00:00Alors que vous vous enfoncez dans la quatrième République, je vous appelle à revenir à la cinquième.
00:08Son texte nous renvoie à l'article 5 qui octroie au président de la République un pouvoir d'arbitrage
00:14et dans ce cadre à l'article 12 qui prévoit la dissolution de l'Assemblée nationale.
00:20La dissolution n'est pas un caprice, c'est un levier institutionnel pour sortir des blocages
00:27et permettre le fonctionnement démocratique, c'est-à-dire normal et fluide des institutions.
00:33J'entends dire ici et là qu'il n'y aura pas de dissolution parce qu'Emmanuel Macron n'y aurait pas intérêt.
00:40Mais ni les règles de la démocratie ni la Constitution ne prévoient que le président de la République agisse par intérêt.
00:49Il doit agir par devoir et en l'occurrence dans l'intérêt supérieur du pays.
00:57Et s'il dispose de pouvoir pour permettre l'exercice de la démocratie et le fonctionnement des institutions,
01:06c'est pour les mettre en œuvre quand la situation l'exige.
01:11Tout laisse penser juridiquement, politiquement, voire moralement,
01:15que la dissolution n'est donc pas pour lui une option, mais une obligation.
01:20Or, en dehors de la dissolution mécanique d'après-présidentiel ou de la dissolution ubuesque de 1997,
01:29le droit de dissolution à trouver dans l'histoire a s'appliqué dans plusieurs circonstances précises.
01:35En 1962, quand le gouvernement n'a pu disposer de majorité stable.
01:39En 1968, quand le pays fut soumis à une grave crise sociale et politique.
01:45Au regard de la pratique constitutionnelle, il n'est pas illégitime de dire qu'en ce 8 septembre 2025,
01:52il n'y a pas une condition remplie, mais deux, et même davantage.
01:58Un, le pouvoir législatif est paralysé par une absence de majorité.
02:01Deux, le pays connaît une crise sociale latente qui peut exploser à tout moment.
02:07Et trois, il connaît une crise financière, le tout dans un contexte international instable
02:13et avec une guerre aux portes de l'Europe.
02:16Cet état de fait devrait suffire à dissoudre.
02:20Un grand pays comme la France ne peut pas vivre avec un gouvernement de papier,
02:25surtout dans un monde tourmenté et dangereux.
02:28Dans un monde qui vit des révolutions technologiques
02:32et des basculements géopolitiques historiques
02:34qui réclament des décisions immédiates.
02:39En 2024, M. Macron n'a pas péché en prononçant la dissolution.
02:44Un président n'a jamais tort de s'en remettre au peuple.
02:48Le scrutin des Européennes de 2024 était à ce point accablant pour la majorité
02:53qu'il pouvait et même qu'il devait dissoudre.
02:56L'erreur d'Emmanuel Macron ne fut pas de dissoudre,
03:01mais sa faute fut entre les deux tours de consacrer son énergie présidentielle
03:07et celle de ses amis politiques à fausser le fait majoritaire d'alternance qui se dégageait.
03:14Après une présidentielle, il y a un fait majoritaire qui s'exprime naturellement aux législatives qui suivent.
03:25Personne n'y trouve rien à redire.
03:27Cela s'inscrit dans une logique institutionnelle bien ancrée
03:30et permet au pays d'être dirigé et gouverné.
03:33Mais il arrive qu'en cours de mandat présidentiel,
03:37une élection législative voie émerger un fait majoritaire d'alternance.
03:41Tout autant, celui-ci doit être respecté,
03:44même s'il annonce et impose au président une cohabitation.
03:47Avec tous ses défauts, François Mitterrand, alors président en 1986,
03:52a laissé se constituer une majorité alternative de droite.
03:56Il en fut de même pour Jacques Chirac en 1997,
04:01avec cette fois-ci une cohabitation socialiste.
04:04Ces deux cas montrent que le président de la Vème République
04:07a le devoir de s'effacer devant le vote populaire qui s'exprime.
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