00:00Cette loi me semblait à contre-courant.
00:04C'est pour ça que j'ai signé la pétition contre la loi du plomb.
00:07Hélène Falliz est une NIMA, non issue du milieu agricole.
00:12Ancienne ingénieure, elle s'est formée au maraîchage en 2016 avec son mari Étienne.
00:17Pour lancer en 2018 leur propre ferme, baptisée le village potager près de Nemours,
00:22à une centaine de kilomètres à peine de Paris.
00:25Il y a quelques semaines, Hélène a fait comme un peu plus de 2 millions de personnes en France.
00:29Elle a choisi de signer la pétition lancée contre la loi du plomb, adoptée le 8 juillet dernier.
00:34Pour 316 contre 223, l'Assemblée nationale a adopté la proposition de loi.
00:41Un texte très controversé, notamment en raison de son article 2,
00:45qui autorisait la réintroduction à titre dérogatoire, sans limite de temps ni de filière,
00:50de l'acétamipride, un pesticide de la famille des néonicotinoïdes interdit en France depuis 2018.
00:56En partie retoquée le 7 août par le Conseil constitutionnel,
01:00la loi a finalement été promulguée le 12 août par Emmanuel Macron,
01:03amputée tout de même de sa partie sur cet insecticide toxique pour les pollinisateurs
01:07et soupçonnée d'être cancérigène.
01:10Pour moi, c'était très évident de signer la pétition.
01:14C'était vraiment très évident parce que j'ai vraiment eu très vite l'impression
01:18que c'était une loi à l'envers, qui n'allait pas dans le sens de l'histoire.
01:24Nous, ce qu'on essaye de faire ici, c'est de montrer qu'une autre voie est possible.
01:28Déjà, je pense qu'une autre voie est nécessaire.
01:31Il faut réduire l'usage des pesticides.
01:34En fait, l'article 2 sur l'acétamipride, effectivement, nous, comme on a choisi de s'en passer
01:38et qu'on met en place des pratiques qui permettent de s'en passer,
01:42c'était très concret pour nous.
01:45L'impact sur la santé humaine, l'impact sur la biodiversité, l'impact sur la santé des sols.
01:51Il faut aller sur une agriculture avec plus d'agroécologie et moins de pesticides.
01:56Dès le début, pour Hélène et Étienne, le maraîchage agroécologique et bio était une évidence.
02:01Hors de question d'utiliser des produits chimiques sur leur terrain,
02:04et ce, malgré les difficultés de ce type d'agriculture.
02:08Résultat, le couple réussit aujourd'hui à faire pousser sur ses terres
02:12pas moins de 160 variétés de légumes, dont 90% sont revendus en circuit court.
02:18Pour que ça marche, ça nécessite beaucoup plus, beaucoup d'anticipation et beaucoup de planification.
02:26Quand on a un problème, on n'a pas tellement de produits pour régler le problème.
02:29Donc il faut éviter que le problème arrive.
02:31On produit des betteraves primeurs, on produit des betteraves de conservation.
02:37Donc on le fait sans ces produits-là.
02:38Il faut exploiter toutes les autres solutions.
02:40Le désherbage, c'est très compliqué pour nous, ça nous prend beaucoup de temps.
02:44Donc on va par exemple privilégier de bâcher, donc de mettre des bâches sur le sol.
02:49Déjà c'est bien parce que ça protège le sol.
02:51Ce qui marche bien, c'est d'avoir sur sa ferme un écosystème,
02:56c'est-à-dire d'avoir des insectes auxiliaires qui vont manger les ravageurs.
02:59Donc ça veut dire faire en sorte que les insectes qu'on aime bien,
03:04les insectes auxiliaires soient chez nous, soient sur place.
03:07Donc pour ça, il faut leur offrir le gîte et le couvert toute l'année.
03:11Donc on va planter des fleurs, on a planté des arbres.
03:14On laisse un peu la nature un peu brute, on ne désherbe pas forcément tout.
03:18Conscient des difficultés financières des agriculteurs
03:21qui pour beaucoup peinent à vivre de leurs activités,
03:24Hélène et Étienne ont, dès le début, pensé à un projet global
03:27pour que leur revenu ne soit pas uniquement centré sur le maraîchage.
03:32D'abord simple ferme, le village potager s'est très vite transformé en écolieux
03:36dédié à la transition écologique et sociale,
03:39avec des gîtes et une activité de séminaire d'entreprise
03:42pour sensibiliser les gens au travail de la terre.
03:45Le maraîchage bio, c'est une activité qui est très peu rentable,
03:50sur laquelle il y a beaucoup d'aléas.
03:52C'est un métier qui est vraiment difficile,
03:56sur lequel gagner de l'argent c'est difficile.
03:59Les premières études économiques montraient qu'en gros,
04:02on travaille 70 heures par semaine pour moins d'un SMIC.
04:06Donc ce n'est pas très sexy comme métier.
04:10Et donc on s'est dit, mais est-ce qu'il y a des moyens de concilier
04:15à la fois une agriculture agroécologique durable et rentable ?
04:22Dès le départ on s'est dit, l'agriculture biologique,
04:24ça c'est vraiment notre ligne rouge.
04:26Par contre on s'est dit, il faut aller plus loin.
04:29Ça a été dès le départ une entreprise de l'économie sociale et solidaire.
04:32Assez vite on est devenu aussi entreprise d'insertion.
04:34Ça veut dire qu'on a une partie de nos équipes qui sont des salariés
04:38avec ce contrat en insertion.
04:41On voulait aussi avoir un lieu qui soit ouvert,
04:44sur lequel on puisse accueillir du monde pour partager nos valeurs.
04:49Le gîte s'est imposé assez vite et on a créé le potager et le village.
04:56Un projet nécessaire pour pouvoir s'y retrouver financièrement.
05:01Car loin d'être rentable, l'agriculture biologique,
05:04raisonnée ou conventionnelle connaît des heures difficiles
05:06depuis de nombreuses années.
05:08Entre 2015 et 2023, les agriculteurs bio ont perdu, eux,
05:12plus de la moitié de leurs aides environnementales de la PAC,
05:15alors que son budget global, lui, n'a baissé que de 5%
05:18selon les derniers chiffres de la Fédération Nationale d'Agriculture Biologique.
05:23Et ça ne va pas aller en s'arrangeant.
05:24Le gouvernement a annoncé au mois de mai une coupe de 10 millions d'euros
05:29dans le fonds Avenir Bio dédié aux investissements.
05:33Hélène note néanmoins quelques améliorations,
05:36notamment grâce au développement des paiements pour services environnementaux
05:39qui permettent aux agriculteurs de toucher un petit pécule
05:42en fonction de la manière dont ils prennent soin
05:44de la biodiversité environnante, des ressources en eau et des zones humides.
05:49Mais l'agricultrice pointe aussi du doigt
05:50un manque global d'accompagnement technique et financier.
05:54Ce qui est chiant, c'est que si on veut changer de modèle
05:56et aller vers une agriculture qui soit plus respectueuse
05:59de la biodiversité, de la santé des sols,
06:02il y a beaucoup d'accompagnement à faire.
06:03Il faut former les jeunes à l'agroécologie,
06:06il faut mettre en place des nouvelles pratiques.
06:09Donc ça demande beaucoup d'accompagnement.
06:11De comprendre comment la vie du sol,
06:15c'est-à-dire les insectes, les bactéries, les champignons
06:17qui composent le sol, comment tout ça travaille en symbiose
06:21et protège les plantes des pathogènes.
06:24Et c'est ce qu'on met en place ici.
06:27Et pour moi, c'est vraiment l'agriculture du futur.
06:29En bio, on ne pollue pas les eaux,
06:32on préserve la biodiversité.
06:34Il y a plein de services qui pourraient être plus aidés
06:37et qui permettraient peut-être aux agriculteurs
06:40de sauter le pas vers une agriculture plus durable.
06:43Le texte final promulgué de la loi du plomb conserve
06:46plusieurs mesures validées par le Conseil constitutionnel,
06:49comme les simplifications administratives accordées
06:51aux plus gros élevages,
06:53la facilitation des constructions d'ouvrages de stockage
06:55d'eau agricole, dont les mégabassines,
06:58la fin de l'interdiction d'être à la fois conseiller
07:00et vendeur de pesticides,
07:02le renforcement de la tutelle de l'État
07:04sur l'Office français de la biodiversité
07:06ou encore l'amélioration de l'assurance récolte.
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