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  • il y a 6 mois
Documentaire de Niobe Thompson, 2012, Arte.
Le corps humain a évolué au fil des millénaires pour s’adapter à la course de fond. Voilà la théorie que soutient Niobe Thompson, anthropologue et réalisateur de ce documentaire.
Selon le scientifique – également marathonien -, l’espèce humaine a réussi à se développer parce qu’elle a pu courir sur de longues, voire de très longues distances.

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Sport
Transcription
00:00Homo sapiens. Nous étions des grands singes perchés dans les arbres, et désormais, nous dominons le monde.
00:14Pendant des millions d'années, nous avons dû lutter pour survivre.
00:19Sommes-nous simplement devenus plus intelligents que les animaux qui nous entourent ?
00:23Oui, mais pas seulement.
00:25Avant de commencer à penser comme des hommes, nous avons connu un changement bien plus radical.
00:35Nous nous sommes mis à courir sur nos deux jambes.
00:40Et c'est un véritable exploit.
00:44Nous pensons aujourd'hui que c'est grâce à la course que l'homme est devenu ce qu'il est.
00:48Je m'appelle Niobe Thompson, je suis anthropologue, et je veux comprendre comment nous sommes devenus des singes capables de courir.
00:58Pour en savoir plus, nous allons voyager à travers le monde.
01:01Homo sapiens
01:13L'homme sage
01:15L'homme qui pense
01:17Nous vivons dans une civilisation de l'esprit, un monde rendu possible par notre cerveau complexe.
01:24Un cerveau si puissant qu'il définit même notre espèce.
01:27Mais peut-être y a-t-il autre chose qui nous différencie de nos ancêtres primates.
01:35Un avantage évolutif plus profond.
01:39Peut-être avons-nous dû courir, avant même d'apprendre à penser.
01:46Pour moi, comme pour la plupart des gens, le fait de courir semble aller de soi.
01:51Mais en tant qu'anthropologue, je trouve cette aptitude étonnante.
01:55Elle n'a pas son pareil dans la nature.
02:00L'homme est de loin le meilleur coureur de fond.
02:03Et la façon dont il y est parvenu est aussi fascinante qu'incroyable.
02:10Comme vous, je suis le fruit d'une évolution de 2,5 millions d'années.
02:14Un grand singe bipède qui se tient debout et marche.
02:17On peut toujours dire que c'est le fait de se redresser qui a rendu tout le reste possible.
02:21Notre intelligence complexe, notre capacité à travailler en groupe, à utiliser des outils, le langage.
02:27Encore faut-il savoir pourquoi.
02:30Les hommes n'ont pas toujours dominé le monde qui les entoure.
02:34Pendant la majeure partie de notre histoire, nous avons été des proies.
02:37L'Afrique de nos ancêtres primates grouillait de prédateurs.
02:43Comment les premiers hominidés, une fois debout, ont-ils survécu pour fonder la lignée humaine ?
02:50Comment un singe bipède vulnérable a-t-il pu apparaître dans cet environnement et s'en sortir ?
02:56Nous sommes dans la vallée du Grand Rift, le berceau de l'humanité.
03:02Le plus vieil endroit habité du monde.
03:05Il y a plus de 10 millions d'années, nos ancêtres vivaient et évoluaient ici.
03:22Ces pasteurs à phare ont dû marcher sur les ossements des premiers hommes.
03:26Ils vivent dans la vallée de Lawash, un des lieux les plus chauds du monde.
03:34Pour comprendre comment nous sommes apparus, il faut remonter 3 millions d'années en arrière.
03:45Il n'y a pas toujours eu un désert ici.
03:48A l'époque, c'était une forêt tropicale.
03:50Nos ancêtres vivaient dans la canopée, à l'abri des prédateurs qui restaient au sol.
03:58Comme nos plus proches cousins, les chimpanzés, leur corps était fait pour grimper et s'accrocher aux branches.
04:03Voici une Ardipithèque, une de nos ancêtres d'avant l'âge de glace.
04:13Elle était parfaitement adaptée à la vie dans les arbres.
04:17Mais avec son pouce opposable, elle ne pouvait faire que de brèves et difficiles incursions sur le sol de la forêt.
04:22Le monde des Ardipithèques n'a pas duré.
04:28Au bout d'un million d'années, la période glaciaire a commencé.
04:33Cette partie de l'Afrique s'est asséchée et les forêts denses qui couvraient la vallée du Rift ont disparu.
04:42Toute la région est devenue désertique.
04:45Et la lignée de nos ancêtres s'est éteinte.
04:48Désormais, à découvert, ils ont été chassés, presque jusqu'au dernier.
04:56Mais quelques-uns ont trouvé une solution.
05:05Pour survivre, les habitants des arbres se sont adaptés à la vie bipède.
05:13Au fil de centaines de générations, leurs épaules sont devenues moins larges.
05:18Leurs bras plus courts.
05:20Leurs doigts de pied et de main ont changé de forme.
05:24Leurs jambes se sont allongées.
05:26La nature a sélectionné un nouveau singe, une créature unique dans le monde animal.
05:33C'étaient sans doute les êtres vivants les plus intelligents existants à cette époque.
05:37On peut supposer qu'ils avaient des capacités cognitives comparables à celles des grands singes.
05:41Yann Tattersall a passé une grande part de sa vie en Afrique, dans la vallée du Grand Rift,
05:50a étudié comment nos ancêtres ont survécu quand ils ont dû passer des arbres au sol.
05:54À l'American Museum of Natural History, ils me montrent des mannequins des premiers marcheurs.
06:04Nous avons tenté de reconstituer une scène qui s'est déroulée à l'Etoly, en Tanzanie, il y a près de 3 millions et demi d'années.
06:10Une éruption volcanique a eu lieu, et la couche des cendres dispersées sur le sol a formé une sorte de ciment sur lequel on marchait des hominidés qui passaient par là.
06:24Il ne fait aucun doute qu'il s'agissait de bipèdes.
06:28Et il n'y a aucune trace d'une forme de soutien autre que leurs deux pieds.
06:33C'est donc une preuve magnifique du fait que ces hominidés étaient debout et marchaient sur leurs deux pieds à cette époque.
06:39Mais ils n'étaient pas faits comme nous.
06:42Vous pouvez voir qu'ils sont plutôt petits.
06:45Deux fois plus petits que nous.
06:46Oui, ils sont deux fois plus petits que nous, et très vulnérables à découvert.
06:51C'est tellement improbable que cette espèce ait survécu dans cet environnement plein de lions, de hyènes et de sortes de tigres à dents de sabre.
07:01Rien dans leur physique ne leur permettait de s'enfuir rapidement, ou de se défendre.
07:07C'est vrai.
07:09Une fois qu'ils ont perdu leur habitat de forêt, ces petits singes bipèdes sont parvenus à survivre à découvert.
07:15Je ne parviens pas à comprendre de quel avantage évolutif ils disposaient.
07:20Il devait bien y en avoir un, mais lequel ?
07:23Cette question intrigue aussi les chercheurs du laboratoire de biologie du squelette à Harvard.
07:28Celui-ci est dirigé par Daniel Lieberman, professeur en biologie évolutive.
07:32Sa passion pour la course à pied est à l'origine d'une grande découverte scientifique.
07:37A l'instant où nous sommes devenus bipèdes, nous sommes devenus vulnérables.
07:43La plupart des australopithèques dont nous possédons les ossements ont été tués par des carnivores.
07:49Nous servions souvent de repas à cette époque-là.
07:52Quels sont les liens entre le développement du cerveau et celui de l'homo erectus en tant que coureur ?
07:58L'important ici, c'est le développement de la chasse et de la cueillette qui ont eu pour effet de permettre à l'homo erectus d'avoir accès à plus d'énergie,
08:06ce qui signifie avoir un plus gros cerveau.
08:09C'est un organe très énergivore.
08:11Actuellement, 20% de votre métabolisme de base est consacré au fonctionnement de votre cerveau.
08:16Ce nouveau mode de vie basé sur la chasse et la cueillette a généré une contrainte énergétique qui a rendu possible le développement du cerveau.
08:23Quand nous sommes devenus bipèdes, il y a 5 millions d'années, nous sommes devenus lents, économes, efficaces, mais lents.
08:32Un bipède ne peut pas courir vite.
08:37La sélection naturelle a donc résolu ce problème en trouvant une solution totalement nouvelle
08:42et a fait de nous, non pas des sprinters comme la plupart des mammifères, mais des coureurs d'une grande endurance.
08:50Et c'est particulier aux humains.
08:51Nous ne sommes pas bons en course de vitesse, mais en endurance.
09:00Serions-nous alors une espèce ultra spécialisée, faite pour courir ?
09:07Voici un autre genre de laboratoire à l'Université d'Alberta.
09:11Larry Bell, spécialiste du sport, s'intéresse aux limites des capacités humaines.
09:15Il est expert en biomécanique et travaille avec certains des coureurs les plus rapides du monde.
09:24J'ai travaillé un peu avec lui aujourd'hui.
09:28Ça faisait longtemps que ce n'était pas arrivé.
09:31Il a eu des problèmes importants à long terme qui ont compromis sa carrière.
09:34Il a un bras qui part sur le côté, avec une certaine asymétrie en haut.
09:39Oui, je vois. Le bras gauche sort plus que le bras droit, mais ça va trop vite pour moi.
09:46Il est super rapide, mais là on parle de centièmes de seconde.
09:49Comment gagner le centième qui va vous amener au sommet ?
09:53Ce n'est pas en minutes qu'on compte, mais en centièmes de seconde, ceux qui vont faire la différence.
09:58Cet homme est extrêmement rapide.
10:03Mais ceux qui étaient autrefois ses prédateurs peuvent courir deux fois plus vite que lui.
10:08Aucun humain n'a jamais réussi à distancer un animal qu'il avait pris en chasse.
10:12La théorie classique de l'évolution humaine affirme que quand nous sommes devenus carnivores et bipèdes,
10:18nous nous sommes mis à utiliser des outils.
10:21Et que cela a favorisé le développement de notre cerveau.
10:23Mais il y a seulement 300 000 ans que nous avons eu l'idée de fixer une pierre au bout d'un bâton.
10:28Nous n'avions pas tous les instruments dont nous disposons aujourd'hui pour nous protéger ou pour chasser.
10:35Donc, bien avant d'avoir des armes, nous chassions et mangions de gros animaux.
10:40On y parvenait en les poursuivant jusqu'à ce que morts s'en suivent.
10:45Dans les années 80, des anthropologues vivant dans le désert du Kalaari avec des chasseurs-cueilleurs
10:50ont assisté aux dernières chasses de ce type.
10:53Ils les ont baptisées les chasses à l'épuisement.
10:56La chasse à l'épuisement tire partie de deux caractéristiques importantes que possèdent les hommes,
11:03mais pas les autres quadrupèdes.
11:06La première, c'est que nous pouvons facilement atteindre en courant une vitesse qui fait galoper les quadrupèdes.
11:10J'ai beau être un professeur, plus tout jeune, je peux facilement courir à une vitesse qui demande à un poney de passer du trop au galop.
11:20Quand nous courons à ces vitesses-là, nous nous refroidissons en transpirant, alors que les animaux que nous chassons se refroidissent en haletant.
11:27L'adaptation humaine la plus importante, et qui fait de nous les champions de la régulation thermique,
11:35capables de faire face à des températures élevées, est notre peau glabre et qui transpire.
11:41De tous les animaux, ce sont les hommes qui transpirent le plus.
11:44Aucun autre primate ne régule sa température de cette façon.
11:47C'est extrêmement rare chez les mammifères.
11:48Nous avons développé un grand nombre de glandes sudoripares sur tout notre corps.
11:55En moyenne, on en possède de 2 à 5 millions.
11:59C'est beaucoup.
12:00Oui.
12:01Et quand un quadrupède se refroidit en haletant, il se contente d'humidifier sa langue et d'en rafraîchir ainsi la surface.
12:08Alors que nous, c'est sur notre corps tout entier que les glandes sudoripares excrètent de l'eau.
12:14Tout notre corps est transformé en langue.
12:16Et ce n'est que la moitié de l'explication de la chasse à l'épuisement.
12:21Parce que quand un quadrupède galope, il ne peut pas halter.
12:25Son corps se penche et les viscères vont taper, comme un énorme piston, dans le diaphragme à chaque foulée.
12:36Chaque fois que vous faites galoper votre chien, un zèbre, une vache, un poney ou n'importe quel quadrupède,
12:43vous pouvez observer que cela lui enlève sa capacité à haleter.
12:47Bien sûr, l'animal peut courir plus vite que moi et aller se cacher dans les buissons pour tenter de se refroidir.
12:54Mais à ce moment-là, si je continue à le poursuivre, si je le piste et le poursuis sans répit,
12:59sans qu'il puisse retrouver sa température normale, alors son corps va devenir de plus en plus chaud.
13:04La chasse à l'épuisement permet à n'importe qui, même moi je l'ai fait, de mettre un animal en hyperthermie.
13:14Cette antilope qui semblait nous attendre va mourir debout.
13:18Les derniers adeptes de la chasse à l'épuisement ont disparu.
13:34Les Bushmen utilisent désormais des fusils.
13:37Ils n'ont plus besoin de courir pour survivre.
13:41Mais il y a d'autres endroits sur Terre où la vie et la mort sont une question d'endurance physique.
13:46Et ils se trouvent très loin de la chaleur africaine.
13:57Si demain le monde moderne disparaissait, ces hommes-là s'en rendraient à peine compte.
14:04Ils vivent au cœur de la Sibérie arctique et doivent sans répit lutter pour manger et ne pas avoir froid.
14:16Voici les vestiges de l'Empire soviétique.
14:19Un des avant-postes les plus éloignés, aujourd'hui abandonnés par les Russes, qui l'ont construit.
14:25Mais les autochtones, eux, sont toujours là.
14:29Nous sommes sur la presqu'île de Tchoukotka, une vaste étendue sauvage et sans arbre, au nord de la Russie.
14:34C'est tellement loin que pour finir notre voyage, nous devons emprunter un véhicule tout-terrain, un hybride d'autobus et de bulldozers.
14:42C'est tellement loin que pour finir notre voyage, nous devons emprunter un véhicule tout-terrain, un hybride d'autobus et de bulldozers.
15:12Nous sommes ici venus ici pour comprendre comment le corps que nous avions développé pour courir dans la chaleur africaine s'est adapté au froid.
15:20L'Arctique l'a peut-être façonné différemment.
15:24Ces nomades savent encore vivre totalement à l'écart du monde moderne.
15:29Mais ce n'est pas tout.
15:30Un troupeau de rennes constitue un stock de nourriture hautement calorique, enveloppé de la fourrure la plus chaude que l'homme connaisse.
15:47C'est la fin de l'été, l'époque de la capture.
15:50Je vais essayer de suivre.
15:51Dans ce milieu extrême, un troupeau de rennes est une adaptation parfaite à la vie.
16:13C'est simple, des milliers de rennes broutent la toundra et leurs éleveurs récupèrent la viande et la fourrure.
16:20Ils ont toujours de quoi manger sous la main.
16:23Mais ce mode de vie nécessite de se déplacer en permanence.
16:26Il faut travailler à chaque instant.
16:27Dans nos vies sous assistance technique, nous pouvons facilement oublier que l'homme a toujours dû chasser pour se nourrir.
16:46Notre cerveau affamé réclame en permanence de la nourriture riche en calories, c'est-à-dire de la viande et de la graisse.
16:54Telle est notre nature et on s'en rend vraiment compte ici.
17:24Regardez cette petite fille.
17:40Elle a trois ans et déjà elle fait la vaisselle.
17:44Elle a l'impression de jouer mais en fait elle travaille.
17:46La vie des éleveurs de rennes l'attend et donc elle apprend dès son plus jeune âge à travailler.
17:53La vie des éleveurs de rennes l'attend-elle, c'est-à-dire de la vie des éleveurs de rennes l'attend-elle.
18:23Le quatrième jour, nous avons découvert en nous réveillant que le troupeau avait disparu.
18:38Il y a une rivière au nord.
18:40Mes hôtes pensent que les reines vont la traverser s'ils ne leur font pas rebrousser chemin d'ici là.
18:44Il suffit qu'ils perdent le contact, ne serait-ce que quelques jours avec leurs animaux, pour que ceux-ci redeviennent sauvages.
18:51Je commence à comprendre que la vie dans la toundra sibérienne nécessite de courir beaucoup.
18:58Dans quelques jours, l'hiver sera là. Il peut se mettre à neiger à tout moment.
19:02Et ils courent à travers ses collines pour rassembler leurs troupeaux de 3500 têtes.
19:06Comme c'est la fin de l'été, les animaux cherchent et mangent tout ce qu'ils trouvent.
19:12Des champignons, du lichen, de l'herbe.
19:16Les éleveurs doivent lutter contre cet instinct.
19:19Nous trouvons le troupeau au moment où il atteint la rivière.
19:30Cela nous laisse le temps de manger et de souffler un peu.
19:36Contrairement à nos ancêtres qui pratiquaient la chasse à l'épuisement,
19:40ces éleveurs n'ont pas besoin de traquer à mort leurs proies.
19:43Ils ont pourtant beaucoup de choses en commun.
19:45La sélection naturelle a façonné les hommes pendant des millions d'années
20:04et a rendu nos corps capables de supporter des stress incroyables.
20:09Mais nous allons rarement au bout de nos limites.
20:10Et rares sont ceux qui comprennent de quoi nos corps sont réellement capables.
20:14Ces éleveurs constituent une exception.
20:17Si l'on pense à tout le travail qu'ils doivent fournir,
20:20à leur déplacement incessant avec le troupeau,
20:22leur vie n'est pas si différente de celle de nos ancêtres africains.
20:25C'est vrai qu'ils ont dû domestiquer les animaux dont ils avaient besoin pour se nourrir et s'abriter,
20:30mais les reines ne restent jamais au même endroit.
20:33Les éleveurs de reines sont de véritables cow-boys, mais sans cheval.
20:36Et pour survivre, ils doivent se déplacer aussi vite que leurs bêtes.
20:39Tout cela n'est pas très différent de ce que nos ancêtres faisaient en Afrique des générations plus tôt.
20:46Il y a 200 000 ans, notre espèce évoluait en Afrique.
20:50Nous autres, qui appartenons aux populations des climats du Nord,
20:53nous n'avons pas abandonné cet héritage,
20:55parce que nous possédons les mêmes gènes,
20:57les mêmes caractéristiques biologiques dont nous avons hérité depuis notre origine en Afrique.
21:01Depuis 2 millions d'années, nous avons développé des capacités incroyables.
21:09Cette anatomie et cette physiologie qui nous permettent d'être vraiment bons en course d'endurance.
21:13Et la brève période depuis laquelle certains humains ont quitté l'Afrique
21:16n'est pas suffisante pour effacer ces capacités et changer toute cette biologie.
21:20Nous sommes toujours fondamentalement les mêmes.
21:22Où qu'ils vivent dans le monde, tous les hommes sont pareils.
21:26Même dans l'Arctique, l'homme possède un corps fait pour courir.
21:30Pendant 2 millions d'années, nous avons dû courir après notre repas.
21:35La sélection naturelle a fait son travail.
21:37Et nous en sommes le fruit.
21:39Nous sommes bourrés de caractéristiques, de la tête aux pieds,
21:43qui nous rendent aptes à la course.
21:46Commençons par les doigts de pied.
21:48Les hommes possèdent des doigts de pieds courts. Pourquoi ?
21:52Avoir des doigts de pieds longs n'a pas de conséquences sur la marche.
21:56Ça ne va pas vous empêcher de marcher correctement.
21:58Mais si vous avez de très longs doigts de pieds et que vous courez,
22:01vous risquez de vous les casser à cause des forces de torsion.
22:05La voûte plantaire est un autre point clé.
22:09Cette partie surélevée du pied agit comme un ressort.
22:13Quand vous marchez, il n'y a ni stockage ni restitution d'énergie élastique.
22:17Mais quand vous courez, vous vous mettez à utiliser votre pied comme un ressort.
22:2017% de l'énergie mécanique du corps qui frappe le sol est stockée puis restituée par ce seul ressort.
22:29Le tendon d'Achille est encore plus étonnant.
22:31C'est le principal ressort de votre corps.
22:34Et pendant la course, il stocke et restitue environ 35% de l'énergie due au contact avec le sol.
22:4235%.
22:43C'est un dispositif de stockage d'énergie élastique complètement passif.
22:48Donc quand vous heurtez le sol, je vais enlever ma chaussure,
22:51votre pied redescend et votre cheville en s'abaissant étire ce ressort.
22:57Puis dans un second temps, ce ressort se détend et aide mon corps à s'élever en l'air.
23:02C'est de l'énergie gratuite.
23:05Vous ne l'utilisez pas pour marcher, mais pour courir, rien que pour courir, rien que pour courir.
23:10Un autre endroit important qui fait l'unanimité, non sans raison, c'est le muscle grand fessier.
23:17C'est le plus grand muscle du corps humain.
23:19Et si on se contente de marcher dans la pièce en se tenant les fesses, on aura l'impression qu'il ne fait rien.
23:23Mais dès qu'on court, il se met à travailler avec vigueur à chaque foulée.
23:27Il relie les jambes aux hanches et comme quand on court, le corps a tendance à tomber en avant,
23:33il se contracte et stabilise le buste.
23:38Chez les australopithèques, la zone d'insertion du muscle est très réduite.
23:43Mais chez les représentants du genre homo, on constate une expansion de la partie supérieure du grand fessier,
23:48ce qui est très important pour la course.
23:51Nos cousins primates n'ont pas de fesses saillantes comme nous.
23:54Les chimpanzés ont de petites fesses.
23:57Les gros derrière sont une particularité du genre homo.
24:01De même que les épaules basses tombantes.
24:05Au moment où vous frappez le sol quand vous courez, la tête a tendance à partir en avant.
24:10A l'arrière de notre crâne passe le ligament nucal qui est relié à un muscle qui va directement à l'épaule.
24:15Pour empêcher la tête de partir en avant, le bras retombe et la stabilise.
24:19C'est le mouvement naturel d'une personne en train de courir.
24:22Tout ça se fait simultanément.
24:23Donc quand nous courons, tous ces processus contribuent à stabiliser le corps de façon passive.
24:29Nous n'avons pas besoin d'y penser ni de faire quoi que ce soit.
24:32Ça se produit naturellement.
24:34C'est pour cela qu'il est essentiel d'avoir un corps relaxé.
24:37Ça permet de courir de façon plus stable.
24:41La course d'endurance.
24:44Un don particulier.
24:45Pour trouver les plus grands coureurs de fond du monde, je suis retourné sur les lieux où est apparue l'humanité.
24:54C'est un des pays les plus pauvres du monde.
24:58Mais sur le plateau d'Addis Abeba, l'air est frais et léger.
25:02C'est ici que vivent quelques-uns des plus grands champions.
25:06En Éthiopie, la course est une obsession nationale.
25:21Voici une scène qui se déroule chaque matin sur la place Meskel, en plein centre de la capitale.
25:26En 1960, Abibi Bikila, un jeune officier éthiopien, participe aux Jeux olympiques de Rome.
25:44Il remporte le marathon en courant pieds nus.
25:47C'est la première médaille olympique africaine.
25:50Et les Éthiopiens en tirent une leçon.
25:52En course de fond, ils sont les meilleurs du monde.
25:56Les Éthiopiens sont si forts qu'on pourrait croire qu'ils sont nés avec des corps différents.
26:03Sinon, comment des champions pourraient-ils apparaître dans une pareille misère ?
26:08L'histoire de Seboka Nigusse peut nous donner une explication.
26:16Mes parents sont agriculteurs.
26:20Ils habitent dans une hutte de paille et vivent de l'élevage du bétail.
26:26J'ai grandi au village et je n'avais pas de chaussures.
26:32Je courais pieds nus.
26:34J'ai commencé à courir, d'abord pour aller à l'école.
26:39Puis je suis parti, je suis allé à Addis Abeba.
26:47Seboka est venu ici.
26:48Ils s'entraînent en périphérie d'Addis Abeba avec un club d'élite, juste un cran au-dessous de l'équipe nationale.
27:01J'ai été extrêmement surpris par le fait que tous les athlètes qui sont parvenus jusque-là étaient originaires du même milieu.
27:07Ils ont grandi dans une grande pauvreté, à la ferme.
27:12Quelque chose dans cette association a fait d'eux des coureurs invincibles.
27:18A l'époque, la victoire pieds nus de Bikila nous avait semblé amusante.
27:23Si on y repense, on se dit que les athlètes occidentaux auraient peut-être dû y prêter plus attention.
27:28Quand je suis arrivé à Addis Abeba, j'avais des sandales en caoutchouc.
27:37J'ai couru avec pendant trois ans.
27:39Elles valaient 18 centimes.
27:42Je les ai gardées jusqu'à ce que j'entre au club de course.
27:51Quand j'ai visité la ferme de Seboka, j'ai été étonné de voir des enfants courir vers nos caméras,
27:56pieds nus, à travers les pierres et les épines.
28:00Sans doute comme Seboka autrefois.
28:09Bekoji se trouve dans les hauts plateaux éthiopiens.
28:12C'est un endroit reculé et très pauvre.
28:18Et contre toute attente, c'est de là que sont venus cinq médaillés d'or olympique lors de ces dix dernières années.
28:25Tous sont aujourd'hui millionnaires.
28:31Ils ont été entraînés par l'instituteur local, Sentayewo Eshetu.
28:37Les familles pauvres envoient désormais leurs enfants par centaines dans son centre d'entraînement.
28:40La quasi-totalité des athlètes de notre pays viennent de Bekoji.
29:01Fatouma, Kenenissa, Tirunech, Ejegayu, Genzebe.
29:10Ils sont nombreux.
29:11Il y a ici des athlètes qui ont un bon potentiel et qui n'ont pas de chaussures.
29:19Certains s'entourent les pieds de tissu.
29:20Des Bekoji produisent des coureurs exceptionnels.
29:39Peut-être est-ce l'air des hauts plateaux ?
29:41Ou bien parce que tous ceux qui sont originaires de cette région possèdent un avantage génétique ?
29:47Ce qui est sûr, c'est que courir vite est la seule solution que ces jeunes peuvent trouver pour fuir la misère.
29:52Mais je vois aussi qu'ils ont un mode de vie proche de celui de notre passé lointain,
29:56quand nous étions tous de grands coureurs.
29:58Ici, les gens travaillent dur.
29:59Ils mobilisent leur corps.
30:00Ils entraînent leurs pieds dès qu'ils savent marcher.
30:03C'est peut-être ça leur secret.
30:04Quand je suis allé pour la première fois en Afrique,
30:10j'ai vu que beaucoup d'athlètes couraient pieds nus.
30:12Et j'ai remarqué qu'ils avaient des pieds particulièrement souples et mobiles.
30:17Ils étaient tous d'excellents coureurs et des coureurs naturels.
30:21Ils n'ont pas d'oignons ni d'épines calcanéennes.
30:24Et j'ai changé d'avis à cause du contraste avec les gens qui portaient tout le temps des chaussures
30:28et qui avaient des pieds rigides, qui ne s'adaptaient pas au terrain.
30:34Je trouve ça étrange qu'un coureur confirmé puisse avoir des pieds faibles.
30:40Ils ont quasiment tous sans exception des pieds faibles.
30:44Ce sont les pires conditions possibles.
30:46Et ce sont désormais celles que nous connaissons durant toute notre vie.
30:50Nous mettons des chaussures avant même d'apprendre à marcher.
30:55Le docteur Bell trouve que même les pieds des meilleurs athlètes du Canada
30:58ont été affaiblis par une vie passée dans des chaussures de sport.
31:01Vous voyez qu'il a du mal à prendre appui sur le gros orteil ?
31:05Il a une lésion du long fléchisseur de l'allux.
31:08Le muscle qui va jusqu'au pouce et croise le soleil air en dessous.
31:11Les gens croient souvent qu'ils ont des problèmes au tendon d'Achille, mais ils se trompent.
31:15Beaucoup d'athlètes ont battu des records du monde tout en ayant des dysfonctionnements,
31:18mais ils finissent généralement par se blesser.
31:19J'ai couru pendant des années en ayant mal aux genoux.
31:26Je croyais que c'était inévitable.
31:36Je vais arrêter.
31:373, 2, 1.
31:40Je peux faire quelque chose pour vous.
31:41Ça, c'est quand votre corps frappe le sol.
31:45Quand vous touchez le tapis, vous arrivez à chaque fois sur le talon.
31:49Ce pic, c'est ce qui me remonte dans la jambe ?
31:51C'est le choc.
31:52Le corps est arrêté quand il heurte le sol et c'est l'onde de choc.
31:56Elle va aller de votre pied à votre tête en 7 à 10 millisecondes.
32:00Comme ça.
32:01Vous portez des chaussures qui rendent ça confortable.
32:06Donc ça ne vous fait pas mal quand vous atterrissez dans votre chaussure,
32:09qui amortit précisément là,
32:10et ça augmente encore la probabilité que vous posiez le pied comme ça.
32:14Tenez.
32:16Cette chaussure a un talon très épais qui mesure plusieurs centimètres.
32:20Elle est aussi très rigide
32:21et elle a un gros soutien pour la voûte plantaire à l'intérieur.
32:25Plus vous appuyez sur votre pied et moins vous sentez ce qui se passe.
32:28C'est pour ça que les gens qui utilisent ce genre de chaussures sont bruyants quand ils courent.
32:33Ils font un bruit lourd.
32:34On les entend arriver à un kilomètre.
32:36Eux vont finir à l'hôpital.
32:40Maintenant, essayez de courir pieds nus.
32:47Arrête, il va tomber.
32:51Vous faites beaucoup moins de bruit.
32:54Vous devez l'entendre.
32:56On va regarder vos courbes d'impact.
32:58Vous atterrissez doucement et on ne voit plus le pic de l'impact.
33:02C'est parce que vous atterrissez sur l'avant du pied.
33:04Sans l'amortissement de la chaussure, ça fait mal de retomber sur le talon.
33:07Quand vous sautez, vous faites comment ?
33:09Vous retombez sur quoi ?
33:13Là où c'est confortable ?
33:15Si vous retombez sur le talon.
33:16Ça fait mal.
33:18Ça fait mal.
33:19Ça fait mal, pas vrai ?
33:20J'arrête.
33:21Ça fait un choc si vous retombez sur le talon.
33:23Mais pas si vous atterrissez sur l'avant du pied.
33:25Courir, c'est simplement sauter d'un pied sur l'autre.
33:28C'est comme ça que font tous ceux qui courent pieds nus.
33:32Nos chaussures sont censées nous protéger avec leurs super coussins.
33:36Au lieu de quoi, elles nous font du mal.
33:39Elles nous privent du ressort naturel de nos pieds et de nos jambes.
33:44C'est peut-être pour ça qu'à Bekoji, la pauvreté est le plus grand atout des athlètes.
33:48Parmi tous ceux qui s'entraînent ici, Warganesh a vraiment un gros potentiel.
33:55Si elle parvient à faire des compétitions à l'étranger, elle se classera parmi les cinq meilleures du monde.
34:03Ce n'est pas facile pour elle, parce qu'elle n'a pas de famille ici et qu'elle manque d'argent.
34:07Cette jeune fille a été envoyée par ses parents loin de la petite ferme familiale,
34:21accompagnée par son frère pour travailler avec Eshetu comme coach.
34:25Warganesh s'entraîne deux fois par jour.
34:28Son frère travaille pour gagner de quoi la nourrir.
34:31Si elle continue à gagner, elle peut changer le destin de sa famille.
34:34Sinon, elle retournera chez elle dans la misère pour qu'on la marie.
34:41À 17 ans, Warganesh est une coureuse exceptionnelle.
34:45C'est son enfance à la ferme qui a modelé son corps d'athlète.
34:58Voici l'usine à succès éthiopienne.
35:01Les championnats nationaux d'Addis-Abeba.
35:03Ces coureurs portent les mêmes chaussures que les sportifs du monde entier.
35:09Ce sont leurs pieds à l'intérieur qui sont différents.
35:15Des pieds qui sont forts et qui sentent le sol.
35:19Des pieds qui ont grandi et se sont développés sans protection.
35:22Là, ils portent des chaussures.
35:38Mais ils sont venus pieds nus.
35:39Seboca Nigusse est venu courir le 10 000 mètres.
35:50C'est l'événement du championnat.
35:52Son entraîneur pense qu'il peut gagner.
35:55S'il réussit, une carrière internationale s'ouvrira à lui.
36:00Au départ, Seboca est dans le peloton de tête.
36:04A mi-course, il s'est fait distancer.
36:23En Éthiopie, courir très vite ne suffit pas.
36:29Seboca devra passer encore un an à s'entraîner en vivotant.
36:52Mais il n'abandonnera pas.
36:54Il n'a pas le choix.
36:55Nous ne sommes pas vraiment différents.
37:04Les hommes naissent partout semblables.
37:07C'est la vie que nous menons qui nous différencie et façonne nos corps.
37:13Les Éthiopiens courent naturellement, comme l'a voulu notre évolution.
37:16Mais l'univers de l'athlétisme moderne n'a plus rien de naturel.
37:20Nous étions des chasseurs dans la nature sauvage.
37:23Mais dans ce monde nouveau qui est le nôtre, aurions-nous perdu notre patrimoine génétique ?
37:30Nous étions les plus grands coureurs de fonds que la Terre ait jamais porté.
37:38Mais le sommes-nous toujours ?
37:40L'enquête se poursuit.
37:51Pouvons-nous encore courir comme nos ancêtres le faisaient ?
37:55Une fois par an, au Canada, dans les montagnes rocheuses,
37:58des gens se retrouvent pour faire quelque chose qui, pour beaucoup, n'est même pas imaginable.
38:02125 kilomètres de course dans les montagnes.
38:07La course de la mort n'a jamais fait de victime.
38:10Enfin, pas encore.
38:13À partir du moment où nous sommes descendus de nos arbres,
38:16nous avons dû nourrir notre cerveau de plus en plus gros,
38:18en poursuivant nos proies jusqu'à épuisement.
38:20Au cours de notre évolution, notre intelligence et notre aptitude à la course
38:25se sont développées simultanément et harmonieusement.
38:30Mais nous vivons aujourd'hui dans un monde où règne l'esprit et non le corps.
38:34Sommes-nous donc toujours capables de courir comme nos ancêtres ?
38:39La course de la mort est l'une des courses les plus dures.
38:42On y trouve tout.
38:44Des montées abruptes et des descentes.
38:45Les muscles sont malmenés en permanence.
38:49C'est brutal.
38:52Il y a un nombre étonnant de gens qui sont attirés par la course d'ultra-endurance.
38:57Sans doute pour se tester physiquement, pour voir jusqu'où ils peuvent aller.
39:05Pour m'y essayer, il fallait que je ressemble plus aux chasseurs du passé.
39:11Je me suis entraînée pendant un an dans l'hiver canadien.
39:15J'ai toujours pratiqué la course, mais jamais comme ça.
39:28Il fallait que je me construise un corps nouveau.
39:32A la fin, je courais plus de 100 km par semaine.
39:36Je passais du froid de l'Arctique à la chaleur africaine.
39:39Les semi-marathons comme celui-ci sont assez durs.
39:47Mais j'allais devoir en courir six à la suite pour la course de la mort.
39:51J'ai passé la première étape, 20 km, histoire de vous fatiguer dès le départ.
40:17Mais le gros morceau arrive.
40:19La première des trois montagnes, à gravir maintenant en essayant de prendre de la nourriture et de l'eau.
40:26Il y en a encore pour 15 ou 16 heures.
40:28Diane Von Deren est une véritable exception.
40:56Elle peut courir pendant très longtemps.
40:58Je me lève vers 3h30.
41:02Je commence à m'entraîner à 4h.
41:05J'habite sur Pikes Peak, qui culmine à 4300 mètres.
41:09Je vais dans la montagne et je monte et je descends pendant 4, 5 ou 6 heures selon mon type d'entraînement.
41:16Je cours 4 à 6 heures par jour.
41:17Un peu après, Diane a été éjectée du sentier et s'est déchirée à un muscle de la jambe.
41:26Sa réaction m'a alors donné une grande leçon.
41:29Nous ne soupçonnons pas à quel point nous sommes résistants.
41:31A ce moment-là, j'avais déjà parcouru la plus grande distance de ma vie.
41:39On est épuisé à la fin des étapes.
41:55Je suis à mi-parcours.
42:06J'ai déjà fait 70 kilomètres, mais le plus dur est à venir.
42:11Le mont Hamel.
42:12C'est bien au-dessus de la limite des arbres.
42:14Et là, j'ai 10 kilomètres de montée.
42:16Je sais que je suis fait pour courir, mais j'ai l'impression que je vais m'effondrer.
42:23J'ai des spasmes musculaires, les genoux engourdis et les pieds qui brûlent.
42:27Mais je suis toujours debout et je m'accroche.
42:46Les limites de l'endurance humaine sont incroyables.
43:02Il y a des gens qui peuvent courir sur plus de 160 kilomètres.
43:09Et pas seulement des athlètes modernes qui consomment des produits énergétiques,
43:13mais des gens issus des peuples de chasseurs-cueilleurs,
43:17avec des sandales rudimentaires,
43:19une alimentation très simple et sans entraînement particulier.
43:24Ils ont cette faculté, donc ils l'utilisent.
43:27Ils peuvent courir pendant des jours, c'est incroyable.
43:29C'est incroyable.
43:43Dans la lumière du soir, j'approche du dernier sommet.
43:55Malgré la douleur que lui occasionne sa blessure,
43:57Diane von der Renn est toujours devant moi.
44:00Comment ça va ?
44:02J'ai mal à la cuisse.
44:07J'essaie de penser à autre chose.
44:09De continuer à avancer,
44:12de garder ma chaleur et de profiter du paysage.
44:14Vous avez dépassé Nayobi ?
44:16Oui, je l'ai vu au poste de ravitaillement.
44:19Je lui ai proposé de prendre de la nourriture et de venir avec moi.
44:22Il m'a répondu qu'il fallait qu'il mange.
44:24Je lui ai dit, t'as pas le temps.
44:26Je n'ai pas pu rattraper mon retard.
44:38Après 100 kilomètres, j'étais à bout.
44:41Dans la nuit noire et la pluie, j'ai décidé d'arrêter.
44:47Le 417 déclare forfait.
44:53Merci.
44:54Venez par ici.
44:55D'accord.
44:56Il n'y a pas beaucoup d'endroits
44:59où vous pouvez courir deux marathons à la suite
45:01sur des sentiers de montagne,
45:02franchir trois sommets sous la pluie
45:04et avoir quand même échoué.
45:07Mais j'ai testé mes capacités physiques.
45:11J'ai réussi à courir 100 kilomètres.
45:15Ça montre de quoi le corps humain est capable.
45:19Albert, bonne chance, mec.
45:21Avec le recul,
45:23je ne sais plus si c'est mon corps
45:25ou mon esprit qui a craqué.
45:27Parce que malgré sa blessure,
45:29Diane a continué à courir.
45:31Comment ça va maintenant ?
45:33C'est la dernière étape.
45:36Après une course de plus de 20 heures,
45:39elle a franchi la ligne d'arrivée.
45:40Seul un tiers des participants est allé jusqu'au bout.
45:47Ce sont les dignes descendants de nos ancêtres chasseurs.
45:49C'est extraordinaire.
45:54Vraiment ?
45:55La course de la mort se présente comme l'épreuve ultime,
46:00la quintessence de l'extrême,
46:02une façon de repousser les limites naturelles du corps.
46:04Mais ce qu'elle nous montre au fond,
46:08c'est que nous sommes plus endurants que nous le pensons.
46:14Si nous ne comprenons pas l'histoire de notre évolution,
46:19si nous ne comprenons pas que nous sommes des chasseurs-cueilleurs
46:22faits pour être actifs toute la journée,
46:24alors nous risquons de nous retrouver en mauvaise santé.
46:26C'est le prix que nous paierons pour avoir ignoré notre héritage,
46:32notre évolution.
46:35Nos vies n'exigent plus que nous partions tous les jours
46:37à la chasse ou à la cueillette,
46:39alors que nos corps sont faits pour ce type d'exercice.
46:42Un grand nombre des maladies que nous contractons
46:43viennent de cette contradiction entre la vie que nous menons
46:46et les caractéristiques biologiques dont nous avons hérité.
46:50Nous serons sans doute la première génération
46:52qui vivra plus longtemps que ses enfants,
46:54à cause de toutes les maladies chroniques
46:55qui émergent aujourd'hui dès le plus jeune âge.
46:59Au fil de millions d'années d'évolution,
47:01la nature a façonné notre corps.
47:07Il y eut un temps où nous courions plus longtemps
47:10que tous les animaux qui nous entouraient.
47:13Est-il définitivement révolu ?
47:15C'est normal de marcher neuf à 15 km par jour
47:19et de ne pas s'asseoir sur des chaises.
47:21C'est normal d'avoir des cales au pied.
47:23Tout cela est normal.
47:24Ce qui n'est pas normal,
47:26c'est de rester assis toute la journée sans courir ni marcher.
47:29Et nous le payons cher.
47:30Nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve.
47:39Mais l'âge des machines ne durera sans doute pas.
47:43Et peut-être un temps viendra
47:44où nous devrons redécouvrir ce que nous sommes vraiment.
47:48Homo sapiens.
47:50L'homme qui pense.
47:53Peut-être vaudrait-il mieux parler d'Homo cursor.
47:55L'homme qui est fait pour courir.
47:58Pous-titrage Société Radio-Canada
48:34...
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