00:00Et nous sommes en direct avec Jérôme Bonnet, préfet du Gard.
00:03Bonjour à vous, merci d'être sur BFM TV.
00:05Avant qu'on parle de ce couvre-feu, je voulais vous entendre sur ce que me disait le député du Gard,
00:10Yohann Gillet, qui était sur mon plateau, sur le constat que vous faites de la violence.
00:13Il est aussi porte-parole du groupe du Rassemblement National.
00:15Il me disait, demandez au préfet, même le préfet, il y a des lieux dans lesquels il ne peut plus aller.
00:21Bonsoir madame, c'est une erreur.
00:24Je vais dans ces quartiers, j'y vais très particulièrement, j'y étais encore il y a quelques jours.
00:27Et non, je n'y vais pas avec une escorte, j'y vais.
00:32Je vais partout dans les quartiers.
00:34Donc c'est une mauvaise information qu'il a dû avoir, monsieur le député.
00:37Donc merci pour votre réaction.
00:38Quel est le constat que vous faites sur cette violence ?
00:40Avant qu'on évoque, je le disais, le couvre-feu,
00:43il y a cette fusillade avec quand même un jeune homme de 19 ans qui se retrouve avec le corps calciné.
00:48Son meurtre est mis en scène sur les réseaux sociaux.
00:51Il y a cet syndicat de police qui nous disait cet après-midi sur BFM TV,
00:56voilà, ils vont s'en prendre certainement.
00:58En tout cas, on a des menaces sur les réseaux sociaux, sur ces petites cinq ans.
01:01Est-ce que vous diriez que c'est du jamais vu ?
01:03Que la violence, elle a franchi un cap ?
01:06Il est certain que nous sommes face à des criminels, à des trafiquants
01:09qui ont à peu près perdu toute notion de valeur
01:13et qui sont prêts à terroriser finalement les habitants au-delà même de leurs rivaux.
01:17Donc, c'est la raison pour laquelle nous nous devons d'agir,
01:22nous devons de mettre en œuvre notamment les nouveaux outils de la loi
01:25qui a été adoptée et promulguée récemment pour lutter contre le narcotrafic.
01:30À Nîmes, vous savez, nous obtenons beaucoup de résultats très positifs
01:34en progression sur ces sujets-là.
01:36Donc, en effet, nous combattons ces phénomènes avec beaucoup de détermination.
01:40Et je veux revenir sur ce comportement.
01:44On est quand même face à des gens qui ont perdu à peu près toute notion
01:46de la valeur de la vie humaine.
01:49Je ne sais pas s'ils sont les auteurs de tous ces messages sur les réseaux sociaux,
01:52mais sans doute en partie.
01:55Et cela témoigne finalement du peu de considération qu'ils ont
01:59vis-à-vis des habitants de leur propre quartier
02:01et de cette terreur qu'ils propagent.
02:04Donc, nous, notre mission, c'est évidemment, grâce aux renforts que nous avons,
02:08d'enrayer le plus vite possible ce cercle de violence
02:13et également, très rapidement, d'interpeller les auteurs
02:17sous l'autorité de la Procureur de la République.
02:19Comment s'est posée la question de la mise en place de ce couvre-feu ?
02:22Ça a été une concertation avec le maire qui dit
02:23« Voilà, on veut sauver la vie des gamins qui soient d'ailleurs dans ce trafic ou pas. »
02:29Écoutez, c'est à la fois une initiative et une décision du maire
02:32puisque cela ressort de ses pouvoirs.
02:34Il en a évidemment parlé.
02:35Je trouve que cette décision est d'ailleurs justifiée.
02:39L'objectif, c'est de protéger ces enfants,
02:42mais de les protéger avant tout de ces trafiquants.
02:47Ces trafiquants utilisent ces enfants.
02:49Ces trafiquants enrôlent les enfants.
02:52Et je crois que protéger ces enfants,
02:55c'est effectivement considérer qu'ils ne doivent pas,
02:58à partir d'une certaine heure, être seuls.
03:00Cela est aussi un appel à la responsabilité de leurs parents
03:02pour ne pas les laisser seuls, aussi, à la merci de ces trafiquants.
03:06Est-ce que c'est un couvre-feu que vous allez…
03:08Là, vous vous mettez en place de façon provisoire, dit le maire,
03:11mais est-ce qu'il va être mis en place, comme par exemple à Béziers,
03:13à chaque vacance ou chaque vacance scolaire ?
03:15Est-ce que c'est quelque chose qui a vocation à s'appliquer ?
03:18Vous en avez discuté peut-être avec le maire ?
03:21Écoutez, là, pour l'instant, le maire a souhaité que ce soit pour les 15 jours à venir.
03:24Il fera sans doute le bilan à l'issue.
03:27Ce qui est certain, c'est qu'on est sur un couvre-feu instauré
03:29de par les pouvoirs de police du maire
03:32et qui sera mis en œuvre tant par les policiers nationaux, d'ailleurs,
03:35que par les policiers municipaux.
03:37Une question de Thibaut Chevillard, pour vous,
03:39qui est journaliste police-justice, à 20 minutes.
03:40Oui, bonsoir, monsieur le préfet.
03:42Le ministre de l'Intérieur, Bruno Rotailleau,
03:43avait annoncé en mai dernier l'arrivée de 30 policiers supplémentaires à Nîmes.
03:48On a eu tout à l'heure la représentante départementale du syndicat Alliance
03:52qui nous disait que ces policiers ne sont pas arrivés,
03:55qu'il n'y en aura que 5, finalement, qui vont arriver à la rentrée
03:58et que, finalement, les renforts que vous envoyez,
04:00les CRS, l'unité d'investigation nationale, ça ne suffit pas.
04:04Il faut des policiers de façon pérenne dans cette ville.
04:08Qu'est-ce que vous lui répondez ?
04:10Je lui réponds qu'à la rentrée de septembre,
04:12nous aurons donc 13 policiers supplémentaires.
04:15Ça, c'est une première étape.
04:16Et l'engagement pris par le ministre de l'Intérieur
04:19est effectivement le recrutement de plus d'une trentaine de policiers.
04:22Il nous a même autorisé à en recruter plus.
04:24Et ces recrutements sont en cours.
04:26Il n'a pas dit qu'ils arriveraient en septembre.
04:28Il a dit que les recrutements seraient lancés
04:30pour arriver à ce niveau de renfort.
04:32Et c'est en cours.
04:33Donc, les engagements du ministre seront tenus.
04:36Monsieur le préfet, comment vous faites
04:37pour continuer à garantir l'accès aux soins
04:42pour notamment des maladies ?
04:43Il y a des médecins qui ont tiré la sonnette d'alarme
04:45sur cet accès aux soins,
04:46qui ne parviennent plus à assurer.
04:48Il y en a qui sont installés d'ailleurs
04:49depuis plus de 20 ans à Pisse 20.
04:51Ils indiquent, je les cite,
04:52que leur quartier est profondément déstabilisé
04:54par une insécurité croissante
04:55qui compromet gravement l'accès aux soins
04:58pour ses habitants.
04:59On a vu qu'il y avait une poste aussi
05:00qui est fermée dans l'un de ces quartiers sensibles,
05:03qu'il y a des pompiers qui demandent
05:04à être notamment escortés.
05:06En effet, c'est une vraie préoccupation.
05:10Les médecins, nous travaillons régulièrement avec eux.
05:11Et d'ailleurs, tout à l'heure, vous évoquiez
05:13mes venues dans le quartier.
05:16J'ai posé la première pierre très récemment
05:17d'un bâtiment qui accueillera d'ailleurs des médecins
05:19dans Pisse 20, dans les meilleures conditions possibles
05:21dans le cadre de la rénovation urbaine.
05:23J'ai déjà reçu les responsables de la poste.
05:26Nous allons recevoir toute la semaine
05:28tous ces professionnels
05:29pour arriver à la fois à s'assurer
05:34de la capacité qu'ils ont à conduire leur mission.
05:37Et je veux revenir là-dessus
05:38parce que l'accès aux soins,
05:40l'accès à la poste,
05:41l'accès aux services publics,
05:44l'accès aux bus, aux transports en commun,
05:47ce sont des choses qui sont absolument fondamentales.
05:49On est au cœur de la mission de l'État
05:51et des collectivités locales
05:52de s'assurer que l'on arrive à ça.
05:54Mais c'est aussi le résultat de cette terreur
05:57que propagent ces criminels.
06:01Il y avait Mélissa Gilles,
06:02donc citée aussi Thibault,
06:03représentante dans le garde du syndicat Alliance,
06:04qui disait qu'on manque d'effectifs en judiciaire aussi.
06:07C'est bien beau de nous envoyer des fonctionnaires,
06:09mais s'ils ne sont pas aussi formés sur ces quartiers
06:10et je n'ai pas les officiers de police judiciaire,
06:13on n'a pas les officiers de police judiciaire
06:14qu'on devrait avoir.
06:17Écoutez, le ministre de l'Intérieur,
06:18là aussi, s'est engagé à un certain nombre
06:20de renforts qu'il a annoncés.
06:22Là, nous avons, par rapport à un cycle,
06:26effectivement très violent,
06:27nous avons bénéficié,
06:29nous bénéficions,
06:29et la procureure de la République bénéficie
06:31de renforts très conséquents
06:32de policiers, d'enquêteurs
06:34qui nous viennent à la fois de Montpellier,
06:37mais également de Paris,
06:39des policiers hautement spécialisés
06:40et qui permettent d'accélérer les enquêtes.
06:42Donc, en effet, je l'entends,
06:45on a une vraie activité,
06:46une vraie nécessité de conduire ces enquêtes
06:48et ce message est parfaitement entendu.
06:52Thibaut ?
06:52On a l'impression que la situation à Nîmes
06:55s'est dégradée à peu près depuis 2023.
06:58Ça coïncide un petit peu
06:59avec la réforme de la police judiciaire.
07:01Il y a un enquêteur qui me disait
07:03que finalement, la situation à Nîmes,
07:05c'est une des conséquences de cette réforme.
07:08Qu'est-ce que vous en pensez ?
07:09Est-ce qu'aujourd'hui, finalement,
07:10cette stratégie qui a été mise en place
07:13il y a deux ans,
07:14elle est efficace pour lutter contre les réseaux
07:17à l'échelon départemental
07:18et en particulier sur Nîmes ?
07:21Écoutez, je pense que le bilan de cette réforme,
07:24il a encore tôt pour le faire.
07:25Je sais qu'il est programmé
07:26et je sais aussi que le ministre de l'Intérieur,
07:30mais également le directeur général de la police,
07:32sont en train d'ailleurs
07:33de recueillir finalement toutes ces analyses
07:36pour en tirer le cas échéant les enseignements.
07:38C'est une réforme qui est très très récente.
07:40Donc, il faudra voir comment elle peut être
07:42le cas échéant ajustée
07:43et ajustée notamment à des territoires comme Nîmes
07:46qui sont soumis à ces effets du narcotrafic.
07:50Je veux en revanche juste revenir
07:52sur ce que vous disiez au début de votre question.
07:56Je pense qu'on n'a jamais eu autant de résultats positifs,
08:00même si l'actualité pourrait le démontrer.
08:03Mais vous savez, le nombre d'écrous, par exemple,
08:06a doublé sur les six premiers mois de l'année
08:09par rapport à l'année dernière.
08:10La plupart, voire l'intégralité des règlements de comptes
08:14qui ont eu lieu ont été élucidés
08:16et l'activité des trafiquants de stupes
08:18a été fortement ébranlée sur le secteur Nîmes.
08:21Merci pour cette précision, Jérôme Bonnet,
08:23parce que c'est vrai qu'il y a quand même une violence inouïe.
08:26Je relisais encore ce que disait, par exemple,
08:28une habitante lors d'un SMS qu'elle envoyait à des confrères.
08:31C'est devenu Chicago, on a peur de sortir,
08:33il y a des habitants qui cherchent à partir.
08:34Les méthodes violentes de ces gangs,
08:36on les a abordées ensemble.
08:37Ces menaces sur les habitants
08:39vont tuer même les petits de 5 ans.
08:41Est-ce que face à toute cette violence,
08:42et l'été d'ailleurs,
08:43il s'était déjà rendu à Nîmes-Bruno-Retailleau,
08:45vous vous attendez à une nouvelle visite
08:47du ministre de l'Intérieur ?
08:48Je n'ai pas d'informations
08:50concernant une visite du ministre de l'Intérieur.
08:54Ce qui est sûr, c'est que les témoignages
08:55dont vous faites État,
08:57finalement, sont ceux qui donnent le sens de notre action.
09:01Notre action, elle est au service des habitants
09:03qu'on ne doit pas laisser vivre dans cette peur,
09:05et c'est tout le sens de notre engagement collectif.
09:08Parce que, encore une fois,
09:10ces criminels n'ont aucune considération
09:11pour les gens qui sont parfois,
09:13peut-être même, leurs parents.
09:14Tout comme d'ailleurs,
09:15les consommateurs qui viennent se servir
09:16dans les quartiers de Picevin
09:17n'ont strictement aucune considération
09:20et aucun sentiment de culpabilité
09:21vis-à-vis de ce qui s'y passe.
09:23Merci Jérôme Bonnet.
09:24Merci d'avoir réagi sur l'antenne
09:26de BFMTV, préfet du Gard.
09:28Merci Jérôme Bonnet.
Commentaires