- il y a 5 mois
Entretien : Marion Streicher
Captation : Emilie Charvin
Montage : Denis Souilla
Captation : Emilie Charvin
Montage : Denis Souilla
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00:00Quels souvenirs vous gardez de ce jour ? De quoi vous vous souvenez de cette journée ?
00:12La pire journée de ma vie. J'ai été très heureuse à ce moment-là. J'étais en spectacle équestre,
00:20je préparais mes chevaux et mon téléphone a sonné avec le nom de mon papa dessus. Et en fait,
00:27au bout, ce n'était pas mon papa, c'était l'anesthésiste qui me prévenait qu'il était mort.
00:32Donc, s'en est suivi, je suis tombée à terre et puis j'ai ce souvenir de tomber à terre,
00:40lancer mon téléphone et puis après, une course poursuite contre le temps pour attraper un TGV,
00:46rentrer dans la région. Heureusement, j'étais vraiment très bien accompagnée, très bien entourée
00:53et j'ai vraiment eu la chance ce jour-là d'être avec les personnes avec qui j'étais et la suite s'est
01:00plutôt bien déroulée grâce aux personnes qui m'entouraient. Qu'est-ce qui s'est passé avec votre
01:05papa ? Eh bien écoutez, il devait aller subir une opération bénigne du Rhin, donc une opération qu'il
01:13avait déjà fait dans le passé à plusieurs reprises dans la même clinique. Donc nous,
01:19on ne s'est pas fait de soucis. La veille au soir, moi je lui ai dit, je ne pouvais pas être vers lui,
01:24donc je lui ai dit, ben écoute, tout va bien se passer papa, je t'aime fort. Sauf que c'est les
01:30dernières paroles que je lui ai dit. Il allait bien votre papa ? Il était en bonne santé ? Il n'était pas,
01:35il avait quel âge ? Alors mon papa avait 53 ans, il était en bonne santé à part son problème de
01:40Rhin, mais voilà, c'était un sportif, il faisait du ski, de la course à pied, beaucoup de randonnées,
01:45c'était quelqu'un qui mordait la vie à pleines dents, qui était très épanoui dans son travail,
01:52un chouette papa qui aimait bricoler, qui aimait la nature. Et non, non, il n'avait pas du tout de
01:57soucis, pas de soucis cardiaques, il n'avait même pas de traitement, il était en pleine forme,
02:02une bonne hygiène de vie. Donc tout aurait dû se passer pour le mieux. Est-ce que d'entrée de jeu,
02:08vous vous êtes dit, il y a eu un souci, c'est pas normal ou non, on est d'abord sous le choc et on
02:14ne pense pas à ça ? Alors quand on vous arrache une personne comme ça, à qui vous tenez le plus
02:21au monde, moi je n'ai pas pu me dire c'est normal. Pour moi, il y avait quelque chose qui était
02:27anormal vu qu'il avait déjà subi des opérations auparavant. J'ai toujours su au fond de moi que
02:33c'était pas normal. Après, ma maman et ma sœur ont réagi un petit peu différemment, mais on était
02:40tellement abattu que c'était compliqué. Mais moi j'ai toujours su qu'au fond de moi, c'était sûr que
02:47c'était pas normal qu'ils soient partis. En ce qui vous concerne, assez rapidement, ces soupçons se sont
02:53transformés en certitude puisqu'il y a eu une autopsie de votre papa ? Effectivement, grâce à son
02:58anesthésiste, Madame Nambaud, on a eu la chance qu'il y ait une autopsie de réaliser. Et très rapidement,
03:06ça a révélé des faits qui nous ont montré que ce n'était pas arrivé par hasard.
03:16C'est-à-dire qu'il avait un volume de produits anesthésiants bien plus élevé que la normale ?
03:22Alors au tout début, il y avait déjà dans la première autopsie une substance qui était dans son corps
03:32qui n'était pas sur le protocole médical. Donc ça, c'est la première chose qui a été révélée.
03:38Donc de là, nous on a porté plainte contre X en 2009 parce que l'autopsie montrait qu'il y avait
03:46quelque chose qui n'était pas logique.
03:50Oui, il y a quelque chose qui s'était passé. On avait mis quelque chose dans la poche d'anesthésie.
03:53Voilà. À cette époque-là, il y avait quelque chose qui n'était pas à sa place.
03:56Oui, il n'y avait pas de docteur Péché. Il n'y avait rien de tout ça. On est en 2008. On est très très loin de toute l'affaire qui a suivi derrière.
04:02Oui, totalement. En février 2009, on a eu des comptes-rendus d'analyse toxicologique qui mentionnaient la présence de l'idocaine,
04:11potentiellement létale. Et ensuite, le 15 septembre 2009, il y a eu une information judiciaire qui a été ouverte
04:19pour homicide involontaire. Donc là, depuis septembre 2009, on sait que quelqu'un a tué mon père.
04:26Neuf ans après le décès de votre papa, démarre l'affaire Péché. Et les enquêteurs commencent à faire des liens
04:34entre plusieurs EIG, événements indésirables graves, des personnes qui, soit sont mortes, soit ont failli mourir,
04:42de façon un peu inexpliquée. Et là, le cas de votre papa commence à être relié à d'autres décès et d'autres cas un peu inexpliqués.
04:50On se retrouve face à une affaire d'empoisonneur. Là, qu'est-ce que vous vous dites ? Vous êtes dans quel état d'esprit ?
04:57Vous vous dites que c'est vertigineux ? C'est cauchemardesque ?
05:00Alors, ça s'est fait en plusieurs étapes, pour ma part. Parce que, donc, durant ces neuf années,
05:05neuf années sans nouvelles de personne. Donc, ça a été une colère sans nom pendant neuf ans.
05:12Une incompréhension, parce qu'on n'avait strictement aucune nouvelle. On ne savait même pas qu'il y avait une enquête
05:18qui était en cours. On avait, à l'époque, pris une avocate sur Besançon qui ne nous donnait pas du tout
05:25d'avancer et de l'affaire.
05:26Il n'y avait pas d'explication non plus ?
05:27Aucune explication. On ne savait même pas qu'il y avait une enquête qui continuait.
05:31Et en 2017,
05:34j'ai été contactée par
05:36la police de Besançon,
05:40qui m'a dit, Madame Hélène, il faut vous asseoir,
05:42j'ai quelque chose à vous annoncer.
05:45Et là, on m'a appris qu'ils avaient mis
05:47M. Péché en détention.
05:50Et qu'en fait, pendant ces neuf ans,
05:51l'enquête ne s'était jamais arrêtée, qu'ils avaient pu raccrocher
05:54le décès de mon père
05:55à d'autres EIG
05:57et qu'ils avaient pu
05:59mettre
06:00au jour une affaire d'empoisonnement
06:03sur tous les cas
06:05qu'il y avait eu.
06:07Mais avant 2017,
06:09je ne savais pas que d'autres cas, que d'autres personnes,
06:12pourtant des personnes qui habitent
06:13le village à côté
06:14ou 10 kilomètres plus loin, en fait, on se rend compte
06:17que tout d'un coup,
06:19tout le monde est concerné.
06:20Et assez rapidement, vous vous dites, il faut qu'on se regroupe.
06:23– Eh bien, on a eu la chance, en fait,
06:24quand on est allé au commissariat de police,
06:28donc quand ma famille est allée au commissariat de police,
06:30donc pour qu'ils nous expliquent
06:32tout ce qu'ils m'avaient annoncé par téléphone,
06:34une autre victime était l'étage en dessous
06:37et on a été mis en relation
06:39par, justement, le commissariat.
06:42Et du coup, quand on s'est retrouvés les deux,
06:45on a dit, bon, on s'est vite rencontrés,
06:47on a pris contact et on s'est revus après.
06:49Et en fait, on s'est dit, il faut qu'on fasse force
06:54tous ensemble, qu'on se soutienne.
06:56Donc, on a décidé de créer l'association.
06:58– L'association Ava-Paulville.
07:00– Voilà.
07:00– Aujourd'hui, qui regroupe beaucoup de monde.
07:02– Oui, oui, oui.
07:04On est 70 parties civiles,
07:07voilà, autour de 12 familles de victimes.
07:11– Le fait d'être en collectif, ça permet quoi ?
07:14Est-ce que ça permet d'avoir des fonds pour payer les avocats, je ne sais pas ?
07:17Ou est-ce que ça permet d'être plus fort, de se sentir moins seul ?
07:19Qu'est-ce que ça permet de se regrouper en collectif ?
07:21– Ça permet de se soutenir,
07:23parce qu'il faut savoir que dans toutes ces victimes,
07:26il y a des victimes qui sont décédées,
07:28donc des familles qui restent,
07:29mais il y a aussi des victimes qui sont vivantes,
07:32qui ont des âges différents.
07:35Il y a beaucoup de personnes qui ont déjà un âge assez avancé,
07:39qui étaient un petit peu seules face à ce qu'on nous a annoncé,
07:42parce qu'on était dans un film, dans une fiction,
07:47ce n'était pas possible que ce soit la réalité,
07:49donc c'était plus pour se soutenir,
07:51pour marcher dans le même sens, pour faire bloc.
07:55– Essayer de comprendre aussi la procédure judiciaire peut-être ?
07:58– Oui, surtout qu'il y ait des porte-paroles,
08:01qu'il puisse être le lien entre les avocats,
08:04entre les médias,
08:06pour ensuite redescendre les informations à toutes ces personnes.
08:10– Aujourd'hui, le docteur Péchis est poursuivi pour 30 empoisonnements,
08:12dont 12 mortels.
08:14Quand on fait partie d'une affaire comme celle-là,
08:16comme vous dites, on se dit, non mais ce n'est pas la réalité,
08:20ou c'est juste à peine croyable,
08:21ou non, on y croit et on se dit, c'est terrifiant.
08:26C'est-à-dire, comment vous regardez cette affaire
08:28dont vous faites aujourd'hui partie ?
08:31– Ça fait peur, ça refroidit, c'est les deux.
08:37Tantôt, ce n'est pas possible, ça ne va pas arriver,
08:41on ne s'imagine pas ce qui nous attend.
08:44Et puis, tantôt, on se dit, c'est un truc de dingue,
08:48que ça nous soit arrivé à nous,
08:50et que ça puisse même arriver à n'importe qui.
08:52– Oui, parce que c'est un paradoxe total,
08:54on le rappelle, docteur Péchis, il est médecin,
08:56on ne va pas normalement dans un hôpital
08:58pour que le médecin vous empoisonne ?
09:00– Alors, on ne va pas dans un hôpital pour sortir allongé,
09:02oui, dans une boîte.
09:04Et le problème, c'est que ça, ça vous poursuit toute la vie.
09:08Parce qu'effectivement, oui, on ne va pas à un hôpital
09:10pour craindre de sa santé, au contraire,
09:13on va pour être mieux.
09:15Moi, depuis 2017, je ne vis plus dès que je vois une aiguille
09:17ou dès que j'ai un proche qui doit rentrer à la clinique de Saint-Vincent.
09:20Il m'est impossible d'emmener même mon conjoint
09:23à la clinique de Saint-Vincent.
09:25Donc, c'est inimaginable que ça puisse arriver
09:29et qu'autant de personnes aient été touchées,
09:32autant d'années, depuis 2008, vous vous rendez compte,
09:37jusqu'à 2017, comment ça a pu être possible, quoi.
09:41Que tous ces accidents aient pu arriver, quoi.
09:43– Qu'est-ce que vous attendez de ce procès ?
09:45– Des réponses.
09:45– Des réponses, si, comme M. Péchier le dit,
09:51si ce n'est pas lui qui est à l'origine de tous ces décès
09:56et ces empoisonnements, qu'il nous dise de sa propre voix
10:00quelles sont les origines, s'il sait.
10:05Des réponses, la vérité.
10:07– Le docteur Péchier nie, effectivement, tout depuis le début.
10:12Il met en avant des jalousies, des différends avec d'autres médecins.
10:18Par rapport à la mort de votre papa, à la mort de 11 autres personnes,
10:22aux accidents qui sont arrivés à d'autres,
10:26il n'y a pas un côté dérisoire, finalement,
10:27entre un éventuel mobile, quel qu'il soit,
10:30que ce soit le docteur Péchier ou quelqu'un d'autre,
10:31et finalement les conséquences.
10:35Est-ce que vous comprenez finalement ce qui a pu guider
10:37celui ou celle qui a finalement commis tous ces actes ?
10:41– Je ne comprends pas comment on a pu s'amuser
10:42à jouer avec la vie et ôter la vie à des personnes
10:46qui n'ont rien demandé.
10:47Je n'arrive pas à saisir.
10:50Peut-être que les réponses qu'on aura pendant le procès
10:53nous aideront à mieux comprendre, justement,
10:56qu'est-ce qui a pu pousser quelqu'un à s'en prendre
10:59à autant de personnes et puis à faire du mal
11:01à briser des familles, c'est incompréhensible.
11:06– Le docteur Péchier est accusé, il va être jugé,
11:09il nie tout depuis le début,
11:11ça veut dire qu'il peut aussi bien être reconnu coupable
11:13qu'être acquitté à l'issue de ce procès.
11:15Est-ce que vous êtes prête aux deux hypothèses ?
11:23– Prête, je ne pense pas que ce soit le mot.
11:26Je n'ai pas trop envie de penser à la possibilité
11:29des deux hypothèses.
11:30– Si vous l'aviez en face de vous, le docteur Péchier,
11:33qu'est-ce que vous auriez envie de lui dire ?
11:37– Parlez, expliquez-nous de votre voix,
11:42ne reculez pas devant les questions.
11:44pourquoi ?
11:49– Aujourd'hui, vous êtes encore en colère ou non ?
11:54Vous avez envie d'attendre sereinement des explications ?
11:57Vous avez envie que ça se termine ?
11:59Vous êtes dans quel état d'esprit ?
12:00– Alors, c'est compliqué parce que j'ai été en colère
12:02pendant dix années, j'y ai laissé beaucoup de plumes.
12:04ma vie a volé en éclats
12:07dans les relations avec mon conjoint,
12:10dans la famille que j'avais construite.
12:13Du coup, au bout de dix années,
12:16en 2017,
12:17quand l'affaire est sortie,
12:19moi, je partais en guerre,
12:20j'étais en colère,
12:21et puis depuis 2017 quand même jusqu'à aujourd'hui,
12:26pas mal d'années qui se sont passées,
12:28pas mal d'années où on attendait des réponses,
12:30où les réponses n'arrivaient pas.
12:31Donc, à force d'être en colère
12:32et que ça a une incidence sur votre vie,
12:35vous prenez sur vous
12:36et vous vous dites
12:37on ne sait pas quand est-ce qu'il y aura un procès,
12:40donc il faut arrêter de se gâcher la vie.
12:42Donc, au fur et à mesure,
12:43vous renfouissez un petit peu ça au fond de vous
12:45pour essayer de continuer à vivre sereinement.
12:49Moi, j'ai une petite fille
12:49qui a eu 11 ans cette année,
12:51pour elle, j'ai essayé de voir la vie du bon côté
12:55et puis d'être positive.
12:57Alors, c'est vrai que de repartir dans ce procès,
13:01ça me fait extrêmement peur
13:03parce que je pense que pour être apte
13:09à entendre tout ce qui va être dit,
13:12il va falloir que je ressorte un petit peu cette colère,
13:15que je ne sois pas trop fragile.
13:16Et oui, c'est dur pour moi d'imaginer
13:21les mois à venir.
13:22Vous serez là les trois mois et demi ?
13:24Vous serez présente tous les jours ?
13:25Alors moi, je tiens à être présente tous les jours
13:28si j'arrive à tenir psychologiquement et physiquement.
13:32Mais j'ai besoin d'entendre
13:33tout ce qui sera dit de mes propres oreilles.
13:36Ça fait tellement d'années que j'attends ça.
13:40J'ai besoin de ça pour arriver enfin à tourner la page,
13:46même si je sais pertinemment que certainement,
13:48ce ne sera pas la fin.
13:50Ce n'est que la petite lumière au bout du tunnel,
13:52mais ce n'est encore pas l'accès à la porte finale.
13:55Est-ce qu'il peut peut-être y avoir un procès en appel derrière ?
13:58Voilà, il faut qu'on s'attende à ce que le 19 décembre,
14:02le chapitre ne soit pas à clous.
14:04Il faut s'y préparer.
14:05On ne peut pas se dire, on va au procès,
14:07puis le 19 décembre, c'est fini, on n'entendra plus parler.
14:10Ça, moi, je me dis dans ma tête
14:12que c'est encore une énorme marche,
14:16mais on n'est pas au-dessus du sommet.
14:17Vous nous l'avez dit, on ne sort pas indemne.
14:20Ça fait 17 ans que vous vivez ça,
14:23que vous vivez en fait cette épreuve,
14:24cette procédure interminable.
14:25Oui, c'est atroce.
14:27Je ne pouvais même pas imaginer
14:28l'impact que ça a sur la famille,
14:33sur le rapport avec ma soeur, avec ma maman.
14:36Moi, j'avais 24 ans,
14:37donc je commençais à construire ma vie,
14:39ma vie de famille.
14:40J'ai perdu mon papa,
14:42je n'ai pas de frère, je n'ai pas d'onges.
14:44Donc, j'ai perdu le pilier paternel.
14:48Donc, oui, j'ai laissé des plumes.
14:51Qu'on comprenne ce que ça peut engendrer,
14:53ces sources de tensions,
14:54c'est-à-dire qu'on n'est pas d'accord,
14:55c'est-à-dire que les autres peuvent ne pas accepter
14:58que vous soyez en colère.
15:00Est-ce que vous arrivez à mettre des mots là-dessus ?
15:01Dans le trio féminin qu'on était,
15:06ma maman et ma soeur m'ont souvent dit
15:08« Mais calme-toi, ça ne va pas le ramener ».
15:11Je dis « Non, il faut qu'on aille au bout »
15:14et je me battrai jusqu'au bout
15:15pour qu'on ait une explication,
15:19une vérité.
15:20En 2008, quand mon papa est décédé,
15:22on s'est retrouvé en face d'un groupe
15:25à la Clinique Saint-Vincent.
15:29Vous savez, c'est des personnes qui sont là
15:30pour gérer les problèmes.
15:32Ils nous ont regardé droit dans les yeux
15:33et ils nous ont dit « Non, mais il est décédé
15:35comme un joueur de foot sur un terrain de foot,
15:37ça s'arrête là ? »
15:39« Ah, ça s'arrête là.
15:40Mon père vient de mourir
15:42pour une raison inexpliquée,
15:44ça s'arrête là. »
15:45« Non, ça ne s'arrête pas là. »
15:47Donc, voilà, des tensions dans le cercle familial.
15:51Et puis ensuite, oui, avec mon conjoint,
15:54le père de ma fille, ça a été très compliqué
15:56parce que de toujours vivre avec quelqu'un
15:58qu'on veut à la terre entière,
16:00qui est en colère,
16:04c'est compliqué.
16:04Vous avez le sentiment que lorsque le verdict tombera,
16:08quel qu'il soit, le 19 décembre,
16:11ça va déjà vous apaiser,
16:13même si vous avez déjà conscience
16:14que c'est peut-être pas fini ?
16:16Oui, oui, oui, oui.
16:17Je pense que même avant le 19 décembre,
16:20je pense que d'entendre parler de l'affaire,
16:23de vraiment...
16:26Parce que jusqu'à maintenant,
16:27c'est vrai qu'on a bien des éléments
16:30dans des rapports d'expertise
16:31qu'on peut avoir,
16:32mais d'entendre de vive voix
16:34de retracer de vive voix
16:37tout ce qui s'est passé depuis 2008
16:39va, en tout cas pour ma part,
16:42va m'aider à tourner les pages
16:45et puis j'espère à pouvoir enfin
16:48fermer le cercle qui a été ouvert en 2008,
16:52fermer la brèche
16:53qui est dans mon cœur.
16:57En tout cas, j'entends dans ce que vous dites
16:59que c'est pas facile d'être une victime
17:01aussi étrange que cette phrase puisse paraître.
17:03Oui, c'est...
17:05Je pense souvent à ceux qui sont encore en vie,
17:09qui ont des séquelles de ce qui s'est passé,
17:12mais de se faire arracher son père
17:14quand on a 24 ans,
17:15qui est en pleine forme,
17:16quelqu'un a décidé de mettre fin à sa vie,
17:20un beau jour comme ça,
17:21parce qu'on sait pas pourquoi,
17:22c'est pas possible quoi.