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  • il y a 5 mois

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00:00Bienvenue au Cœur du Crime, un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Savez-vous que plus d'un tiers des crimes et délits commis en France sont traités par la Gendarmerie Nationale ?
00:19Je m'appelle Yann Kermadek, je suis commandant de gendarmerie.
00:25Je dirige une section de recherche dont la mission essentielle est une mission de police judiciaire.
00:41L'histoire que je vais vous raconter est une histoire vraie.
00:46Tous les faits sont réels et se sont déroulés en France.
00:50Seuls les noms des personnes et des lieux ont été changés.
00:55Nous étions le dimanche 27 décembre.
01:03Nous allions bientôt fêter la nouvelle année et comme de coutume, tradition oblige, je visitais les retraités de la gendarmerie.
01:13Dans la belle maison où je finirais peut-être mes jours, j'avais retrouvé les anciens.
01:17C'était un réel plaisir après le déjeuner, le café, le pouce-café et les voeux traditionnels,
01:24d'écouter les souvenirs gendarmiques de ces hommes qui en leur temps avaient résolu les affaires épineuses.
01:32Je me trouvais assis à côté de l'adjudant-chef Massot, retraité de 92 ans, bon pied, bon oeil,
01:37qui avait dû être un solide gagare et un bon vivant.
01:40J'étais fasciné par la vivacité de son regard et par la force qui émanait encore de lui.
01:46Il paraissait 20 ans de moins que son âge et je l'en félicitais.
01:51Je n'ai aucun mérite, moi, comme madame.
01:53Je suis né en 1900, voyez-vous, c'était une grande année, vous savez.
01:57J'ai vu passer le siècle à la vitesse du Concorde et j'en ai vécu des événements.
02:02Le 20e siècle qu'à l'époque, j'étais gendarme dans les années 20, et oui, les années folles, comme on dit.
02:10C'était autre chose que ce que vous vivez actuellement, mon pauvre ami.
02:15Je n'aimerais pas être à votre place.
02:19Je demandais à l'adjudant-chef Massot si, parmi tous ses souvenirs,
02:24et il en avait égrené quelques-uns à l'apéritif,
02:26il y avait une affaire qui l'avait particulièrement marquée et qu'il aurait du plaisir à évoquer.
02:32Il se mit à rire de son bon rurre communicatif de Méridional,
02:36et ses yeux se mirent à briller avec encore plus d'éclat,
02:39et il commença son histoire.
02:42« C'était en 1935.
02:47J'étais commandante de brigade à Marguerite, dans le Gard.
02:52Nous étions six hommes à l'effectif.
02:55Notre temps se partageait entre le bureau, la marche à pied et la bicyclette.
03:02À l'époque, nous nous maintenions en forme, naturellement.
03:07On n'avait pas besoin de talasso, machinchoze, ni de club de remise en forme.
03:13Et nos chaussures, nous les usions par la semelle.
03:18Quant à la bicyclette, elle était inutile dans les descentes et sur le plat,
03:23car les côtes, on les montait à pied, peu cher.
03:27Cela nous permettait de voir beaucoup de choses
03:30et de mieux connaître les gens du pays, de discuter avec eux, voyez-vous.
03:36La nature aussi nous était familière.
03:40Au rythme des saisons, nous suivions les travaux des champs,
03:43et il n'était pas rare que nous donnions quelquefois un petit coup de maigne
03:48pour charger une charrette avant la pluie,
03:51ou lier quelques gerbes à la moisson.
03:54En ce temps-là, les gens, ils aimaient bien le gendarme,
03:59qui était craint, mais surtout respecté.
04:03Être vu en notre compagnie était pour eux un label d'honnêteté.
04:09Un beau matin de printemps, je m'en souviens qu'ainsi c'était d'hier,
04:14nous roulions doucement en direction de Saint-Gervais
04:18quand nous avons rencontré le facteur.
04:22Ce facteur, on l'appelait coquette dans le pays.
04:27Je n'ai jamais très bien su pourquoi.
04:31De loin, avant même d'arriver à sa hauteur,
04:34à sa manière de gesticuler,
04:37j'ai compris qu'il allait nous apprendre une nouvelle peu ordinaire.
04:42Brigadier, brigadier, allez vite à la mairie de Saint-Gervais.
04:45Tout le monde est sans dessus de soupe, cher.
04:46Marianne a été enlevé, le maire, il est dans tous ses étapes.
04:50On sait donc qu'elle était si belle.
04:53Dis-moi, coquette, qu'est-ce qu'on lui a volé, au maire ?
04:57Sa femme ?
04:58Non, peu cher, Marianne, la Marianne dans la salle de l'Amérique,
05:02notre statue de la République, quoi.
05:05Nous avons laissé coquette continuer sa tournée
05:09et, d'un seul élan, nous avons enfauché nos machines
05:14pour nous rendre, après quelques vigoureux coups de pédale,
05:18où le devoir nous attendait.
05:22À la mairie régnait une atmosphère révolutionnaire
05:27qui rappelait vaguement la mobilisation général.
05:31Un attroupement s'était formé sur la place.
05:35Tout le monde gesticulait et parlait en même temps.
05:40Avisé de notre présence,
05:42le maire vient vers nous complètement surexcité.
05:47J'ai demandé une réunion exceptionnelle du conseil municipal.
05:51J'ai alerté le sous-préfet.
05:53J'ai l'intention de porter plainte.
05:55Il s'agit encore une fois d'un mauvais coup de l'opposition.
05:58Mais nous allons réagir, t'es.
06:00Nous ne nous laisserons pas faire.
06:03Je tentais de rassurer le maire par des paroles apaisantes
06:07et en me promettant, un peu à la légère, je l'avoue,
06:10qu'on allait retrouver rapidement sa Marianne.
06:15Et bêté, mon intervention eut un effet immédiat.
06:21Un silence respectueux salva les mots pleins d'espoir
06:25que je venais de prononcer.
06:26Et je lus dans le regard de mon collègue Chaput
06:30à la fois l'étonnement, la confiance aveugle
06:34et une certaine admiration béate
06:37qui me firent tout à coup comprendre
06:39les dangers d'une telle affirmation.
06:43Mais je ne pouvais plus reculer.
06:46Toutes les personnes présentes
06:48avaient les yeux fixés sur moi
06:50et attendaient mes décisions.
06:52Je ne pouvais pas les décevoir.
06:55Et sans l'ombre d'une hésitation,
06:57le regard farouche et le ton menaçant,
07:01je déclarai,
07:02« Nous allons enquêter et dresser procès-verbal. »
07:08Ces paroles magiques se propagèrent de bouche à oreille.
07:14Dans les situations difficiles,
07:16elles m'avaient toujours tiré d'affaire.
07:19Majestueusement, avec Chaput à mes côtés,
07:21qui lui aussi commençait à se sentir investi
07:25d'une mission de la plus haute importance,
07:27je pénétrai dans la salle de la mairie
07:29et donnais l'ordre de faire évacuer les curieux
07:32qui, comme dans un musée,
07:35défilaient devant un socle nu,
07:37n'osant croire que le visage sacré de la République
07:40ait pu déserter aussi facilement les lieux
07:44sans que ce soit produite
07:46une manifestation de la justice immanente.
07:50L'enquête pouvait commencer.
07:55La première des choses à faire,
07:57c'était un examen minutieux des lieux.
08:00Il y avait de la poussière un peu partout,
08:03dans cette grande salle,
08:05et surtout sous les tapis.
08:07Apparemment, la personne,
08:09après poser au nettoyage,
08:11avait jugé qu'il était plus simple
08:13de déplacer la poussière
08:15que de la levée.
08:16Je ne relevais aucune trace,
08:21aucun indice.
08:23L'emplacement de la statue
08:25était nettement visible
08:26sur le socle fixé au mur.
08:30De sans tarder,
08:31je décidai de passer aux auditions des témoins.
08:34Du maire et du secrétaire de mairie,
08:37j'appris que l'entretien de la grande salle
08:39incombait à Gustave,
08:42le garde-champètre.
08:44Je convainquais donc le Gustave.
08:46C'était un petit homme sec
08:49qui marchait le buste très droit
08:51comme pour se grandir davantage.
08:54Dans sa trogne,
08:55rougie,
08:57plus par l'alcool
08:58que par l'air de la campagne,
09:00brillait un regard perçant
09:03avec une étincelle de malice
09:05qui rendait ce Gustave
09:06fort sympathique.
09:09Dites-moi, Gustave,
09:12quand avez-vous vu la Marianne
09:13pour la dernière fois ?
09:16Oui, je ne saurais pas vous le dire,
09:18chef,
09:18parce que la Marianne,
09:20je la vois tellement souvent
09:21que même quand elle n'est pas là,
09:23c'est comme si elle y était.
09:26Gustave,
09:27à quelle heure
09:28balayez-vous la salle ?
09:31Le soir,
09:31chef,
09:32à l'Angélus.
09:34Le secrétaire de la mairie
09:36qui est là
09:37me précise que Gustave
09:39lui demande la clé
09:41vers les 18 heures
09:42et la lui rend aussitôt
09:44la corvée terminée.
09:46Et il ajoute
09:47que la veille,
09:49le balayage a duré,
09:50comme ça arrive quelquefois,
09:52et un peu plus longtemps
09:53qu'il n'est nécessaire.
09:55Le Gustave,
09:58il se tortille sur sa chaise
10:00et semble assez mal à l'aise.
10:02Je poursuis l'interrogatoire.
10:06Dites-moi, Gustave,
10:08pourquoi est-ce que le ménage
10:10a duré plus longtemps
10:11hier soir ?
10:13Eh bien, voilà, chef,
10:15de temps en temps,
10:17enfin,
10:17on peut même dire souvent,
10:19j'aime bien boire le pastis,
10:22c'est mon péché, mignon.
10:23Et hier,
10:24des amis m'ont invité
10:26à prendre un verre.
10:27Ils m'ont appelé du dehors,
10:29mais quand je suis descendu,
10:30plus cher,
10:31ils étaient partis.
10:33Eh, c'est pas des choses
10:34à faire, ça n'est pas vrai, chef.
10:36Alors, pour me consoler,
10:38j'ai quand même été
10:38boire un petit verre
10:39tout seul.
10:40Et ensuite,
10:41je suis remonté
10:42pour fermer la porte
10:43et j'ai rendu la clé
10:44au secrétaire.
10:47Eh, Gustave,
10:49ces amis
10:49qui vous ont appelé
10:50hier au soir,
10:51vous pourriez
10:52les reconnaître
10:53et non, chef,
10:54et je crois même
10:56qu'ils n'étaient pas d'ici.
10:59Le maire,
11:00qui venait de faire
11:01son entrée,
11:02mais à qui je fais
11:03un bref résumé
11:04de la situation,
11:06le maire,
11:07il est furieux.
11:08Dans une grande
11:09envolée lyrique,
11:10il charge
11:11le malheureux Gustave
11:12de tous les maux
11:14de la terre.
11:14« Vous êtes un indigne
11:16serviteur
11:17de la nation.
11:18Vous vous êtes
11:19fait l'instrument
11:20d'un odieux complot.
11:21Vous devrez
11:22rendre des comptes. »
11:25À ce moment-là,
11:27du dehors,
11:28une voix interrompt
11:29la noble tirade
11:30du maire.
11:32« Oh, Gustave,
11:32tu viens boire
11:33le pastis, ça ? »
11:37Le maire était
11:37consterné.
11:39Et moi,
11:39j'avoue que
11:40je n'étais pas
11:41très abassé.
11:43Où donc
11:44avait bien pu passer
11:45cette maudite statue ?
11:48Vous le saurez
11:49d'un quelques instants
11:50dès.
11:59En cette fin d'année,
12:01il est une coutume
12:02que je respecte
12:03avec infiniment
12:04de plaisir.
12:05C'est la visite
12:06à nos anciens,
12:08les retraités
12:09de la gendarmerie.
12:11Au cours
12:11du déjeuner rituel,
12:12je me trouve placé
12:13auprès de l'adjudant-chef
12:14Massot,
12:1692 ans,
12:17qui me raconte
12:18une affaire
12:18dont il s'est occupé
12:19dans les années
12:2130.
12:23À Saint-Gervais,
12:24petit village
12:25du Gard,
12:26la mairie
12:26est sans dessus-dessous.
12:28On a enlevé
12:29Marianne.
12:31Le maire pense
12:31à un complot politique
12:32et les gendarmes,
12:34sous la direction
12:34du chef Massot,
12:36mènent l'enquête.
12:38On interroge
12:38Gustave,
12:39le préposé
12:40au nettoyage
12:40de la salle
12:41où se trouvait
12:41la statue.
12:42Et celui-ci,
12:43qui a un fort penchant
12:44pour le pastis,
12:46se souvient
12:47que la veille
12:47au soir,
12:48pendant qu'il faisait
12:49le ménage,
12:50des amis
12:51qu'il ne connaissait
12:52ni d'Ève
12:53ni d'Adam,
12:54l'avaient appelé
12:55du dehors
12:56pour l'inviter
12:57à boire un verre.
12:59Et qu'il a bu
12:59tout seul,
13:00d'ailleurs,
13:00parce que les amis
13:02en question
13:03avaient disparu.
13:07Après avoir repris
13:08une petite goutte
13:10de gnôle,
13:11l'adjudant-chef Massot
13:12continue son récit.
13:15Les jours suivants,
13:18malgré notre patience
13:19et notre opinion
13:20à trater,
13:21nous ne trouvons
13:22aucun élément
13:23susceptible
13:24d'orienter
13:25les recherches.
13:26Le socle
13:28de Maria
13:29ne reste
13:29désespérément
13:31vide.
13:32Le lendemain du vol,
13:34dans une ambiance
13:34de cour martiale,
13:36le maire
13:37réunit
13:37solennellement
13:38le conseil municipal
13:39et nous fait
13:40un discours
13:41au milieu
13:41d'un silence
13:42de mort.
13:43Devant cette attente
13:45inqualifiable
13:46à l'expression
13:47même
13:47des idées républicaines,
13:50nous mesurons
13:51la gravité
13:52de l'affront
13:52portée
13:53à la municipalité
13:54de Saint-Gervais
13:55tout entière.
13:57Une enquête
13:57est en cours.
13:59Elle sera peut-être
14:00longue et difficile.
14:02Selon les dires
14:03du brigadier
14:04de gendarmerie
14:05Massot,
14:05ici présomain,
14:07nous sommes persuadés,
14:09devant sa farouche
14:11et courageuse
14:12détermination,
14:13qu'elle aboutira.
14:15Il importe
14:16par ailleurs
14:17que nous restions unis
14:18car il ne fait
14:19aucun doute
14:20que ce coup
14:22sournois
14:23est destiné
14:24à déconsidérer
14:25les représentants
14:27de la commune
14:28à quelques semaines
14:30des élections
14:31municipales.
14:32D'ailleurs,
14:34en tant que maire
14:35de cette commune
14:36de Saint-Gervais,
14:38je déclare
14:39solennellement
14:40que je n'exercerai
14:41plus aucune
14:42fonction
14:42officielle,
14:44tant que
14:45l'effigie
14:46de la république,
14:47notre maire
14:48à tous,
14:49n'aura pas
14:50regagné
14:50la place
14:51qui est la
14:53sienne.
14:54Un tonnerre
14:55d'applaudissements
14:56accueillit
14:57cette belle
14:58envolée oratoire,
14:59chacun y allant
15:00ensuite
15:00de ses commentaires
15:02et de ses
15:03suggestions.
15:03Le commandant
15:05de section
15:06de l'époque
15:06avait lui aussi
15:07été avisé
15:08de l'affaire
15:09et avait
15:10assuré
15:10que tout
15:11serait fait
15:11pour retrouver
15:12Marianne
15:13et ramener
15:14ainsi le calme
15:15dans la commune.
15:16En ce qui nous
15:16concernait,
15:17moi et mon équipe
15:18nous étions
15:19sur les dents
15:19et Chaput
15:20avait très bien
15:21résumé la situation
15:23en disant
15:23« J'ai comme
15:24l'impression
15:25peu chère
15:26d'avoir
15:26une épée
15:27dans le dos,
15:28seulement je n'ose
15:28pas avancer
15:29de peur
15:30de manquer
15:30une marche. »
15:33J'avais le temps,
15:34la fatigue,
15:34les efforts
15:35inutiles
15:35et une certaine
15:37irritation
15:38s'insinuaient
15:39au sein
15:39de l'équipe.
15:40J'avais prévenu
15:41mes collègues
15:42des circonscriptions
15:42voisines
15:43de la disparition
15:44de la Marianne
15:45de Saint-Gervais
15:46et un jour
15:47je reçois
15:48la visite
15:49du maréchal
15:49des logichefs
15:50Bertolino.
15:52Il avait
15:52soi-disant
15:53un tuyau
15:54pour Moitay.
15:55Un paysan
15:55voisin
15:56de chez lui
15:56en essayant
15:57de rattraper
15:58son chien
15:58qui s'était
15:58enfui
15:59avait trouvé
16:00dans la campagne
16:01à moitié
16:02enfoui
16:02dans la terre
16:03une tête
16:04de femme
16:05en plâtre
16:06cassée
16:07en deux morceaux.
16:09Et,
16:10vraisemblablement,
16:12notre Marianne
16:13était retrouvée
16:14et nous attendait
16:15à la brigade
16:15du canton voisin
16:16dans un triste
16:18état
16:19hélas.
16:21Notre brave
16:22Gustave,
16:24sacrifiant
16:24à Bacchus
16:25avec un pétrant
16:26d'ardeur,
16:27avait sans doute
16:28par maladresse
16:29fait tomber
16:30le buste
16:30de Marianne
16:31puis
16:31effrayé
16:33par les conséquences
16:34de son acte,
16:35avait dû soigneusement
16:36cacher les débris
16:37et inventer
16:39une histoire
16:40de vaux.
16:41Enfin,
16:43nous avions trouvé
16:44la solution
16:44de l'énime.
16:46Je souriais
16:47intérieurement,
16:48satisfait
16:49de ma perspicacité
16:50et encore plus
16:51des conséquences
16:52de cette découverte.
16:54L'enquête
16:55terminée
16:55et la paix
16:57du village
16:57enfin retrouvée.
17:01J'alertais
17:01aussitôt
17:02monsieur le maire
17:03et quelques instants
17:04plus tard,
17:05le cœur battant,
17:07nous partîmes
17:07dans sa voiture
17:08à cheval
17:09en direction
17:10de la brigade
17:11où l'on avait
17:11retrouvé
17:12Marianne.
17:14Enfin,
17:15nous arrivâmes
17:16dans le bureau
17:16de mon collègue
17:17Bertolino
17:18qui,
17:18avec mille
17:19précautions,
17:21déposa sur une table
17:22embuste
17:24représentant
17:25un visage féminin
17:26au profil grec
17:27mais décoiffé
17:29car le bonnet
17:30phrygien
17:31constituant
17:32le haut
17:32de la statue
17:33était détaché
17:34et brisé
17:35au ras
17:36de la partie
17:37supérieure
17:37du front.
17:39Je souriais
17:41béatement
17:42tout prêt
17:43à accueillir
17:44les chars
17:44de félicitations
17:45du maire
17:46quant à ma
17:47grande stupeur
17:48celui-ci
17:49blanc comme un cierge
17:51laissa tomber
17:53ces mots
17:53funestes.
17:55Messieurs,
17:56ceci est un complot
17:57machiavélique.
17:59Cette Marianne
18:00n'est pas la nôtre.
18:01La nôtre
18:02était beaucoup plus belle.
18:03J'avais bien dit
18:04qu'il s'agissait
18:05d'un coup
18:06de l'opposition
18:07et je maintiens
18:08mon accusation.
18:10À partir
18:10d'aujourd'hui,
18:12la guerre
18:13est ouverte.
18:15De retour
18:16à la brigade,
18:18je déposais
18:19la force
18:20Marianne
18:21sur mon bureau
18:22et en présence
18:24de tous
18:24mes gendarmes,
18:26je récapitulais
18:27les derniers événements
18:28de la journée.
18:31Comme d'habitude,
18:32Chaput
18:33exprima
18:34la pensée
18:34du groupe
18:35en lançant
18:36un regard
18:36venimeux
18:37à la Marianne
18:38impassible.
18:39« T'es,
18:40si je me retenais
18:40pas,
18:41peu cher,
18:41je lui donnerais
18:42un coup de pied
18:43quelque part
18:43à celle-là ! »
18:45Ce à quoi
18:46un gendarme
18:47y la répliqua
18:48t'excite pas,
18:49chaput,
18:50tu vois bien
18:50qu'il n'y a
18:51que la tête,
18:51con ! »
18:53Cela nous faisait
18:54du bien de rire
18:55et ça contribuait
18:57à atténuer
18:58notre amertume.
19:00Les dernières paroles
19:01de M. le maire
19:02résonnaient encore
19:03à mes oreilles.
19:04« Ma Marianne
19:05a une petite
19:06éraflure
19:07sous l'œil droit
19:07très caractéristique
19:09d'une longueur
19:10de deux centimètres
19:10environ. »
19:13Je réalisais
19:14soudain
19:15que dans aucune
19:17commune avoisinante
19:18on avait signalé
19:19le vol
19:20d'une Marianne.
19:22Or,
19:22celle que nous
19:23avions récupérée
19:25en morceaux
19:26appartenait bien
19:27à une mairie,
19:28peu cher.
19:29Donc,
19:30il y avait eu
19:30substitution
19:32et vraisemblablement
19:33dans un village
19:34tout proche
19:34du lieu
19:34où l'on avait
19:35découvert
19:36la statue enterrée,
19:37celle-là,
19:38cassée.
19:40Aussi,
19:40j'annonçais
19:41d'un temps
19:42pérentatoire
19:43à mon entourage
19:44ébahis.
19:45Demain,
19:46le problème
19:47sera résolu.
19:49Le lendemain,
19:51toujours en compagnie
19:52de M. le maire
19:53qui nous faisait
19:54les honneurs
19:55de sa voiture
19:55à cheval,
19:56je me rendis
19:57au village
19:58de Cabrière
19:59où nous fûmes
20:00reçus
20:00par l'élu local
20:01qui,
20:02au récit
20:03du malheur
20:03qui avait frappé
20:04Saint-Girvay,
20:05nous ouvrit
20:06toute grande
20:07à les portes
20:08de sa salle
20:08du conseil municipal
20:09où trônait
20:11« Notre
20:13Marianne ! »
20:15« C'est elle ! »
20:17cria M. le maire.
20:19Et oui,
20:20c'était bien elle
20:21avec son air
20:22martial
20:22et son
20:23éraflure
20:24à l'œil droit
20:25qui lui donnaient
20:26un regard
20:27cocaigne
20:28et frondeur.
20:29comment la Marianne
20:32de Saint-Girvay
20:33avait-elle élu
20:34domicile
20:35à Cabrière ?
20:37Je vous pose
20:38la question.
20:40Le maire
20:41de Cabrière
20:41interloquait
20:42nous avoir
20:43qu'il ne s'était
20:44même pas
20:45rendu compte
20:45du changement.
20:46Enfin,
20:47c'est ce qu'il
20:48prétendait,
20:48le bourre.
20:49Et il ajouta même
20:50d'un air
20:50dédaigneux
20:51que pourtant
20:52celle-ci
20:53ne ressemblait
20:54pas du tout
20:55à la Sianna.
20:57Soit quoi,
20:58M. le maire
20:59de Saint-Girvay
20:59répondit vertement
21:00« Vous avez raison,
21:02peu chère,
21:03la nôtre
21:04est beaucoup
21:04plus belle. »
21:07Et restait
21:07à savoir
21:08qui avait organisé
21:09l'enlèvement
21:10de notre
21:11Marianne.
21:12Je demandais
21:13à voir la personne
21:14chargée du nettoyage
21:15de la salle
21:16et je vis arriver
21:18une petite dame
21:20à qui on aurait pu
21:21donner le bon Dieu
21:22sans confession.
21:24Et qui se présenta
21:25à moi
21:25accompagnée
21:27par M. le curé
21:29de Caboyère.
21:31À l'époque,
21:32les curés
21:33portaient encore
21:34la soutane
21:35et celui-ci
21:36vint vers moi
21:37en joignant
21:38les mains
21:38et en me priant
21:39d'accorder
21:40mon indulgence
21:41à cette pauvre femme
21:42qu'il avait
21:43entendue
21:44en confession
21:45et qui avait
21:46expié
21:47sa faute.
21:50Interloqué,
21:51je demandais
21:52à la brave femme
21:53ce qu'elle avait
21:53à se reprocher
21:54pauvre.
21:55Mais avant
21:56que j'ai pu
21:56l'en empêcher,
21:58elle tomba
21:58à genoux devant moi
21:59en criant
22:00et en pleurant.
22:01C'est moi,
22:02c'est moi
22:02qui ai cassé
22:03la Marianne
22:04sans le vouloir
22:04en faisant le ménage.
22:06J'ai eu si peur
22:07alors j'en ai parlé
22:08à mon frère
22:08et c'est lui
22:09qui avec un camarade
22:11a eu l'idée
22:12d'aller prendre
22:12celle de Saint-Gervais
22:14pendant que le Gustave
22:15buvait le pastis
22:16son café.
22:17Ils ont enterré
22:18la Marianne
22:19que j'avais cassée
22:19et à sa place
22:20ils ont installé
22:22celle-là
22:22à l'éveil.
22:23Dieu me pardonne,
22:24je vais enfin
22:25pouvoir dormir
22:26parce que la Marianne,
22:28elle,
22:28elle était
22:29dans tous mes cauchemars.
22:32Et la pauvre femme
22:33essuya une grosse larme.
22:36Je l'aidais
22:37à se relever
22:38en l'assurant
22:38de notre indulgence
22:40à son égard
22:41puisque péché avoué
22:43est à moitié pardonné.
22:45et ce qu'elle ignorait
22:47c'est qu'elle avait
22:48évité
22:49une sanglante
22:50bataille municipale.
22:53Nous repartîmes
22:54triomphalement
22:55vers Saint-Gervais
22:56où M. le maire
22:57revertu
22:58de son écharpe
22:59tricolore
23:00installa Marianne
23:02en grande pompe
23:03dans la salle
23:04de la mairie.
23:06Quelques semaines
23:07plus tard
23:08il était réélu
23:10et comme je le félicitais
23:12chadement
23:13il me dit
23:14« Mais c'est grâce
23:15à vous
23:16chef Massot
23:17si vous n'aviez pas
23:18retrouvé
23:19la Marianne
23:19moi
23:20je n'aurais
23:20certainement
23:21pas retrouvé
23:22mon siège
23:22à la mairie
23:23alors
23:24encore
23:25merci
23:25Massot
23:27et je ne vous dirai
23:28que deux mots
23:29bravo ! »
23:31Ainsi se terminait
23:33l'histoire
23:34de l'adjudant
23:35chef Massot.
23:36Il commençait
23:37à se faire tard
23:38et je devais
23:38rentrer à la compagnie.
23:40Je remerciais
23:41chaleureusement
23:42mon compagnon
23:43de table
23:43d'avoir évoqué
23:44devant moi
23:44des souvenirs
23:45d'un autre temps
23:47où l'on circulait
23:48en voiture
23:49à cheval
23:49où les curés
23:51portaient
23:51des soutanes
23:52et où les gendarmes
23:54allaient à vélo.
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