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  • il y a 6 mois
L'incendie qui s'est déclaré le jeudi 17 juillet à Martigues (Bouches-du-Rhône) n'est toujours pas maîtrisé. Malgré les moyens colossaux qui ont été déployés, le feu a repris vigueur aujourd'hui. On en parle avec : Lieutenant-colonel Pascal Reversat, membre de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Julian Mancini, journaliste BFM Marseille à Saint-Julien-les-Martigues (Bouches-du-Rhône). Christian Pinaudeau, expert des incendies et des feux de forêt. Charles Grout, expert en sécurité incendie chez IP2S. Stéphane Le Bars, sec. général du Syndicat national du personnel navigant de l'aéronautique civile. Anthony Ferry, journaliste météo et climat BFMTV. Pierre Chaperon, correspondant BFMTV à Madrid (Espagne). Et Grégory Allione, député européen "Renaissance", ex-président de la Fédération des sapeurs-pompiers.

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00:00Générique
00:00On va donc démarrer avec ces incendies à Martigues, incendies très importants qui ne sont donc pas maîtrisés puisque le feu a repris.
00:21Je vous présente ceux qui sont avec moi sur ce plateau, lieutenant-colonel Pascal Reversa, bonjour, merci d'être là.
00:25Vous êtes de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Christian Pinaudot également est avec moi, expert des incendies en incendies et feux de forêt,
00:33Charles Groux qui est là également, expert lui aussi en sécurité incendie et puis Anthony Ferry de notre service météo.
00:40Un mot tout d'abord, lieutenant-colonel Pascal Reversa, il y a des moyens colossaux qui ont été déployés à Martigues, mais le feu finalement a repris de la vigueur aujourd'hui ?
00:50Alors les moyens, oui, c'est plus de 1000 sapeurs-pompiers, enfin tout statut confondu d'ailleurs, il y a des militaires, des pompiers volontaires.
00:56Donc pour fixer le feu, après ce phénomène, il est normal on va dire dans la vie d'un feu, il y a des lisières encore qui sont quand même importantes et puis avec des vents qui changent de direction et qui font des reprises telles qu'on les voit aujourd'hui.
01:12Le dispositif est descendu maintenant à environ 400 hommes, ce qu'on peut dire c'est qu'il n'y a pratiquement pas de pompiers blessés gravement et puis globalement la préservation de l'espace urbain, qui est un objectif important, a été bien réalisé.
01:30On va sur place justement, on va retrouver Julien Mancini, vous êtes sur les lieux de cet incendie, décrivez-nous la situation, le vent est toujours présent et les flammes ne sont pas encore maîtrisées ?
01:40Exactement, ici le vent qui souffle encore un peu, on est loin des rafales de vent atteignant les 60 km heure qui ont soufflé sur les bouches du Rhône ce jeudi soir, mais en ce moment cet après-midi, il est remonté un petit peu aux alentours de 30 km heure,
01:59ce qui a rallumé quelques foyers dans le courant de l'après-midi, la reprise de feu qui a parcouru 8 hectares cet après-midi et ici et là on observe avec Lucas Brousse qui m'accompagne,
02:13des reprises de feu, les pompiers qui sont tout de suite mobilisés en nombre pour traiter ces reprises de feu qui sont déployées.
02:21On a vu par une bonne partie de l'après-midi, 4 Canadaires traiter une grosse reprise de feu juste devant nous, des hélicoptères bombardiers d'eau, léger et lourd,
02:32un dash qui a largué beaucoup de retardants sur cette forêt de Saint-Julien-les-Marty, voilà des reprises de feu ici et là à des points très précis,
02:46et l'enjeu c'est de limiter la propagation de cet incendie sur cette lisière de forêt qui n'a pas encore été brûlée et dont le vent souffle en cette direction,
02:59les moyens mobilisés par les pompiers sont encore conséquents, 350 soldats du feu qui sont encore en train de lutter contre cet incendie à l'instant où on parle.
03:08Merci beaucoup à vous Julien de Mancini, merci aussi à Luca Brousse qui est à vos côtés, Christian Pinaudot, on l'a vu il y a des moyens très importants déployés,
03:16le but c'est de limiter, nous disait Julien à l'instant, limiter la propagation de l'incendie évidemment pour ne pas qu'il y ait encore plus d'hectares qui soient ravagés.
03:25Oui mais alors la difficulté du terrain là qu'on voit sur les images est une explication à la situation,
03:31parce que les moyens mon voisin les a largement décrits, mais entre le vent et puis la difficulté d'accès à cette forêt entre guillemets,
03:43parce que c'est plus une garrigue arborée ou un maquille arborée qu'une vraie forêt,
03:48et donc ça c'est les schémas archi classiques qu'on voit tous les étés si j'ose dire.
03:54Et je voudrais insister sur un point, c'est que le vent dans ces circonstances est le principal ennemi,
03:59et c'est surtout où ils forment un couple avec les incendiaires absolument infernal,
04:03parce que les incendiaires surveillent tous les bulletins météo de près,
04:08et dès que le vent se lève vous remarquerez qu'il y a des départs d'incendie.
04:12Alors ça aussi il faudra un jour poser la question des responsabilités.
04:18Ce que je veux dire par là c'est qu'il n'y a pas de feu si personne ne met le feu,
04:22quelle que soit la température, quelle que soit l'hygrométrie,
04:25quelle que soit la situation de la végétation,
04:29si personne ne met le feu, il n'y a pas de feu.
04:32Et ça je crois qu'il faudrait quand même revenir à ces fondamentaux-là.
04:35Ça veut dire que ce qu'on doit faire en termes de prévention dans ces zones à risque,
04:41c'est multiplier les patrouilles de prévention,
04:43parce que c'est la peur du gendarme qui va fonctionner là.
04:46Sinon, à chaque fois, tous les étés on a droit à ce schéma-là, malheureusement.
04:50Charles, vous partagez cette analyse-là, effectivement, 9 feux sur 10 sont dus à l'action humaine au sens large.
04:57Il faudrait par exemple multiplier les patrouilles ?
05:00Oui, encore faut-il avoir les moyens, puisque les étendues de forêt sont énormes.
05:04On ne peut pas surveiller tous les étendues de forêt, on n'aurait pas les moyens nécessaires.
05:09Après, avec la technologie, on pourrait peut-être imaginer les forêts surveillées par des drones
05:14ou par d'autres caméras qui reconnaissent les départs de feu, etc.
05:21Vous pensez qu'on aurait les moyens ?
05:22D'abord, techniquement, on a les moyens de le faire.
05:25Et puis il y a aussi, en termes de pédagogie, l'aspect peur du gendarme.
05:30Si c'est bien organisé et bien annoncé, on a vu ça dans le sud-ouest.
05:35On est passé de 1 500 départs de feu par an à 200, 300, parce qu'on a multiplié les patrouilles.
05:41Donc il y a un impact qui est direct.
05:44Et là, encore une fois, il y a des problèmes de responsabilité derrière tout ça.
05:49Parce qu'on s'étonne toujours qu'il y a des départs de feu.
05:53Et puis à chaque fois, on parle de débroussaillements pas faits, forêts pas gérées, etc.
05:58Et moi, j'observe une chose un peu étonnante.
06:00C'est qu'en avril 2025, cette année, le ministère de la Transition écologique a sorti un arrêté
06:07qui reportait les obligations de débroussaillement en septembre.
06:12Alors là, il y a quand même des problèmes de responsabilité de l'État, des services de l'État.
06:16Je pense aux maires, je pense aux préfets.
06:18C'est quand même pas neutre.
06:19On ne peut pas à la fois dire qu'on a un système d'obligation de débroussaillement,
06:23légal de débroussaillement parfait, sauf que ce n'est pas appliqué.
06:27Et là, on a même un arrêté qui reporte l'application.
06:31Vous voyez, vous voulez réagir, lieutenant-colonel ?
06:34Juste pour des choses, on a quand même des retours d'expérience, et notamment sur la surveillance.
06:39Il y a des départements, notamment la Gérôme vient de mettre en place, et d'autres départements,
06:43des dispositifs avec maintenant une surveillance par caméra,
06:47qui nous informe très tôt des débuts d'incendie.
06:50Donc il y a des choses technologiquement qui évoluent,
06:53et on est en train de se doter d'un moyen de manière à pouvoir, au plus tôt,
06:58tout de suite voir les premières fumées.
07:00Donc il y a des choses qui se mettent en place quand même.
07:02Et les moyens, on a une bonne imagination en France pour pouvoir les trouver.
07:07J'ai fait une proposition sans cela il y a des années.
07:10La taxe de séjour, puisqu'en fait, la fréquence des incendies de forêt
07:13est liée à la multiplication de la population, à la pression sociale, démographique.
07:21Si on prélève un euro par nuit, par séjour, sur la taxe de séjour,
07:29mais ciblée et affectée aux obligations de débroussaillement, à la prévention,
07:34on aura des résultats.
07:37Quand vous êtes propriétaire d'une maison, vous payez une assurance,
07:41et bien lorsqu'on est propriétaire de forêt, il faut aussi s'engager.
07:45Dans le sud-ouest, le lieutenant-colonel y faisait allusion,
07:48tous les propriétaires forestiers payent.
07:51Donc il faut peut-être penser à rendre les choses obligatoires,
07:55effectivement obligatoires, et pas seulement se contenter d'un texte.
08:00On va aller voir Stéphane Lebars, qui est secrétaire général du syndicat national
08:03du personnel navigant de l'aéronautique civile.
08:05Il y a des moyens colossaux qui ont été mis en place.
08:07Jamais un feu n'avait mobilisé autant de moyens dans cette zone
08:10depuis le début de l'été.
08:11Il y a neuf avions qui ont été mobilisés, deux hélicoptères également.
08:16Il y a suffisamment de moyens pour tenir.
08:18On n'est pas encore au 20 juillet,
08:19et on a déjà plusieurs feux en même temps qui se déclarent en France.
08:24Oui, bonjour.
08:25Écoutez, là aujourd'hui, on a dû réintervenir effectivement
08:28sur le chantier de Martigues,
08:30parce qu'il y a eu une bascule de vent à 180 degrés.
08:32Donc, nous avons dû intervenir depuis ce matin très, très tôt.
08:37Et là, je rentre à peine de vol.
08:39Nous étions en vol encore il y a 45 minutes.
08:42Le feu actuellement est fixé.
08:46Tant en moyen humain, en moyen aérien que camion au sol,
08:51il y a effectivement un effectif très, très lourd.
08:54Et ce qu'il faut voir, c'est que les pompiers ont travaillé
08:56toute la journée d'hier, nous aussi, mais surtout toute la nuit.
08:59Ce matin, on a réengagé les avions pour traiter cette bascule de vent
09:05qui a réalimenté les flammes.
09:08Et en fait, c'est compliqué pour les hommes au sol
09:10qui ont passé quasiment 24 heures sur le feu.
09:13Donc, on a été là pour les épauler et les aider.
09:16Oui, et ça va continuer puisque ce n'est pas terminé.
09:18Il y a encore 350 pompiers, c'est ça, qui sont sur le pont
09:21et qui vont certainement devoir continuer encore plusieurs heures ?
09:25Alors là, ils ont des opérations à mener
09:27qui sont des opérations de noyage, de grattage.
09:30Ils doivent enterrer les souches, les découper, les noyer.
09:32Donc, ça, c'est quelque chose qui est très, très long, très fastidieux
09:35et très fatigant.
09:35Il fait quand même 35 degrés dehors.
09:38Ce que vous disiez sur la date, effectivement, nous sommes le 18 juillet.
09:44De manière historique, au niveau des pilotes bombardiers d'eau,
09:48on a toujours tendance à dire la saison feu commence
09:50avec des feux majeurs aux alentours du 20 juillet.
09:53Bon, là, ça n'a échappé à personne.
09:55On a eu une accélération du stress hydrique des végétaux,
10:00un manque d'eau, des chaleurs soudaines avec, au mois de juin,
10:05des périodes de canicule.
10:06On a du vent fort et donc, on a attaqué la saison avec beaucoup d'avance.
10:10On a quasiment un mois, un mois et demi d'avance sur les années précédentes.
10:14Et il y a donc neuf avions, je le disais, sept canadaires,
10:16deux dash qui ont été utilisés rien que pour ce feu-là à Martigues.
10:19Ils sont positionnés où ?
10:21Et ils sont rapidement disponibles sur place ?
10:24Tout à fait.
10:26Alors, ce matin, hier, il y avait tous les avions qui étaient à Nîmes,
10:29plus des avions en guet aérien, c'est-à-dire qui surveillaient la zone
10:32et qui sont intervenus sur le début du feu.
10:35Puis, les moyens aériens basés à Nîmes ont décollé
10:37pour se présenter sur le feu de Martigues.
10:40Ce matin, nous avons envoyé les deux avions stationnés en Corse
10:43pour le lever tôt parce que c'est pour des raisons
10:46de temps de mise à disposition des équipages.
10:49On a utilisé ces deux avions-là.
10:51Ils sont repartis en Corse.
10:52Quand ils sont repartis en Corse, il y a un dash qui est intervenu également.
10:56Et nous, nous sommes partis en début d'après-midi
10:57pour continuer le travail jusqu'à 17h.
11:01Là, on a fini le premier an.
11:04Et ils sont dans quel état, ces Canadiens ?
11:05On sait que la flotte est en partie vieillissante.
11:08Est-ce que ça peut encore durer longtemps ?
11:10Alors, il n'y a pas de flotte vieillissante.
11:14Parce que moi-même, je suis un homme assez vieillissant.
11:16Ça se voit à l'image.
11:18Ce qu'il faut au juste, c'est s'entretenir.
11:20Donc, les avions, il y a eu un manque d'entretien.
11:24Il faut le reconnaître pendant à peu près cinq ans.
11:27Pour des raisons budgétaires, pour des raisons,
11:29on peut les évoquer toutes les unes derrière les autres.
11:31Nous n'avons pas été très bons.
11:32Ni nous, ni l'entreprise qui entretenait les avions.
11:35Il y a eu une volonté de la direction et du ministère
11:37de remettre un petit peu l'église au centre du village
11:39depuis l'année 2025.
11:41Pour être très honnête, ça va beaucoup mieux.
11:43On a des pièces détachées qui arrivent dans les temps.
11:46Et puis surtout, ce qui nous arrivait dans les années passées,
11:49où on avait des pannes, ne serait-ce qu'à la mise en route.
11:51Aujourd'hui, on met en route, on décolle, on part au feu,
11:54on revient et les avions sont bons pour repartir au feu.
11:57Donc, on voit bien que l'entretien a été amélioré.
12:00Là où vous avez raison, c'est que certaines pièces,
12:03non pas les avions, mais certaines pièces arrivent
12:05à ce que l'on appelle l'obsolescence.
12:07C'est-à-dire que malheureusement, il va falloir les remplacer.
12:10Et ça passera par un rétrofit de manière à récupérer des avions
12:14pendant encore une dizaine ou une quinzaine d'années
12:16en attendant un successeur qui est sur la ligne de construction
12:19avec le DHC 515.
12:20– Justement, combien d'avions attendent ?
12:22Nouveaux avions, nouveaux appareils dans les prochaines années ?
12:25Combien doivent arriver ?
12:26– Alors, nous en avons deux qui sont en ligne de fabrication au Canada
12:30chez Dehavilland qui arriveront en 2028
12:34avec à peu près cinq mois de décalage l'un et l'autre.
12:38Et il y a quelques jours en arrière,
12:41le gouvernement Bérou a annoncé le travail sur la dette.
12:45Et Mme de Montpalin a bien expliqué que l'engagement financier
12:49au niveau des forces de sécurité intérieure a mené également
12:52leur achat de Canadair dans le but de pérenniser la flotte.
12:55Donc, ce qui avait été annoncé par le président de la République
12:58au mois d'octobre 2022, achat de matériel nouveau
13:01et notamment de Canadair nouveau, qui avait été un petit peu oublié,
13:04parce que parfois il y a des choix qui sont faits de manière brutale,
13:08enfin, il faut faire les choix.
13:10Et là, on est revenu sur le devant de la Seine
13:12et ces Canadair sont revenus jusqu'à Matignon
13:15pour que justement, à partir de 2031-2032,
13:19on voit de nouveaux appareils arriver.
13:21– Est-ce que ce sera suffisant ?
13:23Parce qu'on voit qu'il y a des incendies maintenant
13:25qui gagnent la Bretagne, on va en parler dans un instant,
13:28du côté de la forêt de Debrocéliande.
13:30Est-ce que ce sera suffisant pour faire face à ces différents feux
13:33qui gagnent des nouvelles régions ?
13:35– Alors, ce qui a été dimensionné dans les années 90,
13:38c'était une flotte pour répondre aux feux de forêt
13:41dans l'entente méditerranéenne, c'est-à-dire en gros
13:43une ligne Grenoble-Bordeaux, parce qu'on étendait vers le sud-ouest.
13:47Aujourd'hui, les règlements climatiques amènent des chantiers et des feux.
13:51On l'a vu hier, Brocéliande, on a eu le Jura dans les années 22 et 23,
13:55on a eu la Charente-Maritime.
13:57Donc forcément, aujourd'hui, on est dans le principe
14:01plutôt de réagir face à une menace nationale.
14:04Et si on veut réagir à une menace nationale,
14:06une menace feu de forêt contre la nation complète,
14:10il faut effectivement augmenter le nombre d'avions.
14:13Et tout le monde l'a compris, ce dérèglement climatique
14:15nous oblige à acheter des avions supplémentaires
14:17pour intervenir au nord de la France
14:18ou dans l'ouest-nord-ouest rapidement.
14:21– Oui, intervenir dans de multiples régions.
14:23À la fois, on va faire le point justement avec vous,
14:25Anthony Ferry, sur ces différents feux.
14:27Là, on a parlé de Martigues, on est allé voir ce qui se passait
14:29du côté de Martigues, c'était le plus important,
14:31évidemment, de ces dernières heures.
14:32Mais il y a aussi la Bretagne qui est gagnée
14:34par cette saison des incendies de forêt.
14:36– Oui, alors au niveau de la Bretagne,
14:38le feu, effectivement, s'est pas mal développé.
14:41En revanche, au niveau des conditions météorologiques,
14:44là, ce sont des bonnes nouvelles,
14:45puisque de l'humidité est arrivée sur le secteur.
14:48On a 50-70% d'humidité dans l'air.
14:50On a des précipitations aussi qui arrivent.
14:53Donc, le feu ne devrait plus durer longtemps
14:55en forêt de Brocéliande.
14:56Toute l'inquiétude se porte évidemment
14:58sur le pourtour méditerranéen
14:59où jusqu'à J plus 5, J plus 6,
15:02eh bien, on ne voit pas malheureusement d'amélioration.
15:05Pire même, on a une aggravation
15:07puisque le Mistral et la Tramontane vont faire leur retour.
15:10On attend des vents qui vont s'étaler
15:12de ce samedi jusqu'à au moins jeudi prochain
15:14à 40, voire 50, 60 km heure en rafale.
15:17Donc, effectivement, ce sont des conditions
15:20extrêmement propices, extrêmement favorables
15:22au départ des feux.
15:24Et ajouté à cela, eh bien, des températures
15:26qui ne descendront pas sous les 30 degrés,
15:28nous avons un cocktail, malheureusement,
15:30eh bien, qui pourra encore amener davantage
15:33à ces incendies.
15:34Il va falloir repenser la façon dont on lutte
15:37contre ces incendies de forêt à l'avenir, selon vous ?
15:41La façon de lutter, elle est établie,
15:44elle évolue, mais c'est surtout de repenser
15:48les moyens, les moyens engagés.
15:51Et comme on disait qu'on allait avoir
15:54des canadaires supplémentaires,
15:56suite aux incendies de 2022,
15:57il y a une société qui s'est créée
15:59en région bordelaise pour fabriquer
16:02leurs propres canadaires,
16:03des canadaires français.
16:04Donc, bon, ça ne sera pas opérationnel
16:07tout de suite, mais c'est lancé
16:10et en espérant que ça aboutisse.
16:14Vous voulez y réagir ?
16:14Oui, parce que la multiplication du matériel
16:17comme réponse mécanique au risque
16:21d'incendie de forêt, il n'y a pas de solution
16:23à une finée.
16:24On ne peut pas multiplier le nombre
16:26de canadaires, le nombre de camions
16:27de pompiers à l'infini.
16:29Il arrive un moment où ça s'arrête.
16:31Et puis, je ne suis pas sûr que ce soit
16:33la solution dans ce domaine-là,
16:34parce que, en fait, vous m'avez présenté
16:37comme expert en matière d'incendie de forêt,
16:38mais je suis expert plutôt en matière
16:40de prévention des risques feu de forêt.
16:43Et je pense qu'au niveau national,
16:44ce qu'il faut engager, c'est une vraie politique
16:46de prévention, c'est-à-dire d'aménagement
16:48des forêts qui intègrent ces nouveaux risques.
16:52Ça veut dire des pistes, un quadrillage
16:54avec des points d'eau, etc., pour que les pompiers
16:56aient un accès rapide au pied du feu,
16:59si j'ose dire.
17:00Parce qu'on n'empêchera jamais les incendiaires
17:03de mettre le feu, il y en aura toujours.
17:05Parce que cette doctrine, justement, française,
17:07qui est d'intervenir massivement sur les feux
17:10dès qu'ils se déclarent, ça ne va plus être possible,
17:13évidemment, s'il y a une multiplication des feux
17:14dans plusieurs endroits.
17:15Ça va être plus difficile, en tous les cas,
17:16à moyen constant.
17:17C'est ce qui se passe actuellement.
17:19Les journées précédentes ont démontré.
17:21Les feux un peu partout, du coup, c'est une dispersion des moyens.
17:24Et notre principe, c'est d'avoir beaucoup de moyens
17:26au même endroit pour pouvoir lutter contre le feu.
17:29Donc, effectivement, il y a les mesures de prévention
17:31à mettre en place, mais aussi d'information des populations,
17:33de sensibilisation.
17:35Ce qu'on fait dans les établissements recevant du public,
17:37il faut faire pareil aussi pour les espaces naturels sensibles.
17:39On peut aussi repenser tout simplement la forêt.
17:44Au Canada, par exemple, lorsqu'il y a des méga-feux
17:47depuis maintenant plusieurs années,
17:48on voit que les scientifiques sont en train de développer
17:51des ceintures de feuillus.
17:52C'est quoi ?
17:53C'est entre deux zones de conifères,
17:55les pins qui brûlent très facilement,
17:57installer des végétaux bien plus coriaces
17:59qui permettraient de ralentir la propagation des flammes.
18:03En France, on pense déjà, évidemment,
18:05à rebâtir nos forêts de manière différente
18:07pour éviter qu'elles brûlent moins facilement.
18:09Ça a été fait en 1995.
18:11Excusez-moi, mais ça, c'est un message
18:14qu'il faut nuancer énormément.
18:15Parce que d'abord, la démonstration n'est absolument pas faite.
18:19Sur les ceintures de feuillus au Canada ?
18:20Que les feuillus arrêtent le feu ou ralentissent le feu.
18:24Aux États-Unis, il y a eu des méga-feux, comme vous dites,
18:26et ça a traversé les forêts de feuillus sans problème.
18:29Donc, il faut faire attention parce que le Canada,
18:31c'est la forêt boréale.
18:33C'est des conditions totalement différentes.
18:34Ensuite, en supposant que, comme vous le dites,
18:39une barrière de feuillus soit utile,
18:41le résultat, c'est dans 25 ou 30 ans.
18:43Excusez-moi, mais d'ici là, on sera tous morts,
18:45on aura tous brûlés.
18:46Peut-être pas tous, mais en tout cas, il y a urgence.
18:47Donc, je crois qu'il y a d'autres mesures à prendre.
18:50Charles Grouet, et puis on nous rembourse ce qui se passe en Espagne aussi,
18:53parce que ça ne brûle pas qu'en France.
18:531995, dans les PPR-IF, toutes ces mesures, elles sont référencées.
18:58Non, non, ce qu'on dit, c'est que dans des circonstances particulières,
19:01on peut diversifier les essences.
19:03Et 1995-2025 à l'échelle forestière, c'est tout petit.
19:08Quand on parle de forêt, c'est 45-50 ans l'échéance.
19:12Donc, on ne peut pas dire, on va installer une barrière de feuillus,
19:15et puis demain matin, tout va très bien, Madame la Marquise.
19:18Après, il faut distinguer quand même l'essence végétale et l'état de sécheresse.
19:22Les feuillus, effectivement, s'il y a une situation extrêmement sèche,
19:26vont brûler aussi facilement, mais un feuillus brûle quand même moins rapidement qu'un pain.
19:29On va aller prendre la direction, pardon.
19:32Attention, ne vous avancez pas trop dans ce domaine-là,
19:35parce que les scientifiques, comme vous dites, ne sont absolument pas d'accord entre eux sur le sujet,
19:39compte tenu des reliefs et des climats.
19:43On va aller à Madrid, on va aller en Espagne, parce que ça brûle aussi en Espagne.
19:47L'Espagne qui est habituée, évidemment, chaque été à ces feux de forêt.
19:49Il y en a eu un très important du côté de Madrid, où on vous retrouve, Pierre Chaperon.
19:54La situation s'est améliorée aujourd'hui.
19:55On a vu ces images de Madrid entourée d'une épaisse fumée.
20:003 000 hectares, c'est bien ça ? 3 000 hectares qui ont été ravagés ?
20:04Oui, alors le feu est stabilisé, bien entendu.
20:07On continue de surveiller la zone à l'affût d'un simple début de flamme dans cet endroit,
20:11à une cinquantaine de kilomètres au sud-ouest de Madrid.
20:15Un feu qui a pris hier dans la commune de Mentrida, qui a parcouru plus de 3 000 hectares.
20:20Le panache de fumée a atteint pendant quelques heures hier la capitale espagnole,
20:25colorant le ciel en orange et laissant tomber quelques cendres.
20:28L'inconnu pour les autorités, aujourd'hui, c'était la force du vent.
20:32Des rafales entre 40 et 50 km heure étaient attendus.
20:36Mais pour l'instant, ça tient, selon les dernières informations délivrées par les autorités.
20:41Aucune victime n'est à déplorer.
20:43On ignore encore officiellement l'origine du sinistre.
20:47Mais les conditions étaient extrêmes hier.
20:4939 degrés hier après-midi, du côté de Mentrida.
20:53Mentrida, placé alors en vigilance orange aux fortes chaleurs.
20:58Une vague de chaleur qui sévit dans la région depuis plusieurs jours.
21:01Ce feu s'ajoute à une longue liste.
21:03Plusieurs foyers sont actifs actuellement en Espagne.
21:07Depuis le 1er janvier, ce sont d'ailleurs plus de 25 000 hectares
21:11qui ont été brûlés de ce côté-ci des Pyrénées.
21:14Merci beaucoup à vous, Pierre Chaperon.
21:17En direct de Madrid, le feu qui se propage dans plusieurs pays européens.
21:21On va en parler avec Grégory Allion.
21:22Merci d'être avec nous.
21:23Vous êtes député européen, renaissance,
21:25ancien président de la Fédération nationale des désapeurs-pompiers.
21:29Il faut rappeler que la lutte contre le feu,
21:31elle se fait aussi au niveau européen.
21:34On essaie de coordonner les moyens.
21:38Oui, bonsoir.
21:39J'entends beaucoup de choses très intéressantes.
21:41Le premier message, c'est qu'effectivement,
21:43on n'aura pas une solution idéale.
21:44Il y a une complémentarité d'action à conduire,
21:47que ce soit en prévention, en sensibilisation des populations,
21:49en aménagement du territoire,
21:51et ensuite forcément à la lutte lorsque le feu a éclos.
21:54Et vous aviez raison de rappeler que 90% des départs de feu
21:57sont liés à l'activité humaine.
21:58Mais je rajouterai une donnée très importante.
22:01C'est que 70% d'entre eux sont liés à de l'accident ou de l'imprudence.
22:05Donc la sensibilisation des populations,
22:07le travail sur le territoire est essentiel.
22:09Et lorsqu'effectivement il y a des feux hors normes,
22:11je ne les appelle pas méga-feux,
22:12parce que le feu hors normes reste quand même la détermination
22:15qu'on souhaite leur donner, nous, chez les sapeurs-pompiers,
22:18oui, il faut des moyens massifs
22:19et des moyens coordonnés en solidarité.
22:22C'est la raison pour laquelle, je vous parle depuis Athènes,
22:24où avec la commissaire Adjah Labib,
22:26nous sommes allés voir l'ensemble des dispositifs
22:29qui sont mis en place au niveau européen,
22:32en faisant fonctionner le mécanisme de protection civile
22:34de l'Union européenne,
22:35qui depuis, je le rappelle, depuis 2022,
22:37depuis la présidence française de l'Union européenne,
22:40ce mécanisme a été largement renforcé d'une part
22:42et travaille en amont par ailleurs,
22:45puisque aujourd'hui il y a des forces européennes
22:48qui sont prédisposées dans les différents pays à risque,
22:51mais en amont en préventif et non plus en curatif,
22:54ce qui veut dire que l'on apprend à travailler entre nous,
22:57on apprend à se prédisposer sur les différents secteurs,
23:00et c'est une réelle force, d'une part en appui des forces locales,
23:05mais c'est aussi le travail ensemble
23:07qui permet d'être beaucoup plus efficace,
23:08parce qu'aujourd'hui, et ça a été évoqué,
23:11plus aucun pays n'arrivera seul à faire face,
23:13que ce soit dans la lutte...
23:14Mais est-ce que ce n'est pas compliqué,
23:15pardon Grégory Allion,
23:16est-ce que ce n'est pas compliqué de coordonner les moyens
23:18quand il y a des feux massifs en même temps,
23:20en Grèce, en Espagne, que ce soit en Italie ou en France,
23:23comment on fait pour faire ce partage de moyens ?
23:27Vous avez raison de l'évoquer,
23:28c'est un sujet de choix,
23:29et le choix se fait par rapport aux enjeux des différents sinistres.
23:32Vous savez, en 2020, je suis allé en Australie,
23:34parce que les Australiens aussi, comme les Canadiens,
23:36comme les Américains, ont toutes et tous ce souci
23:40de la coordination, de la détection,
23:42de l'action rapide et de la coordination.
23:44En Australie, c'est un pays continent
23:46qui avait, à un moment donné, en janvier 2020,
23:48plus de 200 feux sur son territoire.
23:50C'est ce que nous connaissons tous les étés
23:52sur le territoire européen,
23:54et nous sommes capables aujourd'hui,
23:55grâce aux mécanismes de protection civile de l'Union européenne,
23:58grâce à la demande des États,
24:00d'une part, lorsqu'ils en ont besoin,
24:02et au concours des différents États en solidarité,
24:05d'engager et de faire des choix.
24:07Typiquement, vous dites,
24:08il y a un feu à Madrid,
24:09il y a des feux dans le sud de la France,
24:11à un moment donné,
24:12les enjeux, c'est les populations.
24:14Où est-ce qu'il y a le plus d'enjeux ?
24:15Et malheureusement,
24:16nous serons toujours obligés de faire ces choix.
24:18Cela fait plus de 35 ans que je suis sapeur-pompier.
24:21On a toujours fait ces choix,
24:22proposé ces choix aux autorités de décision
24:25que sont les préfets,
24:26que sont le ministre de l'Intérieur.
24:29Et oui, il faut faire des choix par moment,
24:30parce qu'il y a des enjeux.
24:32Et typiquement, lorsqu'il y a eu le feu de Marseille,
24:35le feu des Pennes-Mirabeau,
24:36il y a eu des choix qui ont été faits,
24:38en mettant des moyens colossaux
24:40pour protéger Marseille,
24:42au détriment d'une forêt qui brûlait
24:44dans le Sébnole,
24:46à côté du Vigan.
24:47Et j'ai trouvé très pertinent
24:49et très responsable
24:50les propos du président
24:51de la communauté d'agglomération du Vigan,
24:53qui disait qu'il comprenait
24:54le choix qui avait été fait
24:55pour protéger les populations à Marseille.
24:57Merci beaucoup à vous, Grégory Allion.
24:59Merci à tous les quatre
25:00d'être venus sur ce plateau.
25:01Merci à tous les deux.
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