00:00Bonjour à tous les deux. La mort en direct du streamer Jean Pormanov provoque une vague d'indignation légitime.
00:07La ministre Clara Chappaz rappelle la responsabilité des plateformes en ligne sur la diffusion de contenus illicites.
00:13Elle dit saisir l'Arcom dont le rôle est en théorie d'intervenir sur des problématiques liées à l'activité des plateformes en ligne
00:20en matière notamment de lutte contre la manipulation de l'information, contre la haine en ligne.
00:25Le cas de Jean Pormanov avait pourtant été signalé il y a plusieurs mois et même à plusieurs reprises.
00:32Il apparaît de plus en plus clairement que ce drame aurait pu être évité.
00:36Ophélie Roch.
00:37Oui le drame aurait pu être évité et en même temps, comment dire, il a eu lieu quand même.
00:42C'est vrai que ça a dysfonctionné à tous les étages.
00:44Ça a dysfonctionné déjà par le fait de ses bourreaux.
00:48C'est-à-dire qu'il n'y a aucun moment où il y a l'empathie, où il y a l'humanité qui est venue arrêter une torture
00:55qui a quand même duré plusieurs mois, à aucun moment non plus les spectateurs...
01:00Alors certains ont réagi puisqu'à un moment il y a eu la...
01:03Mediapart avait fait un grand article dessus et les deux bourreaux ont été en garde à vue.
01:09En garde à vue, mais ils ont été très rapidement relâchés.
01:12Ils ont été relâchés.
01:13Alors pourquoi ils ont été relâchés ?
01:14Ils ont été relâchés parce que les preuves étaient là, c'est filmé.
01:17C'est incompréhensible que la justice ne soit pas intervenue.
01:20Et en effet, la plateforme avait été aussi qui avait été mise en demeure par plusieurs internautes
01:28en disant, attendez, là il se passe quand même des choses vraiment vraiment vraiment graves.
01:32Il faudrait peut-être fermer cette chaîne-là.
01:34Et la plateforme les avait, je crois, blacklisté la chaîne pendant simplement une semaine
01:40avant de les réintégrer comme avant.
01:42Et je pense même que le fait de cette impunité cumulée des différents facteurs,
01:46que ce soit les spectateurs, que ce soit la justice, que ce soit la plateforme,
01:50ça a dû radicaliser aussi, je pense, c'est de bourreaux dont les surnoms sont Naruto et Safine.
01:57Je pense qu'ils se sont sentis complètement, finalement, légitimés dans ce qu'ils faisaient
02:02puisque personne n'est intervenu.
02:04Donc si personne n'intervient, c'est que d'une certaine manière, ils peuvent faire ce qu'ils font.
02:09Joseph Massescaron, où est-ce qu'on a pêché dans cette histoire ?
02:13Où se trouvent les lacunes ?
02:15Est-ce qu'il y a eu un manque de volonté ?
02:17Clairement, c'est-à-dire, effectivement, on parle de l'ARCOM,
02:20l'ARCOM qui passe son temps, finalement, à surveiller, à sanctionner les chaînes de télévision,
02:26les stations de radio, qui a été...
02:28Des signalements ont été faits sur ces vidéos absolument abjectes.
02:33On les a vues depuis plusieurs jours.
02:34C'est absolument horrible ce qui a été fait à cet homme sur cette plateforme Kik.
02:40Derrière, rien n'a été fait.
02:41Alors, est-ce que c'est un manque de volonté ?
02:44Est-ce qu'on peut dire aussi que les autorités sont dépassées par ce phénomène des réseaux sociaux et ce phénomène numérique ?
02:51Je crois que d'abord, les personnes qui sont chargées de la régulation appartiennent à une autre époque, réellement.
03:01C'est-à-dire qu'ils ne savent pas ce que sont les véritables enjeux de communication.
03:07Ils ne savent pas véritablement où se trouve le danger.
03:10Je m'attends parfois, pour des communiqués de l'ARCOM, à ce qu'ils parlent de l'ORTF.
03:18Je dis franchement, tellement...
03:20Non, mais réellement, quand on les voit...
03:22Vous dites qu'ils ne sont plus en phase avec la réalité aujourd'hui de...
03:26Ils ne sont plus du tout en phase.
03:27...de que ce soit des médias en général et encore plus, évidemment, des plateformes en ligne.
03:31C'est là la vraie question.
03:33Il n'y a pas, dans ce que je dis, il n'y a rien d'insultant ou de dénonciateur.
03:39Il y a simplement des faits que leur logiciel est un logiciel, pour moi, qui appartient à leur génération,
03:47qui est pourtant un logiciel des années 80.
03:51Totalement.
03:52Totalement.
03:52C'est-à-dire qu'ils pensent que la télévision a un pouvoir,
03:57que la télévision est en mesure de formater les esprits, réellement.
04:01C'est ce qu'ils pensent, au fond de même.
04:04D'ailleurs, toutes leurs recommandations, qu'il s'agit, quel que soit leur type de recommandation, ça part de ça.
04:10Or, non, aujourd'hui, l'enjeu, c'est évidemment, bien sûr, les plateformes, c'est évidemment les réseaux sociaux,
04:16c'est tous ces éléments-là.
04:18C'est par là, et les influenceurs, c'est par là que passe.
04:21C'est là où il y a véritablement un enjeu.
04:23Pourquoi ?
04:24Parce qu'il y a énormément de jeunes, pas simplement des jeunes d'ailleurs, soyons justes,
04:29il y a quand même de toutes les générations, beaucoup de jeunes, mais toutes les générations,
04:33de personnes qui estiment que les médias ne rendent pas compte de la réalité.
04:39Et ces personnes qui, très souvent, sont quand même des personnes assez fragiles,
04:44mentalement, vont vers ces plateformes spontanément.
04:49Il y a un panurgisme là-dessus.
04:53Et ne pas voir que c'est là où se trouve le véritable enjeu.
04:57Alors, pour moi, c'est la première faute majeure.
04:59Vous me dites, où est-ce que ça a pêché ?
05:02Ça a pêché là, voilà.
05:04Et ensuite, après, où est-ce que ça a pêché aussi ?
05:06Je pense que ça a pêché au niveau du gouvernement.
05:11Je m'explique.
05:12Et là aussi, le logiciel est un logiciel des années 80-90.
05:17La rapidité avec laquelle, par exemple, on a arrêté la chaîne RC,
05:23parvenez-moi, Russian Today,
05:25d'accord, ok, entre parenthèses,
05:29Agi+, Al-Qaïda France,
05:31se porte, si je peux dire,
05:33c'est pas Al-Qaïda bien évidemment, mais Agi+.
05:36Al-Jazeera, vous voulez dire ?
05:36Al-Jazeera, oui, tout à fait.
05:38Même si, bon, non, c'est Al-Jazeera.
05:40Donc, Agi+, en fait,
05:44aurait pu avoir le même sort, mais je comprends.
05:47Mais, donc, Russian Today, ok, sanctionné.
05:50Mais, pourquoi cette plateforme n'est pas sanctionnée depuis le départ ?
05:56A partir de là où il y a eu la révélation de confrères ?
05:57Est-ce qu'on peut estimer, finalement,
06:00que l'ARCOM, aujourd'hui, a mis le curseur au mauvais endroit ?
06:03C'est-à-dire, quand l'ARCOM vient fermer une chaîne,
06:06enfin, décide de ne pas renouveler la fréquence des chaînes de télévision,
06:09sans raison, ou en tous les cas,
06:11sans raison compréhensible un petit peu difficilement,
06:15et prive des millions de téléspectateurs
06:18de la première chaîne de TNT de France, notamment,
06:22est-ce qu'on peut se dire que,
06:23peut-être que le curseur, il faut le mettre ailleurs ?
06:26À côté de ça, il y a peut-être de la violence
06:28totalement décomplexée sur des plateformes en ligne
06:31où il faut peut-être se concentrer davantage.
06:34Je pense, en effet, que l'ARCOM, en fait,
06:35n'a pas mal positionné le curseur,
06:37il ne l'a pas bougé. C'est-à-dire qu'ils l'ont mis à un endroit
06:41et puis ils l'ont laissé là,
06:42et entre-temps, la société a évolué,
06:44et puis ils se retrouvent avec le curseur
06:46qui est resté bloqué.
06:47Je pense aussi que l'ARCOM, en effet,
06:49ne comprend pas très bien les enjeux,
06:51et je pense que même les gens des médias,
06:53je vais être encore peut-être allé plus loin,
06:55ne comprennent pas bien les enjeux.
06:56C'est-à-dire que beaucoup,
06:58on découvre un peu tous atterrer la violence
07:00de ces productions,
07:01mais moi, ce qui me chagrine un peu,
07:04c'est que je ne connaissais pas cette chaîne en particulier,
07:07mais je vois très très bien,
07:08notamment les productions TikTok,
07:10notamment parce que les enfants en parlent beaucoup,
07:12et peut-être que l'ARCOM a du mal aussi à comprendre,
07:14c'est que ces contenus sont parfois créés
07:16par des mineurs eux-mêmes.
07:17C'est-à-dire que c'est compliqué,
07:18parce qu'en fait,
07:19vous êtes sur des profils
07:21qui sont complètement disparates,
07:23avec des choses qui sont complètement hors sol,
07:26c'est-à-dire qu'on ne s'attend pas à voir ça.
07:28Alors, c'est vrai que c'est joli de fermer une chaîne
07:29en disant que le divertissement qu'elles proposent
07:31est parfois un peu tendancieux, vulgaire.
07:34Regardez, ils ont dit un gros mot.
07:36Mais là, ils ne se rendent même pas compte
07:38de la violence,
07:39de l'inanité de ces vidéos.
07:41C'est-à-dire qu'en fait,
07:41ils sont dépassés, en fait.
07:42Ils sont dépassés,
07:43et moi, je vais même vous dire quelque chose,
07:44c'est qu'il y a des chaînes,
07:46par exemple, comme C8.
07:47Elles avaient au moins un avantage.
07:48Les jeunes la regardaient.
07:49Alors, en part, on pensait ce qu'on veut,
07:51mais pendant qu'ils regardaient ça,
07:52c'était une heure ou deux
07:53qu'ils étaient peut-être en moins
07:53sur des vidéos comme ça.
07:55Parce que le problème aussi,
07:56c'est que comme il n'y a plus vraiment
07:57de médias jeunesse spécialisés dans la jeunesse,
07:59moi, je me souviens avec un peu de nostalgie
08:01quand je rentrais de l'école
08:03et qu'il y avait des dessins d'imé.
08:04Vous voyez, les chaînes avaient des choses
08:06pour les enfants.
08:07Maintenant, il n'y a plus rien.
08:08Ce que j'ai envie de dire,
08:08c'est que forcément,
08:09quand vous n'avez pas d'offres adaptées,
08:10de toute façon,
08:11les enfants, les écrans,
08:12ils sont devenus addicts.
08:13Donc, si la télé ne leur propose rien,
08:15ils iront trouver les choses qui leur plaisent.
08:17Et si les choses qui leur plaisent,
08:18c'est sur leur portable.
08:20Et bien là, les parents,
08:20ils ne savent même pas ce qui se passe.
08:22Écoutez ce que disait ce matin
08:23le maire de Béziers, Robert Ménard,
08:25qui était invité d'Europe 1
08:27et qui s'est exprimé justement
08:28au sujet de l'ARCOM.
08:29L'ARCOM qui doit, selon lui,
08:30prendre ses responsabilités.
08:32Écoutez.
08:32Une plateforme,
08:33ça doit rendre des comptes.
08:35Une plateforme qui vit,
08:37et précisons-le,
08:38qui gagne de l'argent,
08:39parce que c'est aussi ça,
08:40avec des choses aussi abjectes que ça,
08:43c'est un vrai problème.
08:44Si l'ARCOM,
08:45plutôt que d'aller emmerder ces news,
08:47s'intéresser à ça,
08:48peut-être ce serait une bonne idée.
08:50Voilà, le maire de Béziers
08:51interrogé dans Europe 1 matin,
08:54Joseph Massé-Scaron.
08:55Je crois que les excuses
08:57de cette plateforme en question,
08:59aujourd'hui, ne peuvent pas suffire.
09:01Ça ne peut pas suffire.
09:03Moi, j'ai regardé,
09:04comme vous tous ici,
09:05j'ai regardé des extraits
09:07du harcèlement,
09:12du harcèlement moral,
09:13mais aussi des agressions physiques
09:15perpétrées contre ces deux personnes,
09:18parce qu'ils sont deux.
09:19En plus,
09:20pardonnez-moi,
09:21mais il y a une personne
09:22qui est sous curatel.
09:24Alors, moi, je veux bien...
09:26Ça a un sens,
09:26sous curatel,
09:27dans le droit français.
09:29Parce que les avocats,
09:31des deux influenceurs,
09:34viennent dire,
09:34oui, mais ils étaient d'accord.
09:37C'était scénarisé.
09:38Ils étaient d'accord.
09:39Une personne sous curatel ?
09:41C'était scénarisé ?
09:42Elle était d'accord ?
09:43Alors, moi, pardonnez-moi,
09:43parce que j'ai une personne
09:44sous curatel.
09:45Il y a un problème de définition avec vos...
09:47Il y a vraiment un problème de définition.
09:48Il y a un problème fondamental.
09:50Donc, et je vois bien...
09:51Pardonnez-moi,
09:52mais il n'y a pas de délai de...
09:54Je veux dire, mais...
09:56Comment dire ?
09:57La personne...
09:58On va dire JP,
10:01la personne qui a subi...
10:04On voyait, de toute manière,
10:06que cette personne
10:07était une personne fragile.
10:10Ça se voyait.
10:12Ça se voyait.
10:13Ça se voyait dans ses traits du visage.
10:15Ça se voyait dans ses expressions.
10:17Ça se voyait dans ses gestes.
10:18Au secours.
10:19Et on n'a rien fait.
10:20Mais Joseph Massé-Scaron,
10:22je vais aller plus loin,
10:22quand le public paye pour voir ça,
10:24est-ce qu'il n'y a pas
10:25une forme aussi de complicité ?
10:26Totalement.
10:27Mais vous avez raison.
10:28Vous avez dix mille fois raison.
10:30Et il faut également
10:31s'intéresser de près
10:32aux personnes qui...
10:34Vous savez,
10:36ce qui vient de se passer,
10:37je considère que
10:38ce qui vient de se passer,
10:39puisqu'on parle très souvent
10:40et on dit qu'il y a
10:41des faits de société
10:43et des faits de civilisation,
10:44ce n'est pas un fait de société,
10:45c'est un fait de civilisation.
10:46C'est-à-dire,
10:47c'est une dégueulasserie
10:49absolue,
10:51abjecte,
10:52et que,
10:53comme le dit d'ailleurs
10:54David Lysnard très justement,
10:55les personnes qui l'ont fait
10:57sont des dégénérés,
10:58les personnes qui ont payé
10:59pour ça,
10:59vous l'avez rappelé,
11:00sont également des dégénérés.
11:02Et très franchement,
11:03il faut une réaction
11:04et une réaction extrêmement forte.
11:05Allez, la pause.
11:06Dans un instant,
11:06on va partir au Proche-Orient,
11:08le ministre israélien
11:09de la Défense
11:10a approuvé
11:11l'opération d'attaque
11:12de la ville de Gaza,
11:12une offensive
11:13qui mobilisera
11:1460 000 réservistes
11:15et pourrait
11:16transformer le conflit.
11:18On va en parler
11:19dans un instant,
11:20alors qu'au même moment,
11:21l'accord de trêve
11:22accepté hier
11:23par le Hamas
11:24doit être validé
11:26par l'État hébreu.
11:27La réponse doit se
11:28faire savoir
11:29d'ici la fin de la semaine.
11:30On en parle
11:31en compagnie de mes invités
11:32dans un court instant.
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