- il y a 6 mois
Dans le sud de la France, la lutte contre les flammes se poursuit du côté de Martigues. Il y a déjà près de 250 hectares qui ont été ravagés. Le feu est contenu, mais il n'est pas toujours fixé. On en parle avec : Laura Cambaud, envoyé spéciale BFMTV à Martigues (Bouches-du-Rhône). Lieutenant-colonel Pascal Reversat, membre de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France. Christian Pinaudeau, expert en prévention des risques de feux de forêt. Et Anne-Catherine Loisier, sénatrice et rapporteure de la commission sur l'intensification du risque incendie.
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00:00Et on continue à évoquer les incendies dans le sud de la France, la lutte contre les flammes qui se poursuit du côté de Martigues, notamment où on vous retrouve, Laura Cambo.
00:09Laura, il y a déjà près de 250 hectares qui ont été ravagés. Le feu est contenu, mais il n'est toujours pas fixé ?
00:19Exactement, le feu contenu. Ce sont les dernières informations que nous donne la préfecture des Bouches-du-Rhône
00:25après une réactivation de l'incendie sur le flanc gauche en milieu d'après-midi.
00:30En effet, ce sont 248 hectares qui sont partis en fumée très exactement.
00:35Et pour combattre cet incendie, il y a toujours plus de 300 sapeurs-pompiers qui sont mobilisés.
00:40Vous le voyez sur ces images de Margot Seve, des sapeurs-pompiers qui viennent des Bouches-du-Rhône, mais également d'autres départements, du Lot-et-Garonne, du Tarn, etc.
00:50Et puis, il faut vous montrer cette route juste ici. C'est la départementale 5.
00:55Elle est complètement fermée. Il n'y a que les pompiers et les habitants qui peuvent venir ici.
01:01Les pompiers qui sont d'ailleurs en train de se ravitailler en eau au moment où on se parle.
01:05Nous sommes à environ 1 km des flammes ici et il y a certains habitants qui commencent un peu à s'inquiéter.
01:11Bonsoir, Pierrette. Alors, comment est-ce que vous vivez la situation ?
01:14On est un peu stressé, mais en fait, depuis 19h hier soir, c'est le défilé.
01:23Les pompiers qui viennent se ravitailler. Toute la nuit, ça a été un combat.
01:29Et donc, on a été un petit peu rassurés ce matin parce que si le Mistral continuait...
01:35Malheureusement, c'est pour les habitants qui se trouvent du côté de Saint-Julien, tout ça.
01:39Mais on nous a dit... Donc, ils sont venus arroser tous les alentours de chez nous
01:44parce que le vent du sud qui commençait à se lever et ça risquait.
01:50Est-ce que c'est les conditions météo qui mettent en danger ?
01:52Voilà. C'est les conditions météo, effectivement, qui mettent en danger toute la population
01:57et puis tout ce qui se trouve autour de nous.
01:59Mais vous, vous n'avez pas été ni confinés ?
02:02Non. Non. On n'a pas été confinés, mais on a eu quand même un message en restant chez nous par la préfecture.
02:10Donc, en restant chez nous, voler les fenêtres fermées.
02:16Et que si toutefois, on était sur des abris précaires ou quoi, là, d'évacuer.
02:22Mais nous sommes bien protégés par les habitations... Par les murs de ces habitations.
02:29Et par les pompiers.
02:30Et par les pompiers.
02:31Vous allez surveiller quand même toute la nuit, on imagine ?
02:33Oui, oui, oui. La nuit dernière et cette nuit.
02:36Je me suis même adressée ce matin très tôt à des pompiers qui étaient donc au truc de ravitailler
02:42pour savoir si je leur proposais des thermos de café où on m'a dit non, ils avaient tout le ravitaillement.
02:49Un peu plus haut, il y a les camions de ravitaillement, ils viennent leur porter de l'eau, enfin voilà.
02:56Et je m'étais adressée parce qu'il y a des dames aussi pompiers pour savoir si elles avaient besoin d'aller se rafraîchir ou aller aux toilettes ou quoi.
03:06Mais non, voilà. Je ne savais plus quoi faire pour les rassurer à eux, mais ils m'ont rassurée surtout à moi.
03:17Et puis j'ai quand même pas mal de personnes âgées sur le bâtiment pour pouvoir les rassurer et tout.
03:23On voit très bien votre inquiétude et votre reconnaissance. Merci beaucoup, Pierrette.
03:26Et en effet, comme vous l'avez mentionné, il faut faire très attention à l'évolution de la situation météo avec ces vents qui sont très changeants
03:35et qui sont particulièrement dangereux pour les pompiers.
03:37Merci beaucoup à vous, Laura Cambeau. Je vous présente mes invités, le lieutenant-colonel Pascal Reversa qui est à mes côtés.
03:45Merci d'être là de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.
03:47Christian Pinaudot également. Merci à vous, expert en prévention des risques de feux de forêt.
03:52Puis je salue également la sénatrice Anne-Catherine Loisier qui est avec nous également, sénatrice de la Côte d'Or.
03:59Et vous êtes co-autrice d'un rapport sur la prévention également des feux de forêt.
04:04Je me tourne vers vous tout d'abord, lieutenant-colonel, pour y voir plus clair sur ces différents termes qui sont utilisés,
04:09qu'on utilise beaucoup aussi, qu'on répète nous les journalistes en parlant de ces feux de forêt.
04:13Là, il est contenu mais pas fixé. Expliquez-nous, qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
04:18Alors, il y a des termes qui sont employés au niveau des journalistes et puis des autorités préfectorales.
04:23Nous, on a fixé, maîtrisé, éteindre.
04:26Ah oui, donc contenu, le terme, là c'est un communiqué de la préfecture, c'est ça ?
04:30Oui, très certainement, oui.
04:31Ça veut dire que pour nous, tant qu'il n'est pas maîtrisé, qu'on ne passe pas vraiment dans la phase d'extinction,
04:37le feu, il peut reprendre.
04:39Donc les moyens, ils doivent rester sur place et puis il y a un engagement permanent.
04:43Donc tant qu'il n'est pas maîtrisé, en fait, là on parle de fixé, là il n'est pas encore fixé,
04:48ça veut dire qu'il y a une surveillance permanente, pardon, qu'il y a des largages d'eau qui sont permanents aussi ?
04:54Alors là, le dispositif tactique sur place, là, de fixé, il est peut-être fixé,
04:58mais en tout cas, tant qu'on n'est pas passé en-delà de la phase de maîtrise,
05:02le dispositif doit rester sur place parce qu'il y a de la vigilance et en fonction du vent, si ça tourne, voilà.
05:08Et la vigilance, elle dure combien de temps ?
05:10Une fois qu'on dit qu'un incendie est fixé, c'est pas encore maîtrisé, ça dure combien de temps ?
05:16Ça peut durer plusieurs heures, voire plusieurs jours, en fonction des conditions météo et puis du couvert végétal.
05:21Voilà, donc l'analyse, elle se fait vraiment en fonction du terrain.
05:23Donc c'est vraiment en fonction du relief, de plein de facteurs.
05:27Vous voulez ajouter quelque chose ?
05:29Non, non, mais effectivement, les éléments déterminants, c'est le relief.
05:34Ce mariage, vent, relief.
05:35Et là, on voit bien sur Martigues qu'il y a des zones qui sont quasiment indéfendables.
05:41Donc les pompiers, il faut qu'ils trouvent un terrain d'appui et ils attendent le feu pour l'éteindre
05:48parce qu'ils ne peuvent pas y aller, ils ne peuvent pas accéder à ces feux-là.
05:52Et donc, une fois fixé, effectivement, ça peut durer une demi-journée ou trois jours.
05:57– Et puis, on s'arrête évidemment à la nuit tombée, pour ce qui est des moyens aériens.
06:02– Pour les moyens aériens.
06:03– Pour les moyens aériens, là, il est 19h30, il fait encore jour,
06:06mais à partir de la nuit tombée, on ne peut plus utiliser les canadaires, les daches, etc.
06:09– Non, non, c'est que les moyens terrestres qui restent en activité
06:12et avec aussi une forme plus limitée quand même d'action.
06:17Mais par contre, il y a en permanence de l'eau,
06:20notamment au niveau des lisières qui sont exposées au vent.
06:22– Et sur ce feu, pour bien l'expliquer aux téléspectateurs, c'est un feu important
06:26puisqu'il y a eu 1 000 pompiers qui ont été mobilisés globalement depuis hier soir.
06:30– Oui, c'est 1 000 pompiers en simultané, en sachant qu'en même temps,
06:33il y avait d'autres sinistres ailleurs dans la région,
06:37voire ailleurs en France aussi, dans d'autres régions.
06:39Donc, ce sont les moyens importants, oui.
06:41– Alors, vous voulez nous rappeler, justement,
06:42vous êtes spécialiste en prévention des incendies,
06:44vous voulez nous rappeler à quel point c'est important de se poser la question,
06:48d'autant plus qu'on voit ces feux qui se multiplient
06:50à travers plusieurs endroits dans le pays,
06:51c'est important de respecter certaines consignes,
06:54certaines règles, pour éviter, justement, que ça se propage très vite.
06:57– Oui, alors, il y a deux niveaux de prévention.
07:00Il y a l'information préventive, avec des consignes à donner aux populations,
07:06et en général, les maires et les pompiers font ça très bien.
07:10– Et on va en reparler dans un instant.
07:12– Et surtout vis-à-vis d'une population qui avait perdu un peu
07:16cette relation avec le risque, contrairement à nos arrières-grands-parents
07:19qui étaient mobilisés dès qu'ils entendaient la cloche de l'église,
07:25ils savaient qu'il y avait un problème, et donc ils y allaient, comme on dit.
07:29Mais la population a perdu complètement cette notion de gestion de risque,
07:34et ça fait partie des priorités, ça fait partie des politiques de prévention,
07:40d'acculturer les populations, maintenant, à ce niveau de risque.
07:44Alors, ça, c'est dans les zones d'urbanisation, urbanisées,
07:50parce que c'est là où il y a le plus de population.
07:52Mais après, vous avez la prévention sur le terrain en forêt,
07:56qui consiste à aménager la forêt pour qu'elle se mette elle-même en défense.
08:01– Ça, c'est le cœur de votre travail, justement.
08:03– Voilà, et ça veut dire qu'il faut quadriller les massifs,
08:06alors évidemment, tout dépend du relief, c'est plus facile en plaine qu'en montagne.
08:12Mais le principe est le même, il faut s'adapter simplement aux conditions de terrain,
08:16ça veut dire qu'il faut quadriller le terrain, avec des pistes,
08:20mettre des points d'eau, comme les pompiers les trouvent dans une ville,
08:23dans les villes, les pompiers trouvent une borne d'eau à tous les coins de rue, si j'ose dire.
08:27Eh bien, en forêt, il faut arriver au même résultat.
08:30Et cette gestion des forêts, elle sera, en termes de prévention,
08:34quand on sait que le risque ne cesse d'augmenter depuis maintenant,
08:39le début des années 2000,
08:42eh bien, c'est la prévention qui sera probablement une des meilleures solutions.
08:49Parce que multiplier les canadaires, on peut le faire un peu,
08:55mais indéfiniment, ce n'est pas possible.
08:57– Anne-Catherine Loisier, sur justement cette prévention,
09:00quel constat vous, vous faites quand on le voit, été après été,
09:03on se souvient de l'été 2022, où effectivement ces feux de forêt
09:05avaient été gigantesques, terribles,
09:07est-ce qu'on progresse un tout petit peu dans ce secteur de la prévention ?
09:11– Oui, on progresse, je pense qu'il y a une véritable prise de conscience
09:15qui a été partagée au niveau national,
09:18pour les raisons qui ont été évoquées par les précédentes intervenances,
09:21c'est-à-dire qu'on voit une intensification du risque,
09:24une extension géographique, une extension aussi tout au long de l'année,
09:28on a même des incendies maintenant à des périodes plus printanières,
09:32et plus tard aussi à l'automne, donc on voit qu'il y a un renforcement,
09:36en fait un durcissement de ce risque, et l'ensemble des acteurs,
09:41en premier chef je dirais les élus et les acteurs des territoires
09:45qui sont historiquement plus impactés,
09:47donc toute la partie plus sud de la France,
09:51mais au-delà, dans le cadre de la démarche législative,
09:56la loi qui a été votée maintenant il y a deux ans,
09:58on a instauré un principe en fait de préparation,
10:03ou en tout cas de sensibilisation à ce risque incendie,
10:05dans l'ensemble des territoires ce sont les préfets,
10:08qui détectent en fait les zones les plus vulnérables,
10:11et qui animent et organisent des réunions de concertation
10:16entre les pompiers, les forestiers, mais aussi les agriculteurs, les élus,
10:21l'ensemble des acteurs qui peuvent être confrontés au quotidien,
10:25je dirais à ce risque, parce que l'efficacité de la lutte
10:30contre les incendies et de la prévention,
10:33il est totalement lié en fait au partage et à la coordination
10:38de l'ensemble de ces acteurs.
10:40On a malheureusement bon nombre d'incendies
10:42qui peuvent démarrer en bord de route,
10:46on l'a vu dernièrement aux abords des agglomérations,
10:50et c'est quand même rapidement…
10:50Par les mégots de cigarettes notamment,
10:51d'après une dernière statistique que nous disait notre service environnement,
10:56près de 1 feu sur 10 serait provoqué par un mégot de cigarette
10:59jeté par la fenêtre d'une voiture,
11:01ça effectivement ça paraît être des gestes qui pourraient être évitables,
11:04est-ce qu'on fait assez de prévention là-dessus ?
11:07Alors je crois que c'est 9 feu incendies sur 10
11:11qui sont d'origine humaine,
11:12je ne sais pas si c'est toujours les mégots de cigarette,
11:14mais en tout cas…
11:15Non je disais 1 sur 10 liés aux mégots de cigarette,
11:189 sur 10 effectivement liés à l'action humaine, 10%.
11:20Et effectivement, depuis quelques temps maintenant,
11:24il y a eu un durcissement de la réglementation
11:26avec des sanctions beaucoup plus importantes,
11:29des sanctions à la fois financières,
11:31voilà, beaucoup plus importantes,
11:32il y a eu beaucoup de programmes aussi de communication
11:35sur l'ensemble des médias,
11:37mais aussi sur l'autoroute,
11:39dans les trains,
11:41pour sensibiliser notamment les touristes
11:44aux bonnes pratiques,
11:45en tout cas aux choses à faire et à ne pas faire
11:48quand ils sont sur leur lieu de villégiature.
11:51Mais comme le disait M. Pinaudot,
11:53je pense qu'il y a une vraie culture du risque
11:56à partager avec nos concitoyens,
11:58parce que jusqu'à présent,
12:00la France avait été plutôt épargnée
12:03par ces grandes vagues d'incendies,
12:05aussi parce que nous avons des services de lutte
12:08et des pompiers très efficaces,
12:10qui avaient une stratégie d'attaque des feux naissants.
12:12Aujourd'hui, face à l'ampleur de ce phénomène,
12:14face à la multitude parfois de feux naissants
12:17au même moment,
12:18c'est ça qui est compliqué,
12:19ce que disait le pompier qui était avec vous,
12:21c'est la concomitance des événements
12:23qui fait qu'on ne peut pas être partout
12:24au même endroit,
12:25et surtout dans ces zones du Sud
12:27où on a beaucoup d'incendies
12:28qui peuvent naître au même moment.
12:30– Et lieutenant-colonel, pardon,
12:31excusez-moi madame la sénatrice,
12:32lieutenant-colonel,
12:32vous nous disiez justement sur ces consignes,
12:35vous avez l'impression que finalement,
12:36il faut rappeler parfois des évidences
12:38qu'on a perdu certains réflexes évidents
12:40par rapport aux risques liés aux incendies.
12:42– Oui, et surtout si on est confronté
12:45directement à ce phénomène,
12:47on est bien protégé dans une maison en dur,
12:49et d'ailleurs, dans le reportage,
12:52la dame l'expliquait très bien,
12:53bien sûr, si on a un habitat précaire,
12:55il y a de l'évacuation,
12:56mais il y a du confinement possible.
12:58Il y a des systèmes aujourd'hui,
12:59il y a FR Alert qui fonctionnent,
13:01et il faut écouter les messages de prévention,
13:02si vous êtes confronté à ce type de feu,
13:05on peut rester chez soi,
13:06on ferme ses volets,
13:07on prépare des linges humides,
13:09on laisse son portail ouvert,
13:10et on évacue, surtout,
13:13et on ne prend pas sa voiture,
13:14et on évacue que si les sapeurs-pompiers
13:15ou les agents des forces publiques
13:18vous le demandent d'évacuer,
13:20mais en tout cas,
13:20on est protégé quand même chez soi.
13:22Et attention,
13:23à la limite de vouloir éteindre les feux
13:25avec son petit cueil d'arrosage,
13:27voilà, en tout cas, faites attention,
13:28sa voiture, on la met à l'abri,
13:30on coupe le gaz,
13:31il y a plein de consignes comme ça
13:32qui sont évidentes,
13:32qu'il faut respecter.
13:33– Et on continue évidemment à appeler
13:34à la vigilance sur BFM TV,
13:37et grâce à vous notamment,
13:37merci beaucoup d'être venu sur ce plateau,
13:39merci beaucoup à tous les trois,
13:42Anne-Catherine Loisier aussi à distance,
13:43je vous salue, je vous remercie.
13:44– Sous-titrage ST' 501
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