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  • il y a 9 mois
Alain Bauer, professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et des Métiers, était l'invité du Face à Face sur RMC et BFMTV, ce lundi 23 juin. Il est revenu sur les frappes menées par les États-Unis sur trois sites nucléaires iraniens.

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00:01Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Alain Boer.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être à nouveau dans ce studio ce matin parce que les jours se suivent mais de nouvelles étapes sont franchies.
00:12Ce week-end évidemment ces frappes américaines et de nombreuses questions à vous poser.
00:16Quelles conséquences, quels ripostes aussi du côté de l'Iran ?
00:20Quel bilan pour ces frappes en termes d'efficacité réelle ?
00:23Une opération inédite et puis aussi la question de la menace ici même,
00:28non seulement sur le sol européen mais même sur le sol français.
00:31Alain Boer, vous êtes professeur de criminologie au CNAM, le Conservatoire national des arts et métiers.
00:35Vous êtes spécialiste des questions de sécurité et de défense.
00:37J'en profite d'ailleurs pour saluer vos deux derniers livres,
00:40Opération Zelensky et Menace sur Taïwan.
00:43L'opération qui a eu lieu ce week-end, est-ce qu'elle change totalement la donne ?
00:50Elle change totalement la donne du point de vue des Etats-Unis
00:52qui jusqu'à présent avait aidé, soutenu, accompagné mais n'était pas intervenu directement en Iran.
01:01Les Etats-Unis sont marqués par l'affaire de 1979, la prise de leur ambassade
01:06et 444 jours de prise d'otage du personnel diplomatique qui était présent dans cette ambassade.
01:12Ce qui est le péché originel de l'Iran qui explique que les Etats-Unis
01:16attendent depuis 1979 le moment de leur revanche et l'Iran vient d'offrir,
01:22avec l'affaire du 7 octobre, les opérations menées par le Hezbollah
01:25et un certain nombre d'opérations dites de proxy, des tentatives d'assassinat,
01:30des tentatives d'attentat, l'opportunité pour les Américains de prendre leur revanche.
01:34Et le président Trump, qui était souvent taxé de tacos dégonflés,
01:40Trump always chills out, a pris la décision de sortir de cette idée
01:44qu'il proclamait beaucoup mais faisait peu,
01:47pour montrer qu'il s'était transformé du dealer, l'homme qui fait des deals,
01:51en chef de guerre et il a assumé cette position
01:55qui montre à quel point il s'est produit un changement très important
01:58autant à Washington qu'à Teheran.
02:00Alors la question évidemment de l'efficacité ou non de ces frappes,
02:05mais d'abord sur le mot guerre, l'Iran, par la voix notamment de l'ambassadeur d'Iran en France,
02:12dit « nous ne sommes pas en guerre contre les Etats-Unis ».
02:15Les Etats-Unis disent la même chose puisque les Etats-Unis disent
02:17« nous ne sommes pas en guerre contre l'Iran,
02:20nous sommes en guerre avec les capacités nucléaires iraniennes ».
02:24Est-ce juste ? Est-ce qu'on peut dire qu'il n'y a pas de guerre
02:26au moment où on se parle entre les Etats-Unis et l'Iran ?
02:28Il y a la guerre quand au moins un des deux protagonistes explique qu'il fait la guerre.
02:31Les deux sont d'accord pour dire qu'ils ne font pas la guerre.
02:34Donc ce sont des opérations ciblées.
02:36Ce n'est pas la première fois qu'il y a des opérations ciblées américaines contre l'Iran.
02:40L'Iran a d'ailleurs répliqué au moins une fois contre une base américaine en Irak.
02:44Donc la réplique est toujours mesurée.
02:45Et d'ailleurs le discours des autorités iraniennes c'est
02:48« nous répondrons de manière mesurée, équilibrée,
02:52mais importante, suffisante, d'un niveau qui… »
02:56Donc tout ça est une logique de l'escalade pour la désescalade,
03:01un peu la doctrine militaire russe telle que j'essaie de l'expliquer
03:04depuis le début de la guerre en Ukraine.
03:05C'est-à-dire toujours un moment où il va y avoir un équilibre.
03:07Donc nous n'en ferons pas trop mais nous ferons quelque chose.
03:09Donc il y aura une réplique iranienne quelque part à un moment donné
03:12mais qui ne poussera pas à un nouvel échange à un niveau plus élevé.
03:18Après c'est le président Trump qui décidera, comme vous l'avez vu,
03:21de prendre les choses.
03:23À un moment son vice-président dit « pas de changement de régime ».
03:25Le président dit « pourquoi pas ».
03:27On va y venir à cette question évidemment du changement de régime
03:30dont on sent bien et dans les dernières déclarations de Donald Trump encore cette nuit
03:35que ça peut être le deuxième objectif, l'opération en elle-même.
03:40Donald Trump dit ce matin que les capacités nucléaires iraniennes sont véritablement touchées.
03:49Est-ce qu'elles sont annihilées ?
03:51Et est-ce qu'il a les moyens de le savoir ?
03:53Alors pour Ispahan, c'est à peu près sûr.
03:55Pour Nathan, c'est quasiment certain.
03:57Pour Fordo, personne n'en sait rien pour l'instant.
04:00Disons que Fordo, c'est la pierre rapide de Khéops sous une montagne de granit.
04:04Donc il y a eu beaucoup de dégâts.
04:06On peut considérer que le site est enseveli.
04:08On ne sait pas s'il est détruit.
04:10Et ça ne répond pas à deux questions.
04:12Le premier, c'est sur le quatrième site dont je vous avais révélé l'existence et la localisation
04:16dont nul ne parle.
04:18Et c'est un grand mystère.
04:19Et je n'arrive pas à avoir une réponse claire sur « et le quatrième site était-il finalisé ? »
04:24C'est un Fordo encore plus fortifié.
04:27Donc ça n'est pas rien.
04:28C'est au sud de Natanz.
04:29Et on ne sait pas s'il a été ou pas ciblé, touché ou détruit.
04:33C'est une sorte de grand silence.
04:34Et deuxièmement, c'est les 409 kg d'uranium enrichi à 60 %.
04:39Alors je rappelle que pour faire fonctionner une centrale nucléaire, 4 %, ça suffit.
04:43Pour construire une bombe nucléaire, il faut aller aux alentours de 90.
04:46À Fordo, on a été allé jusqu'à 83,6 %, donc très près.
04:51C'est 400 kg.
04:52Ça tient en quatre valises ou six valises.
04:54Ce sont des petits lingots qui doivent être retransformés à l'état gazeux pour être réenrichis.
04:59C'est assez compliqué l'enrichissement.
05:01Mais il y a un problème.
05:03Sont-ils restés là ?
05:03Ça tient en quatre valises ?
05:05Oui, quatre fois cinquante kilos.
05:06Donc en effet, les images que l'on a vues, images aériennes de camions qui quittaient les lieux, il peut vraisemblablement y avoir ces lots.
05:20Ça peut même rentrer dans une simple voiture.
05:22Il y a 3000 scientifiques iraniens, ils peuvent en prendre un par un.
05:24Le lingot n'est pas extrêmement radioactif.
05:27Après, il faut avoir retrouvé des centrifugieuses et réavoir les moyens de...
05:31Alors sur les 3000 scientifiques iraniens, on va dire qu'une cinquantaine ont été éliminés.
05:35Une vingtaine des plus importants sont en fuite, ont été transférés vers la Russie.
05:40Il reste aujourd'hui un débat assez important sur ont-ils la capacité intellectuelle ?
05:47Oui, l'Iran est un très grand pays de scientifiques.
05:49Ont-ils la capacité matérielle ?
05:51S'ils ont sauvé toute ou partie du stock enrichi, on va voir.
05:58C'est en cours de discussion.
06:00Il se trouve que les Israéliens ont un extraordinaire réseau de renseignements humains qui va être capable de dire des choses.
06:06Les Américains ont un extraordinaire réseau de renseignements technologiques qui va pouvoir compléter ou confirmer ou infirmer les choses.
06:13Mais pour l'instant, il y a un doute considérable sur l'endroit du stock.
06:16Et les Iraniens ne manquent pas depuis plusieurs jours de dire qu'ils avaient évacué le stock par avance pour le cacher ailleurs.
06:23Il se trouve qu'en la matière, ils mentent beaucoup, mais assez bon.
06:26C'est-à-dire que les Américains, c'est le poker menteur et les Iraniens, c'est l'échec menteur ou les échecs menteurs.
06:32Mais il y a pour l'instant une réalité qui est qu'il y a un doute.
06:35Et ce doute a été exprimé, y compris par le Pentagone hier.
06:38Ce qui voudrait dire, essayons de nous arrêter un instant là-dessus,
06:41parce que c'est probablement ce qu'il y a de plus inquiétant en termes de riposte,
06:46ce qui voudrait dire que, un, les attaques qui ont été faites par ces mégabombes
06:51auraient pu détruire éventuellement le matériel, mais pas le stock.
06:55Et deux, que ce fameux stock pourrait, à court ou à moyen terme,
07:00être utilisé pour faire des sortes de mini-bombes atomiques.
07:04– Non, le stock ne sert à rien s'il n'y a pas le matériel.
07:08Ce n'est pas un processus aussi simple.
07:11Donc il faut le matériel, les centrifuges, il faut reconstruire un dispositif.
07:15Et c'est pour ça que la question du quatrième site m'interpelle depuis le début de ces opérations,
07:21en me demandant s'il n'y aurait pas d'autres sites secrets.
07:24Alors les Israéliens disposent de beaucoup d'informations.
07:26D'ailleurs, ils continuent à faire beaucoup de frappes.
07:28Il y avait cette nuit encore des frappes à Karmanshar, dans l'ouest de l'Iran.
07:32Les Iraniens ont eu le temps de se préparer.
07:34Je rappelle que l'attaque de Fordo a été préparée en 2011,
07:37sous Barack Obama, qui en a fait la démonstration pour la première fois,
07:41à Ehud Barak, ancien Premier ministre à l'époque,
07:43ministre de la Défense d'Israël, dans le désert du Mojav,
07:46là où on faisait les essais des bombes nucléaires,
07:48avec une réplique de Fordo et la première GBU-57 en prototype.
07:53Donc Barack Obama avait dit à Ehud Barak, d'après ce que dit Ehud Barak,
07:58on l'a, mais pour l'instant on ne le fera pas,
08:01parce que les effets secondaires seront considérables et compliqués.
08:05Donc ça fait 15 ans que les Américains se préparent à l'attaque de Fordo.
08:09On sait, ils en connaissent à la fois l'importance et les limites.
08:14Et les limites, parce qu'effectivement il y a cette question,
08:17à la fois du quatrième site secret,
08:18le secret qui entoure d'ailleurs globalement toute cette opération,
08:21y compris le vol même de ces fameux B2,
08:25c'est-à-dire essayer de nous expliquer, avec le recul,
08:29la stratégie, les leurres, le fait d'avoir parcouru la planète
08:35de manière tout à fait invisible, ça paraît assez inouï quand même.
08:40Alors c'est un des avions les plus stealth, les plus invisibles du monde.
08:44C'est un avion qui était entièrement construit pour ça,
08:46que lorsqu'il a été présenté dans les premières fois,
08:48on empêchait les gens d'approcher pour éviter qu'avec leurs ongles,
08:52ils grattent la peinture qui elle-même vaut des dizaines de milliers de dollars
08:56au centimètre carré.
08:58Donc c'était un avion qui a été fabriqué pour ça.
09:00Il y en a 21 fabriqués, 18 qui fonctionnent encore.
09:03C'est l'avion le plus cher de l'histoire de l'aviation,
09:06toutes catégories confondues.
09:07C'est le seul à pouvoir porter cette catégorie-là à Whiteman
09:10des bombes de type GBU-57.
09:13Deux, et quand il décolle, il décolle quasiment à vide en pétrole,
09:17il faut le ravitailler tout de suite.
09:18Autrement, il n'arrive pas à décoller tellement les bombes sont puissantes.
09:22Donc il y a eu deux escadrilles qui se sont envolées.
09:24Une pour faire de l'enfumage, comme on dit,
09:27pour les journalistes, les médias et tous ceux qui regardaient les avions décoller.
09:30Et qui ont pensé qu'éventuellement...
09:31Et l'autre qui est parti dans un très long vol avec de nombreux ravitaillements.
09:35Mais il y avait 125 avions dans cette opération.
09:37C'est à la fois l'opération la plus longue et quasiment la plus massive
09:41qui a été faite depuis la guerre du Golfe.
09:43Des avions intercepteurs, des avions brouilleurs,
09:45des avions ravitailleurs, des avions de soutien,
09:48plus un sous-marin qui a envoyé des missiles Tomahawk
09:51pour toucher notamment le site d'Ispanon, mais pas seulement.
09:55Bref, tout ça a été une extraordinaire opération de mystification
09:59dont on découvrira un jour.
10:01J'écris probablement un roman dans un ou deux ans
10:03pour raconter cette affaire, justement,
10:05avec le vrai qu'on ne voit pas encore,
10:07le vrai semblable qu'un jour on découvrira.
10:09Vous savez qu'il a fallu 11 ans pour savoir
10:11que les Israéliens avaient mené une opération
10:12contre une centrale nucléaire en Syrie,
10:16sur le site d'Al-Kibar,
10:18où les Syriens et les Israéliens ont décidé de tout laisser secret.
10:21Les uns parce qu'ils s'étaient fait prendre la main dans le sac
10:23et les autres parce qu'ils ne voulaient pas dire
10:24qu'ils avaient attaqué une centrale nucléaire
10:26qui avait un objectif militaire.
10:27Donc, il faut se rendre compte qu'il va falloir un peu de temps.
10:31Mais la réalité de cette opération,
10:32c'est un immense succès opérationnel.
10:34On peut dire ce matin que c'est un succès opérationnel.
10:38Est-ce qu'on peut dire que c'est un succès véritable ?
10:41C'est-à-dire, est-ce qu'effectivement,
10:44mais nous le saurons quand ?
10:45Deux sites sur trois.
10:49Prochainement pour Forteau,
10:50car il y a des outils qui permettent de voir
10:52à l'intérieur de la montagne,
10:53en utilisant justement les trajectoires des bombes
10:56et ce qu'elles ont laissé ouvert,
10:58de voir l'état des destructions en profondeur.
10:59Mais on le découvre comment, ça ?
11:01Il faut des hommes sur place ?
11:02Non, il faut des très bons satellites.
11:04Des très bons satellites, ça suffit pour voir
11:06ce qui se passe sous la Terre ?
11:07Ça suffit pour voir suffisamment ce qui se passe,
11:09pour voir s'il n'y a plus que des débris
11:11ou s'il reste une structure béton à peu près plate.
11:15Donc, il y a des éléments qui devraient permettre de le faire.
11:18Par ailleurs, le renseignement israélien
11:20est tellement infiltré dans l'appareil d'État iranien
11:24que les informations qui sont en train d'être données
11:26à les directions des gardiens de la Révolution,
11:28peut-être au guide,
11:28qui est totalement enterré dans son coin,
11:31mais qui a quand même besoin d'avoir quelques informations,
11:33vont lui dire, bon, il nous reste quelque chose,
11:35il ne nous reste rien.
11:37Les jours qui viennent vont permettre
11:39d'avoir un éclairage là-dessus,
11:41mais les Israéliens vont continuer imperturbablement
11:43à bombarder d'autres sites, plus de missiles.
11:46Ça n'est pas terminé.
11:46Non.
11:47Ça n'est pas terminé, ça va se poursuivre.
11:49Une opération de ce genre, c'est entre 30 et 60 jours,
11:52quand on est dans une logique à la fois de tapissage
11:56et d'élimination, notamment des lanceurs de missiles,
12:00puisque la moitié des missiles et probablement des lanceurs
12:02ont été détruits, mais il en reste une autre moitié.
12:04Et l'Iran, c'est très grand, c'est trois fois la France,
12:0690 millions d'habitants, c'est une immense nation
12:08de savants, d'ingénieurs, de physiciens.
12:12C'est un empire qui n'a pas oublié qu'il l'était,
12:14l'empire perse, et qui a donc encore beaucoup de moyens.
12:17Alain Boer, la question maintenant de la riposte.
12:20L'Iran qui menace, je cite, de très lourdes conséquences,
12:23y compris aux États-Unis, c'est le porte-parole
12:25de l'armée iranienne qui le dit ce matin.
12:29Ça veut dire quoi ça ?
12:30Ça veut dire sur le sol américain ?
12:31Ça veut dire les bases américaines au Moyen-Orient ?
12:35Ça veut dire tout.
12:35En fait, l'Iran a les moyens aux États-Unis
12:37avec des cellules dormantes qui sont démantelées régulièrement,
12:39ce qui prouve qu'elles existent, autour du détroit d'Hormuz,
12:43qui est un sujet plutôt économique,
12:45et sur les 40 000 soldats américains
12:47et les bases qui sont installées un peu partout,
12:49plus les bâtiments américains,
12:50qui beaucoup se sont mis à l'abri, mais pas tous,
12:52les ambassades américaines,
12:54qui sont des cibles privilégiées des attentats terroristes,
12:57de faire un certain nombre de dégâts.
12:59Ça veut dire quoi ?
12:59Ça veut dire que la riposte, elle peut être militaire,
13:03elle peut être terroriste ?
13:04Oui, bien sûr.
13:05Ça a toujours été le cas de l'Iran.
13:06L'Iran ne fait pas le différentiel.
13:08Les intérêts supérieurs de l'Iran sont ainsi faits
13:10que le terrorisme est une partie des opérations « normales »
13:14qui sont menées par l'État iranien,
13:16qu'il s'agisse d'attaquer un centre culturel juif à Buenos Aires
13:19en faisant des dizaines de morts,
13:20de tenter une opération contre des dissidents en Europe,
13:24ou de mener des opérations ciblées aux États-Unis,
13:29ou en France d'ailleurs,
13:30puisque nous avions démantelé,
13:31enfin les services d'enseignement français,
13:33avec beaucoup d'efficacité,
13:34avaient démantelé je crois une opération Marco Polo
13:36qui visait à des éliminations ciblées d'opposants
13:39ou de responsables politiques français opposants à l'Iran
13:43sur les territoires français.
13:44Donc la question est réelle.
13:45Donc pour l'Iran, il n'y a pas de frontière à la riposte ?
13:49Aucune.
13:49Et il y aura une riposte ?
13:51Et il y aura une riposte.
13:52C'est impossible qu'il n'y en ait pas.
13:53Il n'y a pas de doute ?
13:54L'Iran a toujours, toujours, toujours riposté.
13:57Mais comme ils l'ont dit eux-mêmes,
13:59de manière mesurée, équilibrée,
14:01pas trop, mais juste ce qu'il faut.
14:03Ils ont un besoin absolu de ça.
14:05Et pour ceux qui ne connaissent pas le chiisme du haut des cimins,
14:08la question du martyr est un élément essentiel
14:10pour arriver à la vérité, à la lumière, au paradis.
14:15Et donc ça fait partie d'un élément tout à fait naturel.
14:17Vous parlez à l'instant de la question des chiites.
14:20Bruno Retailleau, le ministre de l'Intérieur,
14:22parle de l'Iran comme d'un pays terroriste.
14:25Visiblement, vous êtes d'accord sur le diagnostic.
14:27Je pense qu'un État terroriste, pas un pays terroriste.
14:29Je n'utiliserai pas le mot pays.
14:31Les Iraniens sont des gens tout à fait normaux.
14:34Ils ont une direction et un État totalitaire
14:38qui utilise le terrorisme.
14:39Une autorité terroriste, un État terroriste, comme vous dites,
14:42avec la question évoquée par le ministre de l'Intérieur
14:44d'une alliance sunnite-chiite qui l'inquiète particulièrement.
14:49Il dit que désormais, c'est aussi cela qui change la menace.
14:53Est-ce que vous avez des informations qui vont dans ce sens ?
14:55Non, d'abord, ce n'est pas nouveau.
14:58La question, l'ayatollah Roménie, le premier thème de la République islamique d'Iran,
15:02est à la gloire de Saïd Qtoub, le fondamentaliste sunnite.
15:05Et donc la relation contre un ennemi commun est assez traditionnelle,
15:10que ce soit avec des réseaux égyptiens à l'époque ou que ça se passe.
15:15Ça s'est fait avec le Hamas qui n'est pas chiite ou le Hezbollah qu'il est.
15:21On sent bien que les Iraniens, de ce point de vue,
15:23ont des alliances très pragmatiques qui ne leur posent aucun problème.
15:27Ce qui est nouveau, ce serait l'accélération de ce processus désormais.
15:32Mais avec qui ? Car l'Iran n'a plus d'alliés.
15:34Il n'a quasiment plus de proxy, il reste des outils, ce qu'il en reste, les 3H.
15:38Les outils, le Hamas, le Hezbollah ont été quasiment éradiqués,
15:41mais ils sont encore vivants, même si c'est au prix d'une situation tragique
15:45et honteuse d'un point de vue humanitaire à Gaza.
15:48Il y a une situation instable un peu partout, mais l'Iran a peu d'alliés.
15:53Le Pakistan est le seul à avoir vaguement bougé une oreille.
15:56Oman et Qatar disent que ce n'est pas bien, mais surtout on ne veut pas s'en occuper.
15:59Même la Chine, vous avez vu, est restée sur un camp à soi.
16:02Quant à la Russie, elle a évacué une partie des éléments les plus importants,
16:06à la fois des Russes qui étaient à Boucher, la centrale qui existe,
16:09et puis d'une partie des savants iraniens, mais personne ne s'agit de beaucoup.
16:12La question du détroit d'Ormus, est-ce qu'effectivement il pourrait dans les faits être fermé ?
16:17Est-ce que ce ne serait pas pour l'Iran une manière de se tirer une balle dans le pied ?
16:19– Si bien sûr, mais c'est un concept d'Européen, pardon de le dire ça,
16:23mais eux, se tirer une balle dans le pied, ce n'est pas un sujet.
16:26Si le martyr doit aller jusqu'à le syndrome de Masada, comme dirait les Israéliens,
16:31c'est-à-dire nous mourrons mais vous mourrez tous, il n'y a aucun problème.
16:34Ce n'est pas contraire à l'idée qu'ils se font de leur place et de leur rôle.
16:39Et donc c'est une possibilité.
16:40Je pense que c'est plutôt des micro-attentats, des tentatives d'incendie de navires,
16:43des mines flottantes, des opérations de drones contre des vaisseaux.
16:47D'ailleurs, beaucoup de navires et notamment de pétroliers se sont détournés depuis hier soir du détroit d'Ormus.
16:53– Ont anticipé en quelque sorte.
16:54– Ont anticipé et sont en train de prendre des chemins plus longs et plus compliqués.
16:56D'abord, ça ne coupera pas l'intégralité de l'approvisionnement.
16:59Vous avez noté que les Américains ont parfaitement compris le problème en disant aux Chinois
17:03« Vous devriez dire à vos amis iraniens que les premières victimes de la fermeture du détroit d'Ormus,
17:07ce sera vous, la Chine. »
17:08Donc vous devriez leur dire de se calmer.
17:09– Mais ça veut dire que des navires ont décidé de ne pas y passer,
17:12non pas parce que ça allait fermer, mais presque par anticipation du danger.
17:15– Par anticipation du danger.
17:16– La question de la position française, vous la comprenez, vous ?
17:19– Alors, ça fait longtemps que je ne décrypte plus les positions françaises et leurs aléas.
17:24Mais si la position française vise à éviter d'être parmi les trois grands satans
17:30pour éviter de s'en prendre directement dans la figure, je comprends.
17:33Parce que la réelle politique, c'est aussi de comprendre même l'incompréhensible,
17:36la position du président de la République.
17:38Sur le reste, ça dépend à quel jour et à quelle heure
17:41et en fonction de quel moment, l'idée d'une posture française,
17:45explique qu'Israël a le droit de se défendre,
17:47mais cacher ce missile que je ne saurais voir au salon du Bourget.
17:51Il faut la diplomatie, mais je comprends ce qui s'est passé.
17:54C'est très, très compliqué.
17:55– En vrai, on est hors-jeu.
17:57– Ah oui, ça, il n'y a pas photo.
17:58Mais on fait semblant.
17:59– Mais on continue à faire semblant.
18:01Sur la question maintenant de la riposte,
18:04lorsque vous disiez qu'il pouvait y avoir aussi une riposte terroriste,
18:06parce qu'il n'y a pas de distinction entre ce qui serait de l'ordre du militaire ou du terroriste,
18:12est-ce qu'il faut redouter éventuellement une résurgence du terrorisme,
18:16y compris sur le sol français ?
18:17– Oui, c'est le cas.
18:17D'ailleurs, la DGSI, et je crois que la DGSE, a fait une note fin 24 sur la question,
18:22en disant qu'il y avait un risque, qu'il était réel.
18:24D'ailleurs, il y a eu des démantèlements de cellules dormantes
18:27ou de projets d'assassinats.
18:29Alors, plus d'assassinats que d'attentats.
18:30On était plus dans l'assassinat ciblé que dans l'attentat.
18:32Mais ceci est une réalité.
18:34Il ne faut pas du tout la sous-estimer.
18:37Mais il y a une très forte mobilisation des services d'enseignement.
18:40Il m'est arrivé d'être suffisamment critique avec eux
18:42pour souligner que, de ce point de vue-là,
18:44ils ne sont pas pris au dépourvu.
18:45Ça ne veut pas dire qu'on a 100% de succès de quoi que ce soit.
18:48Mais en tout cas, ils ne seront pas surpris.
18:50– Il y a une expression qui est utilisée depuis 24 heures,
18:52qui est l'expression de « bombe sale ».
18:54C'est quoi une bombe sale et où est-ce que ça pourrait être utilisé ?
18:57– Alors, une bombe sale, c'est quand on prend des résidus NRBC,
19:01chimiques, bactériologiques, etc.,
19:03et qu'on les dépose dans l'eau, dans un circuit d'air, de césium,
19:09dans une réserve, en général, d'eau ou d'alimentation, de quoi que ce soit.
19:14Et donc, ça provoque beaucoup d'effets avec beaucoup de gens malades,
19:17une espèce de terrorisation générale.
19:20La dilution fait que ça ne marche pas très bien.
19:22Mais l'idée, simplement, a autant d'effets
19:24que l'idée d'avoir une petite bombe nucléaire.
19:27– L'idée, la menace, simplement, elle-même.
19:30C'est déjà ça, une forme de terrorisme, d'angoisse, de terreur ?
19:33– Oui, une bombe sale, ça explose, ça explose, ça fait des morts et des blessés.
19:36La question est terminée, vous reconstruisez, vous soignez.
19:39Une bombe sale, en fait, vous avez le sentiment que tout le monde va être malade,
19:43qu'on est dans des processus immétrisables,
19:46qu'on peut soi-même être atteint, on ne va plus dans des lieux publics.
19:50Donc, il y a un effet de terrorisation par le fait que le problème
19:53n'est pas l'explosion, mais la diffusion.
19:55– Merci beaucoup, Alain Boer, d'être venu ce matin
19:58pour effectivement refaire le point.
20:01Vous nous le dites ce matin, il n'y a pas de guerre à proprement parler
20:03dans la mesure où ni les États-Unis ni l'Iran ne le disent comme tel,
20:07mais des opérations et des opérations qui, pour le coup, pourraient durer.
20:11Alain Boer, professeur de criminologie au CNAM,
20:13vos deux derniers livres, Opération Zelensky et Menace sur Taïwan,
20:17vous écrivez déjà le prochain.
20:19Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.
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