Des fusillades, un corps calciné, une spirale de violence... La guerre entre des bandes rivales sur fond de narcotrafic dans les quartiers populaires de Nîmes depuis une dizaine de jours terrorise les habitants. Elle oblige le maire à mettre en place à partir de lundi prochain un couvre-feu de 21 heures à 6 heures, du matin visant les mineurs de moins de 16 ans. On en parle avec : Thibaut Chevillard, journaliste police-justice 20 Minutes. Et Yoann Gillet, député Rassemblement national du Gard et porte-parole du RN.
00:00C'est une spirale de violence qui s'enlise et qui terrorise également les habitants des quartiers sensibles de Nîmes.
00:18Depuis une dizaine de jours, la découverte du corps calciné d'un jeune homme de 19 ans,
00:22les faits de violence s'enchaînent sur fond de guerre de bandes et de trafics de stupéfiants.
00:27En tel point que pour la première fois, le maire a décidé de mettre en place, à partir de lundi prochain,
00:32un couvre-feu de 21h à 6h du matin pour les moins de 16 ans.
00:35Mathilde Couvillers et Louison Gagné.
00:38La décision a été prise suite à une succession d'actes criminels liés au narcotrafic.
00:43A partir de lundi, la mairie mettra en place un couvre-feu dans les quartiers prioritaires de Nîmes,
00:48de 21h à 6h pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés.
00:52Une mesure qui ne fait pas l'unanimité.
00:54Tout à fait d'accord. A 21h, les mineurs, ils doivent être chez eux ou alors savoir, les parents, savoir où ils sont.
01:01En quoi ça réglerait les choses ? Non, ça ne va pas le régler.
01:06Effectivement, ça peut être une mesure qui peut sembler utile. À mon avis, elle ne sera pas forcément respectée.
01:11Le couvre-feu n'est qu'une solution de courte durée, selon cette représentante de la police.
01:15Je n'ai toujours pas assez d'effectifs en judiciaire pour mener à bien toutes les infractions qui vont être amenées à mes collègues en judiciaire.
01:25Et du coup, ça ne va faire que reporter, repousser la problématique en fait.
01:31Ces derniers jours, les faits divers se sont multipliés dans la zone.
01:34Ce mardi, un corps calciné a été retrouvé à quelques kilomètres de la ville.
01:38Et ce jeudi, une fusillade a éclaté sur l'une des places principales du quartier Pisevin.
01:42Une situation qui inquiète de plus en plus les Nîmois.
01:46Quand vous voyez des groupes, vous ne savez pas si c'est des gens bien, des gens mal.
01:49Vous savez, tout le monde a peur.
01:52Depuis jeudi, des messages menaçants laissés par les narcotrafiquants circulent sur les réseaux sociaux.
01:57Faites attention à vous. On va tuer même les petits de 5 ans.
02:01Gardez vos gosses chez vous en sécurité.
02:03Chaque personne qui croise nos hommes en noir sera criblée de balles.
02:06Comme Nîmes, plusieurs communes, notamment dans les Yvelines, le Rhône ou les Bouches du Rhône,
02:10ont instauré des couvre-feu pour les mineurs.
02:13Et pour continuer d'en parler, j'accueille Thibaut Chevillard.
02:15Merci d'être avec nous, journaliste de Polyjustice à 20 minutes.
02:18Bonsoir.
02:18Derrière ce drame se joue une guerre qui oppose plusieurs bandes rivales.
02:22Thibaut, plusieurs quartiers sensibles de Nîmes.
02:24Et on parle surtout de ce quartier du Mas de Mingue,
02:26qui est un quartier qui a une force de frappe importante, dit-on,
02:29car il est relié à la DZ Mafia.
02:31Oui, mais ce n'est pas le seul.
02:33On sait que c'est un quartier qui est en guerre avec d'autres quartiers de Nîmes,
02:36notamment le quartier de Pisse-20.
02:39Il y a plusieurs fusillades qui ont éclaté déjà depuis plusieurs mois.
02:42On s'en souvient, en 2023, en août 2023,
02:45il y a un enfant de 10 ans qui avait été tué dans une fusillade.
02:48Ça avait fait beaucoup de bruit.
02:49Depuis, il y a eu d'autres fusillades, beaucoup de blessés.
02:52La dernière en date, c'était jeudi soir,
02:54puisqu'un groupe de jeunes a été visé par un tireur à bord d'une voiture qui a pris la fuite.
02:58Il n'y a pas eu de blessés cette fois-ci,
03:00mais ça a été une semaine assez sanglante,
03:02puisque mardi, il y a ce corps d'un jeune homme de 19 ans
03:05qui a été retrouvé à une trentaine de kilomètres de Nîmes.
03:08C'est un jeune homme qui était originaire de Seine-Saint-Denis.
03:11Il a une petite main du trafic.
03:13Son exécution, elle a été filmée
03:14et elle a été diffusée sur les réseaux sociaux par les narcotrafiquants.
03:17Donc, on passe un cap dans l'horreur.
03:20On passe un cap dans la violence.
03:22Les narcotrafiquants à Nîmes sont de plus en plus violents.
03:25Et surtout, ce que dit la représentante du syndicat Alliance,
03:28qu'on a vu à l'antenne à l'instant,
03:29c'est que les narcotrafiquants font la loi
03:32et que face à eux, la police n'est pas assez nombreuse.
03:34Les enquêteurs ne sont pas assez nombreux.
03:36Pas assez formés, disait-elle.
03:36C'est vrai, ça ne remplace pas des gens qui sont adeptes du terrain
03:40et qui connaissent bien le terrain, c'est ce qu'elle disait aussi.
03:42Oui, c'est ça.
03:42Et d'autant plus que là, pour l'instant,
03:43il y a des renforts ponctuels qui vont arriver dans la ville,
03:46mais ce ne sont pas des renforts pérennes.
03:47Et puis, il manque des enquêteurs à Nîmes,
03:50au sein de la police judiciaire,
03:51pour réaliser des enquêtes,
03:52pour démanteler les trafics
03:54et pour retrouver les auteurs de ces fusillades.
03:56Merci Thibault.
03:56J'accueille Yohann Gillet.
03:58Vous êtes député du GAR,
03:59porte-parole du groupe Rassemblement National à l'Assemblée Nationale.
04:02Soyez le bienvenu.
04:04Effet de ce couvre-feu, c'est une bonne chose
04:05quand le maire dit, par exemple,
04:06je le mets en place pour sauver la vie des gamins,
04:08ceux qui sont dans ce trafic ou pas d'ailleurs.
04:11C'est une mesure d'urgence à prendre à l'instant T.
04:14Mais ça ne va clairement pas régler les choses.
04:17Moi, ce que je dis, c'est
04:18où est Bruno Rotaillot ?
04:20Où est l'État ?
04:21Les visites ministérielles, les grandes annonces...
04:24Il y a eu des opérations place nette quand même
04:25qui ont été faites notamment
04:26quand il s'agit du séquenter de narcotrafiquants.
04:28On en a eu à Nîmes, c'est ma circonscription,
04:31un certain nombre depuis un grand nombre d'années maintenant.
04:34Vous le disiez jeudi dernier, il y a eu une fusillade.
04:36Les 10 et 11 juillet, en l'espace de 48 heures,
04:38il y a eu trois fusillades.
04:40En fin juin, il y a eu aussi des fusillades.
04:42En 2023, le petit Fayyad était tragiquement tué
04:46d'une balle perdue après une fusillade.
04:49Et d'ailleurs, l'arrêté municipal en question
04:51qui est pris aujourd'hui, s'il avait existé à l'époque,
04:52n'aurait pas changé les choses puisque le petit Fayyad était accompagné
04:55et donc avait le droit de sortir.
04:56Donc la solution, ce n'est pas d'interdire aux jeunes
05:01de sortir de 21h à 6h du matin.
05:03Même si, je l'entends, évidemment,
05:06les jeunes de moins de 16 ans n'ont rien à faire dans leur rue.
05:08Oui, et même si ça porte ses fruits dans un tenté,
05:11c'est ce que dit par exemple le maire de Béziers, Robert Ménard,
05:13qui dit que nous, on a procédé à plusieurs contrôles depuis un an.
05:16Et heureusement que ces contrôles ont été faits.
05:19Et je soutiens cet arrêté municipal, cette interdiction temporaire.
05:22Évidemment, d'ailleurs, c'est un arrêté municipal,
05:24donc il est restreint dans le temps et sur un périmètre de données,
05:30je vais y arriver.
05:31Mais évidemment, ça ne va pas tout changer.
05:34Ça ne va pas régler les choses fondamentalement.
05:35Le problème, c'est quoi de ces quartiers à Nîmes qui est dramatique ?
05:38Les gens n'osent plus sortir.
05:39Moi, c'est ma circonscription.
05:41On voyait les habitants qui disaient, c'est devenu Chicago,
05:42on n'arrive même pas à sortir.
05:44Et les médecins aussi, les médecins n'arrivent même pas à...
05:46Ils n'osent plus aller faire les courses.
05:47Et je vais vous dire mieux, le préfet lui-même
05:49ne se rend plus dans certains de ces quartiers
05:51sans être escroqué très lourdement.
05:52On lui posera la question, parce que le préfet sera notre invité à 20h30,
05:55on lui posera la question.
05:56La réalité, c'est qu'aujourd'hui, on a un système qui est ce qu'il est,
06:00avec des peines planchées qui n'existent plus,
06:03avec une excuse de minorité qui est en place
06:08et qui pose un réel souci.
06:10Il faut supprimer cette excuse de minorité.
06:12Vous dites la solution, c'est supprimer l'excuse de minorité, vous dites ça ?
06:15Bien sûr.
06:16Entre autres, il faut aussi supprimer les aménagements de peine
06:19et les réductions de peine.
06:21Enfin bref, il faut de la fermeté.
06:22Et moi, je dis, où est M. Rotaillot, qui n'a de cesse sur les plateaux de télévision
06:26de dire, vous allez voir ce que vous allez voir ?
06:28Moi, c'est la fermeté.
06:29Mais en attendant, M. Rotaillot n'a strictement rien changé à la situation à Nîmes,
06:34comme son prédécesseur, M. Darmanin, n'a strictement rien changé,
06:37à part venir faire, évidemment, des gros coups de communication,
06:40des opérations PlaceNet XXL qui n'ont strictement rien changé.
Écris le tout premier commentaire