00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jean-François Akkili.
00:05Deuxième débat ce matin sur l'antenne de Sud Radio, les débats de l'été, les grands débats de l'été,
00:11l'échec de la négociation entre l'Union Européenne et les Etats-Unis pour exenter les vins et spiritueux,
00:16vous savez les 15% de droits de douane de Donald Trump.
00:20Une citation juste, la réaction d'Annie Gennevard sur X, la ministre de l'Agriculture,
00:25qui dit « la situation ne peut en rester là ».
00:29Nous allons l'évoquer avec vous d'abord, Philippe Crevel. Bonjour.
00:34Bonjour.
00:35Économiste et directeur du Cercle de l'Épargne.
00:39Et nous sommes également avec Nicolas Tricouard. Bonjour à vous.
00:42Bonjour.
00:43Viticulteur et membre de l'UGVC, l'Union Générale des Viticulteurs pour l'AOC Cognac.
00:48Nicolas Tricouard, je voudrais une première réaction du viticulteur que vous êtes,
00:54à ce qui a été annoncé, cet échec de négociation. J'imagine la déception.
00:58Oui, bien évidemment, surtout que ça fait plus d'un an maintenant qu'on est le syndicat, le BNIC,
01:06qui est l'organisme qui fédère l'organisation économique du Cognac,
01:10avec nos juristes pour se battre contre cet axe qu'on trouve bien évidemment injuste.
01:17Maintenant, on se retrouve un peu entre le marteau et l'enclume.
01:20Les États-Unis, pour l'économie du Cognac, c'est le premier marché.
01:24On a historiquement des excellentes relations depuis toujours avec les États-Unis.
01:30Et il est vrai qu'aujourd'hui, dans un contexte économique mondial très difficile et très compliqué pour l'économie du Cognac,
01:37qu'on se retrouve victime collatérale d'un sujet qui n'est pas notre.
01:43Philippe Cravel, je vais vous donner la parole dans un court instant.
01:45D'un mot, Nicolas Tricouard, pour bien comprendre à l'export le Cognac,
01:49qu'est-ce que ça représente en volume les États-Unis ?
01:52Alors, c'est quasiment 60% des exportations.
01:57Oui, c'est notre premier marché.
01:59Et historique en plus.
02:01Il y a vraiment de fortes relations commerciales, amicales, historiques avec ce pays et le produit Cognac.
02:09C'est vrai que pour nous, c'est un coup de matu.
02:12Vous allez nous dire tout à l'heure comment est-ce que vous allez répercuter ces 15%.
02:16Philippe Cravel, est-ce qu'il y avait vraiment un espoir que les vins et spiritueux échappent au coup de massue de Donald Trump ?
02:25L'espoir était faible.
02:27Donald Trump, dès le départ, avait décidé d'instituer des droits de douane.
02:31D'ailleurs, au début de la négociation, on n'était pas sur des taux de 15%,
02:37mais on était plutôt sur des taux de 30%, voire plus.
02:41Donc, on peut considérer évidemment que c'est un moindre mal.
02:44Évidemment que la taxe qui a été décidée pénalisera le secteur des spiritueux en France.
02:52L'Union Européenne a essayé d'infléchir la position de Donald Trump,
02:57qui avait également des griefs contre l'Union Européenne,
02:59parce qu'il faut quand même l'avouer, l'Union Européenne est protectionniste dans certains aspects,
03:04et en particulier sur le marché agricole.
03:06Et donc, Donald Trump a également réagi par rapport aux mesures protectionnistes
03:12que l'Union Européenne a prises ces dernières décennies pour protéger ses marchés.
03:16Il ne faut pas voir, évidemment, que sous l'angle européen.
03:20Il faut également voir le problème sous l'angle plus global,
03:22et prendre en compte également les griefs américains.
03:26C'est 15%, Philippe Crevel, c'est une déclaration de guerre commerciale ?
03:31C'est 15%, ce n'est pas, à mon avis, une déclaration de guerre commerciale.
03:36D'autres pays sont beaucoup moins bien traités que l'Union Européenne.
03:39On parle de la Suisse, mais c'est également le cas de l'Inde, de la Chine,
03:44qui sont beaucoup moins bien traités que l'Union Européenne.
03:47L'accord commercial qui a été signé entre la Commission et les États-Unis,
03:53certes, pénalise de nombreux secteurs d'activité,
03:56mais il est bien moins mauvais que d'autres accords commerciaux
03:59qui ont été signés par les États-Unis ces dernières semaines.
04:01Par ailleurs, Nicolas Tricouard, c'est 15% désormais qu'il faut trouver,
04:06qu'il faut répercuter.
04:08Comment ça marche ? Qu'est-ce que vous allez faire très concrètement ?
04:12Concrètement, vous savez, nous, on est producteurs,
04:15et l'économie du cognac, elle est basée principalement sur la vente de nos eaux de vie
04:23aux grandes maisons des négoces,
04:24qui, eux, ensuite mettent en bouteille et vendent leurs marques.
04:27Donc, forcément, ça aura un impact sur le prix final de la bouteille.
04:31Il y a des importateurs, donc, au final, c'est le consommateur
04:35qui paiera forcément un peu plus cher sa bouteille de cognac au bout.
04:40Mais ce qui est surtout dommage, c'est que ça entache des relations commerciales,
04:44et encore une fois, je le répète, mais nous, on se met pour rien là-dedans.
04:48Et c'est vrai qu'on se retrouve, voilà, encore une fois, je le répète,
04:51entre le marteau et l'enclume, un peu victime collatérale
04:54de sujets qu'on ne maîtrise pas.
04:56Et c'est vrai que, forcément, ça...
04:57Et je rappelle aussi que l'économie du cognac, c'est 70 000 personnes
05:01qui travaillent, bien sûr, dans les viticulteurs, les négociants,
05:04mais aussi des activités de verre, de tonnerie, de matériel agricole.
05:09Tous ces gens-là, toute cette économie-là, va se retrouver impactée par ces taxes.
05:15Nicolas Tricouard, j'entendais un viticulteur, par ailleurs, évoquer
05:21possiblement une réduction de la production, de l'arrachage.
05:27Enfin, le scénario semblait assez pessimiste.
05:31Est-ce qu'on peut en arriver là ?
05:32Alors, oui, forcément, à terme, d'autant plus que, malheureusement,
05:37le monde, le cognac est un produit qui s'exporte à 98%.
05:41Et aujourd'hui, la grande incertitude qui plane sur le monde,
05:45on a aussi un autre gros pôle qui est l'Asie, et notamment la Chine,
05:47où aussi, on a eu des soucis où c'était compliqué.
05:51Donc, nos deux principaux marchés, qui sont les États-Unis et la Chine,
05:54souffrent pour des raisons qu'on ne maîtrise pas forcément.
05:57Donc, forcément, oui, ça va avoir un impact sur notre production.
06:00Réduction de production, baisse des ventes.
06:03Donc, forcément, au bout du bout, peut-être un arrachage qu'on espère temporaire.
06:08et pour attendre des jours meilleurs.
06:11Philippe Crabel, vous entendez le désarroi de Nicolas Tricouard.
06:16Est-ce qu'il y a quelque chose de positif dans ces 15% imposés par Trump ?
06:22Est-ce qu'il y a quelque chose qui nous permet d'espérer ?
06:25Donc, la position américaine et le retour du protectionnisme,
06:31évidemment, oblige l'Union européenne de repenser un petit peu son économie,
06:36d'essayer d'avancer sur un marché qui soit encore plus unifié, plus fort,
06:41parce qu'on a un marché unique, mais avec encore des réglementations,
06:45encore avec des freins aux échanges.
06:46Donc, là, évidemment, on doit trouver des sources de croissance au niveau des échanges
06:51au sein de l'Union européenne.
06:52Et puis, évidemment, essayer d'avoir une diversification vers d'autres zones économiques.
06:59C'est vrai qu'on voit bien le problème du traité Mercosur avec l'Amérique latine.
07:03Certains secteurs d'activité auraient tout à gagner avec ce traité de libre-échange.
07:08D'autres, évidemment, aujourd'hui freinent.
07:11Mais je pense qu'on doit avancer pour multiplier les accords de libre-échange
07:16de telle façon de compenser la perte du marché américain,
07:19ou du moins la moindre présence des entreprises européennes aux États-Unis
07:24par d'autres sources d'exportation.
07:28D'autres sources d'exportation, Nicolas Tricouard,
07:30quand vous entendez Philippe Crevel, très logique ce que dit Philippe à l'instant,
07:34pour vous qui produisez et qui fournissez des négociants,
07:40vous êtes un peu coincé dans cette histoire, en réalité.
07:43Oui, oui, complètement.
07:44C'est sûr que nous, vous savez, quand on fait du cognac,
07:47le cognac, c'est un produit qui s'inscrit dans le temps long.
07:50On n'a pas de capacité d'adaptation rapide.
07:53Quand on fait de la vigne, la vigne, elle produit, elle met du temps à produire.
07:58Et on ne peut pas changer de métier du jour au lendemain.
08:00Et nous, c'est vrai qu'on est un peu condamnés à subir ce qui se passe.
08:05Et c'est vrai que c'est une situation très complexe.
08:07On n'a plus du tout de visibilité dans nos entreprises.
08:10On ne sait pas de quoi demain sera fait.
08:12On ne sait pas de quoi demain sera fait.
08:14Philippe Crevel, quand vous entendez Annie Gennevard, la ministre de l'Agriculture,
08:17qui dit que la situation ne peut en rester là, à la vérité,
08:24la France, même voire l'Europe, ne peuvent rien faire, en vrai.
08:30La position de la ministre de l'Agriculture est évidemment une posture.
08:34Une posture.
08:35Quelle vie est inconfortable ?
08:37Et peu importe, c'est ce qui compte, ce sont les producteurs.
08:39Voilà, c'est une posture.
08:42Après, c'est sûr qu'aujourd'hui, les États-Unis ont décidé de majorer leur droit de douane
08:48à travers une politique qui est évidemment, à mon sens, anti-économique sur le moyen et long terme.
08:54On peut espérer peut-être des affléchissements, pas pour demain, mais pour après-demain.
08:58Comme si Donald Trump est confronté à une récession, à un ralentissement économique,
09:04peut-être qu'il acceptera de revoir ces fameux droits de douane
09:08dans un premier temps.
09:10Malheureusement, il va falloir subir cette politique américaine.
09:12Et je ne vois pas le fait qu'on puisse revenir rapidement aux 5% qu'on connaissait en début d'année.
09:19Il va falloir supporter ces 15% au moins un an, deux ans,
09:24peut-être jusqu'au mid-terme aux élections de 2026.
09:27Peut-être qu'après, il y aura des évolutions.
09:30Vous avez entièrement raison, Philippe Crevel, subir, faire le dorant, le mid-terme.
09:35Vous avez raison, ça peut changer la donne, nous verrons bien.
09:37Merci à tous les deux, Nicolas Tricouard.
09:39Nous vous souhaitons bien du courage sur l'antenne de Sud Radio.
09:43Merci à tous les deux.
09:44Merci à vous.
09:45Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l'Épargne.
09:48Vous, Nicolas Tricouard, je rappelle, un viticulteur.
09:51Vous êtes membre de l'UGVC, l'Union Générale des Viticulteurs.
09:54Pour l'AOC Cognac 0826 300 300, vous réagissez sur l'antenne de Sud Radio.
10:03Sud Radio.