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  • il y a 5 mois
Faire participer les plus fortunés aux efforts pour réduire le déficit public est aujourd'hui au centre du débat avec comme levier la fameuse taxe Zucman. Cette dernière, portée notamment par l'opposition de gauche, prévoit de taxer à hauteur de 2% les patrimoines supérieurs à 100 millions d'euros. Elle pourrait rapporter jusqu'à 20 milliards d'euros mais elle est farouchement rejetée par le patronat, la droite et le bloc central.

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Transcription
00:00La rupture souhaitée par le nouveau Premier ministre passe-t-elle par une hausse de la fiscalité des riches ?
00:05Est-ce la solution ? Est-ce déjà justifiée ?
00:09C'est justifié, oui, parce que vous voyez des chiffres aujourd'hui qui circulent.
00:12Je vais vous donner deux chiffres rapidement, l'observatoire des inégalités qui vous dit
00:15vous avez 10% des Français, des ménages les plus aisés qui captent 25% de l'ensemble des revenus.
00:20Et les 10% les moins fortunés ne captent que 3%.
00:23Vous voyez ces chiffres, vous voyez des choses aussi dans le régime fiscal qui montrent que sur les très riches,
00:27plus ça va passer à un certain niveau de richesse, oui, ça devient dégressif.
00:32Donc il y a quelque chose qui ne va pas dans le système.
00:33L'injustice fiscale, elle existe.
00:35L'injustice fiscale, elle existe.
00:36Après, considérer, mais on va reparler, que taxer les riches, c'est la panacée, c'est la solution ultime,
00:41la seule pour résoudre les problèmes économiques de la France.
00:43Ça, par contre, c'est une impasse.
00:44C'est sûrement pas effectivement la seule solution.
00:46Les riches payent-ils proportionnellement moins que les classes moyennes ?
00:50Ça a pris une évidence.
00:51Oui, on a des nouvelles données depuis quelques années,
00:53notamment après une étude de l'Institut des politiques publiques
00:56qui utilisent des données de l'administration fiscale
00:58qui montrent effectivement que, passé un certain seuil au niveau des 0,01% les plus riches,
01:03les ménages fortunés payent proportionnellement moins d'impôts que le français moyen.
01:07On a même l'ancienne ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin,
01:10qui parlait devant le Sénat juste avant l'été,
01:13de ménages fortunés qui déclarent tellement peu d'impôts sur le revenu
01:16qu'ils sont éligibles au minima sociaux.
01:18Ils ne les demandent pas, mais ils sont éligibles.
01:19Ça pose quand même question sur le fonctionnement de notre système fiscal.
01:23Alors qu'est-ce qu'il faudrait faire ?
01:24Sous quelle forme ?
01:25Taxe Zuckman, retour de l'ISF avant de voir ça.
01:28Sofiane, justement, qu'est-ce qui a existé jusqu'à présent sur la taxation des plus riches ?
01:33Quasiment tout en réalité.
01:34On va regarder ça.
01:35Depuis 40 ans, la France alterne entre création, suppression et réforme
01:38au gré des gouvernements et des couleurs politiques.
01:41Ça commence en 1981 avec François Mitterrand.
01:45Son gouvernement crée en réalité l'impôt sur les grandes fortunes
01:48qui sera transformé en impôts de solidarité sur la fortune en 1989 avec un seuil fixé de 720 000 euros par an.
01:56Et il rapportait entre 3 et 4 milliards d'euros dans les années 2000.
02:01En 2012, c'est François Hollande qui ajoute une contribution exceptionnelle sur les hauts revenus.
02:06Vous vous souvenez peut-être de la taxe à 75% supprimée, réaménagée.
02:10Mais elle rapporte encore aujourd'hui, parce qu'elle perdure, un peu moins d'un demi-milliard d'euros par an.
02:17En 2018, Emmanuel Macron décide de supprimer l'ISF et de le transformer en IFI impôts sur la fortune immobilière.
02:24Seuls les patrimoines immobiliers, au-dessus de 1,3 million d'euros par an, sont taxés.
02:30Et le rendement est alors divisé par 3.
02:32Alors faut-il aller plus loin ?
02:34C'est la question qui se pose en ce moment avec cette fameuse taxe Zuckmann.
02:38L'idée, c'est de prendre 2% chaque année sur le patrimoine supérieur de 100 millions d'euros.
02:44Très peu de foyers fiscaux seraient concernés, environ 1 800,
02:48avec un rendement pour l'État estimé à 15 milliards d'euros par an,
02:52un chiffrage contesté par de nombreux économistes.
02:55Est-ce que ce serait l'une des solutions à la taxe Zuckmann ? Qu'en pensez-vous ?
02:58Oui, évidemment, ça doit être une solution.
03:00On a un budget qui demande beaucoup d'efforts à l'ensemble de la population.
03:03Et ça paraît aberrant aujourd'hui de ne pas commencer par ceux qui ont le plus de moyens de contribuer,
03:08mais aussi ceux qui contribuent le moins.
03:11Alors juste pour réagir...
03:11Avec un risque quand même, peut-être, je vous pose la question,
03:14d'affaiblir la compétitivité des entreprises concernées ?
03:17Non, l'enjeu aujourd'hui, au niveau de l'impact sur l'investissement et de la compétitivité,
03:21c'est qu'on a des rendements des entreprises françaises
03:25qui sont de l'ordre de 6% par an depuis des années.
03:28Une contribution de 2%, ça ne va pas impacter l'investissement.
03:34En revanche, ça va être un impact démesuré en termes de possibilités budgétaires pour l'État,
03:39y compris indirectement un impact sur les entreprises.
03:41On a Guillaume qui fait non, non, de la tête, depuis un moment.
03:44La taxe Zuckmann, c'est un découragement entreprendre.
03:46Vous prenez un jeune ou un moins jeune qui veut créer une entreprise,
03:49et je ne vous fais pas la caricature du jeune start-upper,
03:50on sort un petit peu de ça, on va dans tous les domaines.
03:53Quand vous lancez une entreprise, vous avez envie qu'elle soit valorisée,
03:55vous avez besoin d'embarquer, et vous, des actionnaires,
03:57des grands actionnaires, petits ou grands, des milliardaires,
04:00jusqu'aux petits actionnaires individuels, pour faire grossir vos entreprises.
04:03Et vous leur dites, écoutez, on s'embarque tous, c'est un pari.
04:05C'est un pari pour plusieurs années.
04:07Mettez-vous à la place du petit actionnaire qui investit dans une boîte
04:09et qui ne sait pas si il verra un jour le rendement de son investissement.
04:14La taxe Zuckmann, quand je vois ça, si vous ajoutez ça,
04:16c'est une taxe sur l'innovation, sur la croissance et sur l'entreprise.
04:211 800 foyers fiscaux qui s'est concerné.
04:23Lorsqu'on débute, on est loin des 100 millions d'euros quand même.
04:25Et pourquoi on n'aurait pas vocation ?
04:27Non, mais on a peut-être vocation.
04:28Mais vous voulez dire que c'est une incitation au découragement ?
04:31C'est une incitation au découragement, effectivement,
04:33qui vient de s'ajouter à tous les poids qui pèsent sur les épaules
04:35des entrepreneurs français par rapport aux Européens, aux Allemands,
04:38notamment en termes de compétition.
04:38Mais je prélance ma question.
04:40Il y a un risque de délocalisation des entreprises
04:41qui seraient potentiellement concernées par la taxe Zuckmann ou pas ?
04:44Il y a toujours un risque de délocalisation,
04:46il y a toujours un risque d'exit fiscal,
04:47même si le problème aujourd'hui, on focalise autour de tous les riches qui partent à partir,
04:50mais vous avez déjà un gros stock de riches qui sont déjà à l'étranger,
04:55en Italie, en Belgique ou en Suisse.
04:56Et le sujet, c'est plutôt de l'effet...
04:58C'était de l'ordre de 0,4% la dernière fois.
05:00Les études, la dernière étude qui a été publiée,
05:03qui a comparé en réalité ce qui s'est passé
05:05au moment de l'instauration de la taxe exceptionnelle de François Hollande,
05:08montre que très peu de foyers, effectivement, sont partis,
05:11de l'ordre de 0,04% à 0,09%.
05:15Et que quand Emmanuel Macron a transformé l'impôt sur la fortune
05:20en impôt sur l'immobilier,
05:24ça n'a pas beaucoup changé la donne.
05:25Sauf que là, la taxe Zuckmann,
05:26on parle d'un rendement potentiel de 15 à 20 milliards d'euros,
05:29ce qu'on n'a jamais fait.
05:30Donc là, vous ne pouvez pas mesurer
05:31quel serait l'impact de cette taxe par rapport à ce qui a été fait.
05:33Marie, et puis Quentin.
05:34Certains aussi pointent,
05:36notamment dans le camp macroniste,
05:38l'aspect anticonstitutionnel de cette mesure,
05:42parce que confiscatoire,
05:43en écho à ce que François Hollande a voulu mettre en place,
05:45à son élection,
05:46c'est 75% d'imposition.
05:48Est-ce que sur ce plan-là,
05:50vous dites élément de langage un peu trop utilisé
05:53et c'est faux ?
05:55Ou est-ce qu'effectivement,
05:56en termes de constitutionnalité,
05:57ça pose problème ?
05:58Ce qu'il faut comprendre,
05:58et ça a d'ailleurs été très bien expliqué par votre collègue,
06:00c'est que la mesure proposée
06:02n'a rien à voir avec les différentes mesures
06:05qui ont existé avant,
06:06que ce soit des impositions sur la fortune,
06:09impositions exceptionnelles sur le revenu,
06:10parce que ça touche des ménages
06:11dont le patrimoine est beaucoup plus haut
06:13que ce qui existait avant, premièrement.
06:15Deuxièmement,
06:15on a cette fameuse étude
06:16qui n'existait pas avant
06:18au moment des dernières jurisprudences
06:19qui montre la régressivité
06:21de l'impôt tout en haut.
06:22Or, on a un principe constitutionnel
06:24d'égalité devant l'impôt
06:25qui est manifestement rompu,
06:27et tout l'enjeu aujourd'hui,
06:28c'est de nous mettre
06:28en conformité
06:29avec notre principe constitutionnel.
06:31Et ça va être ça l'enjeu de l'éducation.
06:32Guillaume,
06:32est-ce qu'à l'étranger,
06:33parce qu'on est quand même
06:34sur des marchés mondialisés,
06:36est-ce qu'à l'étranger,
06:37il y a un équivalent
06:38de la taxe Zuckman
06:39qui est appliqué quelque part ?
06:40Il n'y a pas vraiment d'équivalent.
06:42Il y a un chiffre
06:42que je vais vous donner
06:43qui est un peu glacial comme ça.
06:45Les prélèvements
06:46sur le capital en France,
06:47c'est 10% du produit intérieur brut.
06:49L'Allemagne,
06:49c'est 7% seulement.
06:50La moyenne de la zone euro,
06:52c'est 8,7%.
06:53Donc, vous voyez
06:53que le prélèvement
06:53sur le capital en France,
06:55il est beaucoup plus élevé.
06:56Et je reviens
06:56sur ce que je disais tout à l'heure.
06:57Oui, perte d'attractivité
06:59potentielle pour la France,
07:00parce que c'est ça le sujet.
07:01C'est la façon
07:02dont les investisseurs étrangers,
07:03les grosses boîtes étrangères,
07:05nous regardent un chiffre.
07:06Il y a 2,2 à 2,3 millions
07:08de personnes en France
07:09qui bossent dans une filiale
07:10d'entreprises étrangères.
07:11Un salarié sur 8 du privé,
07:13aujourd'hui,
07:14travaille dans une entreprise étrangère.
07:16S'il y a ce débat
07:16qui monte en puissance,
07:17imaginez-vous la tête
07:18et la réflexion
07:19du patron étranger
07:19qui dit
07:20« Qu'est-ce que je fais ? »
07:20La France, j'y suis.
07:21Ah ben, j'avais prévu
07:22un agrandissement peut-être
07:24de mes locaux sur place,
07:26embauchés, je ne sais pas,
07:2750, 100, 200, 300 personnes.
07:28Écoutez, voyant ça
07:29et voyant le flou
07:30dans les 18 prochains mois,
07:31je vais mettre tout ça sur stop.
07:32Écoutez, vous allez répondre,
07:33mais écoutez,
07:33juste de ce que disait
07:34Thomas Piketty,
07:35économiste de gauche,
07:36invité ce matin
07:37d'Apolline de Malherme.
07:39Aujourd'hui,
07:39on a un principe d'égalité
07:41devant l'impôt
07:42qui est violé
07:43par le fait que
07:45les plus riches,
07:45en particulier les milliardaires,
07:46paient un taux d'impôt
07:47sur le revenu
07:48qui est de quelques pourcents
07:49là où les classes moyennes,
07:50les classes moyennes supérieures
07:51vont payer 20, 30, 40 %.
07:53Et en fait,
07:54la violation
07:54de nos principes constitutionnels
07:56d'égalité devant l'impôt,
07:57elle est ici.
07:58Et donc,
07:58ceux qui vont utiliser
07:59la constitution
08:00pour dire
08:02« Ah non,
08:02on ne peut surtout pas
08:03résoudre ce problème
08:04parce que ce serait
08:05violé à la constitution »,
08:06c'est vraiment là.
08:08Franchement,
08:08il ne faut pas comme ça
08:09utiliser le droit
08:10pour perpétuer des injustices.
08:12Quentin,
08:12il faut l'expliquer
08:13comment c'est possible ça
08:14que proportionnellement
08:15les très riches
08:16payent moins d'impôts
08:16que quelqu'un
08:17qui gagne le SMIC.
08:19Comment ça se fait ?
08:19C'est quoi ?
08:20C'est de l'optimisation
08:21fiscale ?
08:22Mais si vous voulez,
08:23il y a plein de mécanismes
08:24qui existent.
08:24Le plus connu aujourd'hui,
08:26c'est effectivement
08:26l'enjeu d'utiliser
08:28sa holding familiale
08:29pour interposer
08:30la holding
08:31entre les revenus
08:31qui sont donnés
08:32dans l'entreprise
08:33et ce que vous consommez.
08:35L'enjeu,
08:35c'est...
08:35En gros,
08:36ce n'est pas mon argent à moi,
08:37je l'ai caché
08:38dans la holding.
08:38Mais vous avez le droit...
08:40Ce n'est pas illégal.
08:41Ce n'est pas illégal.
08:42Mais ce que ça donne,
08:43c'est que c'est un régime fiscal
08:44beaucoup plus favorable
08:45aux grandes fortunes
08:46puisque seulement
08:47les grandes fortunes
08:48peuvent profiter
08:49de ce régime fiscal.
08:50Je voulais dire
08:50sur deux petits points.
08:51Sur les patrons étrangers,
08:52a priori,
08:53ils ne perdront pas la taxe,
08:53c'est des non-résidents.
08:54Donc, ça n'aura aucun impact
08:55sur l'investissement.
08:56Et sur les prélèvements
08:58en termes de capital,
08:59encore une fois,
09:00ce n'est pas un problème
09:00franco-français,
09:01mais partout dans le monde,
09:02on a des taux
09:02de prélèvement obligatoires
09:03pour les très très très riches
09:04qui sont très faibles.
09:06Mais, par exemple,
09:07aux États-Unis,
09:07ils sont un tout petit peu
09:08plus forts qu'en France.
09:09Donc, l'enjeu aujourd'hui,
09:10c'est de dire
09:10comment on se met
09:11en conformité
09:12avec notre principe
09:13d'égalité.
09:13L'enjeu, si on veut lutter
09:15et mettre en place
09:15la taxe du Kman,
09:16on voit bien,
09:16ce n'est pas quelque chose
09:17qui peut être mis en oeuvre
09:18seulement au niveau français.
09:19C'est une bataille européenne,
09:20voire mondiale,
09:21voire internationale.
09:21On l'a menée
09:23dans le cadre du G20.
09:24On a travaillé
09:25avec l'Union européenne
09:26et on dit aussi
09:27c'est tout à fait possible
09:28à mettre en place
09:29au niveau national.
09:30C'est possible techniquement
09:32à mettre en place
09:32au niveau national.
09:33Et par ailleurs,
09:33si on regarde l'histoire
09:34des grands accords
09:35fiscaux internationaux,
09:36ça démarre toujours
09:37par des pays
09:38qui mettent les mesures
09:39en place avant.
09:39Exemple, la France
09:40en mettant la taxe GAFA
09:41qui a amené
09:42à l'accord international.
09:44Donc, c'est simplement
09:44ce qui s'est passé
09:45les dernières années.
09:45Mais qui a amené
09:46rapporter quelques milliards
09:46à la taxe GAFA.
09:47Oui, on peut tout à fait
09:48critiquer la taxe GAFA.
09:49Marie-Chantel,
09:49ça fait partie du deal,
09:51cette taxe Zuckman,
09:52notamment entre les socialistes
09:53et le nouveau Premier ministre.
09:56Un, est-ce que ça peut passer ?
09:57Deux, y a-t-il
09:57une forme de compromis
09:59pour mettre
10:01tout le monde d'accord ?
10:02Atterrir sur la taxe Zuckman,
10:04franchement,
10:05très peu y croient.
10:06Ce n'est pas possible
10:07parce que considérée
10:08comme bien trop importante.
10:09Mais un chemin
10:10qui pourrait consister
10:12à solliciter,
10:14taxer les plus riches,
10:15très clairement,
10:16cela fait son chemin
10:17parce qu'on considère d'abord
10:17que, oui,
10:19pour arracher un accord
10:19avec les socialistes,
10:21eh bien,
10:21ça serait nécessaire.
10:22C'est que, par ailleurs,
10:23c'est aussi très populaire
10:24dans l'opinion.
10:25Les sondages le disent,
10:2680, plus de 80%
10:27des Français
10:28y sont favorables.
10:29Une forme d'injustice fiscale
10:31qui consiste donc
10:32à dire
10:33qu'il faut faire ce geste-là,
10:34même symbolique,
10:35il faut aller vers cela
10:36et même la droite s'y met.
10:38Ce qui est peut-être
10:38un peu plus surprenant.
10:39C'est un mot qui revient
10:40beaucoup en ce moment,
10:40c'est le chemin.
10:41Le chemin.
10:42Le chemin,
10:43ça semble un sentier
10:44pour essayer, effectivement,
10:46de trouver un compromis
10:47sur toutes ces questions.
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