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  • il y a 5 mois
Dans son rapport sur les effets psychologiques des réseaux sociaux sur les mineurs, la commission parlementaire dresse un état des lieux sombre et dénonce l'application qui "expose en toute connaissance de cause" les jeunes à des contenus dangereux. Arthur Delaporte, président de la commission parlementaire, a annoncé avoir saisi la justice pour "mise en danger de la vie des utilisateurs de l'application". 

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Transcription
00:00On va parler à présent d'un poison, un poison que nous sommes pourtant près de 30 millions de français à avoir quelque part là sur la table ou au fond de nos poches.
00:08Le poison TikTok, c'est ce terme de poison qu'utilise la commission d'enquête parlementaire qui vient de rendre son rapport sur ce réseau social chinois et ses dangers pour les plus jeunes.
00:18La commission réclame son interdiction au moins de 15 ans.
00:22Bonsoir Laure Miller.
00:22Bonsoir.
00:23Vous êtes députée ensemble pour la République de la Marne, rapporteur de cette commission d'enquête qui a rendu aujourd'hui donc ses conclusions.
00:28Bonsoir Stéphanie Mistre.
00:29Bonsoir.
00:30Merci infiniment d'être avec nous.
00:31Vous avez été entendue par cette commission, témoignage qui je crois bouleversait les membres de la commission.
00:37C'est vous, je le disais tout à l'heure, qui avez lancé ce combat.
00:40Prenez une respiration si vous voulez.
00:41C'est vous qui avez lancé ce combat en France en portant plainte contre TikTok après le suicide de votre fille.
00:46C'était en 2021, c'est ça ?
00:47Tout à fait.
00:48Elle s'appelait Marie, elle avait 15 ans.
00:50Votre fille était victime de harcèlement scolaire à cause de son surpoids, on peut dire ça comme ça ?
00:55Oui, c'est ça.
00:55Elle passait beaucoup de temps comme la plupart de nos ados sur les réseaux sociaux et sur TikTok.
01:01Simplement, est-ce qu'avant sa mort, vous saviez ce qu'elle voyait quand elle regardait son téléphone ?
01:06Absolument pas.
01:06C'était sacré le téléphone, c'est ça ?
01:08Alors, c'était sacré et j'ai envie de vous dire que Marie chantait et faisait de la danse de haut niveau.
01:14Et c'était Musical.ly.
01:16Et là, c'était un loisir.
01:20Elle créait quelque chose, elle chantait, elle faisait des chorégraphies.
01:24Et du coup, pour moi, TikTok était Musical.ly.
01:27Et on parle de 2021, donc de la période de confinement.
01:31Et à ce moment-là, en 2021, il y a 4 ans de ça, je n'avais absolument aucune idée ou je ne pouvais même pas imaginer ça.
01:39Et en fait, quand Marie est partie, au bout d'un mois, je me suis dit, je vais aller voir dans son téléphone.
01:42Et c'est là que j'ai découvert l'horreur.
01:45Vous avez vu quoi à ce moment-là sur son téléphone ?
01:47Alors, j'ai trouvé de nombreuses vidéos sur l'automutilation, sur comment se scarifier.
01:55Comment elle était arrivée à ces vidéos-là ? En tapant quoi ?
01:57Alors, je pense, parce que Marie, du coup, a essayé de trouver une solution pour son problème de poids.
02:05Parce que, comme je le disais, on lui faisait remarquer tout le temps, alors qu'elle, ça ne la dérangeait pas.
02:09Et en tapant perte de poids sur TikTok, on associe ça à un problème de santé mentale.
02:14Mais avant de l'envoi point...
02:14Et donc, en 2 minutes, on a les vidéos que vous décrivez ?
02:17Et là, en 2 minutes, à partir du moment où vous mettez problème de poids, vous passez tout de suite en problème de santé mentale.
02:24Et là, on vous envoie en 2 minutes des vidéos sur le suicide, sur comment mourir, comment se scarifier.
02:30Et en même temps, toutes ces vidéos, vous savez, noires, avec la voix d'un homme qui parle gravement,
02:36et qui vous met dans une espèce d'ambiance de spleen, de mal-être.
02:41Et sans parler au-delà de ça, et j'ai envie de le dire, que Marie était solaire.
02:44Et elle a été reconnue comme hypersensible et empathique.
02:48Et ce que j'ai trouvé aussi sur son téléphone, c'est des discussions avec des jeunes filles.
02:51Et en fait, elle essayait de les aider.
02:53Et je pense que d'essayer d'aider ces jeunes filles l'a enfoncée encore plus.
02:57Et tout ça, c'est TikTok.
03:00En fait, à partir du moment où vous likez une vidéo, ça veut dire que vous la validez.
03:05Et du coup, il vous enferme dans cette espèce de communauté.
03:07Quand vous dites qu'il vous enferme, c'est l'algorithme.
03:09L'algorithme.
03:10Il n'y a pas des petites mains derrière.
03:11C'est l'algorithme.
03:12Non, alors avant l'algorithme, il y a quand même la bulle de filtre.
03:14Qui rentre et qui s'immiscie quand même dans votre vie privée,
03:17puisqu'il va faire une espèce de supposition de qui vous êtes, de votre personnalité.
03:21Il vous enferme dans cette bulle.
03:22C'est-à-dire que si j'ai eu le malheur de taper 3 fois perte de poids au régime,
03:25il est probable que toutes les vidéos...
03:26Il vous a cataloguées.
03:27Vous dites que l'algorithme de TikTok, c'est une machine à tuer.
03:35conçue par ses propriétaires pour faire en sorte que l'enfant ne puisse plus décrocher.
03:44Et à partir de là, quand l'enfant est dessus, le but, c'est qu'il les reste.
03:50Maryse aurait très bien pu lui proposer des vidéos sur lui dire
03:53va faire du sport, un programme alimentaire.
03:56À qui te confie, à qui parler de ces questions-là.
03:57Voilà.
03:58Mais non, au lieu de lui envoyer quelque chose de positif,
04:00comme ils préconisent que leur réseau est positif et il amène la joie,
04:04là, en fait, ils ne lui ont amené que du négatif.
04:07En ne lui proposant que des vidéos de mal-être et de dépression.
04:11Laure Miller, vous avez interrogé les responsables de TikTok.
04:15Je précise qu'on les avait invités évidemment ce soir sur ce plateau.
04:18Sans langue de bois, quand ils sont venus s'expliquer devant la représentation nationale,
04:21on peut dire qu'ils se sont un peu foutus de vous ?
04:23Oui.
04:23Sans langue de bois ?
04:24Oui, on peut dire qu'ils se sont complètement foutus du monde.
04:26Parce qu'en effet, ils prétendaient ignorer tout ce qu'on leur mettait devant les yeux.
04:30C'est-à-dire, moi, j'ai commencé l'audition en leur citant un certain nombre de témoignages
04:33qu'on avait reçus, nous, commission d'enquête, qui étaient édifiants,
04:36qui résumaient un petit peu ça, des jeunes qui nous expliquaient,
04:39qui témoignaient quelques années après du fait qu'ils avaient été enfermés
04:42dans un espèce de spirale infernale et mortifère.
04:45Exactement ce que décriait Stéphanie.
04:46Exactement ça.
04:46Mais c'était des jeunes qui en étaient sortis avec difficulté,
04:49qui étaient aujourd'hui étudiants et qui nous expliquaient ça.
04:51Et voilà, elles n'avaient aucune réponse, ces responsables de TikTok.
04:54Et puis par ailleurs, lorsqu'on leur montrait, on leur a montré des contenus problématiques
04:59qui n'étaient pas modérés, alors même que c'était évident
05:01qu'ils ne devaient pas avoir leur place sur la plateforme,
05:04elles feignaient d'ignorer l'existence de ces contenus.
05:06Alors que voilà, les choses sont claires.
05:08Aujourd'hui, votre rapport demande donc l'interdiction de TikTok au moins de 15 ans.
05:13C'est déjà le cas, théoriquement, cette interdiction en France depuis une loi de 2023,
05:16mais les décrets n'ont jamais été publiés.
05:18Comment faire pour que votre rapport ne soit pas un rapport de plus
05:21et qu'il n'aille pas se ranger au-dessus d'une étagère d'un gouvernement qui n'est pas encore nommé ?
05:25C'est ce qu'on ne souhaite pas, en effet, on est très nombreux à ne pas le souhaiter.
05:27Deux éléments qui me semblent des éléments positifs
05:30et qui nous permettent de penser qu'on va pouvoir agir cette fois-ci.
05:32Le premier élément, c'est que cet été, il y a eu une décision qui a un peu passé sous les radars,
05:36mais qui était très importante.
05:37La Commission européenne nous a dit, maintenant, vous avez le droit d'appliquer en droit national
05:41une limitation, donc une interdiction avant un certain âge.
05:43Ça n'était pas le cas auparavant, d'où cette loi qui était malheureusement
05:46restait l'être morte alors qu'elle était un vrai signal d'alerte.
05:49Donc, depuis cet été, nous avons le droit de transposer en droit national une interdiction.
05:54Deuxième élément, c'est que le vrai sujet, le cœur du sujet, c'est de pouvoir vérifier l'âge.
05:58Comme on l'interdit.
05:59Et c'est de pouvoir vérifier l'âge.
06:00Quand vous arrivez sur la plateforme, aujourd'hui, vous entrez n'importe quelle date de naissance.
06:04Et donc là, l'outil arrive, c'est ça ?
06:05L'outil arrive, et là encore, la Commission européenne nous met à disposition,
06:09à titre expérimental, nous et plusieurs autres pays de l'Union européenne
06:12qui sommes moteurs en la matière, nous met un outil à disposition au printemps prochain.
06:16Pour qu'on puisse vérifier l'âge à l'inscription.
06:18Ça se passera comment ? Il faudra une carte d'identité ?
06:20Il faudra présenter une carte d'identité.
06:21C'est-à-dire qu'un ado qui a la carte d'identité dans la chambre, il peut aussi passer le filtre.
06:24Bien sûr, le problème n'est pas infaillible.
06:25Mais de la même manière qu'aujourd'hui, un ado peut aller demander à son grand frère
06:28d'aller acheter un paquet de cigarettes ou une bouteille d'alcool dans un magasin
06:31et finalement, en le consommant après.
06:33Donc, le sujet, ce n'est pas l'infaillibilité totale du système.
06:37Mais c'est qu'avec ce dispositif, on pourra quand même vérifier l'âge.
06:41Et puis par ailleurs, j'ajoute, ça donne une règle.
06:43Aujourd'hui, on n'a pas de règle dans la société.
06:45Et beaucoup de parents ou beaucoup d'enfants légitimement se disent
06:48les réseaux sociaux, il n'y a aucune difficulté.
06:54Et je trouve que ça envoie un message qui aujourd'hui n'est pas ce message
06:57de sensibilisation et de prévention qui est envoyé malheureusement à la société.
07:00Stéphanie Mistre, votre réaction à ces annonces ?
07:02Il y en a une autre, on va en parler dans un instant.
07:04Moi, je remercie absolument Mme Miller et M. Delaporte d'avoir...
07:10Arthur Delaporte, qui est le président de la commission.
07:11Oui, d'avoir pris conscience de tout ça et d'avoir travaillé dans ce sens-là
07:17pour aider nos enfants à ce qu'ils se sentent mieux.
07:20Et 15 ans, c'est déjà très bien.
07:22Et en même temps, derrière, il n'y a pas que 15 ans.
07:25Il y a aussi ce couvre-feu, pour moi, qui est salvateur.
07:28Couvre-feu numérique entre 22h le soir et 8h.
07:30Pour les 15-18 ans, c'est-à-dire plus rien, merci à rien.
07:35On va vous dire, certains vont peut-être vous dire, mais ça, c'est le job des parents.
07:39C'est assez facile de dire ça ?
07:40Est-ce que je peux me permettre...
07:42Pardon, Mme Miller, bien sûr.
07:44Voilà, j'ai passé, au mois de juin, 21h au téléphone avec Apple.
07:49J'ai une jeune fille qui va avoir 15 ans, ma deuxième fille.
07:52Elle arrive à passer outre le contrôle parental, parce que j'ai trouvé comment elle fait.
07:59et Apple ne sait absolument pas comment faire.
08:02Ils sont meilleurs que nous.
08:03Ah mais complètement.
08:04On est des tout-en-camons, on est des...
08:07Voilà, et c'est même pas ça.
08:08C'est qu'en fait, Apple ne m'a trouvé aucune solution pour pouvoir protéger ma fille correctement.
08:15Donc, en fait, moi, j'aimerais bien qu'on me donne une solution.
08:18Ou alors, il y a une autre application.
08:20Et en fait, il suffit à l'enfant, et c'est écrit sur Internet,
08:23de désinstaller l'application et de la remettre.
08:26Et il n'y a plus le contrôle parental.
08:27Donc, en fait, si on nous donne des moyens, moi, je suis heureuse et j'évite d'être névrosée.
08:31Ça me va très bien.
08:32Je souhaite vraiment que ça arrive.
08:35Est-ce que vous vous dites qu'avec ces mesures, peut-être que votre fille aurait été davantage aidée
08:39et qu'elle n'aurait peut-être pas agi comme elle l'a fait ?
08:41Oui.
08:42En même temps, il y a quatre ans, je pense qu'on n'était pas autant au fait de ce qui peut se passer sur les réseaux.
08:48Franchement, là, il y a vraiment une ouverture d'esprit.
08:52Et le but, en fait, depuis le départ, c'est de faire une justice à Marie, enfin, en ce qui me concerne,
08:58et d'ouvrir les yeux par rapport à tous les retours que j'ai eus de parents qui m'ont appelé en message privé,
09:05de se rendre compte de l'importance du phénomène.
09:07Et là, en fait, le but d'être là, et tout cela avec ce collectif,
09:12et merci que vous soyez là aussi pour nous soutenir, d'avoir pris cette cause bras-le-corps,
09:18c'est d'informer un maximum de parents et d'alerter tout le monde, les pouvoirs publics,
09:26d'alerter l'éducation nationale, et en même temps, les constructeurs de téléphones
09:30pour que tout le monde, en synergie, en coalition, on fasse tous un travail pour protéger nos enfants.
09:36Parce que c'est nos joyaux, nos enfants.
09:38C'est ce que j'allais vous demander, mesdames, en quelques mots, si vous le permettez,
09:41parce que Maxime Switek vient de nous rejoindre pour le programme du 20h,
09:44aux parents qui nous regardent ce soir et aux ados qui nous regardent ce soir,
09:47les parents, souvent, sont perdus, vous l'avez dit, un téléphone, ça ne se prend pas à un adolescent,
09:52c'est très difficile. En tout cas, qu'est-ce que vous leur dites ce soir ?
09:55Mais je pense que nous sommes là, nous, responsables politiques, pour fixer des règles.
09:58Encore une fois, on le dit, les parents sont souvent dans la négociation,
10:01et puis dans la pression extérieure aussi, puisque les autres copains peuvent avoir le téléphone,
10:05et il est très difficile de l'interdire.
10:07Eh bien, l'idée d'inscrire ça dans la loi permettra aussi d'avoir un outil, finalement, pour les parents
10:11qui pourront dire à leurs enfants, écoute, c'est interdit par la loi,
10:13comme on le fait d'ailleurs avec la cigarette, avec l'alcool, avec l'accès au casino.
10:17Eh bien, ça rajoute ça et ça donne un message qui sera utile pour les parents
10:21et puis pour les enfants aussi, leur dire qu'il y a une vie aussi à côté du téléphone,
10:24que bien sûr, il faut accepter le progrès numérique, mais il y a une vie aussi à côté du téléphone.
10:28Il fallait mettre un mot aussi.
10:30Non, moi je trouve que dans la vie, les règles, c'est important.
10:33Et à partir du moment où on transgresse les règles, on est en fraude.
10:36Que ça soit pour les harceleurs, pour TikTok,
10:39et il y a un moment, on ne peut pas être au-dessus des lois pour faire des bénéfices.
10:44Donc, je pense qu'à un moment, il faut sanctionner,
10:47et les règles, c'est fait pour ça, pour derrière, si on les transgresse, on est sanctionné.
10:51Donc, je dis bravo.
10:53Donc, je pense qu'il y a un moment, je pense qu'il y a un moment,
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