00:00Et il est 8h moins 10, merci d'avoir choisi Europe 1 avec Thomas Chenel.
00:03Mais pour l'instant c'est l'heure de l'édito politique avec Jean-Christophe Buisson.
00:06Bonjour Jean-Christophe.
00:07Bonjour.
00:08Directeur adjoint de la rédaction du Figaro Magazine, merci d'être avec nous.
00:11Alors ce matin vous nous parlez de la multiplication des lois mémorielles à l'Assemblée Nationale ces derniers mois.
00:16Oui c'est un phénomène que notre confrère du Figaro, Wally Bordas, a relevé dans le bilan de sa première année de législature
00:22dressée par Yael Broun-Pivet, présidente de l'Assemblée Nationale.
00:25Depuis 12 mois, les députés ont débatu très souvent de textes liés à la mémoire ou à l'histoire.
00:32Sur la nécessité de reconnaissance de la nation rapatrie d'Indochine,
00:35sur la restitution de biens culturels aux pays africains colonisés par la France,
00:39sur notre double dette morale et financière à Haïti, j'en passe et des plus pointus.
00:44Notons d'ailleurs que cette inflation va de pair avec la multiplication de journées commémoratives
00:48et compte tenu des malheurs qui se sont abattus sur les Français ces derniers siècles, il y a en effet de quoi faire.
00:53Mais qu'est-ce que vous reprochez à ce phénomène ?
00:55D'abord qu'il accapare du temps parlementaire au détriment de discussions sur des sujets
01:00qui me paraissent, compte tenu de l'état de notre pays, beaucoup plus urgents à régler.
01:03Il me semble par exemple que légiférer sur la répression de l'antisémitisme
01:07qui se développe de plus en plus à gauche derrière le cache-sexe de l'antisionisme
01:11serait plus opportun que de discuter de la proposition d'élever au rang de général le capitaine Dreyfus,
01:17effectivement victime de l'antisémitisme en France, mais il y a plus d'un siècle.
01:20D'ailleurs, il n'y a pas eu un seul député pour s'opposer à cette initiative de l'ancien Premier ministre
01:25Gabriel Attal, qui a paru relever plus de la communication que de l'audace.
01:30Ajoutons que beaucoup de ces propositions de loi émanent de l'extrême gauche
01:33qui trouve là un moyen de remettre une pièce dans la machine de la repentance française
01:37en sachant que nul ne s'y opposera frontalement,
01:40de peur d'être taxé de nostalgique de l'empire colonial ou de néocolonialistes.
01:43Tenez, je peux vous annoncer d'ores et déjà le prochain exemple,
01:47l'abolition du fameux code noir de Colbert qui est en théorie toujours en vigueur.
01:52Ce sera à l'initiative cette fois du Premier ministre en personne
01:55qui a annoncé très solennellement « j'en prends l'engagement ».
01:58Mais quelle emphase pour un geste totalement inutile
02:01puisque l'esclavage ayant été aboli il y a bientôt deux siècles,
02:04personne ne demande aujourd'hui en France à son maître l'autorisation de se marier
02:08comme au XVIIe siècle dans les Antilles.
02:10Il n'y a vraiment que ça qui vous gêne dans cette succession de textes à forte valeur symbolique ?
02:13Non, bien sûr, ces projets ou propositions de loi ne dérangent certes personne
02:17et ne créent pas de fractures supplémentaires, c'est déjà ça,
02:20mais ils illustrent la paralysie parlementaire de notre pays
02:23depuis la dissolution de l'Assemblée nationale par Emmanuel Macron en juin 2024.
02:27Rendez-vous compte, le Palais Bourbon abrite en ce moment 11 groupes parlementaires,
02:31c'est-à-dire plus que sous la Quatrième République
02:33dont on sait combien elle fut ainsi entravée dans ses projets de transformation politique, économique ou sociale.
02:39On voit bien que, faute d'accords au Parlement sur la politique budgétaire,
02:42le mode de scrutin électoral ou la réforme des retraites,
02:45ces textes consensuels sont une manière de faire croire à moindre frais aux citoyens
02:48que tout va bien, Madame la Marquise, regardez, les députés parviennent à voter des lois
02:52à l'unanimité, preuve de la santé de notre démocratie,
02:55et qu'on avance vers un avenir forcément radieux.
02:58Autant de balivernes, puisqu'en fait, on ne s'entend que sur le passé,
03:01ou en tout cas sur le regard qu'on porte sur lui,
03:03avec un risque, à force de le regarder de près,
03:05on peut finir par se dire que souvent, c'était mieux avant.
03:09La loi, la politique et le point de vue officiel de l'État sur les événements passés.
03:12Merci Jean-Christophe Buisson, votre édito politique sur Europe 1.
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