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  • il y a 5 mois
Eva Lecoq a été diagnostiquée du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) après plusieurs années d’errance médicale. Alors qu’elle tente de libérer la parole sur ce sujet encore tabou, elle nous raconte son parcours à l’occasion de la journée mondiale de sensibilisation au SOPK, ce lundi 1er septembre.

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Transcription
00:00Je me suis dit ok je crois que je suis un petit peu différente, je crois qu'il y a quelque chose qui cloche.
00:04Mon adolescent, je ne l'ai pas hyper bien vécu parce que je me suis toujours un peu sentie en décalage avec les autres,
00:11notamment parce que je commençais à avoir des symptômes un petit peu embêtants pour une adolescente.
00:16Je commençais à prendre du poids vraiment sans trop comprendre, avoir des fringales de sucre.
00:22J'avais aussi beaucoup d'acné dans le dos et je n'avais jamais réellement eu mes règles
00:27alors que toutes mes copines commençaient à être réglées.
00:29Donc c'était assez difficile.
00:30Je n'avais pas réellement confiance en moi, notamment quand on commence à draguiller à l'adolescence ou avec les garçons.
00:37Je n'étais pas du tout à l'aise avec mon corps, je n'étais pas du tout à l'aise à entamer ma vie sexuelle.
00:43Je l'ai beaucoup repoussée parce que justement je n'étais pas du tout à l'aise avec moi.
00:48Ça a commencé à m'alerter moi et ma mère autour de mes 16 ans, 16 ans et demi.
00:52Je crois que c'est là que je suis allée voir la première gynécologue.
00:55Et elle m'avait dit que c'était tout à fait normal, que ça pouvait mettre du temps.
00:59Et puis après, j'ai été la reconsulter à 18 ans parce que cette fois-là, où j'avais quasiment plus mes règles que deux fois en quatre ans,
01:07là d'un coup, je les avais toutes les deux semaines et c'était assez imprévisible.
01:11Donc là, on avait été consultés et c'est là qu'on m'a proposé la pilule.
01:14Il me semble 17 ans et demi alors que j'étais complètement vierge et que je n'avais pas besoin de pré-traception.
01:20Au final, on a des faux cycles tous les mois.
01:23Donc on se dit que finalement, ça rentre un petit peu dans l'ordre parce que je n'étais pas vraiment éduquée sur le fait que ce n'était pas des vraies règles.
01:29J'ai pris beaucoup de poids pendant mes premières années d'études.
01:32Je faisais énormément d'activités physiques.
01:34Donc c'est ça qui était un petit peu contradictoire.
01:36Mais je commençais à développer de plus en plus de troubles du comportement alimentaire.
01:40Et c'est à mes 20 ans, en Erasmus à Hong Kong, où je me suis dit, cette année, j'ai envie d'arrêter la pilule pour voir en fait, mais qu'est-ce qui se passe quand j'arrête ?
01:49Et je n'ai pas retrouvé mes cycles.
01:51En fait, j'ai arrêté la pilule pendant quatre mois.
01:53Il ne s'est rien passé du tout.
01:54J'ai redéveloppé un peu plus d'acné.
01:57Et donc, à mon retour enfant, j'ai été consultée et rebelote.
02:00On m'a juste dit de reprendre la pilule, ce que j'ai fait.
02:03Ce médecin, en réalité, il avait fait tous les examens nécessaires pour me diagnostiquer du syndrome des ovaires polykystiques.
02:09Chose qu'il n'a pas fait, dans le sens où il ne m'a pas annoncé le diagnostic.
02:13Il m'a simplement dit, madame, vous avez les ovaires fainéants.
02:16Ça sera difficile quand vous voudrez avoir des enfants.
02:19Et puis reprenez la pilule.
02:20Et surtout, faites attention à ne pas devenir trop grosse, parce que là, vous êtes déjà bien enfant.
02:24Et en fait, c'est en 2019, donc un an et demi plus tard, mon retour de Hong Kong,
02:31que j'ai vu qu'Anjoy Phoenix parlait sur les réseaux sociaux et qu'elle expliquait avoir été diagnostiquée du SOPK.
02:38J'ai tapé SOPK sur Google et j'ai vu en fait, j'ai vu tous les symptômes.
02:42Et je me suis dit, mais c'est moi depuis toujours.
02:45Donc, je suis allée consulter un gynécologue à Paris en venant moi-même avec tous les bilans et tous les examens que j'avais déjà fait.
02:52Et du coup, il m'a dit, vous avez le SOPK, donc syndrome des ovaires polykystiques.
02:57Il m'a dit, mais c'est pas grave, il y a énormément de femmes qui l'ont.
03:00À un moment, je me souviens m'être effondrée parce qu'on nous annonce une pathologie finalement,
03:06un trouble hormonal avec lequel on est et on meurt, donc qui va rester à vie.
03:11Et non, il ne m'a pas du tout expliqué.
03:12Il ne m'a pas du tout parlé des risques qu'il y avait sur le long terme.
03:15Donc, moi, ni une ni deux, je suis rentrée chez moi et je me suis renseignée.
03:20J'ai vu que ça concernait une femme sur sept dans le monde, plutôt une femme sur dix en France,
03:25que c'était la première cause d'infertilité mondiale féminine.
03:29Donc, ça, c'est vrai que ça fait un petit peu peur quand on lit sur Internet.
03:32J'ai vu aussi que c'était facteur de risque sur le long terme de diabète de type 2,
03:36que ça augmentait les risques cardiovasculaires,
03:39que ça pouvait augmenter le risque de certains cancers gynécologiques.
03:42Donc, forcément, quand on lit un peu tout ça sur Internet, on a peur.
03:46Mais j'ai aussi compris beaucoup de choses parce que les symptômes,
03:48moi, j'avais surtout vécu l'acné, la prise de poids,
03:52les troubles du comportement alimentaire et un peu les problèmes de santé mentale
03:56qui sont liés à tout ça.
03:58Mais j'ai aussi découvert que ça pouvait causer de l'irsutisme,
04:02une chute de cheveux importante, ces facteurs d'anxiété, de dépression.
04:07Donc, ce n'est pas du tout à prendre à la légère.
04:10Ça impacte vraiment le quotidien des femmes.
04:11Donc, c'est vrai que je me suis sentie, par contre, à l'époque, un peu seule.
04:14C'était en 2019.
04:15À l'époque, personne n'en parlait.
04:18Du coup, me concernant, j'ai commencé à mettre en place des choses dans mon hygiène de vie.
04:22J'ai perdu, c'est vrai, un petit peu de poids.
04:24Mais ça, c'était en partie lié au fait que j'avais résolu mes troubles du comportement alimentaire.
04:29J'ai aussi appris à manger, à avoir une alimentation plus équilibrée, etc.
04:33Et aussi, j'ai fait attention à limiter les perturbateurs endocriniens dans mon environnement,
04:39à apprendre à gérer mon stress et aussi à faire de l'activité physique régulière.
04:46Et après ça, au fur et à mesure du temps, je me suis sentie beaucoup mieux.
04:49J'ai même décidé d'arrêter la pilule et j'ai retrouvé des cycles de 35 jours.
04:54Chose que j'avais quasiment... Enfin, j'avais jamais eu avant.
04:56Aujourd'hui, les traitements disponibles, c'est des traitements plutôt symptomatiques,
05:01mais on n'a pas un traitement dédié au syndrome des ovaires polycystiques.
05:05En fait, le traitement le plus prescrit, c'est la pilule.
05:08Aujourd'hui, le SOPK, même si, me concernant, il est en partie régulé, je dirais,
05:13parce que mes bilans sanguins sont corrects.
05:15Mine de rien, ça impacte encore un petit peu ma vie,
05:18notamment sur la fatigue.
05:19C'est quelque chose qu'on ne voit pas, mais le SOPK crée énormément de fatigue.
05:23Et puis après, si je sens que, par exemple, je peux avoir parfois des fringales de sucre
05:29encore un petit peu présentes, que j'arrive mieux à gérer.
05:32Et aussi, je prends du poids très, très facilement.
05:35J'ai essayé de regarder une part de gâteau au chocolat pour prendre 3 kilos.
05:38Donc, ça, c'est un petit peu des restes qui vont faire partie de moi toute ma vie,
05:43avec lesquels j'arrive à vivre aujourd'hui.
05:45Mais il faut quand même que je reste vigilante.
05:48Aujourd'hui, moi, je suis hyper sereine face à mon projet bébé,
05:51parce que j'ai réussi à réguler mes cycles, j'ovule tous les mois.
05:54Donc, en fait, cette question, elle ne se pose presque plus dans ma tête, finalement.
05:58Tous les gens, je reçois des messages de femmes qui disent
06:00qu'elles ont réussi à avoir un enfant naturellement,
06:03ou alors qu'en effet, elles ont eu un petit coup de pouce de la médecine,
06:06mais que ça allait assez vite.
06:08Donc, vraiment, c'est possible d'y arriver.
06:10En en parlant sur les réseaux, je me suis sentie hyper utile,
06:14parce que chaque jour, on avait des femmes qui se reconnaissaient
06:17dans les symptômes qu'on partageait,
06:19donc qui allaient chez leur médecin pour potentiellement pousser un diagnostic
06:23et avoir des réponses.
06:24J'ai eu l'impression de contribuer à ce qu'on parle plus du SOPK.
06:28Et en effet, je pense que si on prend 2020 et aujourd'hui,
06:31on en parle beaucoup plus, mais on n'en parle toujours pas assez,
06:35notamment comparé à l'endométriose.
06:37Le SOPK, ce n'est pas seulement de l'infertilité.
06:39C'est énormément de troubles dans le quotidien,
06:43énormément de symptômes, énormément d'inconfort.
06:45C'est vraiment possible d'apprendre à vivre avec.
06:48Après, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner
06:51parce que ce n'est pas une mince affaire.
06:52Je dirais juste qu'il ne faut pas abandonner
06:54et donner tout pour essayer d'aller mieux avec cette pathologie.
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