- il y a 6 mois
Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé en énergie et en climat et président du Shift project, était l’invité du Face-à-face de BFMTV ce mardi 1er juillet pour évoquer la canicule qui touche la France.
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00:00Il est 8h32 et vous êtes bien sûr RMC et BFM TV.
00:04Bonjour Jean-Marc Jancovici.
00:05Bonjour.
00:05Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin.
00:08Vous êtes ingénieur, ingénieur spécialisé en énergie et en climat.
00:12Vous êtes à la tête du Shift Project,
00:14qui est ce think tank qui milite pour une économie décarbonée.
00:18Vous êtes aujourd'hui l'un des meilleurs spécialistes des questions d'énergie et de climat
00:21et vous êtes aussi l'auteur de ce livre best-seller
00:25qui s'appelle Le Monde sans fin,
00:27qui est cette BD qui explique aussi la question de l'écologie, de l'énergie,
00:31aussi de notre réseau, du pétrole, de l'électricité.
00:36Est-ce qu'aujourd'hui, hier, demain, dans ce moment où pour la première fois
00:41on a eu quasiment la totalité du pays sous canicule, alerte orange hier,
00:46rouge à partir de midi aujourd'hui,
00:49est-ce que c'est le début de la fin, pardon de vous la poser comme ça cette question ?
00:52Il y a un conseiller de Paris qui a sorti il y a un an
00:55un rapport qui s'appelle Paris à 50 degrés.
00:58Le titre vous donne la réponse.
01:00Vous pensez que ce serait possible un jour si on ne fait rien ?
01:03Alors, ce n'est pas que si on ne fait rien.
01:05En fait, ne rien faire, ça ne veut rien dire.
01:08C'est si on continue à avoir sur Terre les mêmes tendances qu'aujourd'hui
01:13en ce qui concerne la quantité d'énergie fossile qu'on utilise,
01:16la quantité de forêts qu'on coupe, la quantité de vaches qu'on élève.
01:19C'est tout ça qui contribue au réchauffement climatique.
01:23Et en fait, ce qui est sûr, c'est que malheureusement,
01:25aujourd'hui, ça n'est que le début des conséquences.
01:28Alors, l'une des raisons à ça, c'est que les gaz à effet de serre,
01:30une fois qu'on les a mis dans l'atmosphère, ils ne s'évacuent pas rapidement.
01:34En particulier, le principal d'entre eux, le dioxyde de carbone,
01:37est un gaz qui est chimiquement stable dans l'atmosphère.
01:38Donc en fait, tant qu'il est dans l'air, il n'a pas de processus d'épuration.
01:41Il reste là éternellement.
01:43Pour qu'il s'en aille, il faut qu'il revienne au contact du sol,
01:46soit pour se dissoudre dans l'océan, soit pour être repris par la végétation,
01:50à supposer que la végétation se porte bien.
01:52Tout ça, c'est très long.
01:53Et une des conséquences, par exemple, c'est que si demain matin,
01:56on arrêtait les émissions de CO2,
01:58eh bien, le surplus qu'on a créé,
02:00il lui faudrait plus de 10 000 ans pour s'évacuer totalement.
02:0310 000 ans ?
02:03Plus de 10 000 ans, oui, pour s'évacuer en totalité.
02:05Mais est-ce qu'il est encore temps de faire quelque chose alors ?
02:07Bien sûr.
02:09Parce qu'en fait, plus on en rajoute,
02:11et plus la situation future sera désagréable et pénible.
02:13Et on peut dire que si on continue sur notre tendance en matière d'émissions,
02:17on n'a encore rien vu, là, en ce qui concerne les conséquences.
02:19Ce qu'on vit, là, depuis deux jours, c'est encore rien.
02:24Non.
02:24À deux degrés de réchauffement climatique,
02:27qui est l'objectif haut de l'accord de Paris,
02:30la totalité des coraux tropicaux,
02:32ou la quasi-totalité des coraux tropicaux seront morts.
02:35Entre 30 et 50 % de la forêt française sera morte.
02:38Enfin, non, non, là, pour le moment, ce qu'on vit, c'est rien,
02:40comparé à ce qui nous attend si on continue.
02:42Ce ne sont que les prémices de ce qui nous attend.
02:44Alors, quand vous dites...
02:45Mais tout ça, c'est documenté depuis des décennies, voire des siècles.
02:48Mais vous, ça fait déjà très longtemps aussi que vous le dites.
02:51Est-ce qu'il y a des choses à faire, d'abord de manière immédiate,
02:55puis à moyen terme, puis à long terme ?
02:57Alors, le problème du réchauffement climatique,
02:58c'est que c'est des conséquences locales avec une cause globale.
03:02Comme la durée de résidence du CO2 dans l'atmosphère est très, très longue,
03:05le lieu d'émission n'a pas d'importance.
03:07L'atmosphère, il lui faut à peu près un an pour se brasser en totalité.
03:09Ça veut dire que pendant que nous, éventuellement, on va se donner un mal de chien
03:12pour réussir à réduire nos émissions.
03:14Alors, on va y venir après.
03:15S'il y en a d'autres qui, à l'autre bout de la planète, ne font pas cet effort-là,
03:18on en paiera de toute façon les conséquences.
03:19Exactement.
03:20Alors, du coup, il y a plein de gens qui nous écoutent,
03:22qui vont se dire, du coup, ce n'est pas la peine de faire des efforts.
03:24Alors, je vais expliquer après que si, quand même.
03:25Mais ce qu'il faut avoir en tête, c'est que, à cause de cette très longue durée de résidence du CO2 dans l'atmosphère,
03:34effectivement, le lieu, comme il faut un an à peu près l'atmosphère pour se brasser en totalité,
03:37c'est-à-dire que quelque chose d'émis à Tombouctou, à Zanzibar ou à Pékin,
03:42en un an, ça se retrouve brassé dans la totalité de l'atmosphère.
03:45Ça veut dire que c'est les émissions mondiales qui pilotent le climat que nous aurons.
03:50Et par contre, les conséquences sont locales,
03:51parce que si on manque d'eau au milieu du Sahara,
03:53ça n'a pas les mêmes conséquences que si on manque d'eau dans les Hauts-de-France.
03:57Donc, ce qui est en train de se passer en ce moment sur le climat,
04:00c'est la conséquence des émissions planétaires passées,
04:03pas juste des émissions françaises.
04:05D'où la raison pour laquelle, il y a maintenant un an et demi ou deux ans,
04:09le ministère de la Transition écologique a fait ce qu'on appelle un scénario pour la France,
04:16en disant qu'il faudrait que les entreprises se préparent,
04:19et que les activités, l'agriculture, la forêt, etc.,
04:22se préparent comme si on allait avoir un réchauffement de 4 degrés en France.
04:25Alors, peut-être qu'on ne l'aura pas, il faut tout faire pour ne pas l'avoir,
04:28mais si jamais ça devait arriver,
04:29il faut qu'on soit prêt,
04:30parce que ça dépend de la quantité de pétrole que vont consommer les Américains,
04:33de charbon que vont consommer les Chinois, etc.,
04:35il faut que ce soit moins pire que si c'était pire.
04:40Sachant qu'on va quand même prendre des claques,
04:42ça, ce n'est pas évitable,
04:43mais il faut essayer de les prendre un peu moins violentes, si on peut,
04:46plutôt qu'un peu plus.
04:47Comment on s'adapte ?
04:49S'il y a ces scénarios,
04:50il y a évidemment la question immédiate,
04:52qui est la question des plus vulnérables.
04:55On en parle depuis trois jours, évidemment,
04:57et on en a parlé au fur et à mesure des années passées,
05:00depuis notamment la fameuse canicule de 2003,
05:02la question des plus âgés,
05:04la question des EHPAD,
05:05la question des hôpitaux,
05:06la question des écoles.
05:08Comment est-ce qu'on fait ?
05:09Est-ce qu'à court terme,
05:10on peut se passer de clim ?
05:13Alors, ça dépend où et ça dépend pourquoi.
05:16Vous avez plein de solutions qui permettent de s'en passer
05:19ou qui permettent de moins l'utiliser,
05:21tout simplement parce qu'il y a des endroits où il n'y en a pas,
05:23tout bêtement.
05:24Donc, à ce moment, vous n'allez pas l'installer en 24 heures.
05:27Donc, oui, on peut faire des choses.
05:28On peut, par exemple,
05:29mettre des surfaces réfléchissantes aux fenêtres.
05:31On peut fermer les volets.
05:31On peut aérer la nuit et laisser tout fermer dans la journée.
05:36On peut se réfugier dans les étages inférieurs
05:38quand on en a la possibilité.
05:39On peut adapter les horaires de travail.
05:41Enfin, je veux dire,
05:42il y a un certain nombre de choses qu'on peut faire.
05:44Après, la clim, ce n'est pas l'horreur.
05:46Il faut voir qu'en ce moment,
05:47on a un problème de surplus d'électricité tous les jours à midi
05:50parce qu'on a les panneaux solaires allemands et français
05:52qui produisent trop d'électricité par rapport à ce qu'on utilise.
05:55Donc, si on rajoute des clims qu'on fait tourner
05:57quand il fait très chaud...
05:58Ce n'est pas grave.
06:00Sur le plan de l'électricité, non.
06:02Sur le plan, donc, quand on dit...
06:04Quand on dit la clim, ça surconsomme de l'électricité,
06:07ce n'est pas grave.
06:07En fait, en ce moment, de toute façon, on en a trop.
06:09Alors, à l'heure à laquelle ça la consomme,
06:10non, ce n'est pas trop grave.
06:12Par contre, ce qui est plus ennuyeux,
06:15c'est que ça rejette de la chaleur dans l'extérieur.
06:17En fait, une clim, c'est un frigo à l'envers.
06:19Un frigo, ça refroidit la bière et ça réchauffe la cuisine.
06:21La clim, ça fait l'inverse.
06:24Ça réchauffe l'extérieur.
06:25Donc, si vous commencez à avoir beaucoup de clim partout,
06:28ça crée un surplus de chaleur dans la rue.
06:30Net ? Clair ? Partout ?
06:31Partout où vous utilisez la clim, c'est clair.
06:34Mais pour autant, on n'a pas interdit les frigos.
06:36Non, mais ce n'est pas exactement la même puissance.
06:38Ce n'est pas la même puissance, mais c'est la même logique.
06:40La clim qui refroidit ce studio,
06:41ce n'est pas le volume d'un frigo.
06:43Non, ça, j'imagine bien.
06:45Mais dans un sens, j'ai envie de vous dire,
06:46si on a la clim ici, dans ce studio,
06:47puisque comme vous le dites, effectivement,
06:49il fait une température tout à fait agréable
06:50dans la pièce où nous nous trompons, vous et moi,
06:53pourquoi est-ce que les Français,
06:55qui parfois vivent dans des bouilloires thermiques,
06:57n'auraient pas le droit, eux aussi,
06:58de se retrouver dans un endroit où ils se sentent bien ?
07:02Alors, d'abord, parce que tous les endroits
07:03ne sont pas correctement calorifugés.
07:06Si vous mettez une clim dans un endroit
07:07qui est extrêmement mal protégé
07:09contre la chaleur extérieure,
07:11là, pour le coup, ça ne va pas très bien fonctionner.
07:14Et puis ensuite, il y a des endroits
07:15où, encore une fois,
07:16vous n'avez pas nécessairement besoin d'avoir de la clim.
07:18Mais est-ce que ça ne devient pas un problème social ?
07:19C'est-à-dire qu'au fond,
07:21pourquoi est-ce que certains pourraient se payer la clim,
07:24j'ai envie de dire, et d'autres pas ?
07:25Mais ça, c'est vrai pour tout.
07:27C'est vrai pour tout.
07:28Mais désormais, le chauffage, par exemple,
07:29c'est démocratisé.
07:31Oui.
07:32À l'époque, le chauffage, c'était pour les riches.
07:34Oui, bien sûr.
07:35Aujourd'hui, la clim, c'est encore pour les riches.
07:37Non, ça, c'est pas vrai.
07:38C'est pas vrai, ça ?
07:38Non, ça ne coûte pas très cher, une clim.
07:42L'installation d'une clim ?
07:43Oui, ce n'est pas le sujet.
07:45Après, la question...
07:46En tout cas, idéologiquement,
07:47pour vous, il n'y a pas de problème majeur avec la clim ?
07:49En tout cas, moins qu'il y a...
07:50Alors, le problème majeur avec les canicules,
07:52ce n'est pas trop la clim.
07:54Le problème majeur avec les canicules,
07:55c'est tout le reste.
07:56C'est-à-dire ?
07:57C'est le fait qu'il faut quand même manger
07:58et qu'une agriculture,
08:00dans un monde qui se dessèche...
08:02Parce que les canicules,
08:02ce n'est pas juste un problème de température,
08:04c'est un problème d'eau aussi.
08:05Dans un monde qui se dessèche,
08:06dans un monde qui perd ses forêts,
08:07dans un monde qui a moins de cours d'eau navigable,
08:09etc.,
08:10on va avoir beaucoup d'autres problèmes que la clim.
08:12Et notamment, le fait tout simplement
08:14de pouvoir récolter...
08:15Oui, je vous rappelle quand même
08:17que les civilisations se sont installées
08:18là où ça poussait.
08:20Je veux dire, ce n'est pas un hasard
08:21que les civilisations se sont installées
08:23plutôt dans le bassin parisien
08:24qu'au milieu du Sahara.
08:25C'est tout simplement parce que
08:26nous sommes dépendants de l'agriculture,
08:28on a quand même tendance à l'oublier.
08:29Et on l'oublie d'autant plus
08:31que maintenant, on est dans un monde d'urbain
08:32où la nourriture sort du supermarché.
08:34Donc, on oublie qu'il faut juste
08:36que ça pousse à l'amont.
08:38Il y a maintenant eu plusieurs fois
08:40en France des accidents climatiques,
08:42entre guillemets.
08:43C'est quoi un accident climatique ?
08:44C'est par exemple un épisode de gel tardif.
08:46Comme la végétation maintenant déboure
08:48de plus en plus tôt
08:49à cause du réchauffement climatique,
08:50un épisode de gel qui arrive
08:52au moment où il peut arriver,
08:53parce que ça peut toujours arriver quand même,
08:54fait beaucoup plus de dégâts.
08:56Ça peut être la grêle.
08:57Il se trouve que la grêle,
08:59la taille des grélons
09:00a tendance à augmenter
09:00avec le réchauffement climatique.
09:01On l'a vu encore récemment
09:02avec les épisodes d'orage et de grêle.
09:04Il y a surtout eu une analyse
09:05qui a été faite aux Etats-Unis,
09:07mais il n'y a pas de raison
09:07que ce soit différent en France,
09:08sur la taille des grêlons
09:09en lien avec le changement climatique.
09:11Et donc, ça a tendance à augmenter.
09:12Les orages ont tendance à s'intensifier,
09:14tout simplement parce qu'un orage
09:15est d'autant plus violent
09:16qu'il fait chaud au sol.
09:18Voilà, c'est de la physique de base.
09:22Et puis, bien évidemment,
09:23les sécheresses prolongées,
09:24c'est très mauvais pour la végétation.
09:26Et on sait,
09:28le co-crimséria au plan du reste
09:29vient de sortir un travail là-dessus,
09:31que la disponibilité en eau en France
09:33va baisser dans le cadre
09:34du réchauffement climatique.
09:36On parle aussi de la question
09:37de la chaleur de l'eau,
09:39avec la difficulté, par exemple,
09:40de la Garonne,
09:41qui a augmenté en température
09:43et qui n'arrive même plus
09:44à suffire pour refroidir
09:46les centrales nucléaires.
09:46Alors ça, c'est un problème
09:47de préservation de la biodiversité.
09:52C'est-à-dire qu'en fait,
09:53il y aurait toujours assez d'eau
09:54dans la Garonne
09:54et elle est toujours à la température
09:56qui permet de faire fonctionner
09:58une centrale nucléaire.
09:59Simplement, la température
10:00de rejet de l'eau,
10:02si on faisait fonctionner ça,
10:03dépasserait la norme
10:04qu'on considère aujourd'hui
10:05comme étant le seuil eau acceptable.
10:07Donc, ce n'est pas tant l'eau
10:08qu'on utilise
10:09que l'eau qu'on rejette
10:10qui pose un problème.
10:11Exactement.
10:12Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas d'eau.
10:12Elle ressortirait
10:13de tout ce circuit réchauffé.
10:16Elle ressortirait au-dessus du seuil
10:17qu'on considère comme étant acceptable
10:19pour ne pas nuire
10:20à la biodiversité du fleuve.
10:21Est-ce qu'il y a une inquiétude
10:22là-dessus à avoir ?
10:22Alors, en l'occurrence,
10:23les études disponibles montrent que non.
10:25Ça, ce n'est pas un problème majeur.
10:26Donc, ni pour le nucléaire,
10:29ni pour la biodiversité.
10:31Non, pour le moment.
10:33On pourrait augmenter
10:34le seuil de rejet
10:35de quelques degrés.
10:36Ça ne poserait pas
10:36de problème majeur.
10:38Par contre, la Garonne,
10:39à long terme,
10:41elle, elle va pouvoir connaître
10:42éventuellement
10:43un des problèmes de débit l'été.
10:45Parce que, comme vous avez
10:46de moins en moins de neige l'hiver,
10:47il y a de moins en moins
10:48de fonds de neige
10:50pour alimenter le fleuve
10:51au printemps et en été.
10:52Il n'y a plus de glaciers
10:52non plus pour ça, etc.
10:54Donc, le risque à l'avenir,
10:55c'est de retrouver
10:56des débits d'étiage
10:57qui sont beaucoup plus faibles
10:58l'été dans ce fleuve.
10:59Jean-Marc Jancovici,
11:00est-ce qu'il faut,
11:02avant qu'on passe aussi
11:03à la question
11:04de la déconsommation
11:05et à la question
11:06des décisions politiques
11:07qui viennent d'être prises,
11:08quand vous entendez,
11:08par exemple,
11:09Marine Le Pen hier
11:10qui veut lancer
11:10un grand plan
11:11de climatisation
11:13dans les services publics,
11:14elle pense aux écoles,
11:16aux EHPAD,
11:16aux hôpitaux.
11:18Est-ce que vous vous dites
11:18que c'est possible
11:19ou est-ce que ça n'est pas souhaitable ?
11:22C'est toujours...
11:23Ce qui est souhaitable,
11:25c'est d'être nuancé.
11:26C'est-à-dire que
11:27toutes ces affaires-là
11:29sont des affaires locales.
11:31Donc, il faut regarder.
11:32Il y a des cas de figure.
11:33Je vais vous donner un exemple.
11:34Quand vous avez un immeuble
11:35avec des surfaces vitrées
11:36plein sud,
11:38avant de poser la clim,
11:39vous pouvez éventuellement
11:40vous demander
11:40si ce n'est pas intéressant
11:42d'obscurcir les surfaces,
11:43de poser des stores,
11:44de poser des ovants
11:45et des trucs comme ça.
11:46Et est-ce qu'on peut faire
11:46les deux en même temps ?
11:47Bien sûr qu'on peut faire
11:47les deux en même temps.
11:48Mais ce que je veux dire,
11:50c'est que ce n'est pas
11:51juste de la clim.
11:54Exactement comme
11:54quand vous regardez
11:55comment est-ce que vous protégez
11:56un bâtiment contre le froid
11:57pour l'isolation.
11:58Il faut également regarder
11:59comment on protège
12:00un bâtiment contre le chaud
12:01et vous n'avez pas juste
12:02une seule chose à faire.
12:03C'est ça que je suis en train de dire.
12:05La question de la déconsommation,
12:06là-dessus,
12:07on a vraiment l'impression
12:07qu'en ce moment,
12:08vous êtes en train
12:08de perdre la bataille.
12:09On se souvient de vous
12:10qui disiez notamment
12:11qu'il allait falloir
12:12calculer le nombre de vols
12:15en avion dans une vie.
12:16Vous avez peut-être vu
12:17qu'on a non seulement
12:18retrouvé le même trafic aérien
12:21qu'avant le Covid,
12:22mais que les perspectives,
12:24c'est même de doubler
12:25le trafic aérien.
12:26C'est une des études
12:27qui avaient été faites
12:27au moment du Salon du Bourget
12:29il y a quelques jours.
12:3025 000 avions aujourd'hui
12:32et probablement 50 000
12:33en 2050.
12:34Est-ce qu'on se trompe
12:35complètement d'eux ?
12:36Est-ce que vous prenez le pari ?
12:37Parce qu'en 2050,
12:37vous serez probablement
12:38encore vivante.
12:39Je ne suis pas sûre,
12:40mais j'espère.
12:41Je pense.
12:42Moi, ce n'est pas exclu,
12:43donc on peut prendre le pari.
12:44Vous pensez que ça ne sera pas le cas ?
12:46Je pense que ce n'est pas
12:47du tout certain.
12:48Vous pensez que ce n'est pas
12:48du tout certain ?
12:49Vous pensez que ça,
12:50c'est un chiffre qui est vendu
12:51par ceux qui vendent des avions ?
12:52Je pense que c'est un chiffre
12:53qui n'est pas du tout certain.
12:55Je pense que les gens
12:56qui avancent ce chiffre,
12:59moi, si j'étais à votre place,
13:01si j'étais un peu joueuse,
13:02je leur demanderais
13:04s'ils sont prêts
13:04à parier leurs propres économies,
13:06à supposer qu'ils soient
13:06encore vivants dans 25 ans,
13:07ou si le pari est transmissible
13:09à leurs héritiers,
13:10s'ils sont prêts
13:10à parier leurs propres économies
13:12ou leurs propres maisons
13:13sur le fait que c'est ça
13:14qui va se passer.
13:15Je parierais avec eux
13:17plus largement.
13:19Est-ce qu'on n'est pas en train
13:20de prendre des prix inverses
13:22de ce que vous dites ?
13:23Lorsque l'on voit
13:23que les députés ont voté
13:25la réouverture de Fessenheim,
13:27ont voté un moratoire
13:28sur les énergies renouvelables ?
13:30Ça, c'est juste idiot,
13:31mais ça n'a rien à voir
13:32avec de la déconsommation.
13:33Vous, vous auriez été
13:34contre la fermeture de Fessenheim
13:36tout simplement à l'époque ?
13:36J'étais tout à fait contre
13:37la fermeture de Fessenheim,
13:38mais maintenant que la moitié
13:39de la centrale est partie
13:40à la ferraille,
13:41dire qu'on va la rouvrir,
13:42ça n'a ni que ni tête.
13:44Le moratoire
13:45sur les énergies renouvelables ?
13:46C'est un peu comme si vous
13:48votiez à l'Assemblée
13:50un amendement en disant
13:52que tout d'un coup,
13:52les lapins doivent faire
13:53deux mètres de haut
13:54et être tout bleus.
13:54Bon, si vous voulez,
13:55vous pouvez le voter.
13:56Oui, ils se font plaisir,
13:57ils se font plaisir,
13:58mais ça n'a absolument
13:59rien à voir.
13:59Mais est-ce qu'on n'est pas
14:00justement au cœur,
14:02pardon, avec votre histoire
14:03de lapin bleu
14:04et de deux mètres de haut ?
14:06Parfois, on a l'impression
14:07en ce moment qu'il y a
14:08des questions à la fois
14:09d'idéologie,
14:10de pragmatisme,
14:11de progrès technologique
14:13ou au contraire de régression
14:14qui ne sont pas prises en compte.
14:16Il y a les questions
14:17effectivement de progrès
14:19dans un certain nombre
14:20de domaines,
14:21il y a les refus
14:22y compris sur les énergies
14:24renouvelables,
14:25il y a la question des ZFE
14:26et là-dessus,
14:26on a l'impression
14:27que tout devient idéologique
14:29du point de vue
14:29de la politique.
14:30C'est surtout très confus.
14:31Je vais finir de répondre
14:32à votre question
14:32sur la déconsommation.
14:34Le trafic aérien,
14:35ce n'est pas la totalité
14:36de la consommation.
14:37Quand vous regardez
14:37les Français,
14:38en fait,
14:39la déconsommation
14:39est déjà une réalité
14:40pour une partie d'entre eux.
14:42Les budgets alimentaires
14:43ne sont pas revenus
14:43au niveau d'il y a deux ans.
14:45Vous avez de plus...
14:45Et pas uniquement
14:46pour des raisons économiques,
14:47mais aussi pour des raisons
14:48presque d'habitude désormais.
14:49Je ne sais.
14:51Aussi pour des raisons économiques.
14:52Quand vous regardez
14:53le revenu disponible
14:54des ménages depuis 2010,
14:56il n'augmente quasiment plus.
14:57Voir, il y a des gens
14:58pour lesquels il s'érod.
14:59Il y a une fraction croissante
15:00des gens qui sont à découvert
15:01le 15 du mois.
15:02Enfin, la déconsommation
15:04est déjà une réalité
15:05pour une partie des gens,
15:06mais de façon subie.
15:07Et ça, c'est malheureusement
15:08tout à fait conforme
15:09avec ce que je racontais
15:10il y a 10 ou 15 ans.
15:11Et en tendance,
15:12ça va s'amplifier, malheureusement.
15:14Et c'est pour cette raison-là,
15:16indépendamment de ce que font
15:17les Chinois sur leur charbon,
15:18qu'il faut qu'en Europe
15:19on se décarbone,
15:20tout simplement parce qu'on importe
15:22la quasi-totalité
15:22de nos combustibles fossiles.
15:24On importe en France
15:2599% de notre pétrole,
15:26100% de notre gaz,
15:27100% de notre charbon.
15:28Donc pour vous,
15:29c'est aussi une question
15:29de souveraineté ?
15:30Et au niveau européen,
15:32oui, et au niveau européen,
15:33on importe 97% de notre pétrole,
15:3690% de notre gaz
15:37et 50% de notre charbon.
15:39Or, tant pour le pétrole
15:41que pour le gaz,
15:42régionalement,
15:43je ne dis pas mondialement,
15:44mais régionalement,
15:45on est déjà contraints à la baisse.
15:46C'est-à-dire qu'on ne peut
15:47déjà plus
15:48ne serait-ce que de garder
15:49la même quantité de pétrole
15:51tous les ans
15:51et la même quantité de gaz
15:53tous les ans,
15:53déjà en Europe,
15:54on a du mal,
15:55on n'y arrive pas.
15:56Donc ça veut dire
15:57que décarboner l'Europe
15:58pour des raisons d'importation,
16:01de toute façon,
16:02il faut qu'on le fasse,
16:03indépendamment de ce que les Chinois
16:04font sur leur charbon
16:05pour le climat.
16:06Mais Jean-Marc Lankovici,
16:07je vous ai posé cette question politique
16:08et d'ailleurs,
16:09c'est très frappant,
16:09vous-même,
16:10vous parlez à peu près
16:11à tous les politiques.
16:12Ils vous consultent régulièrement,
16:14que ce soit à gauche
16:15ou à droite, non ?
16:16Vous n'allez pas aller aux journées LR ?
16:18Alors,
16:19on ne va pas du tout aller
16:19aux journées LR.
16:20Ils vous ont invité ?
16:21On s'est plutôt invité.
16:23Le Chief Project
16:24a écrit à tous les présidents
16:26de groupes parlementaires
16:27en leur disant,
16:28après la nouvelle élection,
16:30en leur disant,
16:30écoutez,
16:31nous,
16:31si vous voulez,
16:31on viendra volontiers
16:33échanger avec vous.
16:34Parce que vous voulez,
16:35à un moment,
16:36leur parler
16:36de toutes ces questions-là ?
16:37Évidemment.
16:38Moi,
16:38ce qui m'intéresse,
16:39Jean-Marc Jancovici,
16:40c'est que vous êtes un ingénieur.
16:41Le mot qui me vient
16:43le plus facilement à l'esprit
16:44en regardant ce qui se passe
16:45en ce moment à l'Assemblée,
16:45c'est confusion.
16:48Ou si on emploie un mot
16:49un peu plus vulgaire,
16:50c'est le bordel, quoi.
16:51C'est le bordel.
16:52Sur les questions de ZFE,
16:53sur les questions
16:53d'énergie renouvelable ?
16:55Surtout,
16:55c'est la plus grande confusion.
16:57Alors,
16:57cette grande confusion,
16:58moi,
16:58je pense qu'elle vient
16:59notamment du fait
16:59que tous les parlementaires,
17:01enfin,
17:01une bonne partie
17:01des leaders parlementaires,
17:02pardon,
17:03les gens les plus visibles,
17:04ceux qui passent
17:04sur ce plateau-là,
17:06ils résonnent
17:06avec un logiciel
17:07hérité de l'ancien temps
17:08et ils n'arrivent pas
17:09à se projeter
17:10dans le monde de demain
17:11qui est un monde
17:12dans lequel il va falloir
17:13accepter des renoncements.
17:15Et ça,
17:15ils ne sont pas câblés pour ça.
17:17Donc,
17:17ils arrivent...
17:18Ils n'ont peut-être pas aussi
17:18envie de demander aux Français
17:20de renoncer
17:20parce qu'ils ont peur
17:21de ne pas être élus.
17:22Les Français sont déjà
17:22en train de renoncer
17:23pour une partie d'entre eux.
17:25C'est ce que je vous disais
17:25tout à l'heure.
17:26Mais de manière subie.
17:27Donc,
17:27autant accompagner ce mouvement.
17:28Et de manière subie.
17:29Et donc,
17:29autant non seulement
17:30l'accompagner,
17:31mais éviter
17:32par des choses astucieuses
17:33de temps en temps
17:34de trop souffrir.
17:36Enfin,
17:36je veux dire,
17:36il y a des tas de choses
17:37qu'on peut faire.
17:38Si,
17:38par exemple,
17:39on a tous les gens
17:40qu'on arrive à convaincre
17:41de passer
17:43la pompe à chaleur,
17:47eh bien,
17:47en global,
17:48sur la durée de vie
17:49de l'installation,
17:50ils font des économies.
17:52Bon.
17:52Et le pays,
17:53par ailleurs,
17:53il gagne
17:54sur le plan économique
17:55parce qu'on remplace
17:56des importations
17:56par de la valeur ajoutée française.
17:58Bon.
17:58Ça,
17:59c'est quelque chose
17:59qui ne demanderait
18:00même pas un effort
18:01titanesque à tout le monde.
18:03Globalement,
18:04on peut très bien
18:04s'organiser
18:06pour que l'effort
18:07soit gérable.
18:08Mais juste,
18:08on ne le fait pas
18:09parce qu'on n'accepte pas
18:10le renoncement
18:11qui consiste à dire
18:12là,
18:12il y a une possibilité
18:13qu'on n'a plus.
18:13Mais est-ce que l'écologie
18:14a été trop punitive ?
18:15Est-ce que le backlash,
18:16comme on dit désormais,
18:17anti-écolo,
18:19parce qu'on a refusé
18:20finalement les ZFE
18:21en disant
18:22les ZFE,
18:23elles font souffrir
18:24les plus modestes,
18:25elles excluent
18:26les plus modestes
18:26des centres-villes,
18:27elles donnent ce sentiment ?
18:29C'est le mouvement
18:30de l'écrivain Jardin
18:32qui dit
18:32les gueux
18:33sont exclus
18:34de cette nouvelle écologie.
18:36Qu'est-ce que vous répondez
18:37à ça sur le plan,
18:38j'allais dire,
18:38social et politique ?
18:40Deux choses.
18:41La première,
18:41c'est que gérer l'environnement,
18:42c'est fatalement gérer
18:43une planète finie.
18:45Donc,
18:45à un moment,
18:45dire on va gérer l'environnement
18:47sans s'imposer
18:47aucune restriction,
18:48ça ne marche pas.
18:49Donc,
18:49la question,
18:50c'est de savoir
18:50laquelle on s'impose.
18:51Mais des restrictions,
18:52on vit dedans
18:52toute la journée.
18:53Je veux dire,
18:54on ne dépense pas plus
18:54que ce qu'il y a
18:55sur son compte en banque,
18:55sinon votre banquier
18:56vous tire les oreilles
18:57et on ne dit pas
18:58à longueur de journée
18:58que la banque est punitive.
19:00Donc,
19:00en fait,
19:01on doit faire
19:02exactement pareil
19:03avec nos denrées.
19:04Donc,
19:04gérer une limite,
19:05c'est quelque chose
19:06auquel on est très habitué.
19:07Ce n'est pas quelque chose
19:08d'extraordinaire.
19:10Donc,
19:10ce terme d'écologie punitive,
19:12moi,
19:12je ne le comprends pas.
19:13Je veux dire,
19:14ce n'est pas punitif,
19:15c'est accepter,
19:15enfin,
19:16c'est gérer une limite,
19:16mais des limites,
19:17encore une fois,
19:17on en a partout.
19:19Après,
19:20que dans la gestion des limites,
19:21de temps en temps,
19:22il y ait des maladresses,
19:23c'est absolument évident.
19:25Et le problème,
19:25c'est que le balancier,
19:26une fois qu'il est parti
19:27trop loin d'un côté,
19:28il a tendance à revenir
19:28trop loin de l'autre.
19:30Donc,
19:30moi,
19:30la ZFE,
19:31je ne sais pas
19:31si c'était une bonne
19:32ou une mauvaise idée.
19:33Tout ce que je sais,
19:34c'est qu'effectivement,
19:35à partir du moment
19:35où vous dites aux gens
19:36vous n'aurez plus la possibilité
19:37de faire ça,
19:38il faut leur dire
19:38quelle est l'alternative.
19:40Même si l'alternative
19:46artisan et que vous avez besoin
19:47de votre camionnette
19:48pour aller bosser,
19:49effectivement,
19:50si on ne vous donne
19:50pas d'alternative,
19:52il y a un problème.
19:54Il faut quand même noter
19:54que les gens
19:55qui avaient besoin
19:55d'une alternative,
19:56ils n'étaient pas majoritaires.
19:58Ce n'était pas la masse
19:59de la population
20:00qui aurait été gênée
20:01dans ces déplacements
20:02par les ZFE.
20:03Mais au minimum,
20:04il y a eu des maladresses,
20:05une confusion,
20:06et c'est à ça
20:06que vous voulez tenter
20:07de remédier.
20:08Alors,
20:08la confusion,
20:09en ce moment,
20:09il y en a beaucoup,
20:10encore une fois,
20:11tout simplement parce que
20:12les gens dans le monde politique
20:13ne comprennent pas
20:14le monde vers lequel
20:14on se dirige.
20:16Et vous allez leur parler
20:17aux uns et aux autres.
20:17Merci Jean-Marc Jancovici
20:18d'être venu déjà
20:19à ce micro,
20:20ingénieur spécialisé
20:22en énergie et en climat.
20:23Et le titre donc
20:24de votre think tank,
20:25ça s'appelle
20:25le Shift Project.
20:26Il est 8h52
20:27sur RMC BFM TV.
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