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00:00A 8h30 du matin, le commissaire du quartier regarde sortir du lycée l'ambulance qui emmène Karine,
00:17une élève de 16 ans que l'on vient de trouver dans une classe blessée gravement, portant encore un couteau dans le dos.
00:22Le commissaire a voulu la voir. Une gosse. Vraiment une gosse. L'ambulance disparaît au bout de la rue.
00:34Le commissaire entre dans le bureau du directeur. Quelques agents de police qui viennent de procéder aux premières constatations lui présentent un témoin, une camarade de la blessée.
00:44Le témoin a 16 ans. C'est une jeune fille potelée qui ne s'est pas encore remise de sa terreur et raconte son histoire avec spontanéité.
00:52Je suis entré dans la classe à 8h10, dit-elle. D'abord, je n'ai vu personne. Et puis tout à coup, j'ai entendu des gémissements.
01:03Je me suis approché et j'ai découvert Karine. Elle était par terre, couchée sur le ventre, les bras repliés autour de la tête.
01:09Je lui ai dit, ben qu'est-ce qui t'arrive ? Et Karine m'a répondu, je ne veux pas encore mourir.
01:17Un homme m'a enfoncé un couteau dans le dos. Je me suis penché, j'ai tâté sa blouse et j'ai vu qu'une lame de couteau était plantée.
01:26Elle était très profonde. Il n'y avait pas de manche.
01:29Alors, j'ai pris dans mes doigts le bout de la lame qui dépassait et puis je l'ai arrachée.
01:37C'est tout ? Demande le commissaire.
01:40Oui, c'est tout.
01:42Et qu'est-ce que vous avez fait de la lame ?
01:44Ben, je l'ai posée à côté sur le parquet.
01:46Quelques instants plus tard, le commissaire voit en effet la lame du couteau sur le parquet de la classe,
01:53où les policiers ont veillé à ce que rien n'ait été dérangé.
01:57Sur les divers bancs de la classe, des livres, des effets vestimentaires appartenant aux jeunes filles sont encore posés.
02:03Le contour du corps de Karine a été dessiné à la craie et c'est là, tout près d'elle, que se trouve la lame de couteau.
02:09Une lame d'une dizaine de centimètres environ, d'une largeur de 15 millimètres.
02:13Mais, elle devait être plus longue à l'origine, car elle a été cassée et elle est maintenant dépourvue de manches.
02:20Elle est légèrement recourbée à l'endroit de la cassure, et bien qu'elle soit pleine de sang,
02:25la lame semble porter à l'extrémité brisée un bourrelet gélatineux.
02:31A tout hasard, le commissaire transmet l'objet au laboratoire de la police aux fins d'analyse.
02:36A côté des contours du corps de Karine dessinés à la craie, on peut voir une tâche de sang de la taille d'une main.
02:43Cette histoire est authentique, mais l'année 1969 n'est pas loin.
03:04Et, comme cette affaire mit en cause un grand nombre de personnes, bien qu'elle se soit passée dans un pays voisin,
03:11nous préférons supprimer les noms propres des personnes et des lieux.
03:15Deux heures plus tard, le commissaire peut interroger Karine à l'hôpital.
03:17En effet, la blessure, bien que profonde d'une dizaine de centimètres,
03:21et à un centimètre de la colonne vertébrale, ne concerne aucun organe essentiel,
03:25et les jours de Karine ne sont pas en danger.
03:27Comme je vous l'ai dit, Karine a 16 ans, c'est une jeune fille brune, aux yeux noirs,
03:32malgré un visage assez expressif, elle n'est ni belle ni laide,
03:35et paraît d'une intelligence moyenne.
03:37Et voici son récit.
03:38Ce matin, j'ai été la première à entrer dans la salle de classe quelques minutes avant huit heures.
03:44J'ai enlevé mon manteau, j'ai déposé mon sac à main,
03:48et au moment où je voulais sortir mes cahiers de ma serviette,
03:52une fille est entrée dans la classe.
03:55Elle n'a pas dit un mot et ne tenait rien dans ses mains.
03:59Lorsqu'elle s'est trouvée derrière moi, tout près,
04:02j'ai senti une forte piqûre dans mon dos.
04:03La fille a poussé un cri, et puis elle a quitté la salle en courant.
04:10Pardon de vous interrompre, intervient le commissaire,
04:12mais cette jeune fille, vous la connaissez ?
04:16Non, non, je ne la connais pas.
04:20Elle ne fait pas partie du lycée ?
04:23Non, je ne l'ai jamais vue.
04:26Bizarre.
04:27Continuez.
04:29J'ai compris qu'on m'avait planté un couteau dans le dos.
04:31Alors, je me suis étendu par terre, sur le ventre.
04:38Je crois que c'était la meilleure solution.
04:40En effet, vous n'avez pas crié ?
04:43Non.
04:45Vous n'avez pas appelé au secours ?
04:48Non, je savais qu'on allait venir.
04:52Évidemment, le récit, dans son étonnante simplicité,
04:55est en contradiction avec la déclaration de la jeune fille qui a trouvé Karine.
04:58La camarade qui vous a trouvé la première dans la classe
05:01m'a déclaré que vous lui auriez dit que c'était un homme
05:04qui vous avait planté le couteau dans le dos.
05:07Vous êtes sûr ?
05:08Ben, je suis sûr qu'elle me l'a dit, oui.
05:12Pourtant, c'était une jeune fille.
05:15Si j'ai parlé d'un homme, je me suis trompé.
05:17Vous savez, je...
05:18Je devais être à moitié inconsciente.
05:20C'est possible, en effet, admet le commissaire.
05:26Pourriez-vous me la décrire, cette jeune fille ?
05:29Qui ?
05:30Ben, la jeune fille qui vous a frappé.
05:33Oui, bien sûr.
05:34Je l'ai assez bien vue.
05:36Elle avait environ dix-huit ans.
05:37Elle était à peu près de ma taille.
05:40Et...
05:41Vous mesurez combien ?
05:42Demande le commissaire qui prend des notes.
05:44Un mètre cinquante-six.
05:45Merci, continuez.
05:46Elle portait un pulle vert jaune à manches longues, assez décolletées, une jupe foncée.
05:52Elle portait ses cheveux longs.
05:54Il touchait ses épaules.
05:55Ils m'ont frappé ses cheveux parce qu'ils étaient très blancs.
05:57Elle les avait certainement décolorés.
06:00Et vous êtes sûr, insiste le commissaire, de n'avoir jamais vu cette jeune fille auparavant ?
06:06Absolument sûr.
06:07Et vous êtes certaine que ce n'est pas une élève du lycée ?
06:12Certaine.
06:16Bien que quelque chose cloche dans ce témoignage, le commissaire n'insiste pas
06:20et il quitte le chevet de la malade pour retourner au lycée.
06:24Que savez-vous de Karine ? demande-t-il aux élèves de sa classe.
06:27Oh, pas grand-chose, répond l'une.
06:30Elle n'avait aucun contact avec nous, explique une autre.
06:33Oh, avec elle, c'était chacun pour soi, précise encore une autre.
06:37Elle n'était pas causante, hein ? Elle n'avait pas d'amis.
06:40Et est-ce qu'elle entretenait des relations avec des jeunes gens ? demande le commissaire.
06:44Toutes ces jeunes personnes lui répondent aussitôt, avec de petits airs plus ou moins désinvoltes, plus ou moins condescendants,
06:52mais avec une belle unanimité, qu'il ne pouvait être autre question que Karine eut le moindre rapport avec un jeune homme.
06:58Et pourquoi ?
06:59Oh, bah, Karine, vous savez, c'est une gamine.
07:02L'élève qui vient de parler ne se distingue guère des autres, sinon qu'elle a une jupe un peu plus courte des bottes et des lunettes de soleil,
07:11bien que l'on soit au mois de novembre, en un pays où novembre est gris.
07:14Elle croit utile de demander, j'espère que vous me comprenez, monsieur le commissaire.
07:18Oui, oui, oui, oui, oui, je vous ai comprise.
07:20Le père de Karine, un fonctionnaire modeste, met son appartement à la disposition de la police pour une visite domiciliaire
07:27au cours de laquelle le commissaire, à tout hasard, recherche le manche du couteau.
07:32Mais il ne manque aucun couteau à la cuisine, et les parents n'ont pas le souvenir d'en avoir possédé un semblable.
07:38Comme il est impossible de tirer un mot de la mère en larmes, le commissaire doit se contenter d'interroger le père.
07:43« Karine, vous paraissez-t-elle heureuse ? »
07:48« Je ne sais pas. Vous savez, c'est tellement difficile de savoir. Les jeunes filles ont des hauts, des bas.
07:55Mais vous aviez demandé l'avis de ces professeurs ? »
07:58« Oui. Oui, je les ai interrogés. Les professeurs m'ont dit que Karine était une élève très moyenne.
08:07Je sais qu'elle fréquentait peu ses camarades.
08:09Puis je sais aussi qu'elle n'avait aucun rapport avec les garçons.
08:15« Cela vous semblait normal ? »
08:19« Non. J'ai toujours pensé qu'elle était trop calme, trop pondérée pour son âge. »
08:27« Mais que faire ? »
08:33Et le père demande avec angoisse « Vous croyez qu'elle aurait voulu se suicider ? »
08:41« Peut-être. »
08:45« En tout cas, cher monsieur, son témoignage ne m'a pas convaincu. »
08:47« Mais pourquoi ? » demande le père, qui est devenu subitement pâle.
08:51« Pourquoi ? »
08:54« Je n'ai jamais eu de difficultés graves dans son éducation. »
08:58« Quand elle avait des problèmes, elle nous en a toujours parlé, très franchement. »
09:04« Ce matin, s'il vous plaît, comment était-elle ? »
09:07« Normal. »
09:09« Tout à fait normal. »
09:11« A-t-elle eu besoin de se faire soigner ? »
09:14« Jamais. »
09:15« Aussi, il y a quinze jours, elle a été voir notre médecin, mais c'était un simple dérangement d'estomac. »
09:24Pendant que l'enquête s'enlise, on recherche au lycée la fameuse jeune fille inconnue au pullover jaune.
09:32On découvre bien quelques jeunes filles portant de grands cheveux blonds et des pullovers plus ou moins jaunes,
09:37mais il est impossible d'établir un rapport quelconque entre elles et l'agression.
09:40De plus, aucune inconnue ne semble avoir quitté ou être entrée dans le lycée ce matin-là.
09:48Mais voici, chers amis, qu'un monstre va montrer le bout de son museau.
09:54La fameuse rumeur publique dont je vous parle assez souvent.
09:58D'abord, une radio locale qui le soir-même raconte comment un inconnu a poignardé une élève dans une classe du lycée.
10:05Ensuite, ce sont les journaux qui, dans la nuit, publient les déclarations des élèves
10:08allant jusqu'à camper la silhouette de l'agresseur sournois.
10:12Ce sont les parents qui téléphonent affolés annonçant qu'ils empêcheront leur fille de se rendre au lycée
10:16tant qu'on n'aura pas arrêté le coupable.
10:18C'est enfin, à la première heure, le directeur qui demande à être entendu.
10:23Ou bien que cela le gêne horriblement, bien qu'il répugne à ce genre de démarche,
10:27il croit de son devoir de porter à la connaissance du commissaire un fait qui le préoccupe.
10:32En réalité, plus qu'un fait.
10:35Il s'agit d'un homme.
10:38Un homme qui ne paraît pas très normal, qui fréquente une des élèves du lycée.
10:43Une pauvre enfant naïve, monsieur le commissaire.
10:45Une mineure, monsieur le commissaire.
10:47Et lui, c'est une espèce de métèque, monsieur le commissaire.
10:53Vous avez deviné, chers amis.
10:56Et c'est là que ce dossier devient tout à la fois monstrueux et extraordinaire.
11:01Les récits extraordinaires de Pierre Delmar, un podcast européen.
11:19Donc, chers amis, voici sur la sellette celui qu'on appelle le métèque.
11:22De grands yeux, jaunes, légèrement injectés de sang, le teint mat, petit, légèrement zésayant, il est né quelque part en Méditerranée orientale.
11:36Il a 25 ans.
11:38Il travaille dans une pharmacie.
11:40Les gens mal intentionnés l'appellent le métèque.
11:44Amoureux passionné, il fréquente une élève du lycée.
11:47Elle n'a pas encore 18 ans.
11:49Son visage est un gras sur un corps à peine formé, auréolé de cheveux filasses.
11:54Elle n'a d'autre attrait que sa fraîcheur et sa naïveté bébête.
11:58Elle vit l'amour du métèque avec une tranquillité plate.
12:01Cet amour quelque temps secret vient de provoquer, en éclatant au grand jour, la consternation de ses parents.
12:08Nul doute que cette jeune fille, bien qu'elle approche de sa majorité pour céder à l'insistance de ses parents, finira par rompre.
12:15Car le métèque n'a jamais été plus odieux avec elle que depuis qu'il sait qu'elle risque de lui échapper.
12:20Et oui, il y a des gens comme ça, des gens à qui la jalousie fait perdre tout bon sens.
12:25Le métèque est de ceux-là.
12:26Il pique des crises épouvantables, quelquefois en public.
12:28Et sans doute pour se venger de l'inconsistance de l'objet de ses amours,
12:32il poursuit de ses assiduités une serveuse de cantine et la fille de la femme de ménage de la pharmacie.
12:38Mais vous verrez que malgré les apparences, le métèque est tout ce qu'on voudra, sauf un médiocre.
12:44Je vous rappelle les faits.
12:46Une salle de classe du lycée, une jeune fille de 16 ans blessée portant encore un couteau dans le dos,
12:51mais qui n'est pas la petite amie du métèque,
12:54sur lequel se portent pourtant les soupçons du directeur de l'école.
12:59Et là, le commissaire va commettre une erreur.
13:01Il envoie deux policiers chercher le métèque à la pharmacie où il travaille pour l'entendre dans son bureau.
13:06Après avoir, comme tout un chacun, une impression désagréable,
13:09en voyant le petit jeune homme au teint mat s'asseoir sur une chaise en face de lui,
13:13après avoir scruté ses yeux jaunes légèrement injectés de sang,
13:17après l'avoir entendu fournir en aisayant son identité, son lieu de naissance, le caire, sa profession étudiant,
13:23le commissaire pense très vite que ce jeune homme ne doit pas être le coupable.
13:27Ah certes, sous l'emprise d'un sentiment violent, ce garçon peut être capable de tout,
13:31même de tenter de commettre un crime, mais encore faut-il que ce sentiment existe.
13:35Or, il semble bien qu'il ne connaisse pas la victime.
13:39Par contre, sa passion pour la jeune fille à peine formée aux cheveux filasses
13:42ne fait aucun doute une passion dévorante, exclusive.
13:45Enfin pourtant, vous fréquentez d'autres jeunes femmes, demande le commissaire.
13:48« Ben non, non, je voudrais, je voudrais pour pouvoir lui rendre sa liberté, pour la laisser en paix.
13:54Ses parents lui font une guerre sans merci.
13:57Je sais que je ne suis pas un homme normal, je sais qu'avec moi elle ne sera jamais heureuse.
14:01C'est pour ça que je voudrais fréquenter d'autres femmes.
14:03Mais je ne peux pas, je l'aime. »
14:07Le commissaire se remémore à la jeune fille aux cheveux filasses qu'il a entrevue dans la cour du lycée,
14:11et il se demande comment une telle créature peut inspirer une telle passion.
14:16Enfin, il n'insiste pas et fait reconduire le métèque à sa pharmacie.
14:22Hélas, comme je vous l'ai dit, l'audition du jeune homme n'est pas passée inaperçue.
14:26Très vite, le bruit s'en est répandu dans tout le quartier,
14:30et notamment au lycée de garçons, voisins du lycée de filles,
14:33sur lequel d'ailleurs avaient pesé quelques instants les soupçons des enquêteurs.
14:36Pour plusieurs de ces jeunes gens, le criminel, l'agresseur sournois dont parlaient les journaux,
14:42c'est le métèque.
14:44La police a démasqué, et c'est sans doute parce qu'elle n'a pas de preuves qu'elle l'a relâchée.
14:49Alors plusieurs garçons tiennent une petite conférence.
14:52Le groupe grossit bien vite de tous ceux, et ils sont nombreux,
14:55qui ont leur soeur au lycée des filles.
14:58Tous ces preux chevaliers décident alors, puisque la police ne peut pas faire justice,
15:02qu'il est de leur honneur d'agir à sa place.
15:08Pendant ce temps, le commissaire interroge à nouveau la jeune fille potelée,
15:11qui a découvert Karine la première.
15:14Le commissaire a relevé dans sa déclaration quelques non-sens.
15:17Par exemple, elle ne peut pas avoir vu Karine en entrant dans la classe,
15:20car il faisait pratiquement nuit.
15:23Il lui demande donc de compléter sa déclaration.
15:26Voici les précisions qu'il apporte.
15:27« Hier matin, lorsque j'ai entendu les gémissements,
15:30j'ai d'abord allumé l'électricité, parce qu'il ne faisait pas encore clair.
15:35Je ne me suis pas tellement étonné,
15:36puisque Karine avait eu plusieurs fois des crampes d'estomac,
15:40et qu'elle s'était même évanouie il y a un mois.
15:43Alors je lui ai demandé,
15:45« Karine, qu'est-ce que tu as donc ? »
15:47Et elle m'a répondu,
15:48« Un homme avec un couteau, ou bien...
15:51quelqu'un m'a enfoncé un couteau. »
15:54Mais de toute façon, Karine n'a jamais dit qu'il s'agissait d'une fille.
15:58Les seules paroles qu'elle a prononcées ensuite, c'est
16:00« Je ne veux pas mourir. »
16:03Est-ce qu'elle vous a demandé d'aller chercher du secours ?
16:06Non.
16:09Pendant ce temps, les justiciers du lycée de garçons sont retournés en classe.
16:13Comme autant de petits oraux studieux,
16:16ils ont ouvert leur cahier et songent en écoutant leur professeur.
16:20Ils ont pris la décision d'aller, dès la sortie du lycée,
16:23provoquer le métèque devant sa pharmacie.
16:25Chacun d'eux espère sans doute qu'il sera le plus héroïque,
16:28le plus intraitable.
16:31Pendant ce temps, le service d'identification de la police
16:33qui examine à fond la salle de classe
16:35découvre sur un mur, à 1,11 m du sol,
16:38derrière l'endroit où l'on a trouvé le corps blessé de Karine,
16:41un petit trou ovale,
16:43d'un diamètre maximum de 10 mm,
16:44creusé de bas en haut et légèrement de gauche à droite.
16:47Le trou a 4 mm de profondeur.
16:49En dessous, sur le sol, des traces de plâtre
16:53que le commissaire fait analyser.
16:55La réponse lui parvient, dans le courant de l'après-midi.
16:58Il s'agit du même matériau que celui relevé sur la lame du couteau brisé
17:01et auquel le sang de la jeune fille
17:03avait donné l'apparence d'une gélatine.
17:06Cette fois, le commissaire,
17:07qui sait à quoi s'en tenir,
17:08décide d'interroger à nouveau Karine.
17:09Malheureusement, c'est déjà la sortie du lycée.
17:14Une quinzaine de garçons de 14 à 18 ans,
17:16auxquels se sont joints quelques grands dadés de frères plus âgés,
17:19marchent à travers les rues jusqu'à la pharmacie.
17:22Ils se groupent devant l'entrée.
17:24Et après quelques vociférations et quelques conciliabules,
17:27l'un d'eux pénètre dans l'officine.
17:29Il dit,
17:31« Sors si tu n'es pas un lâche !
17:33Sinon on entre et on casse tout ! »
17:37Le malheureux Mettech regarde le pharmacien immobile,
17:39blanc, cramponné à sa caisse,
17:41et la pharmacienne, sa femme,
17:42plaquée contre un mur par la terreur.
17:45« C'est bon, » dit le Mettech.
17:47« Ben voici. »
17:50Les garçons, après un bref étonnement,
17:52s'encouragent du regard.
17:54Peut-être ne se passerait-il rien
17:56si l'un d'eux, hargneux,
17:58ne s'avançait vers le Mettech,
17:59une épaule en avant, les poings serrés.
18:01Alors ils se bousculent mutuellement
18:02et c'est la ruée des oraux
18:04qui frappe, griffe, pince, crache, crie.
18:09« Voici l'aveu que Karine, à l'hôpital,
18:12fait au commissaire.
18:13Chez elle, en famille,
18:14elle n'a pas de difficultés,
18:16bien que ses résultats scolaires
18:17ne soient pas fameux.
18:19Mais c'est vrai,
18:21elle n'avait pas l'ami
18:22et elle ressentait depuis près de quatre ans
18:25des angoisses.
18:27C'est sans doute pourquoi,
18:28explique-t-elle,
18:29« Je souffrais depuis quelques semaines
18:31de crampes d'estobat. »
18:33Ne pouvant plus à la longue
18:35supporter ses angoisses,
18:37elle avait décidé de se suicider,
18:39mais à l'aide d'un couteau
18:41et en faisant croire,
18:43par pitié envers ses parents,
18:45à un assassinat.
18:47Le jour précédant
18:48l'exécution de son projet,
18:50elle était allée dans un grand magasin
18:52acheter un couteau de cuisine
18:53à longue lame.
18:54Mais elle l'avait trouvé trop long
18:56et pas assez maniable pour son projet.
18:58À la maison,
18:59elle avait donc cassé la lame
19:00en poussant le couteau
19:02contre une paroi de sa chambre.
19:04Le lendemain,
19:06elle s'était rendue au lycée
19:07en empruntant le chemin habituel.
19:09Elle avait jeté en passant
19:10le manche du couteau
19:11dans une bouche d'égout.
19:13Arrivée dans sa salle de classe,
19:15elle avait enlevé son manteau,
19:18elle avait tenu avec la main
19:18la lame cassée contre le mur,
19:21puis, se retournant,
19:23elle avait serré son dos
19:25contre la pointe
19:26afin qu'elle y pénètre.
19:28Mais dès ce moment-là,
19:30elle ne songea plus sérieusement
19:32à mourir.
19:33Au contraire,
19:34elle avait espéré
19:35qu'on la retrouverait
19:36aussi rapidement que possible.
19:39Voilà.
19:41C'est tout.
19:44Du moins,
19:46ce serait tout.
19:49Si, après avoir assommé
19:51l'un des gamins,
19:52le métèque,
19:54sanglant,
19:55à moitié aveugle
19:56par les coups qu'il a reçus,
19:58ne fuyez dans l'escalier
19:59de la maison voisine,
20:00poursuivi
20:01d'étage en étage.
20:03Et il saute
20:04par la fenêtre
20:05du deuxième,
20:06rate son cou.
20:08Et il se brise
20:09les jambes
20:09et le bassin.
20:12À aujourd'hui,
20:13il a toujours
20:13les yeux jaunes,
20:15légèrement injectés
20:16de sang.
20:17Il est toujours
20:18le métèque.
20:20Mais en plus,
20:22il est paraplégique
20:23dans un fauteuil roulant.
20:24Vous venez d'écouter
20:44les récits extraordinaires
20:46de Pierre Bellemare,
20:48un podcast
20:48issu des archives
20:50de Repin.
20:50Réalisation
20:52et composition musicale,
20:54Julien Tarot.
20:55Production,
20:56Estelle Laffont.
20:58Patrimoine sonore,
20:59Sylvaine Denis,
21:00Laetitia Casanova,
21:02Antoine Reclus.
21:03Remerciements
21:04à Roselyne Bellemare.
21:06Les récits extraordinaires
21:07sont disponibles
21:08sur le site
21:09et l'appli Europe 1.
21:11Écoutez aussi
21:11le prochain épisode
21:13en vous abonnant
21:14gratuitement
21:14sur votre plateforme
21:15d'écoute préférée.
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