, c'est le style Trump
19:49et on a tous affaire à un personnage quand même qui nous désarçonne.
19:54Mais en effet, l'image était désastreuse
19:56et le résultat est aussi, je pense, extrêmement difficile pour l'Union européenne.
20:00Les engagements qui ont été pris sur la question de l'énergie,
20:03sur les investissements qu'on va faire là-bas,
20:06entre nous soit dit, je me demande bien comment on va les contrôler,
20:08parce que ce n'est quand même pas si simple
20:09de contrôler les investissements européens,
20:12comme ça on déclare ça.
20:14Donc je trouve que là, on est dans une posture
20:16qui n'est vraiment pas adéquate au moment où se trouve l'Union européenne
20:19dans le momentum, où elle doit affirmer avec force,
20:23s'affirmer, elle ne s'affirme pas assez
20:25et Mme Vonderlay ne l'incarne pas.
20:26Qu'est-ce qu'on lui donnerait comme conseil à Vonderlay et Néryk,
20:29justement maintenant, pour les prochains mois ?
20:32C'est d'une part de rééquilibrer ses priorités,
20:37à la fois dans le discours, mais aussi dans les mesures,
20:40je suis d'accord sur le pacte vert,
20:42qui est aujourd'hui un élément de la politique économique,
20:44voire de la sécurité économique.
20:46Sur le rapport Draghi et le rapport l'État,
20:49elle s'est axée quasi exclusivement sur la question
20:52de la dérégulation, de la simplification.
20:54Elle qui veut avoir du leadership sur des grandes questions internationales,
20:57elle manque de leadership sur les questions
20:59de l'avenir de l'Union européenne,
21:01les questions internes de l'avenir de l'européenne.
21:03Et ça ne va pas changer.
21:04On ne voit aucun changement dans le discours
21:06qu'elle a prononcé.
21:06Je voudrais ajouter que, par rapport aux citoyens européens,
21:09elle a aussi évoqué la démocratie, très bien,
21:12mais je pense que derrière ça,
21:14il n'y a pas grand, grand chose.
21:16Et quand on sait combien elle hésite
21:18dans ces alliances,
21:20l'attitude et les gages à donner
21:22à des parties d'extrême droite
21:24ou en tout cas de droite radicale,
21:27je pense que là, il y a aussi un hiatus
21:28entre cette volonté de défendre et de liberté.
21:30J'entends manque de leadership,
21:32trop de gages à donner peut-être
21:34à tous ces amis, ennemis politiques.
21:36C'est sur ce point que nous pouvons clore cette conversation.
21:39Merci à beaucoup, à tous les invités ici présents.
21:42Restez avec nous.
21:43Après une courte pause,
21:44nous nous demanderons si l'Europe n'est pas trop passive
21:47quand il s'agit d'aider à mettre un terme à la guerre à Gaza.
21:50A tout de suite.
21:50Heureuse de vous retrouver sur le plateau de Bruxelles Je T'aime
22:01avec nos trois invités ici présents.
22:03Cette semaine, entre autres sujets,
22:05c'est le rôle de l'UE dans la guerre actuelle à Gaza
22:08qui a attiré notre attention.
22:09Van der Leyen, dans son discours de l'État de l'Union,
22:11a fait quelques propositions pour sanctionner Israël
22:14contre ce que l'ONU a qualifié de famine
22:17dans la bande de Gaza.
22:19Elle a annoncé vouloir suspendre tous les paiements
22:23sans que cela n'affecte la coopération
22:24avec la société civile israélienne.
22:27Elle a également annoncé vouloir proposer
22:28la suspension partielle de l'accord d'association
22:31sur le commerce entre l'UE et Israël.
22:33Des mesures qui seront certainement vivement débattues
22:36au sein du Parlement européen,
22:37mais les divisions sur la pression qu'il faut mettre sur Israël
22:40ont déjà été exposées à la vue de tous
22:42lors d'un débat houleux à Strasbourg entre eurodéputés
22:45en présence de la chef de la diplomatie européenne,
22:47Kaya Kalas.
22:48Elle a été mise sur le grill et on écoute sa réponse.
22:52Quand je dis que je suis frustrée,
22:53c'est parce que je suis frustrée que nous ne puissions pas faire plus.
23:01Et c'est ce à quoi je travaille sans relâche.
23:03Si vous pensez que je ne compatis pas avec les gens,
23:05que je ne ressens pas leur souffrance,
23:07vous vous trompez.
23:08Vous pouvez me pointer du doigt,
23:09mais je vous assure que je fais de mon mieux
23:11pour améliorer la situation sur le terrain.
23:12Cependant, nous ne pouvons pas agir en tant qu'union
23:15tant que les États membres ne partagent pas le même point de vue
23:18sur la marche à suivre.
23:18On la sent assez frustrée, Kaya Kalas, dans ce discours, justement.
23:27Juliette, la pression, elle est maximum sur l'Union européenne
23:30et pourtant, on le sait, il n'y a aucune unanimité sur la question de sanctionner Israël.
23:35Donc, quand von der Leyen dit qu'on cesse les paiements, ça veut dire quoi ?
23:39La mesure qu'elle a annoncée hier, en fait,
23:43n'affectera pas du tout beaucoup de paiements vers Israël.
23:48En fait, ce qu'il faudrait, c'est une suspension totale
23:51de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël.
23:55Malheureusement, en effet, atteindre l'unanimité, c'est compliqué.
23:58Donc, c'est pour ça qu'elle propose une suspension partielle.
24:01Mais il faut beaucoup plus de mesures,
24:03notamment l'interdiction de l'importation des produits issus des colonies israéliennes,
24:08un embargo européen sur les armes.
24:10Et il y a d'autres choses qu'elle peut faire.
24:11Ce que la Belgique a annoncé il n'y a pas très longtemps.
24:13Tout à fait, mais aussi d'autres pays comme l'Espagne, l'Irlande, la Slovénie, etc.
24:18Là, je pense qu'il faut saluer le courage de Pedro Sánchez
24:20qui est vraiment tête de fil sur ces questions au niveau européen.
24:24Maintenant, il y a des choses que Kaja Kalas pourrait faire immédiatement,
24:28comme par exemple activer la loi de blocage
24:31pour protéger la Cour pénale internationale.
24:33qui est sous le feu des sanctions américaines.
24:35Donc, il y a les juges qui ont émis les mandats d'arrêt contre Netanyahou
24:39et son ancien ministre de la Défense, Yoav Galan.
24:42En fait, ils sont sanctionnés aujourd'hui.
24:43Donc, ils sont entravés vraiment dans leur vie professionnelle et personnelle.
24:47Je ne comprends pas pourquoi est-ce qu'elle n'a pas encore activé cette loi de blocage
24:50pour laquelle elle n'a pas besoin de l'unanimité.
24:52Isabelle, dans les médias, on a surtout retenu la sanction aux ministres extrémistes,
24:57puisque c'est ce que Van der Leyen a dit.
24:58On pense évidemment aux deux ministres d'extrême droite
25:01que sont Itamarq, Benvir et Bezalel Smotrich.
25:04Mais beaucoup de pays l'ont déjà fait.
25:06Notamment la Suède, notamment d'autres pays du Nord, la Hollande aussi.
25:11Et encore une fois, ça veut dire encore trouver une unanimité qui n'existe pas,
25:15si je ne me trompe pas.
25:17Non, en effet, c'est ce qu'on vient de dire tout à l'heure sur d'autres sujets.
25:21Elle annonce des choses, mais elle n'est pas du tout sûre.
25:24Et elle sait à quel point l'Union européenne et les États membres sont divisés sur le sujet.
25:27Oui, mais elle sait quand même.
25:28Elle connaît les institutions.
25:29Oui, mais je pense que ce n'est pas rien qu'elle-même,
25:35qui a été quand même extrêmement passive sur le sujet depuis deux ans,
25:38qu'elle-même annonce ses dispositions,
25:42même si elle n'a pas la garantie des États membres.
25:44C'est un pas, comme d'ailleurs on a salué le pas que l'Allemagne avait franchi
25:48sur la question des armes il y a quelques mois,
25:50parce que l'Allemagne est toujours pour des réseaux historiques.
25:53L'Allemagne a fait une suspension pour l'instant pour justement faire un embargo des armes.
25:58Mais je ne suis pas sûre que ça continuera.
26:00Mais c'était un pas qu'on n'avait pas connu du point de vue de l'Allemagne.
26:03Et elle-même a annoncé quelque chose de fort.
26:07Son problème, évidemment, et le discours de Mme Kayas le montre,
26:10c'est que je ne suis pas du tout sûre qu'elle va être suivie.
26:13Alors ce que j'analyse, c'est qu'au fond, la mobilisation citoyenne partout en Europe,
26:19les manifestations étaient extrêmement nombreuses.
26:21Je pense que ça paye et ça pousse la Commission à bouger.
26:25Elle bouge en tout cas dans ses annonces.
26:27Est-ce que ça pousse suffisamment les États membres à suivre ?
26:30Et donc je pense qu'il faut aujourd'hui qu'entre les États membres,
26:34les États membres les plus convaincus, vous avez cité Sanchez,
26:37et même jusqu'à un certain point la Belgique et d'autres la Slovénie,
26:40je pense qu'il y a un vrai travail entre ces États membres et pour ces ministres des Affaires étrangères
26:45d'aller faire du lobbying auprès de leurs collègues pour faire bouger les lignes.
26:48Mais Eric, justement, est-ce qu'elle a été finalement courageuse ou complètement irréaliste ?
26:53Peut-être que je suis un peu cynique, mais je pense qu'elle a fait le strict minimum
26:57parce que d'un point de vue personnel, elle est probablement plus proche des États
27:00qui ne veulent pas de sanctions contre Israël.
27:02Oui, on rappelle que l'Allemagne a une politique très proche de l'Israël.
27:06Et puis elle, depuis le début, depuis les attaques terroristes du Hamas,
27:10elle a quand même anticipé certaines positions assez douces ou tolérantes
27:18envers les actions d'Israël.
27:20Mais elle était très attendue au Parlement européen, y compris aussi par l'opinion publique.
27:25Moi, ce que j'ai remarqué surtout dans son discours, c'est qu'à aucun moment,
27:28elle ne dit qui est responsable des événements.
27:32Elle dit ce qui se passe à Gaza, la famille, le Parlement.
27:34Oui, et elle parle très peu d'Israël.
27:35Et elle parle simplement des ministres extrémistes.
27:39Est-ce que ça inclut le Premier ministre ? On ne saura pas.
27:43Et donc, effectivement, moi, je pense qu'elle est aussi sous pression au sein de la Commission européenne.
27:48Les fonctionnaires européens qui s'organisent pour défendre Gaza,
27:51certains commissaires, notamment la commissaire espagnole, Ribeira.
27:56Donc, elle se devait de dire quelque chose.
27:58C'est symbolique, mais effectivement, ça ne l'engage pas,
28:01puisque la décision doit être prise par les États membres sur...
28:04Ah, même sur l'aide humanitaire, pardon.
28:06Il y a quelque chose de très concret qu'elle pourrait faire.
28:09On en parle peu, mais l'aide humanitaire, en ce moment, est bloquée,
28:13comme on le sait, intentionnellement et de manière systématique, par l'armée israélienne.
28:17Donc, on a cette aide qui se trouve aux portes de Gaza, mais qui ne peut pas entrer.
28:22Et il faut quand même rappeler que le citoyen européen, via ses impôts,
28:26finance des projets d'aide humanitaire via l'ADG ECO,
28:30qui est le bailleur de fonds au niveau européen.
28:31Et que l'Europe est le plus grand donneur, justement, financier à l'humanitaire.
28:36Tout à fait.
28:37Donc, en fait, on doit avoir recours à du largage d'aide humanitaire par avion,
28:41ce qui est beaucoup plus coûteux, beaucoup moins efficace
28:43et évidemment beaucoup plus dangereux pour la population civile.
28:47En fait, qu'attend Ursula von der Leyen pour aller sur place,
28:50exercer une vraie pression contre le gouvernement Netanyahou,
28:53qui organise une famine à Gaza et un génocide.
28:56Alors là, vous avez vu qu'il y a eu une réaction d'Israël,
28:58justement sur son discours, qu'il a condamné,
29:01qui a dit que c'était justement inacceptable.
29:03Donc, en fait, quelle est la solution là-dedans ?
29:05Je trouve qu'à très court terme, l'aide humanitaire et le déblocage,
29:09l'attitude de l'Union européenne offensive,
29:12y compris peut-être par sa présence sur place à RAFA,
29:15là où les camions sont arrêtés,
29:19y compris d'ailleurs la commissaire à l'aide humanitaire,
29:21elle a aussi quelques petits leviers qu'elle pourrait utiliser.
29:24C'est vraiment une meilleure action humanitaire,
29:26une meilleure politique d'action humanitaire par l'Union européenne à Gaza.
29:30C'est sur cette note que nous pouvons conclure cette discussion.
29:32Merci beaucoup à nos trois invités
29:34et merci à vous de nous avoir suivis.
29:36Restez avec nous sur Euronews. Merci.
29:38Heureuse de vous retrouver sur le plateau de Bruxelles Je T'aime
29:48avec nos trois invités, Juliette Delacroix de l'Institut Émile van der Velde,
29:52Isabelle Durand de Friends of Europe
29:54et Éric Maurice du European Policy Center.
29:58C'était difficile cette semaine d'ignorer l'actualité en France
30:01après la démission de François Bayrou,
30:03après neuf mois passés à Matignon,
30:05qui vient justement renforcer une crise politique sans précédent,
30:08depuis la décision du président Emmanuel Macron,
30:10de dissoudre l'Assemblée nationale.
30:13Macron a désigné Sébastien Lecornu,
30:15l'ancien ministre des Armées,
30:17pour succéder à Bayrou,
30:18mais la contestation a pris de l'ampleur.
30:21Partout en France, des journées de mobilisation ont été organisées
30:24dans le cadre du mouvement Bloquons Tout,
30:26lancé sur les réseaux sociaux,
30:28contre le plan d'austérité qui a précipité la perte du gouvernement Bayrou.
30:31Alors c'est une crise interne,
30:33mais c'est aussi un coup porté à l'influence de la France en Europe.
30:37Isabelle, je me tourne vers vous.
30:38On a entendu Marine Le Pen dire de cette nomination,
30:41de celle de Lecornu,
30:43que c'était la dernière cartouche du macronisme.
30:45On a entendu, et on le voit d'ailleurs sur cet écran,
30:47les tweets, enfin les posts ex de Jean-Luc Mélenchon,
30:51qui appelaient à une démission de Macron.
30:54Donc la contestation, elle va un peu dans tous les sens,
30:57LFI, socialiste.
30:58Est-ce que c'est déjà perdu d'avance ?
31:00C'est mal engagé, ça c'est sûr.
31:02Et c'est cinquième Premier ministre en deux ans.
31:05On n'a jamais vu ça.
31:06On n'a jamais vu ça.
31:07Et je ne sais pas très bien avec quoi il peut venir
31:10pour essayer de rassembler les Français
31:12et de redonner des couleurs, si je peux dire,
31:15à la politique française.
31:17Qu'est-ce qu'il va faire ?
31:18Est-ce qu'il va revenir avec peut-être un jour férié en moins ?
31:21Des ajustements à la marge.
31:25Est-ce qu'il va annoncer un tout autre programme ?
31:28Je n'en sais rien.
31:29Parce qu'évidemment, la configuration politique est détestable.
31:32Les groupes ne se parlent plus.
31:34La polarisation est terrible.
31:37Je trouve que c'est terriblement inquiétant.
31:39Parce qu'évidemment, c'est pour partie du pain béni
31:42pour l'extrême droite, ça c'est certain.
31:44Et c'est aussi extrêmement préjudiciable
31:47à un pays qui est d'abord aux Français, évidemment.
31:49Mais au-delà, je trouve que le poids de la France
31:53dans l'Union européenne est mis en grand danger.
31:55Or, c'était quand même un acteur pivot
31:56dans ce moment difficile de l'Union européenne.
31:59Quand il a fallu, au moment du Covid,
32:01quand on voit maintenant la reconnaissance de la Palestine,
32:03quand on voit des sujets sur lesquels la France peut peser fort,
32:05elle est quand même potentiellement très puissante.
32:09L'Allemagne, d'ailleurs, est aussi un peu en difficulté.
32:11C'est embêtant et je crains qu'on n'arrive pas à régler le problème.
32:14Alors, Juliette Lecornu, c'est quand même pas le plus connu.
32:16Mais il a 39 ans, il a déjà une grande longévité
32:19puisqu'il est là depuis 2017.
32:21Il est issu de la droite.
32:23Il ne semble pas avoir fait de vagues.
32:25Mais sa coalition, on le sait, c'est compliqué
32:28puisqu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale.
32:30Les socialistes ne veulent pas faire partie du gouvernement.
32:32Donc on est là, dans cette configuration compliquée.
32:35Qu'est-ce qu'il peut faire, lui,
32:36qu'il n'a justement pas été fait ?
32:37Et on l'a déjà un peu mentionné.
32:39Qu'est-ce que vous en pensez ?
32:41Je pense que déjà, c'est un choix étonnant
32:42parce qu'en effet, c'est dans la continuité
32:45de ce que Macron avait proposé auparavant.
32:48Donc on peut présumer qu'à cause identique, effet identique.
32:53Maintenant, je pense que s'il veut avoir une chance
32:56de former un gouvernement et de ne pas être censuré,
33:00il doit proposer des vraies avancées sociales aux socialistes.
33:05Donc, par exemple, il faudrait peut-être évaluer
33:08la taxe Zuckmann et vraiment en discuter
33:11parce que François Bayrou l'a un peu balayé
33:13d'un revers de la main.
33:15Et c'est ça aussi qui crée une exaspération
33:17et une frustration de la part des partis politiques.
33:19C'est qu'il y a une espèce de mépris
33:21dans le camp présidentiel.
33:23Donc je pense qu'il aura en tout cas un travail assez difficile.
33:24Oui, c'est ce qui explique les contestations d'aujourd'hui.
33:27C'est ce ras-le-bol.
33:28Un ras-le-bol, d'ailleurs, qui est...
33:30Bon, on le connaît en France, le ras-le-bol,
33:32puisque c'est très français.
33:33Mais ici, à Bruxelles, on sent qu'il y a quand même
33:36beaucoup de gens qui sont surpris aussi
33:38par le niveau d'instabilité politique en France
33:41et justement l'image que ça véhicule en Europe.
33:45Pour vous, Éric, justement,
33:46comment est-ce que ça va affecter aussi le rôle
33:49qui est quand même important, on le sait,
33:51on ne va pas le rappeler, de la France ici ?
33:53Quelque chose qui est important de rappeler,
33:55c'est qu'au niveau européen,
33:58il y a d'une part les gouvernements
34:00qui sont représentés au Conseil des ministres européens,
34:03quelle que soit la couleur du gouvernement,
34:04et il y a le président qui est au Conseil européen.
34:06Donc le Premier ministre n'est pas présent ici ?
34:08Il n'est jamais présent.
34:09Et tant qu'il y a le même président au Conseil européen,
34:13la ligne ne change pas.
34:15Cela dit, on voit bien qu'avec la situation interne,
34:20la pression sur le président
34:21et le poids politique, l'influence politique du président
34:24se réduit.
34:25Quelle est la capacité de la France aujourd'hui
34:28à avoir une influence si derrière,
34:31elle n'a pas les moyens de sa politique
34:33ou de ses mesures ?
34:34Sur la politique industrielle,
34:36sur la politique de défense,
34:38tout ça, aujourd'hui,
34:39la tendance ne suit pas d'une certaine manière.
34:41C'est-à-dire les réformes,
34:42le poids économique,
34:45le bon ordre des finances ne suivent pas.
34:47Et c'est ça qui peut jouer
34:49contre la France
34:50et contre Emmanuel Macron.
34:53Et ça veut dire aussi que les instructions sont confuses ?
34:57Les instructions sont confuses
34:58et on ne voit pas surtout
35:01quelle est la direction que prend le pays.
35:04Et puis, au niveau de la dette,
35:05la question des marchés,
35:06alors là, la zone euro est un peu plus solide
35:08qu'il y a 10-15 ans,
35:10mais on ne sait pas
35:10quelles pourraient être les conséquences.
35:12Mais Abel, vous êtes d'accord, justement ?
35:14Je pense qu'on allait réévoquer à un moment donné
35:17et avant même l'arrivée,
35:19M. Bayrou qui se fait censurer,
35:22on avait évoqué
35:23que le FMI
35:24pourrait avoir un avis
35:26sur les finances
35:28et la dette
35:29et le déficit excessif.
35:30On a évoqué à un moment donné,
35:31on a dit
35:31est-ce que la France
35:32est en train de prendre
35:33le scénario grec ?
35:34Bon, ce n'est pas comparable, évidemment.
35:36Tout ça est très excessif.
35:37C'est excessif, absolument.
35:38Mais, parce que vous disiez
35:40ici à Bruxelles,
35:40on est inquiet,
35:41ça fait partie du discours
35:43et de ce qu'on dit
35:44à propos de la France,
35:45même si ça n'est pas juste
35:46et ça la fragilise,
35:47ça la fragilise dans son poids
35:49et ça fragilise M. Macron
35:51dans les initiatives
35:52qu'il veut prendre
35:53à l'échelon européen,
35:53ce que je ne lui conteste pas.
35:56Et en plus,
35:57on ne peut pas oublier
35:58qu'au-delà de tout
35:58ce que vous expliquez,
35:59et vous avez parfaitement raison,
36:00il y a un phénomène d'image.
36:02Je veux dire,
36:03l'image de la France
36:04aujourd'hui,
36:05au regard des autres pays européens,
36:06est effectivement
36:07extrêmement abîmée,
36:09incomprise,
36:10incompréhensible d'ailleurs,
36:12qu'on n'ait pas pu régler
36:13ou trouver la voie de sortie
36:15qui soit suffisamment sociale,
36:16mais en même temps
36:17qui attaque les problèmes
36:18de déficit et de dette.
36:19Et donc là-dessus,
36:20je trouve que oui,
36:21ça fragilise la France,
36:22ça fragilise l'Union européenne
36:24en tant que telle.
36:25Il y a aussi un autre problème,
36:26plus largement,
36:27c'est que l'Union européenne,
36:29on a beaucoup parlé
36:30des États membres,
36:31ne peut rien faire
36:32sans un accord minimal
36:33dans les grands États membres.
36:35La France et l'Allemagne.
36:36Donc on voit la situation en France,
36:38on voit qu'en Allemagne,
36:38Frédéric Schmerz
36:39est déjà affaibli
36:41et donc dans une moins bonne position
36:43pour trouver des compromis.
36:44Oui, donc l'axe franco-allemand
36:46va être très compliqué.
36:47On a essayé d'élargir
36:48au triangle de Weimar
36:48avec la Pologne,
36:50le Premier ministre Donald Tusk
36:51est affaibli vis-à-vis du président
36:52qui a été élu cette année.
36:55Donc ce franco-allemand élargi
36:57à la Pologne
36:58ne fonctionne pas.
36:59Donc aussi en termes
37:00de leadership politique,
37:01il y a un problème au niveau européen.
37:02Alors moi je retiens
37:02que l'image de la France
37:03est abîmée en ce moment
37:04justement dans cette situation
37:06et c'est sur cette note
37:07que s'achève l'émission
37:08Bruxelles, je t'aime.
37:10Merci à nos trois invités
37:11et à tous ceux
37:12qui nous regardent de chez eux.
37:13Si vous voulez continuer
37:14la conversation
37:15sur le sujet de votre choix,
37:17n'hésitez pas à nous écrire
37:18à bruxellesjetaime
37:19at euronews.com
37:20ou à nous contacter
37:21via les réseaux sociaux.
37:23A la semaine prochaine.
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