00:00On est toujours dans le club de l'été sur Europe 1, toujours avec notre invité éclectique du jour.
00:05On ne compte pas les mille et une vies que vous avez eues Rachel Kahn.
00:08Et autour de cette table, nous avons toujours Gavince Clemente Ruiz qui va nous parler de l'église
00:13qu'il a placée au centre d'un village bien précis aujourd'hui.
00:16Olivier Pouls qui va nous parler à l'appéritif.
00:19Et Loïse Bois qui va nous parler également culture.
00:22Et c'est l'heure de votre portrait sonnant Rachel.
00:24Il y a des petits extraits que nous avons préparés, que Jean-Philippe Longo a préparés
00:28et qui devraient vous rappeler de grands moments de votre vie.
00:31Et que peut-être vous allez nous raconter, mais il va falloir que vous découvriez d'abord ces sons
00:35et que vous vous souveniez, que vous creusiez dans votre mémoire.
00:38C'est un pic-ploc personnel.
00:39C'est ça ! Un pic-ploc sur mesure.
00:42C'est pas mal d'ailleurs, on va l'appeler le pic-ploc sonore de l'invité.
00:45Allez, on y va pour un premier extrait.
00:47Entre nous, mesdames et messieurs, est-ce que vous ne trouvez pas bizarre
00:52que la grève, que cette grève générale des transports a commencé
00:57le 28 novembre, jour de ma première ici ?
01:03Rachel, vous avez reconnu ?
01:07C'est Popec ?
01:08Ah oui, l'accent yiddish.
01:10Et ça vous dit quoi l'accent yiddish ?
01:13Mon grand-père.
01:13Votre grand-père ?
01:14Et ce qui était drôle, c'était les discussions entre votre papain
01:18et votre grand-père qui parlait yiddish.
01:21On voulait...
01:22C'était important, évidemment, on parle de vos origines namibiennes
01:27et vos origines...
01:28Gambiennes.
01:28Pardon ?
01:29Gambiennes.
01:29Gambiennes, pardon, oui.
01:30Gambiennes et de vos origines juives par votre maman,
01:34juive achkénase.
01:36Cette culture, cette addition de culture
01:38qui fait la femme formidable que vous êtes aujourd'hui.
01:42C'était important, le yiddish chez vous ?
01:45Dans la langue pratiquée, votre grand-père, vous ne comprenez pas ?
01:49Enfin, vous comprenez peut-être le yiddish, vous ne le parlez pas, mais vous le comprenez ?
01:51C'est-à-dire que quand on est enfant, on n'entend pas les accents.
01:55On sait qu'on a un père qui parle comme ça, un grand-père qui parle comme ça,
01:59une mère qui parle comme ça, un frère qui parle.
02:01En fait, l'accent est lié à la personne, on ne sait pas.
02:05Mais c'est plus tard, peut-être aussi avec le manque de mon grand-père,
02:09quand il est parti, lorsque j'entendais cet accent yiddish,
02:12cet accent européen, cette langue européenne qui a disparu, en fait, du fait de l'histoire,
02:18ça me bouleverse, en fait, cet accent.
02:22C'est pour ça qu'on veut faire ce petit cadeau de Popeye.
02:25Allez, deuxième extrait.
02:26Vous connaissez le groupe ?
02:34Kyo !
02:36Ah, bravo !
02:37Alors, ça vous rappelle peut-être, ça fait un souvenir.
02:39Pourquoi on a voulu vous mettre cet extrait ?
02:41C'est hyper dur, le truc.
02:42Car non seulement, on le sait, vous avez été championne d'athétisme,
02:46mais également, vous faisiez de la danse.
02:50Et quel type de danse, actuellement classique ?
02:54J'ai commencé par le classique, c'est ma passion encore, c'est ma passion.
02:57Et ensuite, contemporain et hip-hop.
03:01Voilà, hip-hop.
03:02Et on voulait vous mettre cet extrait.
03:05Vous avez couru, il y avait surtout cette chanson,
03:09c'était « Je cours ».
03:09Vous avez couru d'ailleurs aux côtés de Marie-Josée Pérec.
03:12Une fois, c'est arrivé.
03:13Voilà, exactement.
03:14Vous êtes championne d'athétisme, je le disais.
03:16Oui.
03:16Qu'est-ce que vous avez gardé de ces années de sport intense ?
03:20La détermination, la volonté, l'exigence.
03:24Et puis le fait qu'aujourd'hui, dans une société hyper fracturée,
03:28on ne comprend pas que notre pire ennemi, c'est nous-mêmes.
03:31Quand on est devant la ligne de 100 mètres,
03:33c'est soi-même ce qu'il faut conquérir et qu'il faut dépasser.
03:37Je garde toujours cette phrase de Gainsbourg en tête.
03:40Je connais mes limites, c'est pourquoi je vais au-delà.
03:42On sait qu'on a des limites,
03:44mais dans tout ce que l'on doit faire,
03:45on doit pousser un peu le curseur pour donner le meilleur de soi-même.
03:49Et puis le sport, c'est...
03:50Pardon, vous ne pensez pas que dans une société
03:52où les jeunes sont aujourd'hui un peu en manque de repères,
03:54c'est vraiment qu'on puisse dire,
03:56le sport qui a un peu disparu, j'ai l'impression,
03:58on en parle, on en voit à la télévision,
04:00mais il n'est plus tellement popularisé.
04:03Et est-ce que ce n'est pas une des raisons
04:05par laquelle ces jeunes se cherchent ?
04:07Parce que le sport, c'est l'école de la vie.
04:09L'école de l'humilité aussi.
04:11Du dépassement de soi, du courage.
04:13Et de l'exigence et des règles.
04:16On apprend à perdre.
04:17On apprend à perdre, on apprend des règles,
04:19on apprend les codes,
04:19et puis on apprend à se faire engueuler par son coach,
04:22parce que pour de vrai, c'est quelque chose.
04:27Et parfois, effectivement, on rate beaucoup,
04:32et parfois on réussit.
04:34Et aussi, on est avec des concurrents que l'on doit respecter,
04:38parce qu'on a besoin d'avoir des concurrents pour se dépasser.
04:40Donc oui, effectivement, je suis d'accord avec vous sur cette jeunesse.
04:45Malheureusement, peut-être que c'est de notre faute
04:46qu'on n'aura pas assez transmis ce goût du dépassement et de l'exigence.
04:50Et pour réaliser des choses, il faut se donner du mal.
04:52Vous l'avez transmis à vos enfants ?
04:54Je tente chaque jour.
04:56Mais ils sont chouettes, mes enfants, j'ai beaucoup de chance.
04:58J'imagine, avec la maman que vous êtes,
05:00on ne se fait pas beaucoup de soucis.
05:02Allez, troisième extrait.
05:03Je suis né en Russie, en 1914.
05:07J'ai un parent qui était comédien.
05:09Mes premiers souvenirs sont des souvenirs de théâtre,
05:11des coulisses de théâtre.
05:13Et oui, Romain Garry.
05:14Ça me bouleverse, sa voix.
05:16Il a une importance capitale dans votre vie, Romain Garry ?
05:19Ça a été ma révélation.
05:21Quel livre ?
05:22En fait, justement, ce n'est pas sous le nom de Romain Garry,
05:25mais en fait, c'est gros câlin
05:27que vraiment j'adore,
05:30parce qu'il a ce décalage dans l'écriture,
05:31cette autodérision.
05:32Et puis, lorsqu'il dit
05:36qu'on est tous désadditionnés,
05:38il a anticipé l'histoire littéraire
05:42de manière remarquable.
05:43Dans Chien Blanc, par exemple,
05:46il raconte tout ce qui peut se passer aujourd'hui
05:49par rapport au repli identitaire,
05:52au racialisme, au racisme,
05:54à toutes ces choses qui me sont complètement étrangères
05:57de par ma naissance.
05:59Si vous n'aviez pas eu les parents que vous avez eus,
06:01votre papa professeur,
06:03votre maman libraire,
06:06est-ce que vous pensez que vous auriez eu cette vie,
06:08cette vie incroyable,
06:09que vous avez eu cet éclectisme de culture,
06:12de parcours, d'engagement ?
06:15Non, non, non.
06:16Ils sont essentiels à votre vie ?
06:18Essentiels, extraordinaires.
06:20Mes parents, mes grands-parents,
06:22mais surtout, moi,
06:23en fait, j'ai compris qu'ils m'avaient transmis
06:25de l'amour très tard.
06:28Au début, c'était beaucoup d'exigences,
06:30notamment mon père,
06:31sur les mots.
06:32Un père très taiseux
06:34qui collectionne les silences
06:35et les dictionnaires,
06:36comme ça.
06:38Et après, j'ai compris,
06:40dans mon expression plurielle,
06:42parce que le sport, c'est une expression,
06:44la musique, c'est une expression,
06:45les livres aussi,
06:46j'ai compris qu'ils m'avaient transmis
06:48ensemble la puissance de l'amour.
06:51Et le résultat est magnifique.
06:52Merci.
06:52Il est devant nous,
06:53dans le club de l'été.
06:54Rachel Kahn.
06:55Merci.
06:55Allez, on revient dans un instant
06:56avec Gavince Clémenté.
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