- il y a 4 mois
Il est l'un des rares humoristes à faire rire tous les publics, de gauche comme de droite. Lui l'habitué des micros de France inter pendant des années, officie désormais sur RTL. Comment passe-t-on d'une radio publique et des auditeurs plutôt classés à gauche à ceux d'une radio privée plus populaire ? Rit-on des mêmes sujets ? Et comment fait-on pour les réunir dans les mêmes salles de spectacles ? Le fait d'avoir grandi en Belgique, l'aide t-il à prendre de la distance sur le pays qui est désormais le sien ? Cette semaine Rebecca Fitoussi reçoit Alex Vizorek, un humoriste intello et pas snob dans Un monde, un regard. Année de Production :
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00:00Pas mal d'années maintenant qu'il nous fait rire sur scène ou sur les antennes radio et télé.
00:27Pas mal d'années qu'il a quitté sa Belgique natale pour titiller gentiment les Français, leurs politiques, leurs obsessions, leurs incohérences et leurs paradoxes.
00:35Chroniques, sketchs, spectacles et même bandes dessinées, tous les supports sont bons pour lui permettre d'exposer son regard caustique mais jamais blessant.
00:43Il est l'un des rares humoristes à plaire à tous les publics.
00:47Son public de droite, comme il l'appelle, qu'il écoute avec délice tous les jours sur RTL, et son public de gauche qui lui a longtemps été fidèle sur France Inter.
00:54Quand Télérama confirme son statut de pépite de l'humour et le définit comme à la fois élégant, décalé, populaire et érudit, le Figaro met en avant son regard malicieux.
01:06Érudit, oui, parce que dans ses shows, vous y entendrez la poésie de Baudelaire, la philosophie de Heidegger et même celle d'Avicenne ou d'Épicure.
01:13Il aime rire et instruire en même temps.
01:16Un humoriste intello mais pas snob et proche de nous tous.
01:19Est-il alors un subtil mélange entre France Inter et RTL ?
01:23Y a-t-il des couleurs politiques à l'humour aujourd'hui ?
01:26Rit-on des mêmes choses quand on est de gauche ou de droite ?
01:29Posons-lui toutes ces questions.
01:30Bienvenue dans un monde d'un regard, bienvenue Alex Vizorek, merci d'avoir accepté notre invitation.
01:34Plus rien à dire.
01:35Alors allons-y, merci, au revoir.
01:37Vous avez fait les questions, les réponses, vous avez mis en valeur.
01:40Alors je continue de vous présenter un peu.
01:42Comédien, humoriste, animateur.
01:44Après Alex Vizorek est une œuvre d'art et Ad Vitam, vous voici en tournée dans toute la France avec un show intitulé Deux et demi.
01:52Toujours en collaboration avec Stéphanie Bataille qui a mis en scène tous vos spectacles.
01:56Comment fait-on pour être un humoriste qui réussit à réunir un public de droite et un public de gauche ?
02:03C'est devenu une espèce de drôlerie, j'aime bien utiliser ça.
02:07Vous en jouez ?
02:08En fait, je pense avoir une émotion de gauche et j'ai de la chance de faire un métier qui me le permet parce que parfois, je ne sors jamais.
02:18Mais toi, ton métier, artiste, vous êtes obligé d'être de gauche.
02:21Peut-être bien que c'est pour ça que je l'ai choisi aussi en fait.
02:23Mais j'ai des parents qui ne me reprocheraient pas de les positionner dans une espèce de droite à papa.
02:29Parce qu'en Belgique, on a moins de variations de droite.
02:34Ça commence à arriver, vous nous influencez assez mal.
02:36Mais je dirais que la bonne droite belge est une droite un peu suguiniste.
02:43C'est-à-dire une droite à papa qui est…
02:46Une droite sociale ?
02:47Oui, on peut le dire comme ça, mais qui est petit entrepreneur.
02:50C'est-à-dire que tous les deux avaient des magasins de chaussures.
02:53L'un des deux en a encore.
02:55Et donc, c'est-à-dire qu'ils se rendaient compte qu'ils auraient bien payé un peu moins de charges
02:58et pour pouvoir engager peut-être un peu plus de gens.
03:01Et voilà, donc j'ai grandi avec ça dans les deux oreilles.
03:03Oui, mais du coup, dans ce public, il se retrouve, ce public de droite et de gauche.
03:06Est-ce qu'il rit aux mêmes choses, par exemple ?
03:08Vous en jouez dans vos spectacles, vous vous adressez aux uns puis aux autres.
03:11Effectivement, est-ce qu'il rit des mêmes choses ?
03:12Alors, je pense qu'il rit des mêmes choses, avec une sincérité peut-être parfois différente.
03:16Mais il rit surtout du fait que je les repère.
03:20C'est-à-dire que je dis, là, dis donc, vous venez de rire à une blague de droite.
03:22Alors là, ça les fait marrer.
03:24Et attention, peut-être que vous avez ri à une blague de gauche.
03:27Donc, je crois que oui, potentiellement, il rit des mêmes choses.
03:31Parfois, il faut faire attention à la sincérité du rire.
03:34Parce que là où quelqu'un de gauche va se dire, tiens, c'est drôle parce que c'est une blague.
03:38Et quelqu'un de droite va se dire, ah, je suis d'accord avec lui.
03:39Et ça peut être l'inverse aussi.
03:42Donc, j'aime bien rappeler que je ne suis pas un idéologue.
03:46Je propose, moi, une certaine vision du monde que la mienne.
03:50Avec les défauts dont j'en ai parfois conscience.
03:53Et j'aime bien rire de ça et admettre ça.
03:55Après, il y a plein de sujets.
03:57Quand vous parlez sexualité, tout le monde rit en ça.
03:59Tout le monde est d'accord.
04:01Mais plus sérieusement, parce que là, on en rit.
04:02Mais est-ce que vous trouvez que l'humour est polarisé aujourd'hui ?
04:04Un peu à l'image de la société.
04:06Est-ce que vous le sentez en tant qu'humoriste ?
04:07Moi, j'ai souvent pensé que l'humour, de toute façon,
04:11est un instrument de gauche.
04:12Parce que vous riez toujours du fort.
04:17Parce que vous ne pouvez pas jouer à jeu égal avec le fort.
04:21Donc, se moquer du fort, c'est l'arme du faible.
04:24Donc, je crois qu'instinctivement, l'humour est de gauche.
04:26L'humour qui se moquerait pas des dirigeants,
04:29mais qui se moque des chômeurs, pour qui ce n'est déjà pas facile.
04:32Je pense qu'il tape un peu à côté.
04:35Donc, par essence, l'humour est de gauche.
04:38Maintenant, doit-il être d'extrême-gauche ?
04:40Doit-il être obligatoirement militant ?
04:42Ne doit-il pas admettre qu'il y a des trucs très drôles ?
04:46Coluche faisait des blagues sur les pauvres,
04:47en disant qu'il avait mauvais goût.
04:49Mais comme on connaissait le Coluche,
04:51qui avait créé les restos du cœur,
04:53on comprenait.
04:54On lui accordait ce droit-là, en tout cas.
04:56Je vous disais tout à l'heure que parfois,
04:57il y en a qui rit mal,
04:58ou qui ne rit pas d'avoir compris la bonne blague.
05:00Si je fais, moi, une blague potentiellement raciste,
05:04ce sera pour dénoncer le racisme.
05:06Et les gens le sauront.
05:07J'espère.
05:07Il y a peut-être quelqu'un qui va...
05:09J'espère pour vous.
05:10Sinon, j'ai raté mon coup.
05:11Il y a peut-être quelqu'un qui va dire,
05:12dis donc, je suis d'accord, c'est drôle.
05:16Peut-être que tu ne l'as pas compris.
05:17Mais je ne peux pas être derrière chaque spectateur.
05:19Bien sûr.
05:19Je vais prendre ce qu'ils veulent, après.
05:20Votre côté France Inter,
05:21c'est aussi votre côté intello dans vos spectacles.
05:23Je le disais en intro, et c'est très sérieux,
05:26Baudelaire et le concept philosophique du design de Heidegger
05:29ont vraiment fait partie du spectacle Advitam.
05:32Est-ce que vous avez envie d'un humour qui instruit ?
05:35Un humour qui apprend des choses ?
05:37Oui.
05:38Ça me fait plaisir quand vous dites que c'est votre côté France Inter.
05:41Mais je suis intimement convaincu que sur RTL,
05:45il y a des gens, soit qui sont très cultivés,
05:47soit qui ont envie d'apprendre.
05:49Ce qui est mon cas.
05:49Parce que je ne pense pas être né dans une culture absolue.
05:54Il n'y avait pas Heidegger qui traînait chez moi.
05:56On n'écoutait pas Dvorjac à la maison.
05:59Mais de pouvoir les comprendre, les utiliser,
06:01les insérer au spectacle, les rendre drôles.
06:03Parce que si vous ne rendez pas le truc drôle,
06:05vous n'avez pas les gens.
06:06Mais j'ai eu des gamins qui sont venus me dire
06:07« Si j'avais vu votre spectacle avant le bac philo,
06:10je n'avais rien piché au truc drôle. »
06:11Mais c'est vrai, vous vulgarisez, c'est passionnant.
06:13C'est-à-dire que si vous ne le vulgarisez pas, c'est perdu.
06:16Et moi-même, je ne l'avais pas compris, l'audace.
06:18Moi, je l'ai compris grâce à vous.
06:20Je suis hyper content.
06:21Mais plus sérieusement, pourquoi avoir envie d'instruire
06:23en même temps que de faire de l'humour ?
06:24Est-ce qu'il y a une forme de se déculpabiliser,
06:27de faire de l'humour ?
06:28L'humour pour l'humour, ça ne suffirait pas ?
06:29L'humour pour un peu gratuit ?
06:31Mais vous avez remarqué qu'il y a des blagues
06:33sur la Golden Shower aussi.
06:35Je suis désolé.
06:35C'est vrai.
06:36Je ne détaillerai pas de quoi il s'agit, s'il vous plaît.
06:39Je laisserai les gens aller chercher.
06:40Mais voilà, ça existe, il y a ça.
06:44Mais on vous pardonne beaucoup plus de faire cette blague-là
06:47si vous avez parlé d'Heidegger.
06:48Et j'ouvre sur Baudelaire, ce spectacle précédent,
06:51Advitable.
06:52Donc, après, pour répondre à votre question juste avant,
06:57moi, mon idole, c'est Fabrice Lucchini.
06:59C'est lui qui m'a donné envie de monter sur scène,
07:01d'être drôle en apprenant des choses.
07:04Donc, j'essaye très modestement,
07:05parce que je n'ai pas ni sa culture,
07:07ni à ce point-là, cette envie de transmettre.
07:09Mais assez modestement, j'essaye quand même
07:11de glisser des choses où les gens disent,
07:13tiens, si ça m'a intéressé,
07:16il m'a ouvert une petite porte,
07:17j'y vais, j'y vais pas.
07:18S'ils y vont pas, c'est pas très grave.
07:19Mais je trouve que c'est chouette
07:21de laisser ça en plus.
07:23C'est la petite cerise sur le gâteau.
07:25Oui, parce que ma seule règle,
07:27c'est que les gens sortent en ayant rigolé.
07:28Après, si en plus, ils peuvent apprendre quelque chose
07:30ou avoir un avis qu'ils n'avaient pas eu,
07:32une réflexion qu'ils n'avaient pas eu,
07:33c'est offert ces cadeaux.
07:35Mais le minimum que je leur dois,
07:37parce qu'ils ont payé pour ça,
07:38et moi, c'est mon travail, c'est qu'ils rigolent.
07:40Et c'est vraiment votre marque de fabrique.
07:41Le titre de votre nouveau show, 2,5,
07:43est encore une référence culturelle.
07:45Désolé, c'est vous.
07:46Un petit peu, mais...
07:47Référence à 8,5 du réalisateur Federico Fellini.
07:50Après vos deux seuls en scène,
07:52celui-ci n'est que la moitié des deux précédents.
07:54C'est quoi le concept ?
07:55Je crois que Fellini avait voulu faire
07:56un film un peu plus expérimental
07:57qui ne voulait pas être son neuvième film.
08:00Donc, il avait appelé 8,5 en disant
08:01« Voilà, je vous propose ça, c'est entre les deux. »
08:04Moi, j'avais très peur de ne pas repartir en tournée.
08:07J'adore ça.
08:08Et donc, je me suis dit « Fais un truc petit
08:10où les gens qui t'aiment viendront te voir.
08:12Si ça marche, on verra bien. »
08:14Mais donc, je ne demandais que des salles à 100...
08:16Toute petite.
08:17Ouais.
08:17À Paris, c'est la Huchette qui fait 90.
08:19C'est magnifique.
08:21Et donc, la plus grande de la tournée
08:23doit faire 180, 200 maximum.
08:25Et donc, je veux jouer dans des petits lieux
08:27et dire aux gens...
08:29Je ne sais pas encore complètement
08:30ce qu'on va s'y dire,
08:31mais c'est un grand dîner
08:33où c'est moi qui parle, on va dire comme ça.
08:34Et ce n'est pas un vrai troisième spectacle
08:36parce qu'il n'y a pas une thématique forte
08:37comme sur les deux premiers.
08:38D'accord.
08:39Mais si vous m'appréciez,
08:40si vous aimez mon humour,
08:41il y aura évidemment ça dedans.
08:43Ça va être un peu plus jazzy.
08:44Je veux bien dire ça comme ça.
08:45Pourquoi un retour à ces petites salles ?
08:47Pourquoi un besoin de contact avec le public
08:49que vous aviez peut-être un petit peu perdu ?
08:51Être autre chose que l'humoriste des plateaux ?
08:53Comment vous...
08:54Alors, il y a ça.
08:55Ça, c'est sûr et certain
08:56que pour une certaine génération,
08:59s'ils ne sont pas venus me voir sur scène,
09:01alors que vraiment, j'ai commencé sur scène bien avant.
09:04Et donc, j'ai été rattrapé par...
09:06J'adore la télé, j'adore la radio.
09:08J'ai été rattrapé par ça.
09:09Donc, de revenir à l'essence,
09:11d'avoir un micro, juste une lumière
09:12et d'être marrant, ça, ça me plaît.
09:15Et aussi, c'est très galvanisant.
09:18Je ne sais plus quel footballeur disait
09:20« C'est super de jouer dans des stades de 80 000 »,
09:22mais juste derrière le coin, au parc,
09:24il y a des gamins.
09:25De temps en temps, ça me fait marrer
09:27d'aller jouer avec eux.
09:28Et il y a ça un peu.
09:29C'est-à-dire que je peux me le permettre aujourd'hui,
09:31de faire six mois dans des petites salles
09:33et d'aller au contact,
09:35d'aller jouer dans la cour
09:37de ceux qui arrivent,
09:39mais pas pour leur prendre leur place,
09:40mais juste pour me redonner un coup de bouche.
09:43Et une envie d'aller chercher
09:44un public plus jeune aussi.
09:46C'est le style des stand-up aujourd'hui,
09:48qui est très à la mode,
09:48où là, c'est un autre public
09:49qui vient un peu peur d'être dépassé,
09:51d'aller chercher une nouvelle génération.
09:53Ça, c'est une certitude.
09:54La peur d'être dépassé,
09:55je crois que je l'ai eue
09:56le lendemain de ma première.
09:58Ah oui ?
09:58Tous les artistes, on a ça.
09:59C'est qu'on ne sait pas si hier,
10:02ce n'était pas l'apogée de notre carrière.
10:04OK.
10:04Donc, évidemment que…
10:05Ça met une sacrée pression de vivre avec ça.
10:07Oui, oui.
10:08Après, on s'est dit.
10:10Mais il y a ça,
10:11donc c'est sûr,
10:12d'aller chercher les jeunes.
10:13S'ils viennent, je suis content,
10:14mais c'est surtout de leur dire,
10:15en fait,
10:16je fais le même métier que vous.
10:17Ce n'est pas parce que j'avais un micro-casque
10:19que je montrais à Idéguer
10:21que le principe de la blague,
10:23elle n'est pas la même.
10:24Elle a peur du bide aussi
10:25parce que c'est un public
10:26qui peut être plus sévère.
10:27C'est-à-dire que ça,
10:28quand les gens…
10:29Plus francs, plus directs.
10:30Si on ne rit pas, on ne rit pas.
10:31On ne fera pas semblant.
10:3290 personnes,
10:32quand il y a un vent,
10:34ils se regardent
10:35et on les voit se regarder.
10:36Vous avez peur de ça ou pas ?
10:37Vous êtes venus pour quoi ?
10:40Non, pas du tout.
10:41C'est vrai qu'un public
10:44avec 90 personnes plus jeunes…
10:46Il n'y aura pas que des plus jeunes.
10:48L'idée aussi,
10:49c'est que mon public
10:49vienne voir ces salles-là
10:51et se dise…
10:52Tiens, en fait,
10:53parce qu'il y a une des salles,
10:54c'est le Comédie Club de Bruxelles,
10:55dont je suis propriétaire.
10:56Donc, j'aime, moi,
10:57cette génération-là.
10:58J'aime cette façon
10:59de faire de l'humour.
11:00Elle vient des États-Unis
11:01et en fait,
11:02elle est très française.
11:03Il y a un bar,
11:04on boit un coup
11:05et on fait des blagues.
11:07Mais c'est vrai
11:07qu'on vient du théâtre
11:09plus que des bars en France
11:10et c'est très bien comme ça.
11:12Mais je pense que
11:12c'est quelque chose
11:14qui peut plaire
11:14à la génération
11:15qui est mon public
11:16qui est,
11:17je ne vais pas vous mentir,
11:17l'auditeur d'RTL moyen,
11:19il a 58 ans en moyenne.
11:20Donc, elle est plus jeune,
11:21elle est plus âgée,
11:21mais c'est une moyenne.
11:22Vous vous lancez aussi
11:23dans un autre format.
11:24Je n'aime pas le classique,
11:25mais avec Alex Vizorek,
11:26j'aime bien.
11:26Qu'est-ce que c'est ?
11:27Écoutez,
11:28je peux vous en parler
11:28d'autant mieux
11:29que maintenant,
11:30la première est passée.
11:32Peut-être que vous avez vu
11:33Gaspard Proust faire ça.
11:35C'est-à-dire que
11:37Gaspard est un féru
11:38de musique classique
11:39et donc avait choisi
11:39les morceaux,
11:40avait dit pourquoi
11:41il les aimait
11:42et on a un orchestre.
11:44Moi, j'ai 6-7 musiciens
11:45autour de moi,
11:46deux grands virtuoses,
11:47un coitur génial.
11:48C'est vraiment super.
11:49Évidemment,
11:50il y a beaucoup de blagues,
11:51mais toujours sur une base
11:52de sérieux.
11:53Je raconte la vie de Mozart,
11:54je raconte la vie de Beethoven.
11:55Encore dans une logique
11:55d'instruction et d'apprentissage.
11:57Je pense que
11:58si à la sortie du spectacle,
11:59vous vous sentez
12:00un peu moins con,
12:02ce n'est pas très grave.
12:03Au contraire.
12:04Qu'est-ce que je me dis ?
12:05Alors, j'ai un document
12:05à vous proposer.
12:06Peut-être que vous vous sentirez
12:07moins con aussi
12:08après l'avoir lu.
12:08Qu'est-ce que c'est que ça ?
12:09Je vais l'expliquer
12:10pour les gens
12:10qui nous écoutent, évidemment.
12:12Il a été délivré
12:12par nos partenaires,
12:13les archives nationales.
12:14C'est très sérieux, là aussi.
12:15Il s'agit du toast
12:16prononcé par De Gaulle
12:17et adressé à un certain
12:19Paul Vanden Boonhans.
12:21J'espère que je le prononce bien.
12:22Paul Vanden Boonhans.
12:23C'est encore mieux.
12:24Premier ministre de Belgique.
12:26Tout à fait.
12:26Un toast lors d'un déjeuner
12:28organisé au Palais de l'Elysée.
12:30C'était le 25 novembre 1966.
12:32Et il disait notamment ceci.
12:33Écoutez bien.
12:34À nous, Français,
12:35ce qui vient de Belgique
12:36est particulièrement cher.
12:38Vous remarquerez
12:38qu'il a rayé le mot
12:39très cher.
12:41C'est déjà pas mal.
12:42Tout à fait.
12:43Elle nous donne aussi
12:44l'occasion de saluer
12:45en votre personne
12:45le gouvernement d'un État
12:46qui, depuis qu'il est né
12:47avec le concours de la France,
12:48n'a jamais cessé
12:49de donner au monde
12:50l'exemple du travail,
12:52du bon sens et du courage.
12:54Des très beaux mots
12:54prononcés sur la Belgique
12:56de la part du général de Gaulle.
12:57Vous saviez ?
12:57C'est historique
12:58que les grands hommes,
13:00je ne sais pas pourquoi,
13:02ont des bons mots
13:02pour la Belgique.
13:03Jules César avait dit
13:05de tous les peuples de la Gaule,
13:07les Belges sont les plus braves.
13:08Pourtant, à l'époque,
13:09le pays n'existait pas.
13:10Il y avait déjà
13:10un peuple belge.
13:11Donc, que de Gaulle
13:12prolonge notre,
13:14comment dire,
13:15nos références
13:17au plan international
13:18me semble peut-être
13:20juste normal,
13:21je vais vous dire.
13:22Parce qu'on a beau
13:22se titiller français et belges,
13:24en fait, on s'aime bien.
13:25Ah mais, je suis sûr.
13:27Je suis sûr de ça.
13:27j'ai toujours su.
13:28Mais c'est vrai que
13:29si vous nous remettez
13:3030 ans en arrière,
13:31on a été un peu brocardés.
13:32On était les idiots
13:33du village.
13:35Et ça, moi,
13:36j'ai connu la queue
13:38de cette période.
13:38Quand je venais
13:39à l'école de ski français
13:40à Miribel,
13:42j'ai été moqué
13:43parce que j'étais le Belge.
13:44Vraiment ?
13:45Ah oui, oui, bien sûr.
13:45Quoi, vous avez subi
13:46une forme de racisme,
13:47on pourrait dire ça ?
13:48Du racisme anti-belge ?
13:50Oui.
13:51Alors, il y a eu
13:52une belgophobie
13:53mais presque normale,
13:56mais qui ne m'a jamais
13:56ennué.
13:57J'étais le Belge
13:57comme il y avait
13:57le Breton
13:58ou le Marseillais,
13:59si vous voulez.
14:00Avec ses caractéristiques,
14:00mais les vôtres étaient,
14:01si j'ai bien compris,
14:02pas très glorieuses.
14:03Elles étaient les idiots
14:04du village.
14:04C'est dingue.
14:04Et sont arrivés,
14:06pour moi,
14:06les deux game changers,
14:09c'était,
14:10il faut s'énerver
14:11parler en anglais,
14:11les deux personnes chevilles.
14:13Oui.
14:14Pour moi,
14:15c'est Philippe Gueluc
14:15et Benoît Poulvaux.
14:17D'accord.
14:17Qui ont rendu le Belge
14:18exotique, drôle,
14:20vif, intelligent.
14:22Et donc, nous,
14:22on est rentrés derrière
14:23et maintenant,
14:24je pense qu'il n'y a pas
14:25de problème.
14:25C'est même presque cool.
14:26Vous vous sentez plus quoi ?
14:28D'ailleurs, plus belge
14:28ou plus français aujourd'hui ?
14:29Plus belge.
14:30Ah oui.
14:31Sans aucun problème.
14:32Je sais bien que c'est bourré
14:33de...
14:34Les gens ne le voient pas,
14:34mais il y a une dizaine
14:35de drapeaux français
14:36là après à jaillir.
14:39Oui, je me sens
14:39confondément belge,
14:41mais avec une affection.
14:42Moi, j'habite ici,
14:43je n'ai pas eu mis en temps
14:43en France,
14:44je ne suis pas le plus clair
14:46de mon temps en France.
14:48Mais si vous me demandez
14:49ce que les Allemands
14:51appellent le Heimat,
14:52c'est-à-dire l'endroit
14:52où on vous perdrait
14:53n'importe où,
14:54où on vous ramène,
14:55le chez-moi,
14:56c'est Bruxelles, oui.
14:58Ce que l'on remarque
14:59dans votre travail,
15:00c'est que contrairement
15:00à beaucoup d'autres,
15:01vous ne parlez pas de vous,
15:02ou très peu.
15:04Vous dites d'ailleurs
15:04à ce propos,
15:05vous l'avez dit tout à l'heure,
15:06mon idole,
15:06c'est Fabrice Lucchini
15:07qui prend l'excuse
15:08des grands textes
15:09pour finir par parler de lui.
15:11Il y a un grand texte
15:12qui parle de vous ?
15:13Je ne sais pas.
15:16Je vais vous chercher
15:16un grand auteur belge.
15:19Je vous prends de court.
15:20Je ne vous ai pas
15:20laissé vous préparer.
15:21Et en même temps,
15:21vous savez,
15:22vous l'avez dit tout à l'heure,
15:23j'ai sorti un conte pour enfants
15:24qui s'appelle
15:25L'histoire du suppositoire
15:27qui voulait échapper
15:27à sa destinée.
15:28Et ça parle de vous, ça ?
15:30Eh bien, tenez-vous bien
15:31que pas mal de journalistes
15:33m'ont dit
15:33mais ce suppositoire
15:34qui en fait
15:35ne veut pas aller
15:36où il doit aller,
15:38c'est un peu vous.
15:39Et au fond,
15:40il n'avait pas complètement tort
15:40parce que je n'étais pas né
15:41du tout dans une famille
15:42où normalement
15:43on finit comique,
15:44on monte à Paris.
15:45Et donc l'idée
15:46que la destinée
15:48n'est pas fixe
15:49et qu'elle peut évoluer,
15:50peut-être bien
15:50y avait-il un peu de moi.
15:51Intéressant.
15:52Vous l'avez fait en femme aussi
15:53le suppositoire.
15:54Le suivant,
15:55parce qu'égalité des sexes,
15:56pourquoi ce ne seraient
15:57que des hommes
15:58les suppositoires ?
15:59Donc la dernière,
15:59celle s'appelle Lulu,
16:00le dernier suppositoire
16:01parce que, bien sûr,
16:02dans le cul de Lulu,
16:03bien sûr.
16:04J'ai compris.
16:05Je crois que nos téléspectateurs
16:06ont compris.
16:07C'est quand même une pudeur
16:08qui tranche avec l'époque.
16:09On est dans un moment
16:10où les humoristes,
16:12mais pas qu'eux,
16:12ont plutôt tendance
16:13à parler d'eux,
16:14de leurs émotions,
16:16de leur parcours,
16:16de leur vie.
16:17Ce n'est pas votre cas.
16:18Vous tranchez.
16:19Alors, je crois que c'est
16:20comme un rendez-vous amoureux.
16:22C'est-à-dire que,
16:22quand j'ai commencé ce métier,
16:24je ne vois pas pourquoi
16:25j'aurais parlé de moi
16:26parce que je ne connaissais pas
16:27encore le public
16:28et ils ne me connaissaient pas.
16:29Donc, un peu comme
16:30un premier rendez-vous,
16:31vous parlez de ce que vous aimez
16:32en disant que ça dirait
16:33quelque chose de vous.
16:34Parler d'un traumatisme
16:34ou de quelque chose
16:35qui vous est arrivé
16:35peut vous lancer,
16:36vous lancer une carrière.
16:37Aujourd'hui,
16:37c'est un peu ce qui peut se passer.
16:38Ce n'est pas faux.
16:38Ce n'est pas faux.
16:39Alors, peut-être n'ai-je pas eu
16:41de traumatisme suffisant
16:43ou que je n'ai pas eu
16:43l'occasion d'en parler
16:45comme il fallait.
16:46Mais maintenant,
16:47et c'est pour ça que
16:48Deux et demie,
16:48je le fais dans des petites salles
16:50et j'ai l'impression
16:50que c'est un bon point de départ.
16:53Maintenant, ça fait 15 ans
16:54que le public potentiellement
16:55peut me connaître
16:56et que je le connais.
16:57On a vécu des choses ensemble
16:58maintenant
16:59et je pense que je peux
17:00un peu plus lui parler de moi
17:01que ça peut potentiellement
17:01plus l'intéresser
17:02que quand je suis arrivé,
17:03que je n'étais personne
17:04et que je ne vois pas
17:05pourquoi je lui parlerais
17:05de ma mère
17:06et de mes problèmes
17:07de petit appartement à Paris.
17:08et d'autres le faisaient
17:10très bien par ailleurs.
17:11Mais donc, je crois
17:12et c'est une envie,
17:15je vais un tout petit peu
17:16casser cette idée.
17:19Je voudrais un tout petit peu
17:19parler plus de moi,
17:20ce qui ne m'empêchera pas
17:21de citer Spinoza et Kierkegaard
17:23si ça fait résonance.
17:24Alors, on va commencer maintenant
17:25parce qu'il y a ce qu'on sait
17:26officiellement.
17:27Vous êtes né à Bruxelles,
17:28vos parents tenaient
17:29un magasin de chaussures,
17:30vous êtes né à Alexandre Vizorek
17:32et vous avez simplifié
17:33l'orthographe du nom de famille.
17:34Pour le reste,
17:35je suis allée piocher
17:36dans votre spectacle Advitam.
17:37J'ai quand même réussi
17:37à glaner quelques infos sur vous,
17:39sauf si ça fait partie du show,
17:40vous allez me le dire,
17:41que votre grand-mère adore rigoler
17:43et que vous tenez sûrement ça d'elle
17:45au point de lui faire des blagues
17:46sur la mort lors de funérailles
17:47auxquelles vous assistez avec elle.
17:49On apprend aussi
17:49que vous êtes anosmique,
17:51c'est-à-dire que vous souffrez
17:52d'un manque d'odorat,
17:54vous n'avez pas d'odorat,
17:55il vous manque un sens,
17:56un handicap dont tout le monde
17:57se fout d'ailleurs,
17:58regrettez-vous,
17:59assez sérieusement dans le spectacle.
18:01Et moins intime,
18:02on apprend que vous avez fait
18:03une école de commerce.
18:04Tout cela est vrai ?
18:04Tout cela est vrai,
18:05Madame Fitoussi.
18:07Vous avez joué la comédie,
18:08ça vous vient de votre grand-mère ?
18:09Alors, je crois,
18:11c'est la mère de mon père
18:12qui était, elle, drôle,
18:13un peu sans trop s'en rendre compte.
18:15D'accord.
18:16Elle est toujours d'ailleurs.
18:17Ça fait 35 ans qu'elle nous dit
18:19qu'il est temps qu'elle s'en aille.
18:20On n'y croit plus.
18:21Mais mon père,
18:24je le voyais assez généreusement
18:26interpréter des blagues à table
18:27et il a bien raconté des histoires.
18:29Et je voyais que
18:30quand il prenait la parole,
18:31alors il a un certain charisme,
18:33eh bien les gens l'écoutaient
18:34avec attention
18:35et j'ai l'impression
18:35que dans leur regard,
18:36je lisais potentiellement
18:37de l'amour,
18:39de l'admiration
18:39et je me dis,
18:40putain, c'est chouette
18:40de voir peut-être
18:41que vous avez l'éloquence
18:42qui est derrière vous.
18:43Je pense que c'est une chance.
18:45Elle peut se travailler,
18:45mais c'est vrai.
18:46Et donc, je crois
18:47que j'ai un peu,
18:48épidermiquement,
18:49ça m'est rentré.
18:50Mon père avait fait
18:51un peu chanteur.
18:53Je n'avais pas ce talent-là
18:55et j'ai commencé
18:57les cours de diction,
18:58d'éclamation
18:58quand j'étais gamin
18:59et ça m'a donné envie
19:00de faire ça
19:01et je suis monté à Paris
19:02après mes études
19:02d'école de commerce
19:03au cours Florent
19:04pour devenir comédien.
19:07les textes des autres
19:08et je suis toujours
19:09très admiratif
19:10des textes des autres.
19:11Mais après,
19:13il s'est avéré
19:13que c'est avec les miens
19:14que ça a matché
19:16avec le public.
19:17Ce que j'ai aussi réussi
19:19à découvrir sur vous,
19:20c'est que vous avez été
19:21bercé au son de radio
19:23des grosses têtes
19:24sur l'RTL
19:25que votre père écoutait,
19:26mais aussi que vers l'âge
19:27de 15-16 ans,
19:28vous écoutiez
19:28ce que votre père écoutait
19:2920 ans auparavant,
19:30c'est-à-dire des chansons
19:31de Michel Thor,
19:32de Daniel Guichard
19:33et d'Hervé Villard,
19:34seulement des artistes français.
19:36Il n'y avait pas de chansons.
19:37Très peu.
19:38Très, très peu.
19:40Mon père,
19:41peut-être un peu presley,
19:42mais il aimait presley
19:45parce que Johnny
19:45et Dick Rivers
19:46aimaient presley.
19:48Donc, moi,
19:49j'ai grandi là-dedans.
19:50Quand j'ai eu l'âge,
19:51ils m'ont emmené...
19:52Moi, j'ai vu Dick Rivers
19:53à l'Ancienne Bellevue.
19:54Eh bien...
19:55Mais les dites passent en riant ?
19:56Eh bien, j'étais pas sûr.
19:57Il est passé une très bonne soirée.
19:58J'en doute pas.
19:59Je peux vous dire
19:59qu'il y avait une belle embellion.
20:00J'étais un peu le plus jeune
20:01de la salle.
20:03Mais donc, j'ai adoré ça.
20:04J'ai continué
20:04d'en aller voir Guichard
20:05avec mon père
20:06il n'y a pas si longtemps.
20:08Donc, oui.
20:09Et c'est vrai
20:10que ma mère a me bien raconté ça
20:11que quand j'avais demandé
20:12pour Noël une compil,
20:13c'était à l'époque
20:14où les CD commençaient à arriver.
20:16Et donc, il y avait
20:17des compils de gens
20:18qui avaient sorti des vinyles.
20:20Et donc, moi,
20:20je trouvais ça super.
20:21Ça me permettait
20:21d'avoir les meilleures chansons
20:23de ces chanteurs-là
20:23d'un coup.
20:24Il n'y a pas Spotify.
20:25Il parle d'une intente
20:26que les jeunes
20:26ne peuvent pas connaître.
20:28Et donc, un jour,
20:28ma mère va demander
20:29pour mon Noël
20:30la compil
20:31de Daniel Guichard.
20:32Et donc, il fait le paquet.
20:34Le vendeur, elle a dit
20:35« Votre maman va être à vie. »
20:37Et elle a dit
20:37« Non, non, c'est pas mon fils. »
20:38« C'est pas mon fils. »
20:39Donc, voilà.
20:41Mais je crois...
20:42Moi, j'ai grandi...
20:42On parlait tout à l'heure
20:44de Christian Morin
20:45et de La Rue de la Fortune.
20:45Donc, peut-être
20:46que vous avez aussi grandi
20:47avec la chance aux chansons.
20:49Quand j'allumais la télé
20:50en rentrant de l'école,
20:50il y avait Pascal Sevran
20:51qui présentait les chanteurs
20:52qui étaient déjà
20:53un peu d'une autre époque.
20:54Et moi, ça me fascinait.
20:55« C'est Jean qui danse. »
20:56« C'est les chansons. »
20:57« Les mots en français. »
20:59Et puis, une espèce de joie
21:00de vivre un peu peut-être désuète
21:02mais qui me parlait.
21:04À la lueur de celui
21:05que vous êtes aujourd'hui,
21:06quel conseil donneriez-vous
21:07au petit garçon que vous étiez ?
21:08Qu'est-ce que vous lui diriez
21:09avant que vous laissez dans la vie ?
21:10Je trouve ça toujours
21:11très touchant.
21:13C'est une question rituelle.
21:14Vous ne pouvez pas y couper.
21:15Non, mais je ne couperai pas.
21:17J'ai dû réfléchir
21:18pas mal de fois à cette question
21:19et je lui dirais...
21:21ça va être bien
21:26ce qui arrive.
21:27Parce que vraiment,
21:28le petit garçon,
21:29il ne savait pas.
21:30Moi, j'étais petit,
21:31j'aimais bien les gens connus,
21:32j'étais chasseur d'autographes,
21:34j'allais voir les vedettes,
21:35je trouvais ça fascinant.
21:36Je crois que si on lui avait dit
21:37« Ce sera toi »
21:38de l'autre côté du bic,
21:39du stylo dans 25 ans,
21:42il n'y aurait pas vraiment cru,
21:44mais il aurait trouvé ça fou.
21:46Et donc, je lui dirais
21:47continuez à faire
21:48comme si ça n'arrivera pas
21:50et ce n'est pas exclu
21:51que ça arrive.
21:51Vous seriez rassuré,
21:53donc, un peu.
21:53Oui, oui, oui.
21:54Peur que ça n'arrive pas.
21:55Après, ce n'est pas bien
21:56de se rassurer
21:56parce que c'est bien aussi
21:57d'être dans le doute.
21:58Je crois que le doute
21:58est fondateur
22:00justement à cet âge-là,
22:01en plus.
22:02J'ai des photos
22:03à vous proposer,
22:04Alex Vizorek.
22:05La première, la voici.
22:06Elle va évidemment
22:07vous parler tout de suite.
22:08Il s'agit de Kevin Farjas,
22:10champion de France
22:11de fléchettes.
22:12À 17 ans,
22:13il s'est imposé
22:14chez les seniors.
22:16Et j'ai découvert
22:16que vous étiez
22:17un passionné de fléchettes.
22:19Si je voulais faire
22:20un peu d'esprit,
22:21je dirais que décocher
22:22des flèches,
22:23c'est un peu votre truc.
22:24Elle est belle celle-là,
22:26il faut la garder.
22:26Déjà, c'est brillant.
22:28Merci.
22:29Vous allez m'embaucher
22:29en motrice.
22:30de votre émission
22:31en disant
22:31« Fuitoussi,
22:32c'est au-dessus de la mêlée. »
22:34Eh bien,
22:35c'est parce que c'est bossé.
22:36Il n'y a pas de secret.
22:36C'est bossé,
22:37voilà.
22:37Elle m'est venue,
22:38celle-là.
22:39Alors,
22:40pour faire le très pointu,
22:42il joue
22:42aux des fléchettes électroniques.
22:43D'accord.
22:44Moi, je suis très old school,
22:45une fois.
22:46Décidément.
22:47Comme pour tout.
22:48Il faut jouer
22:48sur des fléchettes
22:49avec la cible
22:50en crème de cheval
22:51à l'anglaise.
22:52OK.
22:53Mais j'adore ça.
22:53J'adore ça,
22:54je suis passionné de ça.
22:55C'est bon.
23:00Eh bien,
23:01pour les chaînes belges,
23:02je commente
23:03les championnats
23:03du monde de fléchettes.
23:05Et je peux...
23:06Mais vraiment,
23:07ne me jugez pas.
23:08Je peux passer des heures.
23:10Deuxième photo,
23:11la voici.
23:11Il s'agit de Judith Magre,
23:13comédienne,
23:14presque 100 ans,
23:15toujours sur scène.
23:16Elle est venue ici
23:17dans cette émission
23:18à votre place.
23:19Et elle a notamment évoqué
23:20sa vie sans enfant,
23:21revendiqué
23:22une vie sans enfant.
23:23Et je crois savoir
23:23que vous aussi,
23:24vous assumez
23:25de ne pas vouloir d'enfant.
23:26Vous en parlez
23:26dans vos spectacles.
23:26Oui, je leur parle
23:27assez facilement
23:28et c'est toujours
23:29le cas pour l'instant.
23:31Je n'ai pas de révélation
23:31à vous faire.
23:33Vous n'êtes pas enceinte.
23:34Non, je ne suis pas enceinte.
23:35D'accord.
23:36Celle-là est très bonne,
23:37par contre.
23:38Autant sur les flèches,
23:39j'étais un peu simple
23:39parce que je ne croyais pas trop.
23:42Je trouve ça très,
23:42très courageux
23:43vu la génération
23:44qui est la sienne
23:44quand même un poil
23:46plus ancienne que moi
23:47et vu le fait
23:48que ce soit une femme.
23:49Je pense que c'est
23:49beaucoup plus difficile
23:50pour une femme
23:51de l'admettre.
23:51Je crois que ça va mieux.
23:52Mais aujourd'hui,
23:53il y a des filles
23:54de 25-30 ans
23:56qui disent
23:56je crois que je n'en veux pas
23:57ou je n'en veux pas.
23:58La génération d'avant,
23:59on les a beaucoup emmerdées
24:01genre alors c'est pour quand ?
24:02Bien sûr.
24:03Les hommes,
24:03on a eu la chance
24:03de passer un peu plus
24:05à travers ce genre
24:05de remarques
24:06et de questionnements
24:06même si c'est vrai
24:07que de temps en temps,
24:09on me le demande.
24:11Ah oui.
24:11Et moi-même,
24:11je l'ai demandé
24:12à des gens
24:14de la génération d'avant
24:15en leur disant
24:16mais au fond,
24:17est-ce que ça t'a rendu heureux
24:18de ne pas en avoir ?
24:19Est-ce qu'à un moment,
24:21tu as repensé ?
24:23Et j'ai le sentiment
24:24que ceux en tout cas
24:26à qui j'en ai parlé
24:26se sont plutôt ouverts
24:28sur le fait
24:29qu'il n'y a plus à avoir
24:31des questionnements
24:32à tous les moments
24:32de la vie
24:33Bien sûr.
24:33Mais qu'au fond,
24:35c'était un vrai choix,
24:37un apaisement
24:37et que la plus belle phrase
24:39était de Gérard Fromanger,
24:41le peintre,
24:42avec qui,
24:43voilà,
24:43j'aime beaucoup cet homme
24:44et il n'y a pas d'enfant
24:46et je dis mais Gérard,
24:46c'est l'idée
24:47de la transmission
24:48et il me dit
24:50mais en fait,
24:50l'enfant,
24:51c'est moi
24:51donc je me suis toujours
24:53occupé de l'enfant
24:53qui était moi
24:54et pour ce qui est
24:54de la transmission,
24:55je vais dans les écoles,
24:56je vais voir les jeunes,
24:57je leur parle
24:58de mon travail,
25:00je leur explique
25:00comment j'ai moi
25:01commencé à devenir peintre
25:02et donc il dit
25:03je le fais beaucoup
25:04et je n'ai pas regretté
25:06et je trouvais
25:07que ça m'a parlé.
25:09Voilà.
25:10Une dernière photo,
25:11vous allez évidemment
25:11le reconnaître,
25:12il s'agit de Jean-Claude Van Damme,
25:14philosophe préféré,
25:15acteur belge,
25:16mais oui,
25:16dont le nom ressort
25:17sur Google
25:18quand on tape
25:19philosophe belge.
25:20Vous en parlez
25:21dans votre spectacle
25:22plus sérieusement,
25:23est-ce que c'est quelqu'un
25:24qui a aussi fait du bien
25:25à l'image des Belges
25:27en France ?
25:28Est-ce qu'il a réconcilié
25:29un peu les Français
25:30et les Belges ?
25:31Alors ça,
25:31je ne suis pas sûr.
25:31Non, pourquoi ?
25:32Parce qu'il a continué
25:33un petit peu
25:34à entretenir l'idée
25:34que le Belge,
25:36parfois,
25:37ça ne se touchait
25:38pas aux mêmes endroits.
25:39Mais il y a vraiment
25:41un truc qu'on lui doit tous,
25:43c'est qu'il a ce que peu de...
25:45On n'est pas toujours
25:46le peuple le plus ambitieux,
25:47on n'est pas toujours
25:48le peuple le plus décidé.
25:49Et lui,
25:51à 17 ans,
25:51il était champion de karaté,
25:52champion de Belgique de karaté,
25:53donc ce n'est pas non plus...
25:55Et il est parti à Hollywood,
25:56il a dit
25:56« Je serai une star ».
25:57Et je pense qu'aujourd'hui,
25:58c'est le Belge
25:58le plus connu au monde.
25:59Au monde, je pense.
26:01Peut-être Eddy Merckx,
26:02mais je crois que tout le monde
26:03n'aime pas le vélo
26:04dans le monde entier.
26:05C'est sans doute lui.
26:07Et il a montré aux Belges
26:08qu'on pouvait être
26:08une star à Hollywood,
26:09qu'on pouvait être aux Oscars,
26:10qu'on pouvait vraiment
26:13être à côté de Stallone
26:14tout en étant belge.
26:15Et il a ouvert
26:17un champ des possibles.
26:18Je pense que quand même,
26:19oui, il faut lui donner ça.
26:21Une dernière question.
26:22On y est, Alex Vizorek,
26:23qui est en lien
26:24avec le lieu
26:24dans lequel nous sommes.
26:25Nous sommes entourés
26:26de quatre statues
26:27qui représentent
26:28chacune une vertu.
26:29Il y a la sagesse,
26:30la prudence,
26:31la justice
26:32et l'éloquence.
26:33Est-ce qu'il y a
26:34une de ces vertus
26:34qui vous parle particulièrement,
26:36que vous avez envie
26:36de défendre,
26:36ou même une cinquième vertu
26:38qui vous viendrait à l'esprit ?
26:39Je pense que ce n'est
26:40peut-être pas un hasard
26:40que vous mettiez
26:42les invités
26:42à l'ombre de la sagesse.
26:47Mais ça me semble
26:47être la plus intéressante
26:49des quatre.
26:51La sagesse ?
26:53Se poser la question
26:53parfois de savoir
26:54si on l'a
26:55et si on l'utilise bien.
26:57Ou si on tend vers elle.
26:59Exactement.
27:00Je pense que c'est pas mal.
27:01Mais vous m'emmenez
27:02sur un terrain
27:03où je suis en train
27:03de m'écouter parler
27:04et je me dis
27:05que c'est vraiment
27:05très intelligent
27:06ce que je dis.
27:06Je ne sais pas.
27:07Quand ça n'est pas drôle,
27:08je me juge.
27:09N'ayez aucune inquiétude.
27:10C'est votre mot.
27:11On s'arrêtera sur ce mot.
27:12C'est votre vertu,
27:12la sagesse.
27:13Vas-y, sagesse.
27:14Sagesse.
27:15On s'arrêtera là-dessus.
27:16Merci.
27:17Merci à vous.
27:17Et merci à vous
27:19de nous avoir suivis
27:20comme chaque semaine.
27:21Émission à retrouver en replay
27:21sur notre plateforme
27:22publicsena.fr
27:23et en podcast.
27:24Vous le savez.
27:25À très vite.
27:26Merci beaucoup.
27:26Sous-titrage Société Radio-Canada
27:28Sous-titrage Société Radio-Canada
27:31Sous-titrage Société Radio-Canada
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