00:00Je vous le disais, c'est une spirale de violence qui s'enlise et terrorise les habitants des quartiers sensibles de Nîmes.
00:04Depuis une dizaine de jours et la découverte du corps calciné d'un jeune homme de 19 ans,
00:08les faits de violence s'enchaînent sur fond de guerres, de bandes et de trafics de stupéfiants.
00:13A tel point que pour la première fois, le maire a décidé de mettre en place, à partir de ce lundi,
00:18un couvre-feu de 21h à 6h du matin pour les moins de 16 ans.
00:22Voyons cela avec Mathilde Kouvillers et Louison Gagné.
00:24La décision a été prise suite à une succession d'actes criminels liés au narcotrafic.
00:31A partir de lundi, la mairie mettra en place un couvre-feu dans les quartiers prioritaires de Nîmes,
00:35de 21h à 6h pour les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés.
00:39Une mesure qui ne fait pas l'unanimité.
00:42Tout à fait d'accord, à 21h, les mineurs doivent être chez eux ou alors savoir, les parents, savoir où ils sont.
00:47En quoi ça réglerait les choses ? Non, ça ne va pas le régler.
00:52Effectivement, ça peut être une mesure qui peut sembler utile.
00:56À mon avis, elle ne sera pas forcément respectée.
00:58Le couvre-feu n'est qu'une solution de courte durée, selon cette représentante de la police.
01:03Je n'ai toujours pas assez d'effectifs en judiciaire pour mener à bien toutes les infractions
01:08qui vont être amenées à mes collègues en judiciaire.
01:12Et du coup, ça ne va faire que reporter, repousser la problématique.
01:18Ces derniers jours, les faits divers se sont multipliés dans la zone.
01:21Ce mardi, un corps calciné a été retrouvé à quelques kilomètres de la ville.
01:25Et ce jeudi, une fusillade a éclaté sur l'une des places principales du quartier Pisevain.
01:30Une situation qui inquiète de plus en plus les Nîmois.
01:33Quand vous voyez des groupes, vous ne savez pas si c'est des gens bien, des gens mal.
01:37Vous savez, tout le monde a peur.
01:39Depuis jeudi, des messages menaçants laissés par les narcotrafiquants circulent sur les réseaux sociaux.
01:44Faites attention à vous. On va tuer même les petits de 5 ans.
01:48Gardez vos gosses chez vous en sécurité.
01:50Chaque personne qui croise nos hommes en noir sera criblée de balles.
01:53Comme Nîmes, plusieurs communes, notamment dans les Yvelines, le Rhône ou les Bouches-du-Rhône, ont instauré des couvre-feu pour les mineurs.
01:59– Et pour en parler, j'accueille Bruno Bartocetti.
02:03Merci d'être avec nous, secrétaire national délégué de la zone sud du syndicat policier UNIT.
02:08Je voulais avoir votre avis déjà, avant qu'on revienne sur les effets de ce couvre-feu, sur la situation du côté de Nîmes.
02:13Est-ce que vous vous dites que c'est du jamais vu ?
02:15– Oui, bonjour.
02:17Du jamais vu, nous avons malheureusement, par le passé déjà, constaté qu'il y avait de nombreuses fusillades et des règlements de compte.
02:24Là, ce qui est choquant, bien sûr, c'est de voir la vidéo avec une mise à mort, bien sûr, qui a été bien diffusée dans les réseaux sociaux.
02:33Ce qu'il faut retenir, c'est qu'aujourd'hui, les Nîmois ont peur.
02:36C'est ce qu'il faut retenir.
02:38Et ça, c'est quelque chose qu'on doit prendre avec beaucoup, beaucoup d'intérêt.
02:42À Nîmes, on manque effectivement, actuellement, d'effectifs pour couvrir le terrain.
02:46Et là, les Nîmois ont peur et n'ont pas besoin.
02:47D'ailleurs, pour les honnêtes gens, on n'a pas besoin de couvre-feu.
02:50Ils se réfugient chez eux dès 18h parce qu'ils ont peur, justement, pour leur vie.
02:54Alors, le couvre-feu, pour enchaîner, va finalement être une mesurette.
02:59Nous, on préférerait que la municipalité, qui se satisfait du nombre d'effectifs nationaux dans sa propre ville,
03:03tape du poing sur la table et nous soutienne dans notre demande pour avoir des renforts d'effectifs à la Décosse.
03:09C'est l'ex-PJ et également sur le terrain.
03:11Parce que le couvre-feu, lorsqu'on va appréhender un gamin de 14 ans,
03:15du coup, on va le prendre en charge et on va appeler les parents qui ne viendront pas le chercher.
03:18Et on ne sera pas sur le terrain pour, justement, faire notre travail de policier.
03:21– Bruno Martochetti, il y avait déjà eu ces faits de violence, on en parlait il y a quelques instants,
03:27à Nîmes, et Bruno Rotaillot avait annoncé son intention d'envoyer une trentaine de policiers.
03:32Est-ce que ces policiers sont déjà là ou pas ?
03:34– Voilà, là, on est sur des annonces de renforts d'effectifs à Nîmes,
03:39sauf qu'on ne les a pas eues et on ne les a pas prévues pour septembre.
03:43C'est pour cette raison que, du coup, nous demandons qu'il tienne sa parole
03:47et qu'il nous envoie des effectifs, mais pas dix effectifs ou cinq effectifs
03:52comme ça a été annoncé pour le Gard.
03:54Non, il n'y a pas entre 30 et 50 rien que pour Nîmes.
03:56Mais lorsque vous avez une municipalité qui est en confiance sur les propons du ministre
04:00qui, pour l'heure, en tout cas, ne nous a pas donné satisfaction,
04:02vous comprenez bien que nous, en qualité de syndicaliste,
04:05nous n'allons pas lâcher et nous allons demander de pouvoir renforcer des équipes et de terrain,
04:10même les centres de rétention administrative à Nîmes où ils sont submergés de travail
04:14et, bien sûr, des procédures aujourd'hui qui asphyxient tout le contexte,
04:19ni moins en matière de travail judiciaire, même sur le terrain.
04:22Donc là, vous vous dites, vous, le couvre-feu pour les mineurs à partir de lundi,
04:25les CRS qui arrivent, c'est que du temporaire et ça ne résoudra pas ce qu'il nous manque à Nîmes.
04:31Voilà, les CRS insuffisants avec ce couvre-feu, ça ne suffit pas ?
04:35On est bien d'accord, les CRS, lorsqu'il vient dans une circonscription,
04:40apportent leur présence et calment des situations qui sont très très chaudes,
04:47mais c'est sur du court terme.
04:48Ensuite, le couvre-feu, on se retranche derrière un arrêté, j'insiste bien,
04:52est-ce que franchement, est-ce que vous imaginez un seul instant
04:54que le gamin qui est parfois même obligé, dans certains cas,
04:58de travailler avec des dealers et qui gagne beaucoup d'argent
05:01vont avoir peur d'un arrêté de couvre-feu ?
05:04Ce sont des mesurettes, c'est bien souvent inapplicable.
05:07Je souligne que vous avez à Nîmes, la nuit, une bac pour convivre tout Nîmes.
05:13Mais très sincèrement, ce n'est pas sérieux, on ne va pas éduquer les gamins.
05:17Si on doit les interpeller, il y a tous les suivis derrière, sur le cas éducatif.
05:21Et on doit même suivre les parents dans ce cas de figure,
05:24lorsqu'on interpelle des gamins de 14 ans qui sont dans la rue à Minou.
05:26Donc il y a tout un travail qui doit être fait, effectivement,
05:28autour des familles et autour de ces gamins.
05:30Et nous, on doit nous donner les moyens de travailler,
05:31de sécuriser une ville qui en a bien besoin.
05:33Mais alors pourtant, Bruno Bartocetti, la justice, dit elle,
05:36je lisais ça de son côté, mobiliser tous ces moyens.
05:38La direction de la criminalité organisée, l'ex-PJ du Gard et de l'Hérault,
05:42des renforts de Paris, l'ABRI, l'Office anti-cybercriminalité.
05:46Il y a la procureure de la République, Cécile Jansac,
05:48qui espérait justement que dans les laboratoires,
05:51les scellés judiciaires liés à tous ces dossiers passeront devant les autres.
05:54Et elle disait, j'espère que cette priorisation
05:56va faire prospérer les investigations dans les meilleurs délais.
05:59Ce ne sont que des déclarations de bon sentiment ?
06:03Alors, ces déclarations, elles partent avec un très grand intérêt.
06:08Et avec beaucoup de pudeur, elle ne s'exprimera pas en disant
06:11qu'elle aussi, elle a besoin de magistrats pour travailler.
06:13Ce n'est pas le cas.
06:14Donc, on ne peut pas travailler.
06:15Je vous dis, la situation est très, très grave,
06:17tant sur un plan judiciaire que sur la sécurisation de la population.
06:21Donc, je peux insister sur le fait que, malgré les annonces
06:25et malgré le travail probant, parce qu'on a des résultats en plus,
06:28mais il faut voir dans quelles conditions.
06:29On a des résultats probants, on va au bout de ce qu'on peut faire,
06:32parce que ce sont des 10 heures et des 10 heures de travail par jour
06:36pour la décorce, comme vous l'avez dit, l'ex-PSJ,
06:39et à la sortie, les procédures sans fil, malgré tout.
06:41Donc, ça veut dire qu'on est complètement asphyxiés et on est lâchés.
06:44Je prends une comparaison au prorata du nombre d'habitants
06:46et de la criminalité, même par rapport à Avignon
06:49et par rapport à Montpellier, manquent facilement de 12-15 enquêteurs.
06:53Voilà ce qu'il faut retenir.
06:54Et si on ne les a pas, on ne peut pas travailler.
06:56Et c'est ce qui se passe aujourd'hui à nous.
06:58Merci Bruno Bartoschetti, merci d'avoir été l'invité de BFM TV
07:02et d'avoir exprimé les besoins et la difficulté que vous rencontrez du côté Nîmes.
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