Les Européens ont scellé un accord avec Donald Trump portant les droits de douane à 15% sur la plupart des biens. Dès l'annonce de cette taxe, François Bayrou avait parlé d'un "jour sombre" et de "soumission" pour l'Europe. Le Premier ministre avait un "sentiment d'insatisfaction". On y revient avec : Mathieu Coache, journaliste politique de BFMTV. Frédéric Bianchi, journaliste BFM Business. Et Thierry Arnaud, éditorialiste politique internationale de BFMTV.
00:00A 17h53 dans BFM Story, vous venez de suivre l'intervention du Premier ministre.
00:04Il était en déplacement cet après-midi à Montreuil dans les locaux de Traquefine
00:08et il a répondu à quelques questions à la veille de l'entrée en vigueur des droits de douane,
00:14à la veille de ce 1er août.
00:16Avec nous en plateau pour en parler Thierry Arnaud, éditorialiste international BFM TV,
00:20Frédéric Bianchi, BFM Business et Mathieu Coache du service politique.
00:23Mathieu, je commence par vous.
00:25On a un Premier ministre qui a redit peut-être pour la première fois, mais face caméra,
00:29ce qu'il avait déjà dit, il avait réagi par les réseaux sociaux dès lundi.
00:35Oui, dès l'annonce de cette taxe de 15%, il avait parlé d'un jour sombre et de soumission
00:40et finalement il a développé cette idée de soumission en disant
00:44« ça n'est pas normal en quelque sorte qu'une puissance puisse décider que d'autres pays se soumettent à sa loi ».
00:51Ça n'est pas l'injonction des uns et l'obéissance des autres, voilà ce que dit le Premier ministre,
00:56mais qui fait une différence entre la taxe de 15% que les Américains ont décidé sur la plupart des produits
01:03qui arriveront sur leur sol hors aéronautique et les promesses d'Ursula von der Leyen d'investissement aux Etats-Unis.
01:10Et on a l'impression que c'est presque ça qui l'énerve le plus.
01:14Il dit qu'on va acheter du gaz de schiste parce que c'est la promesse de la présidente de la Commission européenne,
01:20alors que ce gaz de schiste est interdit en France parce qu'il est sale, considéré comme sale, qu'il n'est pas écologique.
01:27Donc ça, il n'est pas content.
01:29Il parle aussi des 600 milliards d'investissements qui, là aussi, ont été promis par Ursula von der Leyen.
01:34Il dit que ce n'est pas les Etats qui font ces investissements, mais les entreprises privées.
01:38Donc il ne voit pas trop comment elle peut s'engager là-dessus.
01:41Et puis il dit qu'il faudrait plutôt les faire en Europe.
01:43Donc voilà, on l'a senti contrarié, fâché, comme il l'avait été sur Twitter.
01:49Et puis il assure que le président de la République s'est battu contre cette décision excessive,
01:56mais que la France s'est retrouvée un peu seule dans ce combat face à Donald Trump.
02:00Frédéric Bianchi, ce n'est pas inutile de rappeler qu'il y a deux volets, effectivement, dans cet accord,
02:04ou ce préaccord qui a été conclu entre Ursula von der Leyen dimanche et Donald Trump.
02:08Il y a, comme le disait Mathieu, les taxes, les fameux 15%, et un engagement de l'Union européenne
02:13à se fournir auprès des Etats-Unis en matière d'énergie sur les prochaines années.
02:17Exactement. Et sur ces deux volets, d'ailleurs, on voit qu'il a des positions assez différentes.
02:21Sur le premier volet, celui des taxes, il est un peu fataliste, finalement.
02:24Il se dit, bon, on prend 15%, ce n'est pas nous qui l'avons décidé, on n'a rien pu faire,
02:28eh bien, on les paiera, on essaiera de négocier des exemptions sur la partie des investissements.
02:32Là, on le sent, par contre, effectivement plus remonté.
02:35Et il y a de quoi, par exemple, l'Europe est en train de mettre en place un fonds
02:40pour prêter aux Etats de l'argent pour investir dans la défense.
02:45Or, on peut se demander aujourd'hui si on est à peu près à 123 milliards d'euros.
02:49Si ces 123 milliards d'euros ne vont pas partir aux Etats-Unis pour acheter des avions,
02:54des F-35 américains, des chars américains, ce qui serait complètement fou.
02:58Se dire que l'Europe va débloquer des fonds pour que les Etats aillent acheter aux Etats-Unis,
03:02c'est un petit peu ça, la critique qu'on sent poindre chez François Béroux,
03:05c'est de se dire, finalement, est-ce qu'on ne s'est pas couché devant les Américains
03:09en acceptant ces conditions qui sont vraiment inacceptables pour les Européens ?
03:14De se dire, on va investir là-bas, on va prendre la taxe, et finalement, nous, on y gagne quoi ?
03:18Donc là, on le sent quand même beaucoup plus remonté, et même pessimiste que le chef de l'État,
03:22qui était un peu plus optimiste, en tout cas en Conseil des ministrières,
03:25qui disait, bon, on va renégocier, c'est que le début, on a évité le pire.
03:28On sent quand même un François Béroux beaucoup plus atteint que son président de la République.
03:32Thierry Arnaud, on a malgré tout un couple exécutif qui est clairement embarrassé
03:36par ce pré-accord annoncé, qui ne satisfait personne,
03:39mais avec une difficulté peut-être de revenir dessus, ou en tout cas de rééquilibrer l'accord.
03:43Exactement, Jérémy, ça soulève au moins trois questions.
03:46Quand le Premier ministre dit aujourd'hui, ce n'est pas la fin de l'histoire,
03:49de la même manière que le président de la République disait hier au Conseil des ministres,
03:52nous n'en resterons pas là, qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
03:56Qu'est-ce qu'on est prêt à renégocier ? Qu'est-ce qu'on pense pouvoir renégocier ?
04:01Deuxième question, si on n'obtient pas satisfaction,
04:04est-ce que la France est prête à s'opposer à cet accord, à le dénoncer, à voter contre ?
04:09On avait hier ensemble sur ce plateau un député Renaissance, Sylvain Maillard,
04:12qui nous expliquait que dans l'état actuel, de ses connaissances de ce qu'il y a dans l'accord,
04:17son groupe, le groupe du président de la République Renaissance, ne voterait pas à cet accord.
04:21Donc est-ce que la France est prête à s'y opposer ?
04:23Et puis troisième question, est-ce qu'on a de toute façon les moyens ?
04:26Je prends l'exemple du Mercosur, qui a été un accord très controversé.
04:30L'Assemblée nationale, le Sénat en France voteraient contre cet accord.
04:34Il se trouve qu'il a été validé ensuite par le Conseil européen.
04:36Je vous épargne le détail des procédures, mais ça veut dire que cet accord,
04:39malgré l'opposition de la France, au fond, va finir par s'appliquer.
04:43Donc encore une fois, est-ce que la France a les moyens de s'opposer ?
04:47Mais on comprend effectivement le courroux du Premier ministre.
04:50Je vous en donne deux illustrations.
04:53Quand on lit dans cet accord qu'il faut que l'Union européenne achète pour 750 milliards de pétrole et de gaz aux États-Unis en l'espace de trois ans,
05:02aujourd'hui, l'Union européenne importe, allez, entre 70 et 80 milliards de gaz et de pétrole.
05:07Ça voudrait dire qu'il faudrait multiplier par trois, en réalité, ce qu'on importe et renoncer à aller le chercher ailleurs,
05:14par exemple, dans d'autres pays européens, pas tous de l'Union européenne, mais en Norvège, par exemple.
05:18Et pour un coût, sans doute, moins élevé que ce qu'on ira acheter aux États-Unis.
05:21Deuxième exemple qui a de quoi peut-être aussi un peu agacer certains pays européens.
05:26Mathieu et moi, il y a à peu près un mois, étions ensemble au sommet de l'OTAN à l'AE,
05:30où Donald Trump obtient quoi ?
05:31Il obtient que tous les pays de l'OTAN, parmi lesquels un grand nombre de pays européens,
05:35s'engagent à dépenser beaucoup plus, c'est-à-dire jusqu'à 5% de leurs produits intérieurs bruts,
05:40pour acheter du matériel militaire.
05:42Qu'est-ce qu'il nous dit dans cet accord commercial, Donald Trump ?
05:45Les pays européens s'engagent à acheter du matériel militaire américain.
05:49Donc, tout ça, comme disait...
05:51Ce qu'ils font déjà, d'ailleurs, en grande partie, malheureusement.
05:52Tout ça, comme aurait dit il y a quelques décennies, Francis Blanche est cousu d'un fil blanc pas très propre,
05:56et explique, effectivement, la réaction française.
06:00Mais ne nous dit pas forcément, effectivement, qu'on aura les moyens, au bout du compte, de s'y opposer.
06:05Mathieu Courage, quelle est la suite ?
06:07Quelles initiatives le gouvernement français compte prendre pour essayer d'inverser la vapeur ?
06:12Alors, le gouvernement français, il n'a pas beaucoup de réponses.
06:15Mais on a entendu une méthode ces derniers jours, ces dernières heures même.
06:19C'est de dire que la France veut faire entendre sa voix auprès de la Commission européenne.
06:24Donc, concrètement, les ministres vont aller à Bruxelles discuter avec Ursula von der Leyen pour lui demander des exemptions sur certains produits.
06:32Donc, vous savez qu'il y a la question des vins et des spiritueux, par exemple, qui n'est pas tranchée.
06:36On a cru à un moment que les spiritueux seraient exemptés de cette taxe.
06:39Finalement, l'Union européenne dit aujourd'hui qu'ils seront bien taxés.
06:44Le problème, c'est qu'il y a 27 pays dans l'Union européenne.
06:46Donc, si chacun vient avec sa spécialité et demande une exemption, alors j'ai regardé par exemple l'Allemagne, bon, elles vendent des voitures, la France du vin, l'Italie des produits de mode, la Pologne des meubles, le Portugal des chaussures, le Danemark des produits laitiers, je peux continuer la liste comme ça.
07:00Sauf que si même un pays obtient une exemption à chaque fois, il n'y a plus de taxes de 15%.
07:06Donc, tout ça n'a pas beaucoup de sens, cette idée qu'on va négocier produit par produit.
07:11Alors, il y aura peut-être quand même à la fin des produits exemptés, des gagnants et des perdants au sein de l'Union européenne.
07:16Mais d'ailleurs, François Bayrou l'a dit, le processus est non élucidé sur l'accomplissement de ces accords.
07:23Et franchement, la méthode n'est pas très claire.
07:25Juste un point concret, dès demain, les vins et alcool français qui arriveront aux Etats-Unis seront taxés à 15% contre 10% aujourd'hui.
07:32On rappelle qu'avant l'arrivée de Donald Trump, c'était 0,8%.
07:35On voit déjà les exploitants qui ne pourront pas supporter ce type de coup.
07:39Merci, merci à vous trois pour cet éclairage.
07:41Et on y reviendra dans BFM Story.
07:43François Bayrou qui a réagi et qui explique que ce n'est pas la fin de l'histoire sur cet accord commercial conclu avec les Etats-Unis.
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