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  • il y a 8 mois
Des agriculteurs vont manifester ce lundi devant le Palais Bourbon pour défendre la proposition de loi "Duplomb" à l'appel du tandem syndical FNSEA et Jeunes agriculteurs (JA). JA et la FNSEA seront devant l'Assemblée nationale" pour "exprimer le refus" de ce qu'ils considèrent comme une tentative "d'obstruction" par les députés LFI et Écologistes, qui ont déposé des centaines d'amendements sur ce texte, qui vise à "lever les contraintes" pour les agriculteurs.

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Transcription
00:00Avec nous, en quelque sorte l'homme du jour, vous allez entendre parler de la loi qui porte son nom toute la journée, c'est Laurent Duplon.
00:11Le projet de loi Duplon, censé alléger les contraintes qui pèsent sur les agriculteurs, ce projet de loi, il arrive donc en débat à l'Assemblée nationale aujourd'hui.
00:20Bonjour Laurent Duplon et merci d'être avec nous, vous êtes sénateur LR et donc rapporteur de cette proposition de loi.
00:26Outre vos activités au Sénat, vous élevez aussi 130 vaches à Saint-Paulien, en Haute-Loire et vous êtes ce matin dans votre exploitation.
00:33François Pitrelle, journaliste environnement à BFM TV, est également avec nous.
00:36Laurent Duplon, on entend beaucoup sur les convois des agriculteurs ce matin cette crainte que votre loi soit vidée de sa substance.
00:44D'abord, est-ce que vous voulez bien nous expliquer en quoi votre texte est vital aujourd'hui pour la profession d'agriculteur ?
00:52En fait, c'est très très simple. Ma proposition de loi, c'est tout juste revenir sur toutes les surtranspositions dans beaucoup de domaines que la France a rajoutées à des règles européennes.
01:04En fait, la France, depuis de nombreuses années, a rajouté des entraves, des contraintes, des moyens complémentaires à la production ou des interdits sur certaines molécules,
01:13alors que les autres pays européens, non pas ceux à l'autre bout de la planète, mais tout simplement au bord de nos frontières, n'ont pas du tout les mêmes contraintes.
01:21Et donc nous nous retrouvons petit à petit avec d'un côté une concurrence totalement déloyale, parfois même une impossibilité totale à produire,
01:29et de l'autre côté une naïveté coupable qui consiste à faire croire aux consommateurs qu'on va arriver à produire avec peu de moyens,
01:37alors qu'en même temps, on fait rentrer une multitude de produits par l'importation des pays voisins, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne,
01:45qui utilisent les moyens que nous, en France, nous interdisons.
01:49Alors justement, parmi les points un peu sensibles et qui justifient sans doute un certain nombre d'amendements,
01:53il y a la réintroduction de pesticides néonicotinoïdes.
01:56Est-ce que ce n'est pas un retour en arrière ?
01:59Non, ce n'est pas un retour en arrière.
02:04Il y a dix ans que la cinquième famille de néonicotinoïdes a été aussi interdite en France.
02:09Je vous rappelle, sur les cinq familles, quatre sont interdites en Europe, une est autorisée.
02:14La France a voulu laver plus blanc que blanc et a interdit la totalité de ces produits.
02:19Aujourd'hui, ce que nous voyons, c'est qu'après dix ans, où on nous a promis des méthodes alternatives,
02:23où on nous a dit qu'on pourrait nous en passer, des filières entières sont en train de disparaître ou ont d'énormes difficultés.
02:31Cette année ou l'année dernière, nous avons vu la noisette avec une perte de rendement drastique
02:35qui fait que tous les producteurs sont à la limite d'être obligés d'arrêter leur production.
02:39Et cela ne va sans cesse, puisqu'on a vu la betterave, vous allez voir demain la pomme et la poire,
02:44vous allez avoir l'endive, l'asperge, enfin une multitude de productions françaises
02:48qui sont aujourd'hui dans une situation de plus en plus difficile.
02:51La réalité de l'acétamipride, c'est qu'elle est autorisée dans 26 pays européens
02:56et que l'EFSA, l'Agence Européenne de Santé, l'a réautorisée jusqu'en 2033.
03:04Nous sommes le seul pays à l'avoir interdit.
03:06D'ailleurs, le directeur de l'ANSES le dit très clairement, le directeur de l'Agence française le dit très clairement.
03:12L'interdiction de l'acétamipride n'a pas été faite sur une base scientifique,
03:16elle a été faite sur des données et sur une volonté politique.
03:21Et donc c'est ça la réalité.
03:23C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on interdit à nos producteurs d'utiliser cet insecticide
03:27qui va permettre de lutter contre des ravageurs, la punaise diabolique, le puceron cendré,
03:32alors que nos voisins, les Italiens pour la pomme, les Italiens pour la noisette,
03:36les Allemands, par exemple, sur les asperges, peuvent l'utiliser.
03:40Et aujourd'hui, ils sont de vrais concurrents.
03:42Parce qu'eux, ils ont les moyens de produire quand nous, on nous enlève tout moyen de produire
03:45et donc pu être dans la compétitivité.
03:47Et surtout, ne plus pouvoir répandre à cette concurrence qui est faite au bord de nos frontières.
03:53Restez bien avec nous, Laurent Duplomb.
03:54François Pitrel, l'acétamipride,
03:57donc le projet de loi Duplomb proposait de le réintroduire
04:00pour se conformer à ce qui se passe dans le reste de l'Europe.
04:02Nous, la France l'avait donc interdit.
04:05Et les écolos, c'est ça, ont mis un amendement pour s'opposer à sa réintroduction ?
04:11Alors, le fait est que ce produit avait été réautérisé par dérogation depuis 2020.
04:18Alors, en 2020, il y a eu une grosse crise sur la betterave.
04:20Du coup, on s'est retrouvé sans ce produit.
04:22Et ensuite, il y a eu des dérogations.
04:23Là, cette loi permettrait de continuer à avoir des dérogations
04:27pour utiliser pendant un certain temps cette...
04:29Et pourquoi ça fâche les écologistes et les associations ?
04:32Si c'est le moins nocif des néonicotinoïdes,
04:36ça reste un produit qui est fait pour tuer des insectes
04:38et donc a un impact sur tout l'écosystème.
04:41C'est un peu comme si je vous disais,
04:44c'est une cigarette mais elle a moins de nicotine.
04:46Ça reste une cigarette.
04:47Donc, elle a un impact.
04:48Elle reste très longtemps dans les milieux.
04:50Cette molécule, elle va notamment aussi se retrouver chez les enfants.
04:55On a eu des études au Japon qui montraient que chez des nouveau-nés,
04:58on avait des traces de cet acétamipride.
05:01Donc, c'est un vrai sujet.
05:02Après, c'est vrai qu'au niveau européen,
05:04on a décidé de l'autoriser,
05:07mais parce qu'on a un principe différent en Europe,
05:10on considère qu'il faut avoir une certitude.
05:13On doit être sûr qu'il y a un impact
05:14et sur quel impact il est.
05:16Là, au niveau français, on a un principe de précaution.
05:19Donc, on a arrêté en avance.
05:20Est-ce qu'on peut être totalement insensible,
05:22Laurent Duplomb,
05:23aux doutes sur la santé ?
05:26Alors, déjà, par rapport à ce qui vient d'être dit,
05:30je veux m'inscrire déjà en faux,
05:31parce que la réintroduction en 2020 des néonicotinoïdes,
05:35pour la betterave par exemple,
05:36a été faite sur une famille qui n'était pas l'acétamipride,
05:40qui a été faite sur une famille qui était interdite en Europe.
05:42C'est d'ailleurs pour cela que les écologistes
05:44sont remontés au créneau de la Cour européenne,
05:47ont gagné et ont fait interdire en France
05:49l'utilisation de cette dérogation.
05:51Là, nous ne sommes pas du tout dans le même cas.
05:53Là, nous sommes dans un cas qui consiste à autoriser,
05:56par dérogation, sur des cultures,
05:59sur une problématique particulière et pour une durée précise,
06:02pour répondre aux critères du Conseil constitutionnel,
06:05une molécule qui est autorisée partout en Europe.
06:09La porte-parole de l'ADG Santé,
06:11à François de Rugy, ancien ministre de l'Environnement,
06:15répondait la semaine dernière en disant
06:17« Toutes les études qui nous ont été données par la France
06:20pour nous inciter à interdire l'acétamipride
06:23n'étaient pas concluantes
06:24et nous n'avons pas pu interdire l'acétamipride
06:27parce que nous n'avons pas suffisamment d'éléments
06:29qui consistent à dire qu'elle doit être interdite. »
06:32Et même plus que ça, je vais vous donner un exemple.
06:34L'EFSA a autorisé, depuis 15 jours,
06:38de remonter le seuil de limite maximum de résidus
06:41c'est-à-dire les résidus d'un produit que vous retrouvez dans un produit alimentaire
06:46de 0,05 mg par kilo à 1 mg par kilo,
06:51c'est-à-dire 20 fois plus,
06:52dans un produit alimentaire que tous les Français consomment
06:55qui s'appelle le miel.
06:56En France, on vous explique que l'acétamipride tue les abeilles
07:00et empêche de faire du miel.
07:02Quand dans le même temps, pas demain, pas hier, aujourd'hui,
07:06l'EFSA autorise d'avoir plus de limite maximum de résidus d'acétamipride
07:11dans ce même produit qu'est le miel.
07:14Et le dernier élément que je veux vous donner,
07:15c'est que l'Allemagne vient la semaine dernière
07:18d'ouvrir la dérogation de l'acétamipride
07:21sur la betterave et sur la pomme de terre.
07:23Pourquoi elles le font-ils ?
07:25Parce que tout simplement, ils voient que chez nous,
07:27nous nous interdisons de produire
07:28et donc ils se donnent les moyens de pouvoir produire plus
07:31et de devenir demain, à notre place,
07:34le premier producteur de betterave citrière.
07:34C'est ça, et passer devant la France.
07:36Merci beaucoup Laurent Duplon
07:37de nous avoir accordé un peu de votre temps ce matin
07:40alors que les agriculteurs sont en convoi en ce moment vers Paris.
07:44Certains tracteurs, ça y est, sont arrivés,
07:46vous le voyez ici devant l'Assemblée nationale.
07:48Le patron de la FNSEA doit s'exprimer en fin de matinée
07:51devant le Palais Bourbon.
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