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00:00Bienvenue dans les récits extraordinaires de Pierre Bellemare.
00:07Un podcast issu des archives d'Europe 1.
00:11Au début du 19e siècle, le Pont-Neuf est encore l'endroit le plus animé, le plus pittoresque de Paris.
00:18Les petites boutiques supprimées en 1756, mais réapparues 20 ans plus tard, contribuent à cette animation.
00:25On y trouve des marchands de toutes sortes, des batteleurs, des montreurs d'animaux, et surtout des vendeurs de billets de la loterie.
00:33Cette loterie qui a connu bien des vicissitudes, mais qui jouit depuis qu'elle est devenue impériale, de la grande faveur des badauds.
00:42En 1805, parmi les vendeurs de billets autour desquels on se presse, le plus populaire est sans conteste l'aveugle François-Philippe Bélanger.
00:52De chaque jour, on le voit arriver sur le pont, guidé par une jolie jeune femme appelée Fanchette.
00:59Tous deux tirent une charrette, sur laquelle est installée une grande roue ornée de dessins et de chiffres,
01:06grâce à laquelle chacun peut tenter sa chance en choisissant un des billets que vend l'infirme, surnommé d'ailleurs par les parisiens l'aveugle du bonheur.
01:14Puis, après une journée généralement fructueuse, toujours aidée et guidée par Fanchette,
01:21François-Philippe Bélanger, l'aveugle du bonheur, prend la direction de la rue de Charenton et pénètre dans l'ancienne caserne des Mousquetaires Noirs,
01:30devenue l'hospice des 15-20, où il retrouve sa femme, aveugle comme lui.
01:35Le statut de l'hospice est resté le même depuis sa fondation par Saint-Louis.
01:41Chaque pensionnaire aveugle est titulaire d'un logement plus ou moins grand,
01:45suivant qu'il est marié ou célibataire, et dispose de la liberté la plus complète pour organiser sa vie comme il l'entend.
01:52En 1805, la direction de l'hospice est assurée par un agent spécial,
01:58Paul Seignette, placé sous les ordres directs du ministre de l'Intérieur.
02:03Or, le mardi 16 février de cette année-là, 1805,
02:10M. Paul Seignette est plongé dans l'inquiétude la plus profonde et dans la plus grande perplexité.
02:20Pour lui, l'aveugle du bonheur semble se transformer soudain en aveugle du malheur.
02:33M. Paul Seignette écoute avec attention la terrible révélation que lui fait une de ses pensionnaires aveugles,
02:54Mme Séraphin Perrette, veuve pinçant.
02:56Pour la circonstance, elle a demandé à son neveu de l'accompagner.
03:02« Voilà, monsieur.
03:04Hier lundi, en fin d'après-midi, mon voisin, l'aveugle François-Philippe Bélanger,
03:09M'a rendu visite, comme il le fait souvent, pour me donner des petites choses ou pour bavarder.
03:14Chez moi, il y avait la jeune femme qui est à son service et qui est si dévouée pour tout le monde.
03:19Vous savez, Fanchette.
03:20Mélanger, comme d'habitude, n'est pas venu les mains vides.
03:25Il m'a apporté deux ou trois bûches.
03:27Il les a placées sur d'autres morceaux de bois, tout près du poêle.
03:31Il nous a offert un verre d'eau de vie à Fanchette et à moi,
03:34et un quart d'heure après, peut-être, il est reparti chez lui.
03:40À ce moment du récit, la veuve Pinçon demande à son neveu d'intervenir.
03:46Moi, je suis arrivé un peu plus tard, j'ai voulu ranimer le feu pour préparer le repas de ma tante,
03:50et j'ai pris une des bûches que Bélanger avait laissée.
03:53Mais elle était trop grande, alors je laissais en deux.
03:57J'ai bien vu qu'elle était creuse, mais ce sont des choses qui arrivent,
04:00et sur le moment, je n'y ai pas fait attention.
04:03Dans la soirée, pour dégager le poêle, Fanchette en a sorti un peu de braise à l'aide d'une pelle.
04:08« Un charbon tout rouge est tombé sur le plancher, et brusquement, il y a eu une explosion. »
04:17M. Paul Seignette, agent général des 15-20, sursaute.
04:20« Une explosion ? »
04:21« Oui. »
04:21« Même que Fanchette a été légèrement brûlée au bras. »
04:27Le neveu de la veuve Pinson prononce alors des paroles d'une extrême gravité.
04:32« Vous savez, j'ai examiné le plancher, il n'y a pas de doute.
04:36Il y avait de la poudre dessus, et puis aussi des morceaux de ferraille.
04:41« Bélanger, monsieur, celui qu'on appelle l'aveugle du bonheur,
04:46il a apporté chez ma tante une machine infernale. »
04:52M. Paul Seignette reste un moment silencieux, et puis il prend une détermination.
05:00« Ne parlez de cette histoire à personne avant que je ne vous y autorise, et laissez-moi faire. »
05:08Restez seul, l'agent général examine les pièces à conviction laissées sur son bureau.
05:14Apparemment, la bûche creuse ressemble bien à une machine infernale.
05:18Alors deux questions lui viennent à l'esprit.
05:22« Pour qui ? Et pourquoi ? »
05:25« Quelle est donc la victime que Bélanger voulait atteindre ? »
05:29M. Seignette tourne en rond dans son bureau.
05:31« Voyons, une machine infernale s'est destinée à un attentat.
05:35Mais un attentat en général est dirigé contre un grand personnage.
05:39Lequel ? »
05:41« Lequel, en ce moment, peut-il être la cible d'un fanatique ? »
05:47M. Seignette sent une sueur froide lui parcourir les Chines.
05:51Il songe soudain à certaines rumeurs qui circulent dans Paris depuis quelque temps,
05:55et suivant lesquelles des Jacobins endurcis,
05:58n'admettant pas la prochaine visite officielle que doit faire le surlendemain,
06:02le pape Pissette, dans la capitale, aurait décidé de l'assassiner.
06:07M. Seignette est convaincu de la logique de son raisonnement.
06:10François-Philippe Bélanger, l'aveugle du bonheur,
06:13est certainement l'agent d'exécution choisi pour accomplir cet abominable forfait.
06:18Et la bûche, déposée chez la veuve Pinson,
06:21est, sans aucun doute, une sorte de répétition,
06:23une mise à l'épreuve de l'efficacité de l'engin destinée à supprimer le Saint-Père.
06:29Que faire ? Prévenir la police ?
06:32Arrêter Bélanger le soir même, dès son retour du Pont-Neuf ?
06:35Non, un scandale serait aussitôt déclenché à l'échelon politique international et religieux.
06:41Le mieux est donc de surveiller discrètement, mais étroitement,
06:44les allées et venues de l'aveugle du bonheur,
06:48jusqu'après la visite de sa sainte épicette.
06:51Le lendemain, tandis que s'achèvent les préparatifs de la réception,
06:56l'agent général des 15-20 se livre à une enquête personnelle.
06:59Il apprend qu'un menuisier du quartier, un nommé Maufrois,
07:05effectue régulièrement quelques travaux pour Bélanger.
07:08Il lui montre les morceaux de la bûche déposés chez la veuve Pinson.
07:13Le menuisier est formel.
07:15Oui, oui, Bélanger m'a demandé de creuser ce cylindre de bois il y a trois semaines environ.
07:21Et vous a-t-il dit ce qu'il comptait en faire ?
07:24Il m'a dit qu'il voulait l'adapter à sa charrette.
07:26« Dans quel but, à votre avis ? »
07:29Maufrois l'ignore.
07:32M. Seignette désire en avoir le cœur net.
07:34Il va trouver un artificier installé, porte Saint-Antoine, le sieur Roche,
07:40et il lui présente le rondin évidé.
07:43« Monsieur, est-ce que cet objet, bourré de poudre et de ferraille,
07:48peut être considéré comme dangereux ? »
07:51Roche examine la pièce et déclare.
07:53« Ça n'a pu être préparé qu'à mauvaise intention.
07:58Et, bien utilisé,
08:01ça aurait pu causer un terrible ravage dans le voisinage. »
08:05Pour l'agent général des 15-20, tout est clair.
08:09L'après-méditation est établie.
08:11L'aveugle Bélanger préparait minutieusement un attentat d'envergure.
08:16Afin de parer au plus pressé,
08:17M. Seignette consigne le coupable dans ses appartements
08:20et installe deux gardes devant sa porte.
08:24Le 18 février, grand événement historique,
08:27sa sainteté le pape est reçue à Paris,
08:29dont le programme préparait à son attention une visite aux 15-20.
08:33Un cortège imposant s'arrête devant l'hospice.
08:36Les bourgeois du quartier s'étonnent
08:37de l'importance du service d'ordre
08:39qui, pendant toute la cérémonie,
08:40se tient aux aguets autour des 15-20.
08:43M. Seignette n'a eu aucun mal à convaincre les autorités
08:46qu'en s'étant troublés.
08:47Tout était à craindre.
08:49Cependant, la visite de Pissette se déroule sans incident.
08:53Et lorsque le pape, après avoir béni l'assistance,
08:55quitte la vieille demeure des aveugles
08:57et s'éloigne dans son landau,
08:59M. Seignette pousse un profond soupir de soulagement.
09:02Mais sa tâche n'est pas terminée.
09:04Il lui faut maintenant s'occuper de son pensionnaire criminel.
09:08Le pire a été évité,
09:09mais l'attentat a bel et bien été organisé
09:12par François-Philippe Bélanger.
09:14Il interroge l'aveugle du bonheur.
09:19Bélanger commence d'abord par nier
09:20à avoir fait faire un trou dans une bûche.
09:22On lui oppose le témoignage du menuisier
09:24auquel il s'est adressé.
09:26Alors Bélanger reconnaît qu'en effet,
09:28il a confié ce travail à Maufroy,
09:31mais que non satisfait,
09:33il s'est débarrassé du morceau de bois.
09:36M. Seignette demande
09:37« En le déposant chez la veuve Pinson, votre voisine ? »
09:42L'aveugle reste muet.
09:44M. Seignette ne peut plus agir seul désormais.
09:48Il provoque une séance extraordinaire
09:50du conseil d'administration de l'hospice
09:51qui se réunit le 14-21-1805,
09:54c'est-à-dire le 23 février.
09:57Le conseil estime que les faits imputés
09:59à Bélanger, François-Philippe,
10:00sont de ceux dont la poursuite appartient
10:02à l'autorité publique
10:03et décide qu'il y a lieu de remettre l'accusé
10:06entre les mains du commissaire de police
10:07de la division des 15-20,
10:08ce qui est fait.
10:09Et dès lors, l'affaire ne traîne plus.
10:12Le magistrat instructeur auquel elle est confiée
10:15s'efforce d'abord de déterminer
10:17la nature exacte de cet attentat manqué
10:19et de savoir notamment si Bélanger
10:21pouvait être mêlé de près ou de loin
10:23à un complot politique.
10:26Et l'enquête est négative.
10:28M. Seignette s'est laissé emporter
10:30par son imagination.
10:32L'aveugle du bonheur a une vie nette
10:34dénouée de toute intrigue,
10:36de toute appartenance à quelque mouvement
10:38que ce soit.
10:39Il vend des billets de loterie,
10:40un point, c'est tout.
10:43Mais pourtant, cette machine infernale
10:45était bien destinée à quelqu'un.
10:49Alors à qui ?
10:51Le magistrat poursuit ses recherches
10:52et il apprend que la jolie fanchette,
10:56cette jeune femme qui guide,
10:58accompagne et aide Bélanger
11:00vient de se fiancer au neveu
11:03de la veuve Pinson.
11:07Il presse l'aveugle de question.
11:10Vous avez voulu vous venger ?
11:13Bélanger hésite.
11:16Et puis il finit par avouer
11:18que Fanchette allait se marier.
11:24Alors forcément,
11:26elle allait m'abandonner.
11:28Entre elle et moi,
11:29il n'y avait rien, monsieur,
11:30croyez-moi.
11:32Rien d'autre que sa main dans la mienne,
11:35qui me montrait le chemin,
11:37qui m'indiquait les numéros de la loterie,
11:39qui triait les billets,
11:42qui encaissait l'argent,
11:43vérifiait la monnaie.
11:44Sans elle,
11:46je n'aurais plus été grand-chose.
11:47C'est pas ma femme aveugle aussi
11:49qui peut mettre d'un grand secours
11:51dans mon travail.
11:53Alors j'ai trouvé ça injuste.
11:55Et j'ai essayé,
11:56j'ai simplement essayé
11:58de la tuer.
12:01Elle et son futur mari,
12:02la veuve Pinson,
12:03qui avait consenti à ce mariage.
12:05Non, tuer, non !
12:07Je ne sais pas,
12:08j'ai essayé de leur faire peur.
12:11Pour le magistrat,
12:16l'affaire est entendue.
12:17Et il envoie son coupable
12:19devant la cour criminelle.
12:21La nouvelle a,
12:22dans Paris,
12:22un retentissement considérable.
12:24On la commande particulièrement
12:25sur le pont neuf,
12:26où l'aveugle,
12:27l'aveugle du bonheur,
12:29bénéficie d'une profonde sympathie.
12:31Les avis sont partagés.
12:32Selon les uns,
12:33l'empereur Napoléon Ier
12:34ne peut rester insensible
12:35au drame de ce malheureux.
12:37De plus, son geste
12:38n'a eu pour personne
12:39de conséquences flâcheuses.
12:41D'autres estiment au contraire
12:43que la tentative
12:43doit être punie
12:44comme si le crime
12:45avait eu des résultats.
12:47Sinon,
12:48le nombre des machines infernales
12:49augmentera du jour au lendemain.
12:52Le procès s'ouvre le 11 mai.
12:54Et la foule souhaite
12:55finalement de tout cœur
12:57retrouver bientôt
12:58son vendeur de billets de loterie.
13:01Le retrouvera-t-elle
13:02sur le pont neuf,
13:03son aveugle du bonheur ?
13:11Les récits extraordinaires
13:13de Pierre Belmar,
13:14un podcast européen.
13:16François-Philippe Bélanger,
13:17l'aveugle de naissance,
13:18se tient droit
13:19dans le box des accusés.
13:21Ses yeux morts
13:22fixés sur rien,
13:24l'assistance bouleversée
13:26retient son souffle.
13:29Après la déposition
13:29des témoins
13:30qui semblent confirmer
13:31l'intention de nuire
13:33et de donner la mort,
13:34M. de la fleuterie,
13:38substitut du procureur général,
13:40prononce son inquisitoire.
13:43Messieurs,
13:43je consulte les annales
13:44des procès criminels
13:45et je constate
13:47que ces annales
13:48si humiliantes
13:50pour l'espèce humaine
13:51sont honorables
13:52pour la classe
13:53des hommes privés de la vue
13:54car aucun d'eux
13:56n'a été l'objet
13:57d'une accusation capitale.
13:59La morale est venue
14:00au secours de la nature
14:01en imprimant à ses êtres
14:02l'habitude de sentiments
14:03doux et affectifs.
14:04et les a consolés
14:06par l'heureuse impuissance
14:07de commettre
14:08de grands crimes.
14:11Après cet envolée
14:12qui témoigne visiblement
14:13du souci d'écarter
14:14toute suspicion
14:15envers les aveugles
14:16des 15-20,
14:17le substitut change
14:18soudain de littérature.
14:20L'accusé,
14:22François-Philippe Bélanger,
14:23s'écrit-il,
14:25possède lui
14:25un caractère rude,
14:26indépendant.
14:28Son humeur difficile
14:29et sauvage
14:29le fait redouter
14:30dans la maison hospitalière
14:31qu'il recueille.
14:32Il n'agit que par emportement.
14:34Son génie,
14:35cruellement inventif,
14:36se joue des obstacles
14:37qu'il rencontre.
14:38Il médite,
14:38il prépare,
14:39il exécute,
14:39sournoisement.
14:41Et le magistrat brandit
14:42devant les jurés
14:43pour mieux les impressionner,
14:44l'épouvante
14:45des machines infernales
14:47en évoquant l'attentat,
14:49le terrible attentat
14:50de la rue Saint-Niquaise.
14:51Il saisit ainsi
14:52l'occasion
14:53de donner un coup de chapeau
14:54à Napoléon.
14:55« Un crime atroce
14:57vous a donné
14:58Naguère,
14:59un mémorable
15:00et triste exemple.
15:01Vous entendez encore
15:02retentir l'explosion
15:03de cette mine foudroyante
15:04qui a pulvérisé
15:05tant de victimes,
15:06mais qui,
15:07grâce à la Providence,
15:08a épargné le héros
15:09dont la brillante destinée
15:11règle aujourd'hui
15:12celle des nations. »
15:13Il conclut
15:14en affirmant qu'en l'occurrence
15:15l'impunité serait
15:16une espèce de palme
15:18décernée
15:19à une industrie fatale.
15:22Malgré l'intervention timide
15:24de Maître Lebon
15:24défenseur de Bélanger,
15:26le jury déclare
15:27constante
15:28la tentative d'homicide,
15:30qu'elle soit dirigée
15:31contre un haut personnage
15:32ou contre un simple citoyen.
15:34Et la sentence tombe.
15:37La mort.
15:40L'aveugle du bonheur
15:41serait dit,
15:42saisit sa canne.
15:44Et quitte le box
15:45d'un pas qu'il veut faire.
15:47Ses gardes ne l'aident pas.
15:50Le lendemain du jugement,
15:53les parisiens peuvent lire
15:54dans le journal des débats
15:55« Si la sévérité des tribunaux
15:58doit être quelquefois adoucie
15:59par la clémence du souverain,
16:01c'est lorsque le crime
16:02paraît être l'effet d'un délit.
16:04Ici,
16:06toutes les circonstances
16:07aggravent l'horreur.
16:08L'assassin est un aveugle,
16:09mais il est le premier
16:10que la société
16:11ait été forcée
16:12de rejeter de son sein
16:13pour un tel attentat.
16:14Il est le premier
16:15qui ait surpassé
16:16en scélératesse
16:17ceux qui ont l'usage
16:19de tout leur sens. »
16:21Mais les bonnes gens
16:22s'émeuvent,
16:22se révoltent.
16:24Quel crime !
16:25Un aveugle condamné à mort
16:26et pourquoi ?
16:28Parce qu'il a eu un geste
16:29de désespoir.
16:30Il n'a rien fait,
16:31finalement.
16:32Pas de victime,
16:32pas de blessé,
16:33pas de mort d'homme.
16:34Alors pourquoi cet acharnement ?
16:36Un homme honnête
16:37qui s'est trouvé
16:38tout à coup
16:39en plein désarroi,
16:40cette atroce,
16:41enfin le condamné
16:42à être guillotiné
16:43pour si peu ?
16:44Comment se fait-il
16:45que les juges
16:46qui voient eux
16:47n'ont pas eu
16:48le moindre geste
16:49de clémence
16:50pour cet infirme ?
16:52Mais l'heure
16:53de l'exécution approche
16:54et l'échafaud
16:56est déjà dressé.
16:58Bélanger se pourvoit
16:59en cassation.
17:00Le 21 juin,
17:01il apprend
17:01que sa démarche
17:02est sans effet.
17:03C'est alors
17:04qu'un ancien acteur,
17:05Beaulieu,
17:06prend l'initiative
17:07d'une pétition
17:08qui propose le sursis
17:09afin de soumettre
17:10à l'empereur
17:11un recours en grâce.
17:13L'avocat de Bélanger,
17:14Maître Lebon,
17:15porte lui-même
17:16le document au grand juge.
17:18Celui-ci ne promet rien,
17:19mais au moment
17:20où le condamné
17:21allait monter
17:21dans la charrette
17:22pour être conduit
17:22à la guillotine,
17:23l'ordre de sursoir
17:24arrive.
17:26L'aveugle du bonheur
17:27fond en larmes.
17:28Il tombe à genoux,
17:28remercie le juge,
17:29le ciel,
17:30Dieu,
17:30l'empereur.
17:31Il embrasse
17:31les pans de la soutane
17:33de son confesseur.
17:34L'assistance est bouleversée
17:35par cette scène.
17:36Elle a la certitude
17:37qu'une grâce
17:38va intervenir.
17:41Hélas !
17:43Quelques jours plus tard
17:43arrive d'Italie
17:44où se trouve
17:45Napoléon Ier,
17:46qui vient de se faire
17:47couronner roi de ce pays,
17:48un ordre,
17:50levant purement
17:50et simplement
17:51le sursis
17:52précédemment accordé.
17:54Et le dit
17:55Messidor en 13,
17:57c'est-à-dire
17:58le 29 juin 1805,
18:00François-Philippe Bélanger,
18:02aidé par le bourreau
18:03qui le tient
18:03par le bras
18:04avec une attention touchante
18:06pour lui éviter
18:06sans doute
18:07de faire un faux pas,
18:09présente son cou
18:10à la guillotine.
18:12Il est décapité.
18:13Quelques jours après,
18:17l'agent général
18:17des 15-20,
18:18Paul Seignette,
18:19rend compte
18:19de ces événements
18:20tragiques
18:20au conseil
18:21d'administration
18:22de l'hospice.
18:24Messieurs,
18:25François-Philippe Bélanger
18:26a laissé une veuve,
18:27Louise Jacqueline
18:28Collignon.
18:29Aucun soupçon
18:30ne s'est élevé
18:31contre elle
18:32lors de la procédure
18:33intentée contre son mari.
18:34Je vous propose donc
18:36de faire bénéficier
18:37cette malheureuse
18:37du traitement
18:38de 33 centimes par jour
18:39attribué par le règlement
18:40aux veuves des aveugles
18:41ayant vécu
18:42plus de cinq ans
18:43dans l'établissement.
18:45La proposition,
18:46bien sûr,
18:46est acceptée
18:46à l'unanimité.
18:48Les membres du conseil
18:49des 15-20
18:50voulaient-ils par là
18:51soulager leur conscience ?
18:55Voyez-vous,
18:56on peut se demander
18:56ce qui serait
18:58advenu de nos jours
18:59de l'aveugle du bonheur.
19:01La tentative
19:01étant actuellement,
19:03comme sous le premier empire,
19:03punissable
19:04de la même peine
19:05que celle frappant
19:06le crime consommé.
19:07Bélanger,
19:08l'aveugle de naissance,
19:09aurait certainement
19:10comparu devant les assises.
19:12Mais il est possible,
19:13sinon probable,
19:15que les circonstances
19:16atténuantes
19:16lui auraient été accordées
19:18et que sa peine
19:19aurait été commuée.
19:21Espérons-le,
19:22du moins pour nous.
19:23Vous venez d'écouter
19:43les récits extraordinaires
19:45de Pierre Bellemare,
19:47un podcast
19:47issu des archives
19:49d'Europe 1.
19:49Réalisation et composition
19:52musicale,
19:53Julien Tarot
19:54Productions,
19:55Estelle Laffont
19:56Patrimoine sonore,
19:58Sylvaine Denis,
19:59Laetitia Casanova,
20:01Antoine Reclus
20:02Remerciements à Roselyne Bellemare.
20:05Les récits extraordinaires
20:06sont disponibles
20:07sur le site
20:08et l'appli Europe 1.
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