- il y a 7 mois
Retrouvez L 'Affaire dans l'affaire, tous les samedis de 12h et 13h sur les ondes de Sud Radio, en partenariat avec la revue Affaires Criminelles de McSkysz.
Avec Hervé Gattegno, journaliste d’investigation, auteur de « Deux bombes sous le Rainbow-Warrior, les derniers secrets de l’affaire qui aurait pu couler MITTERRAND » aux éditions Flammarion
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry
———————————————————————
Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/
———————————————————————
Nous suivre sur les réseaux sociaux
▪️ Facebook : / www.facebook.com/SudRadioOfficiel
▪️ Instagram : / www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : / https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————
##L_AFFAIRE_DANS_L_AFFAIRE-2025-06-21##
Avec Hervé Gattegno, journaliste d’investigation, auteur de « Deux bombes sous le Rainbow-Warrior, les derniers secrets de l’affaire qui aurait pu couler MITTERRAND » aux éditions Flammarion
---
Abonnez-vous pour plus de contenus : http://ow.ly/7FZy50G1rry
———————————————————————
Retrouvez nos podcasts et articles : https://www.sudradio.fr/
———————————————————————
Nous suivre sur les réseaux sociaux
▪️ Facebook : / www.facebook.com/SudRadioOfficiel
▪️ Instagram : / www.instagram.com/sudradioofficiel/
▪️ Twitter : / https://twitter.com/SudRadio
▪️ TikTok : https://www.tiktok.com/@sudradio?lang=fr
———————————————————————
##L_AFFAIRE_DANS_L_AFFAIRE-2025-06-21##
Catégorie
🏖
VoyagesTranscription
00:00Sud Radio, l'affaire dans l'affaire, Stéphane Simon.
00:04Bonjour à tous, bienvenue pour votre rendez-vous avec l'actualité judiciaire,
00:08une émission réalisée en partenariat avec la revue trimestrielle Affaires Criminelles.
00:13Avec moi aujourd'hui, Jade Serrano, journaliste d'investigation.
00:16Bonjour Jade.
00:16Bonjour.
00:17Jean-Marie Bordry est également avec nous, la voix des matinales sur Sud Radio le week-end.
00:21Bonjour Stéphane.
00:22Adrien Pelletier, expert en communication.
00:24Et aujourd'hui, nous allons parler de l'affaire du Rainbow Warrior,
00:28du nom de ce bateau affrété par Greenpeace qui fut sabordé en juillet 1985
00:33par les services secrets français qui fit un mort
00:36et qui restera une des affaires lamentables du premier septennat de François Mitterrand.
00:41Lamentable par l'état d'impréparation de l'opération, nous allons le voir avec notre invité,
00:46mais également aussi lamentable par la manière dont le pouvoir politique va lâcher ses agents
00:51et comment chacun va essayer de sauver sa peau en refusant d'assumer sa part de responsabilité.
00:56Nous accueillons, et nous sommes ravis de l'accueillir, Hervé Gatégno, journaliste d'investigation bien connu
01:02et pas seulement des services de police, je précise.
01:05Bonjour.
01:05Bonjour.
01:06Auteur de Deux bombes sous le Rainbow Warrior, les derniers secrets de l'affaire
01:10qui auraient pu couler Mitterrand aux éditions Flammarion.
01:15Alors, votre livre est absolument passionnant, je le dis pour nos auditeurs.
01:18Il est redoutable de précision.
01:20C'est certainement ce que l'on fait de mieux en termes d'enquête journalistique, franchement.
01:23Et pour la rédaction de cette enquête, vous avez eu accès à des tas de sources,
01:28dont les archives personnelles de l'amiral Lacoste, qui dirigeait à l'époque de la DGSE.
01:33Oui, l'amiral Lacoste était donc le directeur des services secrets français de la DGSE,
01:38donc en 1985.
01:40Ses archives, il en avait mis lui-même de son vivant une partie au service historique de la Défense,
01:47qui est donc le service d'archives du ministère de la Défense.
01:50Et ensuite, sa famille a mis ce qu'elle a trouvé dans ses vieux papiers, en quelque sorte,
01:57à son tour, au service historique de la Défense.
02:01Moi, j'ai accédé à un grand nombre de ces documents, malheureusement pas la totalité,
02:06pour deux raisons.
02:07D'une part, il est évident, je le déduis et je le constate dans mon enquête,
02:11il est évident qu'une partie des documents a été détruite à l'époque, en 1985-86.
02:16Et d'autre part, une partie reste probablement couverte de tampons ultra-secrets défense,
02:23encore aujourd'hui, sans doute parce qu'il y a des noms de personnes
02:27qui n'ont jamais été désignées dans le cours de cette affaire.
02:30Alors, on va revenir dans un instant sur les faits,
02:33mais je voudrais mettre tout de suite en appétit nos auditeurs,
02:35qui aiment les scoops ici.
02:36Jusqu'à présent, la version officielle est que le président de la République
02:40et son Premier ministre, je le rappelle, en 1985, c'est Laurent Fabius,
02:45n'étaient au courant de rien et que c'est une opération finalement ratée des services secrets.
02:50Un dérapage qui a impliqué quand même le ministre de la Défense, Charlie Arnoux, à l'époque.
02:56On en est resté même aux récusations du président de la République, François Mitterrand,
03:01qui dira, c'est une affaire idiote des services secrets,
03:04peuplée de minables et de malandrins.
03:08Alors, rien de tout ça n'est réellement incompatible, en fait,
03:11quand je vous entends énumérer ces arguments, ces vérités et ces contre-vérités.
03:16Elles sont toutes plausibles et on ne peut pas s'empêcher de penser
03:20que ça s'est peut-être réellement passé comme ça.
03:23Pourquoi je dis ça ?
03:24François Mitterrand savait, en effet, depuis le 15 mai 1985,
03:29qu'une opération allait être lancée contre Greenpeace.
03:32Je le dis et je crois le démontrer dans mon enquête.
03:36Il savait non seulement qu'une opération allait être menée contre ce bateau,
03:42mais il savait que l'objectif, c'était de détruire ce bateau.
03:46Donc, la thèse du sabotage du sucre dans le moteur, etc., ne tient pas la route.
03:53Et la thèse selon laquelle l'amiral Lacoste serait resté dans le flou en face du président
03:58ne tient pas la route non plus pour des raisons chronologiques, psychologiques
04:02et pour des raisons qui sont démontrées par les documents que j'ai consultés.
04:10Donc, le président savait, contrairement à la version officielle retenue depuis cette époque,
04:16depuis 40 ans, le président ne s'est pas fait abuser par son ministre de la Défense, Charles Hernu.
04:24C'est lui qui a menti à Charles Hernu dans un premier temps,
04:27en ne lui disant pas qu'il était informé et qu'il avait donné son feu vert à cette opération.
04:32Quand Charles Hernu va le découvrir un mois plus tard, il va en être absolument stupéfait.
04:37Et c'est ensuite François Mitterrand qui va donner instruction à Charles Hernu
04:42de mentir à son propre premier ministre, c'est-à-dire à Laurent Fabius.
04:47Et toute l'affaire, à partir de ce moment-là, part de travers, en quelque sorte.
04:51Et une affaire qui part de travers, c'est comme un train.
04:53Elle ne finit jamais par arriver droit à la gare.
04:56Alors, on va en savoir plus, évidemment, dans un instant.
04:59Ce que je vous propose, c'est de remonter dans le temps et de commencer par le récit des faits.
05:0310 juillet 1985, sur le port d'Auckland, une déflagration se produit peu avant 23h40.
05:14Elle provient d'un bateau à marée, le Rainbow Warrior.
05:17À cet instant, 12 personnes se trouvent à son bord.
05:20La soirée a été animée.
05:22Mais ce n'est pas un pétard qui vient de retentir.
05:24À bord, une fête a été donnée pour l'anniversaire de l'américain Steve Sawyers,
05:29le coordinateur international de Greenpeace.
05:31L'ambiance a été joyeuse, mais les convives se sont séparés peu après 23h.
05:36Un peu plus tôt, une séance de travail avait eu lieu
05:39pour étudier le calendrier de la campagne de protestation antifrançaise.
05:43Car l'équipage doit, dans les jours qui viennent,
05:45aller naviguer dans les eaux territoriales françaises
05:48pour perturber les essais nucléaires français dans l'océan Pacifique,
05:52près de l'atoll de Mururoa.
05:55Quelques temps plus tôt, deux charges ont été discrètement fixées
05:58sur la coque du Rainbow Warrior qui vont exploser.
06:01Les minuteurs sont réglés pour des mises à feu espacées.
06:05La première charge explose au niveau de la salle des machines.
06:09Le capitaine hurle la consigne d'évacuation,
06:11puis un second choc est ressenti près de la poupe,
06:14cette fois décisif.
06:16Il brise l'arbre du moteur et l'hélice.
06:18L'eau s'engouffre alors à toute allure.
06:21Très vite, le bâtiment est immergé aux trois quarts
06:23et se couche sur le flanc contre le quai.
06:25L'équipe semble avoir pu partir à temps,
06:28mais bien vite, l'équipe de Greenpeace se rend compte
06:31qu'il manque un homme à l'appel.
06:34Oui, un homme manque, c'est Fernando Pereira,
06:37un photographe portugais de 35 ans
06:39qui suit depuis trois ans les campagnes des militants écologistes.
06:42Il se trouvait aux Metz quand l'Arlet a été donné,
06:45mais il n'a pas immédiatement quitté le bord,
06:48sans doute pour récupérer son matériel photographique.
06:51Où est Fernando Pereira ?
06:53À 4h du matin, les sauveteurs vont découvrir enfin son corps,
06:57sans vie, dans la cabine voisine de la sienne, face contre sol.
07:00L'information fait scandale en Nouvelle-Zélande.
07:06C'est la première fois qu'un acte qui ressemble à un acte terroriste
07:10a lieu dans cette partie du monde.
07:12Les réactions affluent, la réprobation est unanime.
07:15La ministre française de l'Environnement,
07:17Huguette Bouchardot,
07:18dans la plus totale méconnaissance de ce qui vient de se passer,
07:21exprime même sa sympathie envers l'équipage du Rainbow Warrior.
07:24Très vite, les enquêteurs entendent parler de la trace d'un van
07:29qui a survit à de curieuses manœuvres.
07:32Un camping-car de marque Toyota,
07:35loué par deux touristes suisses,
07:36titulaires d'un permis de conduire français,
07:39Alain et Sophie Turange.
07:41Dans la nuit, des vigiles ont remarqué
07:43que des sacs extraits d'un bateau pneumatique
07:45ont été chargés dans ce van qui stationnait dans la marina.
07:49Et ce van, les enquêteurs,
07:50en retrouvent bientôt la trace.
07:53Le contrat de location du van
07:54prévoit une restitution du véhicule le 23 juillet.
07:57Aussi, consigne est donnée au personnel de l'agence
08:00de prévenir la police
08:01au cas où le couple réapparaîtrait plus tôt.
08:04Au petit matin du 12 juillet, le voici.
08:07Quand le couple se présente,
08:08une hôtesse les accueille
08:09pendant qu'une autre appelle la police.
08:12« Comment se sont passées vos vacances ? »
08:14interroge aimablement la jeune femme.
08:15« Formidable, » dit monsieur.
08:17« Horrible, » répond Mme Turange.
08:20Un quart d'heure plus tard,
08:22deux inspecteurs entrent dans l'agence
08:24et leur demandent leur passeport,
08:26puis les invitent à les suivre.
08:28« Ok, mais nous avons un avion à 11h pour rentrer en France.
08:33Nous avons des questions à vous poser, »
08:35tranche le sergent, détective Terry Batchelor.
08:38« S'il n'y a pas de problème,
08:40nous vous raccompagnerons à l'aéroport. »
08:42Le coup est conduit au quartier général de la police.
08:45Ils sont séparés pour interrogatoire.
08:47Et comme dans les films américains,
08:49on commence par leur exposer leur droit au silence.
08:51« Vous avez le droit de vous taire,
08:53tout ce que vous pourrez dire pourra être retenu contre vous. »
08:56Les époux Turange comprennent alors
08:58qu'ils ne prendront pas leur avion,
09:01ni peut-être aucun des suivants.
09:02L'affaire dite du Rainbow Warrior commence par cet interrogatoire
09:10qui ne se révèle pas être une partie de plaisir.
09:13Entre des pros de l'espionnage et des policiers néo-zélandais
09:16pour qui c'est l'affaire de leur vie,
09:18la partie est serrée.
09:20Les époux Turange sont en fait deux agents de la DGSE,
09:23les services secrets français.
09:24Ils savent mentir et tenir ce qu'on appelle dans le jargon des espions,
09:28leur légende, c'est-à-dire le personnage que l'on leur a fabriqué
09:32pour leur mission.
09:33Leur vrai nom, que les enquêteurs néo-zélandais
09:35apprendront beaucoup plus tard,
09:36sont Alain Mafard et Dominique Prieur,
09:39respectivement commandant et capitaine.
09:41Ce faux couple de touristes suisses
09:43n'étaient pas le seul dans leur mission.
09:45Ils ont été épaulés par plusieurs personnes,
09:47tout en relation ou appartenant
09:48au service secret français, la DGSE.
09:51Devant la détermination de l'enquêteur en chef néo-zélandais,
09:54l'affaire va devenir un cauchemar
09:56pour ces officiers de l'intelligence française.
09:59D'autant plus qu'ils vont se rendre compte bientôt
10:01qu'ils ne sont plus soutenus par Paris,
10:03mais bel et bien lâchés.
10:05Pire, leur ministère et leur maison
10:08essayeront de les faire passer pour des aventuriers
10:10qui ont agi en dehors de toute hiérarchie.
10:13Les mensonges s'accumulent
10:14et le scandale d'État emportera bientôt
10:17l'amiral Lacoste et le ministre Charles Hernu.
10:20Mais la vague de scandale
10:21n'ira pas jusqu'à éclabousser le premier ministre Laurent Fabius
10:25ni couler le président de la République, François Mitterrand.
10:30Il s'en est fallu de peu.
10:3240 ans après,
10:33la connaissance de l'opération par le chef de l'État
10:35est désormais une certitude.
10:37Vous allez le découvrir.
10:43Alors, Hervé Gattegnaud,
10:45avant que le fiasco ne soit révélé médiatiquement
10:48et les faux époulturanges arrêtés,
10:51l'amiral Lacoste,
10:52c'est vraiment l'ironie de l'histoire,
10:53va être félicité par le chef d'État-major,
10:56particulier du président,
10:57le général Jean Saulnier,
10:58et le ministre de la Défense en personne,
11:00Charlie Hernu,
11:01pour la réussite de leur mission.
11:04C'est incroyable.
11:05Ça prouve deux choses.
11:06Ça prouve que tout ce petit monde,
11:09alors on est dans les très hautes sphères de l'État,
11:12mais tout ce petit monde était au courant de l'opération.
11:16Ça ne tombe pas sous le sens,
11:18donc c'est utile de le préciser.
11:20Et ça montre une deuxième chose,
11:22ce coup de téléphone,
11:23parce que c'est par téléphone
11:24que l'amiral Lacoste est félicité,
11:26donc à la fois par son ministre
11:28et par le chef d'État-major particulier
11:29du président de la République,
11:31le général Saulnier.
11:32Ça prouve que ces gens-là
11:34ne mesurent pas du tout ce qui s'est passé.
11:37Et là, je suis saisi, moi,
11:38dans l'enquête que je fais,
11:40parce que j'ai rencontré beaucoup des gens,
11:42des agents qui ont participé à cette mission.
11:44Et eux tous,
11:46notamment ceux qui sont sur le terrain en Nouvelle-Zélande,
11:49le lendemain matin,
11:50lorsqu'ils apprennent que la bombe
11:51qu'ils ont contribué à poser,
11:53ou posée eux-mêmes,
11:54puisque j'ai rencontré l'un des plongeurs,
11:57le lendemain matin,
11:58quand ils apprennent que cette bombe
11:59a causé la mort d'un homme,
12:02un photographe, vous l'avez dit,
12:03à bord du Rainbow Warrior,
12:05eux, ils sont complètement médusés
12:06et pour eux, immédiatement,
12:08l'affaire ne peut plus du tout
12:10être envisagée comme un succès.
12:12C'est déjà un fiasco.
12:13Les agents secrets,
12:14vous savez,
12:15bon, c'est leur métier,
12:17on est très loin des films de James Bond,
12:19plus près du Bureau des Légendes
12:20pour ceux qui l'ont vu.
12:21Mais pour eux,
12:22tuer un homme,
12:23lorsque ce n'était pas l'objectif de la mission,
12:25c'est une catastrophe.
12:26Et là, non seulement ce n'était pas l'objectif,
12:28mais l'objectif de la mission,
12:29c'était de tout faire
12:30pour éviter de tuer quelqu'un.
12:32Donc être félicité par le ministre
12:34pour un tel loupé,
12:35pour l'amiral Lacoste,
12:36c'est absolument stupéfiant.
12:38Et pour lui,
12:39ça augure très mal
12:40de toutes les conséquences
12:42qui ont eu lieu.
12:42Bien sûr.
12:43Dans un instant,
12:43on va revenir avec vous
12:44sur les ratés de cette affaire
12:46et nous reparlerons de tout cela
12:48après la publicité.
12:50A tout de suite.
12:50Sud Radio,
12:52l'affaire dans l'affaire,
12:53Stéphane Simon.
12:54De retour dans l'affaire dans l'affaire,
12:56votre rendez-vous
12:57avec le Monde Judiciaire
12:58en partenariat avec la revue
12:59trimestrielle Affaires Criminelles.
13:01Avec Jean-Marie Bordry,
13:03Jade Serrano,
13:04Adrien Pelletier,
13:05notre expert en communication.
13:06Et nous parlons aujourd'hui
13:07du scandale d'État
13:08que fut l'affaire
13:09du Rainbow Warrior
13:10avec Hervé Gattegnaud,
13:12journaliste d'investigation
13:14bien connu
13:14et qui est auteur également
13:16de deux bombes
13:17sous le Radio...
13:19Oh là là !
13:19Deux bombes
13:20sous le Rainbow Warrior,
13:21pardon,
13:22les derniers secrets de l'affaire
13:23qui auraient pu couler
13:24Mitterrand
13:25aux éditions Flammarion.
13:26Alors, avant de parler
13:27du fiasco de l'opération
13:28pour détruire le Rainbow Warrior,
13:30on pourrait peut-être dire
13:31un mot Hervé
13:32sur les mobiles
13:33de cette opération
13:34pour rafraîchir la mémoire
13:35de nos auditeurs.
13:36Pourquoi est-ce que la France
13:36est gênée par les écologistes
13:38de Greenpeace ?
13:39Alors Greenpeace,
13:40c'est une association écologiste
13:41que tout le monde ne connaît pas
13:42mais qui a maintenant
13:43une grande notoriété.
13:45À cette époque-là,
13:46elle en avait moins.
13:47D'ailleurs,
13:47l'affaire du Rainbow Warrior
13:48a énormément contribué
13:50à donner de la notoriété mondiale
13:52à Greenpeace.
13:53Greenpeace, au départ,
13:54leur première cause,
13:55c'est la lutte
13:56contre la chasse à la baleine.
13:58Leur deuxième cause,
13:59c'est la lutte
14:00contre les essais nucléaires.
14:01Pas seulement français,
14:02il faut bien le dire.
14:02Ils se sont beaucoup affrontés
14:04à la marine américaine.
14:06Et donc,
14:06à cette époque-là,
14:08dans les années 80,
14:10dans cette partie du monde,
14:11donc dans l'océan Pacifique,
14:14les bateaux de Greenpeace
14:16viennent régulièrement
14:17perturber les séances
14:19d'essais nucléaires français.
14:21L'amirauté du Pacifique,
14:23la haute hiérarchie militaire française
14:25est horripilée
14:27par les agissements
14:28de cette bande de Vanupié,
14:30comme ils les appellent.
14:31Et donc,
14:32ils veulent absolument
14:33frapper un grand coup
14:34contre eux.
14:34Là-dessus,
14:35se greffe une vision politique
14:37qui est celle de Charles Hernu,
14:38qui est donc un socialiste,
14:40ministre d'un gouvernement socialiste.
14:42La gauche est arrivée au pouvoir
14:43quelques années plus tôt.
14:45Et la gauche veut montrer
14:46au monde,
14:47à l'Occident,
14:48aux Américains,
14:49qu'elle n'entend pas,
14:51même si elle est de gauche,
14:52elle n'entend pas
14:53se laisser dicter
14:54ce qu'elle a à faire
14:55par des militants écologistes.
14:57Et donc,
14:57au fond,
14:57il s'agit de s'arrimer
14:59dans le camp de l'Occident.
15:01Et ajoutons un dernier critère,
15:04François Mitterrand lui-même,
15:05dans sa vision
15:06de l'institution présidentielle,
15:08est allé jusqu'à dire
15:08à la télévision
15:09la dissuasion nucléaire,
15:11c'est moi.
15:12En quelque sorte,
15:12dans sa vision
15:13un peu monarchique,
15:14mais au fond,
15:15c'est la présidence française
15:17qui est conçue un peu comme ça,
15:18depuis le général de Gaulle,
15:19et bien dans cette vision-là,
15:21s'attaquer à l'arme nucléaire,
15:23à travers les essais nucléaires,
15:25c'est s'attaquer
15:25au président de la République
15:26et à la France.
15:27Tout ça additionné
15:29va créer
15:31cet emballement
15:32au sommet
15:33de la hiérarchie militaire
15:34et du pouvoir politique
15:35pour aboutir
15:36à une décision folle,
15:38celle qui consiste,
15:39et il faut le dire comme ça,
15:40celle qui consiste
15:41à mettre des bombes
15:42sous un bateau
15:44occupé par des militants
15:45écologistes
15:46et pacifistes.
15:47Ça paraît complètement ahurissant
15:4940 ans après.
15:50Est-ce qu'on sait comment
15:51Charles et Arnul,
15:52ministre de la Défense
15:52ou alors même
15:53le président de la République,
15:54ont accueilli
15:55la nouvelle non pas
15:56de la destruction du bateau
15:57mais de la mort d'un homme
15:58dans cette destruction ?
16:00François Mitterrand,
16:01on ne le sait pas
16:02ou du moins
16:02on peut le deviner
16:03à travers les propos
16:05que Stéphane Simon
16:06a cités tout à l'heure,
16:07par exemple,
16:07c'est-à-dire
16:08des propos dénigrant
16:10très fortement
16:11les services secrets.
16:12François Mitterrand,
16:13comme beaucoup d'hommes
16:14politiques français,
16:15n'aiment pas
16:16les services secrets,
16:18il ne les a jamais aimés,
16:19il n'a pas confiance,
16:20il pense lui-même
16:20en avoir été souvent victime
16:22à travers sa longue carrière politique
16:23et puis,
16:25au fond,
16:26il doute de leur professionnalisme.
16:28Donc,
16:29il est servi,
16:29en quelque sorte,
16:30dans cette opération.
16:31Charles Arnul,
16:32lui,
16:32c'est un peu différent,
16:33il a donc téléphoné
16:34à l'amiral Lacoste
16:35pour le féliciter,
16:36donc au fond,
16:36pour lui,
16:37la mort d'un homme,
16:38c'est probablement
16:38pas grand-chose
16:39dans cette affaire
16:40et par la suite,
16:42Charles Arnul va continuer
16:44à tempêter,
16:45à batailler
16:46et il dira
16:46à plusieurs reprises
16:47à l'amiral Lacoste
16:48que pour lui,
16:49au fond,
16:50cette opération
16:51n'est pas un échec
16:52et qu'il faut continuer
16:53comme ça
16:54et qu'il faut se défendre.
16:55Il dit plusieurs fois,
16:57on nous fait la guerre,
16:58nous la France,
16:59eh bien,
16:59à la guerre comme à la guerre.
17:01Exactement.
17:01Alors,
17:01on va revenir sur les ratés
17:03de l'opération.
17:04Je vous pose la question
17:04tout de go.
17:05Est-ce que c'est une opération
17:06bâclée ?
17:07Parce qu'il y a plein de choses
17:08qui paraissent étonnantes
17:09d'improvisation.
17:10Rien que la couverture
17:11des agents
17:12est curieuse.
17:13Les fous épouturanges
17:14sont censés être
17:15des vacanciers suisses
17:16qui viennent fêter
17:17dans le Pacifique
17:18leurs dix ans de mariage
17:19mais c'est quand même
17:20une curieuse destination,
17:21vous le rappelez,
17:22pour un séjour romantique
17:24puisque c'est l'hiver
17:25aux antipodes.
17:27Oui,
17:28c'est vrai que
17:29ça laisse encore
17:30un peu pantois
17:31après coup
17:32mais bon,
17:33au fond,
17:33il faut bien trouver
17:34une justification.
17:35Vous savez,
17:35toutes ces légendes
17:37puisque c'est le terme technique
17:39toutes ces légendes,
17:40tous ces détails
17:40qu'on invente
17:41pour habiller une mission
17:42ils sont censés
17:44en réalité
17:45ne jamais servir
17:46au fond.
17:47Deux touristes
17:48arrivent en Nouvelle-Zélande
17:49finalement
17:50ils vont dire
17:51peut-être en arrivant
17:51à l'hôtel
17:52le premier jour
17:53on vient fêter
17:54notre anniversaire
17:55de mariage
17:55et ensuite
17:56plus personne
17:56normalement
17:57ne leur demandera
17:57jamais rien.
17:59Tout s'inverse
17:59à partir du moment
18:00où ils sont attrapés.
18:01Alors,
18:02sur votre question
18:02est-ce que ça a été bâclé ?
18:05Oui,
18:05je crois que le terme
18:06est cruel
18:07mais incontestablement
18:08cette opération
18:09n'a pas été préparée
18:11comme elle aurait dû
18:12et notamment
18:13pas assez longuement.
18:15Une opération
18:15comme celle-là
18:16plusieurs membres
18:16des services
18:17ou anciens membres
18:18me l'ont dit
18:19une opération
18:20comme celle-là
18:20normalement requiert
18:21un an de préparation.
18:23Ils ne l'ont préparée
18:24qu'en quelques mois.
18:25Pourquoi ?
18:26Parce que le pouvoir politique
18:27a exigé
18:28qu'on fasse cette opération
18:30qu'on la fasse très vite
18:31et que la Nouvelle-Zélande
18:32était le seul endroit
18:33dans le parcours
18:34du Rainbow Warrior
18:35où les services
18:36pouvaient agir
18:36parce que les autres
18:37territoires où ils passaient
18:39soit ils étaient
18:40sous domination américaine
18:41c'était beaucoup trop dangereux
18:42de s'attaquer
18:43à des écologistes
18:44en territoire américain
18:45soit ils étaient
18:46sur territoire français
18:47et la DGSE
18:48n'a pas le droit
18:49d'agir sur le territoire national.
18:51Il y a quelque chose
18:52de singulier
18:52on leur donne
18:53des passeports faux
18:54des faux passeports suisses
18:56pourquoi des faux passeports suisses ?
18:58Alors que précisément
18:59on va le localiser
19:00plus facilement
19:01et pouvoir vérifier
19:01plus facilement
19:02que ce sont des faux
19:03alors que s'ils avaient donné
19:04des passeports français
19:05ça aurait été plus simple ?
19:06Ce qui aurait été plus simple
19:07si ça avait été des passeports français
19:08c'est que pour vérifier
19:10l'authenticité des passeports
19:11on aurait appelé
19:12des autorités françaises
19:13et donc on peut espérer
19:14que dans ce cas-là
19:15elles auraient menti
19:16et protégé les agents.
19:18Les agents eux-mêmes
19:19se le demandent encore.
19:20Dominique Prieur
19:21donc Madame Turange
19:22la fausse Madame Turange
19:23que j'ai vue pour ce livre
19:24me l'a dit
19:2640 ans après
19:26elle ne comprend toujours pas
19:28pourquoi eux
19:29et eux seuls
19:30puisque tous les autres membres
19:31de l'opération
19:32et il y en avait plusieurs dizaines
19:33qui étaient dans la zone
19:35ou en Nouvelle-Zélande
19:36ont eu des passeports français
19:37elle ne comprend pas
19:38pourquoi eux
19:39on leur a donné
19:39des passeports suisses
19:40explication qui m'a été donnée
19:42par un ancien haut gradé
19:43de la DGSE
19:44ça faisait trop de français
19:46dans la zone
19:47et donc on s'est dit
19:48qu'à un moment donné
19:49peut-être qu'un couple de Suisses
19:51ça serait une meilleure couverture
19:53catastrophe
19:54on aurait pu se rendre compte
19:56qu'il y avait un écueil
19:57dans l'utilisation
19:59de ces passeports suisses
20:01si on avait préparé
20:02cette mission
20:02comme il fallait
20:03notamment
20:04on fait toujours
20:05dans les services secrets
20:06avant une opération
20:07comme celle-là
20:08ce qu'on appelle
20:08une réunion
20:09des cas non conformes
20:11c'est-à-dire
20:11une longue séance de travail
20:12où sont impliqués
20:13tous les agents
20:14qui vont être engagés
20:15dans la mission
20:16et au cours de laquelle
20:17on passe en revue
20:18tous les bugs
20:19tous les incidents
20:20qui pourraient se produire
20:22et qui n'ont pas été prévus
20:23et à ce moment-là
20:24on envisage
20:25la réaction
20:26des agents
20:27sur le terrain
20:27face à un cas
20:28non conforme
20:29et dans ces conditions-là
20:31on aurait bien vu
20:32que si on arrêtait
20:33sur le terrain
20:33des agents porteurs
20:34d'un passeport suisse
20:35on allait appeler
20:36les autorités suisses
20:37et que les autorités suisses
20:38allaient immédiatement dire
20:40mais non
20:40ce sont des faux passeports
20:41ça, ça montre
20:42que le niveau de préparation
20:44n'était pas suffisant
20:45pour une opération
20:46comme celle-là
20:46Et d'ailleurs
20:46Dominique Prieur
20:48dont vous rappelez
20:49dans le livre
20:50a un pressentiment fâcheux
20:52dès le début
20:53elle croit
20:54que cette opération
20:55ne va pas bien se passer
20:56Vous savez les agents
20:57ce sont des professionnels
20:58qui connaissent leur métier
20:59Elles ne le sentaient pas
21:00Et donc c'est vrai
21:02que c'est cruel pour eux
21:03encore aujourd'hui
21:04vous avez raison
21:04de dire que c'est un fiasco
21:06et s'en éteint incontestablement
21:07et je le raconte
21:08mais c'est vrai
21:08que c'est cruel pour eux
21:09parce que eux
21:10ce sont des professionnels
21:11ils sont comme des chirurgiens
21:12ou comme des excellents journalistes
21:14ils connaissent leur métier
21:15et ils savent
21:16quand on leur fait faire
21:17leur métier
21:18d'une façon non conforme
21:19et c'est malheureusement
21:20ce qui s'est passé
21:21Alors dans un instant
21:22on va parler des politiques
21:23qui vont essayer
21:23de se défausser
21:24aucun ne va
21:25à part l'amiral Lacoste
21:27n'a assumé sa part de responsabilité
21:28on va revenir aussi
21:29sur le rôle de la presse
21:30tiens ça c'est intéressant
21:31également on en parle tout de suite
21:32sur Sud Radio
21:33Sud Radio
21:34L'affaire dans l'affaire
21:36Stéphane Simon
21:37Retour dans l'affaire
21:38dans l'affaire
21:39avec Jade Serrano
21:40journaliste d'investigation
21:41Rebonjour
21:42Rebonjour Jean-Marie Bordry
21:43De même
21:43Adrien Pelletier
21:45expert en communication
21:46Nous sommes en compagnie
21:47d'Hervé Gatégneau
21:48journaliste
21:49qui a écrit
21:50deux bombes
21:51sous le Rainbow Warrior
21:51les derniers secrets de l'affaire
21:53qui auraient pu couler
21:54Mitterrand
21:54aux éditions Flammarion
21:56ce sont bientôt
21:57les 40 ans
21:58de cette affaire
21:58absolument incroyable
22:00dont nous parlons
22:00aujourd'hui
22:01Alors
22:02l'affaire du Rainbow Warrior
22:03après l'arrestation
22:04des faux épouturanges
22:05va devenir politique
22:06et avant de parler
22:07de la gestion de crise
22:08vous rappelez
22:10que quand l'opération
22:11vire au désastre
22:12l'amiral Lacoste
22:13sait qu'il a reçu
22:14lui le feu vert personnel
22:16du président de la république
22:16il a monté
22:18cette opération
22:19avec le ministre
22:20de la défense
22:21Charles Hernu
22:22donc il n'imagine
22:23pas une seule seconde
22:24que la DGSE
22:25va bientôt
22:27le lâcher
22:28Alors
22:29c'est pas la DGSE
22:31qui va le lâcher
22:31c'est le pouvoir politique
22:33qui va lâcher
22:33la DGSE
22:34pardonnez-moi
22:35c'est exactement ça
22:36On a envie de dire
22:37qu'au fond
22:38c'est ce que le grand public
22:39croit savoir
22:40du fonctionnement
22:41des services secrets
22:41quand des agents secrets
22:42sont arrêtés sur le terrain
22:44le pouvoir politique
22:46fait comme s'ils ne connaissaient pas
22:47leur existence
22:48c'est le début
22:49de Mission Impossible
22:50bon ben voilà
22:51on ne sait pas
22:52que vous existez
22:52donc on ferme les yeux
22:54et vous vous débrouillez
22:55dans la réalité des faits
22:56tous les professionnels
22:57du renseignement
22:58et de l'action
22:59donc des services actions
23:01des grands services secrets
23:03occidentaux
23:03savent que
23:05quand un tel cas se produit
23:07il faut négocier
23:08il faut négocier
23:09avec le service homologue
23:11celui du pays
23:12dans lequel on a agi
23:13rappelons quand même
23:14pour ceux qui nous écoutent
23:15que le métier
23:16des services secrets
23:17ça consiste
23:19certes
23:20pour la plupart du temps
23:21à se renseigner
23:22à produire du renseignement
23:23mais lorsqu'il s'agit d'action
23:25il s'agit d'action
23:26illégale
23:27par définition
23:28les démocraties
23:29assument cette part
23:30d'illégalité
23:30mais lorsqu'on se fait
23:32prendre la main dans le sac
23:33à ce moment là
23:34on négocie
23:34soit entre démocratie
23:37soit entre une démocratie
23:38et un pays
23:38qui n'est pas démocratique
23:39c'est arrivé souvent
23:40entre les américains
23:41et les russes
23:42c'est arrivé souvent
23:43pour les agents du Mossad
23:44vous connaissez bien
23:45cette question Stéphane
23:47quand un agent du Mossad
23:48se fait arrêter
23:49dans un pays
23:49on négocie
23:51entre services
23:52et c'est toujours
23:52comme ça que ça se passe
23:53donc l'amiral Lacoste
23:54il pense que c'est comme ça
23:55qu'on va faire
23:56mais là
23:56Charles Hernu lui dit non
23:58Charles Hernu lui dit non
23:59et Charles Hernu
24:00lui dit non
24:01d'abord parce qu'il pense
24:02qu'il faut couvrir
24:02le service lui-même
24:04et l'armée française
24:06et parce qu'il comprend
24:08d'emblée
24:08que François Mitterrand
24:10ne veut pas en entendre parler
24:11absolument
24:12assez perversement
24:13il va mettre ça
24:14sur le dos
24:14du premier ministre
24:15Laurent Fabius
24:16devant l'amiral Lacoste
24:18donc en lui disant
24:19c'est Fabius
24:20qui ne veut pas
24:20la réalité c'est que Fabius
24:22à ce moment là
24:23n'est pas au courant
24:24de ce qui s'est réellement passé
24:25celui qui est réellement au courant
24:26c'est François Mitterrand
24:27François Mitterrand
24:28ne veut pas qu'on le reconnaisse
24:29pourquoi ?
24:30pour deux raisons
24:30d'abord parce que ce serait
24:32le déshonneur pour la France
24:33même le ridicule
24:35mais ridicule
24:36avec la mort d'un homme
24:37donc on est plus près
24:38du déshonneur
24:38que du ridicule
24:39et deuxièmement
24:40parce que pour lui
24:41qui est dans une position
24:42politique délicate
24:43on est en 1985
24:45la gauche a pris
24:46beaucoup de coups
24:47elle a perdu
24:47toutes les élections
24:48intermédiaires
24:48on va vers ce que
24:50les experts appellent
24:51déjà la cohabitation
24:52et qui se produira
24:53un an plus tard
24:53avec le retour de la droite
24:55et bien dans ces conditions
24:56François Mitterrand
24:57comprend que
24:58avouer tout de suite
24:58la responsabilité de la France
25:00c'est avouer sa responsabilité
25:02à lui
25:02et c'est se mettre
25:03en très grand péril
25:04oui
25:04il dit d'ailleurs
25:05à Charles Ernu
25:06de regarder ça
25:08de très près
25:09comment l'affaire évoluer
25:10il lui dit
25:10car il pourrait
25:11vous en coûter
25:12votre ministère
25:12c'est très clair
25:13mais ce qu'il lui dit
25:14dans cette phrase
25:15très claire
25:16c'est
25:16faites en sorte
25:18que ça ne sorte pas
25:19au fond
25:20c'est ça qu'il lui dit
25:21il ne lui dit pas
25:22le service a mal agi
25:23il faut réparer les conséquences
25:24il faut sortir les agents
25:26pas du tout
25:26il lui dit
25:27et ça c'est une phrase
25:28que j'ai trouvée
25:29dans la documentation
25:31ouverte
25:31comme on dit
25:32c'est une phrase
25:32qui a été prononcée
25:33publiquement
25:34par François Mitterrand
25:35devant les auteurs
25:36d'un livre
25:37il lui dit
25:38faites en sorte
25:39que la France
25:40ne soit pas impliquée
25:41et que donc
25:41le secret
25:42ne sorte jamais
25:43et c'est ce mensonge-là
25:45qui en interdisant
25:47au service secret
25:48et au ministre de la défense
25:49de négocier
25:50avec les néo-zélandais
25:51c'est ce mensonge-là
25:52qui comme une bombe
25:53à retardement
25:54sans mauvais jeu de mots
25:55va produire
25:56le scandale politique
25:58c'est-à-dire que
25:58d'un fiasco militaire
26:00et opérationnel
26:00on va déboucher
26:02sur un scandale politique
26:03alors
26:04on pourrait résumer
26:06de la façon suivante
26:06Mitterrand impose
26:08le silence à Ernu
26:09laisse le ministre
26:11de l'intérieur
26:12Pierre Jox
26:13se débrouiller
26:14et puis
26:15maintient
26:16Laurent Fabius
26:17dans le plus
26:18enfin le plus longtemps possible
26:19dans l'ignorance
26:20dans le brouillard
26:21donc en gros
26:22c'est la DGSE
26:23vous vous débrouillez
26:24et chacun va jouer
26:25sa partition
26:26et c'est là qu'on est
26:28dans le fiasco politique
26:30après le fiasco militaire
26:31c'est que
26:32vous avez cité
26:32le nom de Pierre Jox
26:33donc Pierre Jox
26:34à l'époque
26:34est le ministre de l'intérieur
26:35donc c'est lui
26:36qui a
26:36la responsabilité
26:38des services de police
26:39or que se passe-t-il
26:40après l'attentat
26:42en Nouvelle-Zélande
26:42les néo-zélandais
26:43font ce que
26:44toute démocratie ferait
26:45elles cherchent
26:47des appuis
26:48et des informations
26:49à l'extérieur
26:50donc on l'a dit
26:51elle appelle la Suisse
26:52pour vérifier les passeports
26:54mais elle appelle aussi
26:55la France
26:56parce que les Turanges
26:57les faux époux Turanges
26:58sont domiciliés à Paris
27:00donc on appelle
27:01la police française
27:02et on leur demande
27:03des informations
27:04ce qu'on appelle
27:05une commission rogatoire
27:06internationale
27:07on leur dit
27:07est-ce que vous pouvez
27:08enquêter pour nous
27:09sur ces deux personnes
27:11le problème c'est que
27:12ces deux personnes
27:13sont des agents secrets français
27:14le ministre de l'intérieur
27:15lui il ne tarde pas
27:16à le savoir
27:17parce que
27:17les permis de conduire
27:19français
27:19délivrés à Paris
27:21aux faux époux Turanges
27:22viennent d'un lot
27:23qui est donné
27:24par la préfecture de police
27:25au service secret
27:27donc en quelques heures
27:28le ministre de l'intérieur
27:29sait que les deux personnes
27:31qui ont été arrêtées
27:32en Nouvelle-Zélande
27:32sont des agents secrets
27:33de la DGSE
27:34donc qu'est-ce qu'il fait ?
27:36il va voir François Mitterrand
27:37et là
27:38à nouveau
27:39au fond il lui dit
27:40qu'est-ce qu'on doit faire ?
27:41est-ce qu'on doit répondre
27:42aux néo-zélandais ?
27:43puisque Jox a compris
27:44que le service
27:45était mouillé
27:46le service
27:47l'ADGSE
27:48était mouillé
27:48donc au fond
27:49qu'est-ce qu'on doit faire ?
27:50et là Mitterrand
27:50Ponce Pilate
27:52dit
27:53écoutez
27:53faites ce que vous avez à faire
27:55si on vous le demande
27:56si les néo-zélandais
27:58vous le demandent
27:58vous faites les enquêtes
27:59que vous devez faire
28:00et donc on se retrouve
28:01dans une situation
28:02ubuesque
28:03dans laquelle
28:04la police française
28:05enquête
28:06contre des agents français
28:08pour le compte
28:09d'un pays étranger
28:10et ça évidemment
28:12ça va aboutir
28:13à une situation
28:13absolument ahurissante
28:15alors je reviens sur un point
28:16essentiel de votre livre
28:18c'est ce rendez-vous
28:19que l'amiral Lacoste a eu
28:20avec le président
28:22il a lieu le 15 mai 1985
28:24à 18h
28:26donc le maître espion
28:27est à l'Elysée
28:28et vous révélez
28:29les notes
28:30donc de l'amiral Lacoste
28:31qui résument cette entrevue
28:32je cite
28:33je cite votre livre
28:34j'ai demandé au président
28:36s'il m'autorisait
28:37à mettre en oeuvre
28:38le projet de neutralisation
28:40que j'avais étudié
28:41à la demande
28:42de monsieur Ernus
28:43il m'a donné son accord
28:44en manifestant
28:45l'importance
28:46qu'il attachait
28:47aux essais nucléaires
28:48je ne suis pas
28:49rentré
28:50dans un plus grand détail
28:52du projet
28:52mais l'autorisation
28:53était suffisamment explicite
28:55c'est une pièce
28:56là c'est vraiment
28:56c'est le moment décisif
28:58parce que
28:59vous avez bien
28:59vous avez bien donné
29:01le mot
29:01il parle de neutralisation
29:03du navire
29:03donc neutralisation
29:05dans le jargon
29:06des services secrets
29:07destruction
29:08c'est évidemment
29:09un understatement
29:10ça veut dire destruction
29:12et donc
29:12il faut comprendre
29:14une chose
29:14dans la nomenclature
29:15des services
29:16moins l'autorité politique
29:18est mouillée
29:19surtout au plus haut niveau
29:20et mieux on se porte
29:21donc en France
29:22les bons spécialistes
29:24le savent
29:25et je crois que maintenant
29:25une grande partie
29:27du public
29:28le sait
29:28le président
29:30ne donne son feu vert
29:31aux opérations
29:32des services secrets
29:33que lorsqu'il s'agit
29:34d'attenter
29:34à la mort
29:35d'une ou plusieurs personnes
29:36c'est ce qu'on appelle
29:37les opérations homo
29:38là il ne s'agit pas
29:40d'une opération homo
29:40il s'agit d'une opération
29:41ARMA
29:42c'est-à-dire une opération
29:43qui vise du matériel
29:45des biens matériels
29:48en l'occurrence
29:49un navire
29:49et donc le feu vert
29:50du président
29:51n'est pas requis
29:52dans une opération
29:52comme celle-là
29:53l'ordre du ministre
29:54est suffisant
29:55et Charles Hernu
29:56a donné cet ordre
29:57donc il faut comprendre
29:58que si l'amiral Lacoste
29:59va à l'Elysée
30:00ce n'est évidemment pas
30:01pour rester dans le flou
30:02avec François Mitterrand
30:03pour avoir une conversation
30:04de salon
30:05et encore moins
30:06pour lui faire croire
30:08que cette opération
30:09va être veinielle
30:10et légère
30:10alors qu'elle est très lourde
30:12et donc
30:12il va chercher
30:13à l'Elysée
30:14ce jour-là
30:15non pas un feu vert
30:16du président
30:16mais plutôt un feu rouge
30:18parce que comme je l'ai dit
30:19tout à l'heure
30:19le service est bien conscient
30:21qu'on le fait travailler
30:22dans des conditions
30:23qui sont très dangereuses
30:24et qui l'exposent énormément
30:26et donc au fond
30:27comme ça peut arriver souvent
30:28l'amiral Lacoste
30:30attend que l'autorité politique
30:31lui dise non
30:32et manque de chance
30:33ce jour-là
30:34l'autorité politique
30:35et pas n'importe laquelle
30:36va lui dire oui
30:37On va revenir avec vous
30:38dans un instant
30:39mais Adrien Pelletier
30:40vous qui êtes expert
30:40en communication
30:42cette affaire
30:44va tourner
30:45à la communication
30:46de crise
30:47totalement ratée
30:48Oui bien sûr
30:48c'est une gestion de crise
30:49assez classique
30:51qui emploie des mécanismes
30:53comme effectivement
30:54nourrir des contrefeux médiatiques
30:56On va y revenir
30:57diffuser des fausses pistes
30:59pour gagner du temps
30:59néanmoins
31:00ça a totalement échappé
31:01à ceux qui l'ont orchestré
31:02et ça s'est retourné
31:03contre les services secrets
31:04et le gouvernement
31:05par la même voix médiatique
31:06qu'ils avaient utilisés
31:08ça a même déclenché
31:09une guerre médiatique
31:10entre différents
31:10organes de presse
31:12Le Figaro et Le Monde
31:13par exemple
31:13qui se sont écharpés
31:14l'un accusant l'autre
31:16de protéger la DGSE
31:17l'autre d'acharnement
31:19envers la DGSE
31:19comparable à la collaboration
31:21française
31:21durant l'occupation
31:22donc voilà
31:22il y a eu ces mots très forts
31:23et par ailleurs
31:25ce revers
31:26est assez classique
31:27lorsqu'on ment
31:28et on t'aimant
31:29et qu'on est obligé
31:30ensuite de revenir
31:31et de faire des aveux publics
31:32comme l'a fait
31:32notamment le Premier ministre
31:33à la télévision française
31:35et de surcroît
31:37l'enjeu de la communication
31:37de crise était énorme
31:38parce qu'il y avait
31:38la mort d'un homme
31:39il y avait un incident
31:41diplomatique majeur
31:42et ça n'est pas du tout
31:45passé comme prévu
31:46c'est un peu comparable
31:46à si vous voulez
31:47dans une moindre mesure
31:48l'affaire Cahuzac
31:49qui a été obligé
31:51de revenir sur son mensonge
31:52à qui ça a coûté sa place
31:53Sauf que là c'était franco-français
31:54Exactement
31:55Mais dans les affaires
31:56c'est pareil
31:56Orpea par exemple
31:57le mensonge a coûté sa place
31:58C'est la même mécanique
32:00dans les affaires
32:00Alors on revient
32:01dans un instant
32:02justement sur l'attitude
32:03de la presse
32:04avec vos révélations
32:05Hervé Gatégno
32:06tout est dans ce livre
32:07Deux bombes
32:08sous le Rainbow Warrior
32:09à tout de suite
32:10sur Sud Radio
32:10Sud Radio
32:12L'affaire dans l'affaire
32:13Stéphane Simon
32:14Nous parlons aujourd'hui
32:16du scandale d'État
32:16que fut le plastiquage
32:18du Rainbow Warrior
32:18en juillet 1985
32:20avec notre invité
32:21Hervé Gatégno
32:22qui est auteur
32:23de deux bombes
32:24sous le Rainbow Warrior
32:25Les derniers secrets
32:26de l'affaire
32:26qui aurait pu
32:27ou qui aurait dû
32:28couler Mitterrand
32:30aux éditions Flammarion
32:31C'est moi qui rajoute
32:32qui aurait dû évidemment
32:33Alors il faut dire
32:34un mot de la gestion
32:35de cette crise désastreuse
32:37et la manière
32:38dont la DGSE
32:38va essayer d'enfumer
32:39les journalistes
32:40La DGSE
32:41doit gagner du temps
32:42et quand le ministre
32:43de la Défense
32:44et le sommet de l'État
32:45décident de ne pas
32:46assumer cette opération
32:47c'est évidemment
32:48à la DGSE
32:49encore une fois
32:49d'endosser le sale rôle
32:51vient l'idée
32:52de dire
32:52que les époux
32:53de Thuranges
32:53finalement
32:54et ceux qui leur ont
32:55prêté main forte
32:56ont agi en dehors
32:57de toute hiérarchie
32:58Alors dans cet objectif
33:00la presse va être
33:01intoxiquée
33:02Le Matin de Paris
33:03va titrer
33:04sur une opération
33:05montée par des anciens
33:06des services
33:07avec la bénédiction
33:08des réseaux britanniques
33:10De son côté
33:11le journal Le Monde
33:12ne reste pas
33:13sur le côté
33:14et parle lui
33:15d'une provocation
33:16montée par des anciens
33:17agents de renseignement
33:18alliés à des activistes
33:20mercenaires
33:21d'extrême droite
33:22la dénonciation
33:23de l'extrême droite
33:24étant un item
33:25très fréquent
33:25dans le journal du soir
33:26le canard enchaîné
33:28de son côté
33:28va jusqu'à imaginer
33:29que les agents français
33:30ont été manipulés
33:31par les services
33:32néo-zélandais
33:33c'est incroyable
33:34il y a une véritable
33:36ça part dans tous
33:37les sens cette affaire
33:38C'est un des métiers
33:39du renseignement
33:40il ne faut pas l'oublier
33:41l'intoxication
33:42c'est une technique
33:44on ne peut pas
33:45leur reprocher
33:46d'avoir cherché
33:47à l'utiliser
33:48il faut rappeler
33:48que l'attentat
33:49a lieu le 10 juillet
33:50et les premiers articles
33:52de presse
33:52sur l'affaire
33:53ne vont sortir
33:53que début août
33:54donc pendant un mois
33:55probablement
33:56parce que c'est l'été
33:57et parce que ça se passe
33:58à l'autre bout du monde
33:59la presse française
33:59est complètement silencieuse
34:01sur cette affaire
34:01et puis lorsqu'elle commence
34:03à s'en emparer
34:04évidemment elle part
34:05dans tous les sens
34:05mais là encore
34:06comprenons
34:07avec 40 ans de distance
34:09qu'à l'époque
34:10pour tout le monde
34:11c'est incroyable
34:13au sens propre du terme
34:14que la France
34:15que la France
34:16ait pu décider
34:17d'une mission
34:18aussi folle
34:19aussi mal exécutée
34:21dans une démocratie
34:23démocratie rappelons-le
34:24à l'époque
34:25gouvernée par des
34:26sociodémocrates
34:26donc des alliés
34:27du gouvernement français
34:29personne n'arrive
34:30à envisager
34:31que ça puisse être vrai
34:32et donc les journalistes
34:33lorsqu'ils vont voir
34:34des sources militaires
34:35ou des sources politiques
34:36quand on leur dit
34:37mais non
34:38mais ça n'a rien à voir
34:39avec tout ça
34:39évidemment ce sont les anglais
34:41qui ont fait le coup
34:41ou alors c'est des barbouzes
34:43ou alors c'est des gens
34:44proches de la droite
34:45qui ont voulu saboter
34:46et tout ça
34:46ils préfèrent acheter
34:47cette version
34:48parce que finalement
34:49elle leur paraît
34:50moins incroyable
34:51que la réalité
34:52qui est celle
34:53de l'implication
34:54de la DGSE
34:54dans une affaire
34:55aussi lamentable
34:56alors il y a une agence
34:57l'agence France Presse
34:58qui en perd véritablement
34:59son latin
35:00c'est impressionnant
35:02quand on se penche
35:02sur les archives
35:03on découvre une succession
35:05de dépêches
35:06qui se contredisent
35:07des erratumes
35:08des actualisations
35:09la première dépêche
35:11qui est très factuelle
35:11je crois qu'effectivement
35:13c'est le 10 août
35:13comme vous disiez
35:14c'est un navire de Greenpeace
35:16cool
35:1610 juillet
35:17un navire de Greenpeace
35:20cool dans le port de Kland
35:21donc on n'a pas plus d'informations
35:22et puis
35:22il faut attendre
35:23au moins 10 dépêches
35:24pour qu'on commence
35:25à parler d'une piste française
35:27pour qu'il y ait d'ailleurs
35:27d'abord une réaction
35:28de l'ambassade de France
35:29qu'elle s'exprime
35:29et qu'elle s'adresse
35:30à la Nouvelle-Zélande
35:32et surtout
35:33qu'il y ait
35:33la piste française
35:34qui mènera ensuite
35:35à la DGSE
35:35on a au moins
35:36une vingtaine
35:37de dépêche AFP
35:38qui disent tout
35:38et leur contraire
35:39qui sont reprises
35:40évidemment
35:40par toute la presse
35:42par ailleurs
35:43juste pour dire un mot
35:44sur l'empreinte
35:44qu'elle a encore aujourd'hui
35:45dans les médias
35:46cette affaire
35:46c'est un cas d'école
35:47et notamment
35:48sur les réseaux sociaux
35:49chaque année
35:50il y a des centaines
35:51de parutions
35:51qui reviennent
35:52sur cette affaire
35:53mais surtout
35:54dès que
35:55la probité de l'Etat
35:56est remise en cause
35:57sur les réseaux sociaux
35:58ou dans le débat public
35:59cette affaire
36:00est fréquemment citée
36:01pour montrer
36:03pour manifester
36:04la manipulation
36:05des médias
36:05par les autorités
36:06et les fausses informations
36:08qui peuvent circuler
36:09et donc
36:09desquelles il faut se méfier
36:10donc c'est vraiment
36:10un cas d'école
36:11qui est à chaque fois
36:11cité en ligne
36:11cas d'école
36:12absolument
36:12alors à mesure
36:13que l'enquête remonte
36:14il va bien falloir
36:15à un moment ou un autre
36:16informer le premier ministre
36:17Laurent Fabius
36:18qui est hors du coup
36:19pour l'instant
36:20évidemment
36:21montrer qu'il ne sont
36:22qu'il n'est lui
36:24au courant de rien
36:25mais il va falloir aussi
36:26montrer que le président
36:26de la république
36:27n'y est pour rien
36:28et il y a une opération
36:29que vous détaillez
36:30qui est absolument
36:31un échange de courrier
36:32entre les deux hommes
36:33qui est un modèle
36:34de petit théâtre
36:36vous voyez
36:36pour montrer que
36:38les deux hommes
36:39ne sont au courant
36:39de rien
36:40et qu'ils se donnent
36:41les beaux rôles
36:42ceux de vouloir faire
36:43toute la lumière
36:44vous racontez ça
36:46dans le détail
36:46page 134
36:47de votre livre
36:48Mitterrand
36:49écrit à Laurent Fabius
36:50alors qu'évidemment
36:52on le sait
36:52vous l'avez dit
36:53il est au courant de tout
36:54et voilà ce qu'il écrit
36:55au premier ministre
36:56monsieur le premier ministre
36:58et cher ami
36:58je vous remercie
36:59des informations
37:00que vous m'avez communiquées
37:02au sujet du Rainbow Warrior
37:04je suis tout à fait
37:05d'accord avec vous
37:06pour estimer
37:07qu'il convient
37:08d'ordonner
37:08sans délai
37:09une enquête rigoureuse
37:11merveilleux
37:12et Laurent Fabius
37:13lui écrit
37:14monsieur le président
37:15je vous ai indiqué
37:16qu'un lien avait été avancé
37:18entre les deux personnes
37:19inculpées par les autorités
37:20néo-zélandaises
37:21et les services français
37:22j'estime nécessaire
37:23de demander
37:24à une personnalité
37:25incontestable
37:26de réunir les éléments
37:27de toute nature
37:29sur cette affaire
37:29je demande donc
37:30au ministre de la défense
37:31de l'intérieur
37:32et de lui apporter
37:35leur concours
37:36sans aucune réserve
37:37c'est un véritable
37:38numéro de théâtre
37:40oui c'est un numéro de théâtre
37:42parce que
37:42l'affaire est devenue publique
37:44et donc il faut
37:45il faut répondre
37:47devant l'opinion
37:48de ce qui est en train
37:48de se passer
37:49le secret est éventé
37:50donc maintenant on sait
37:51qu'il y a eu un bateau coulé
37:53un mort
37:54qu'il y a de très forts soupçons
37:56contre les services secrets français
37:58et donc évidemment
37:59qui dit utilisation des services
38:01dit responsabilité gouvernementale
38:03voire présidentielle
38:04donc il faut déminer tout ça
38:06et pour déminer
38:07donc on invente
38:08ce petit échange
38:09de correspondance
38:09ce qui est très intéressant
38:11dans ce que vous avez lu
38:12c'est que François Mitterrand
38:13écrit à Laurent Fabius
38:15je vous remercie
38:17des informations
38:17que vous m'avez communiquées
38:19Laurent Fabius
38:19n'a aucune information
38:20puisque sur instruction
38:22de François Mitterrand
38:23tout le monde lui ment
38:24mais néanmoins
38:25il le remercie
38:26des informations
38:27qu'il lui a communiquées
38:28donc ça évidemment
38:29c'est pour le mettre
38:30dans la boucle
38:31et là le petit jeu
38:32entre deux hommes
38:34de pouvoir
38:34qui sont censés
38:35être des alliés
38:36le président
38:37et le premier ministre
38:38va de semaine
38:40en semaine
38:41se dégrader
38:42parce que
38:42chacun des deux
38:43va dans cette affaire
38:45terrible
38:45jouer sa propre carte
38:47Laurent Fabius
38:48comprend
38:48dès le début
38:49qu'on lui cache des choses
38:51et que
38:51à la fin
38:52c'est lui qui risque
38:53d'être le fusible
38:54parce que le président
38:55ne démissionnera pas
38:56donc si quelqu'un
38:58doit sauter
38:58il se dit
38:59si ça dégénère
39:00ça va être moi
39:01et c'est tout mon gouvernement
39:02qui va y passer
39:02et le président
39:04lui
39:04il en veut
39:04jour après jour
39:06à son premier ministre
39:07de demander la vérité
39:08pourquoi
39:09parce qu'il sait
39:10que si on donne
39:11toute la vérité
39:12on va remonter
39:13jusqu'à la fameuse
39:14réunion du 15 mai
39:15celle où il a donné
39:16lui-même son feu vert
39:17à l'opération
39:18et donc plus Laurent Fabius
39:20dit
39:20je veux la vérité
39:21et elle est nécessaire
39:22plus François Mitterrand
39:24dit
39:24il veut agir contre moi
39:26et il veut me fragiliser
39:27moi
39:28pour se protéger lui
39:29et donc là
39:30on a aussi
39:30un cas d'école
39:31de dégradation
39:32des relations
39:33entre un président
39:34et un premier ministre
39:35alors le résultat
39:36temporaire
39:36c'est la nomination
39:37de Bernard Tricot
39:39qui est un ancien gaulliste
39:40un grand serviteur
39:41de l'état
39:41pour une commission
39:43d'enquête
39:43que l'on ne va pas dire
39:44totalement impartial
39:48encore que
39:48mais c'est en tout cas
39:49plutôt un piètre enquêteur
39:51comme vous le rappelez
39:52c'est pas
39:53ce qu'on fait de mieux
39:54en termes
39:55d'investigation
39:56alors j'avais déjà raconté
39:58dans mon précédent livre
39:59il y a deux ans
40:00sur l'affaire Markovic
40:02et la dégradation
40:03des relations
40:04entre un autre président
40:05et son premier ministre
40:05le général de Gaulle
40:06et Georges Pompidou
40:07le rôle lamentable
40:09joué par Bernard Tricot
40:11qui s'était très mal conduit
40:12envers Pompidou
40:13dans cette affaire
40:13j'ai retrouvé
40:14mon Bernard Tricot
40:15cette fois déguisé
40:17en Sherlock Holmes
40:18de pacotille
40:19à qui on demande
40:20de faire
40:21une enquête express
40:23rien moins que
40:25sur les services secrets
40:26français
40:26et leur implication
40:27évidemment tout le monde
40:29lui ment
40:29la plupart du temps
40:31il n'a pas l'air
40:32vraiment de s'en rendre compte
40:33il se fait complètement balader
40:35on l'emmène
40:36les agents secrets
40:37s'amusent avec lui
40:38ils lui sortent
40:38le grand jeu
40:39comme me l'ont dit
40:40certains 40 ans après
40:41qui en rit encore
40:42en l'emmenant
40:43dans une clairière
40:44pendant la nuit
40:45pour rencontrer
40:46des marins
40:47qui étaient impliqués
40:48dans l'opération
40:48et qui lui racontent
40:49que bien entendu
40:50ils n'y sont pour rien
40:51et Bernard Tricot
40:52se dit
40:53ah visiblement
40:54la DGSE me parle
40:55donc je suis proche
40:56de la vérité
40:57et avec tout ça
40:58il produit au mois d'août
40:59un magnifique rapport
41:00dans lequel il dit quoi ?
41:02il dit
41:02la DGSE n'est absolument
41:04pour rien
41:04dans cette affaire
41:05et pourquoi
41:06en est-il si sûr ?
41:07c'est parce que
41:07les chefs de la DGSE
41:09lui ont dit
41:09premièrement
41:10nous n'avons jamais
41:11donné cet ordre
41:11et deuxièmement
41:12nos agents
41:13sont tellement loyaux
41:15envers le service
41:16et envers la France
41:17qu'ils n'agiraient jamais
41:18s'ils n'avaient pas eu d'ordre
41:20donc 1 plus 1
41:21égale 2
41:22Bernard Tricot
41:23dit dans ces conditions
41:24la DGSE n'a rien fait
41:25j'ai juste une question
41:26et une remarque
41:27pour conclure
41:28le sous-tit très gentil
41:29l'affaire
41:30qui aurait pu couler Mitterrand
41:31vous auriez pu dire
41:31une des nombreuses affaires
41:33qui aurait pu couler
41:34François Mitterrand
41:34la question que je vais vous poser
41:36c'est qui a eu l'idée
41:38de couler ce bateau ?
41:40ça c'est rapporté
41:42dans votre livre
41:43c'est clair
41:43le fonctionnement
41:44des services secrets
41:45alors là parfois
41:46contrairement à ce que
41:47les gens pensent
41:48c'est un fonctionnement
41:51qui est ultra formalisé
41:53et le moins écrit possible
41:55donc on laisse
41:56le moins de traces possible
41:57on comprend évidemment
41:58pourquoi
41:58c'est le royaume du secret
42:00le pouvoir politique
42:01ne donne pas d'ordre
42:03au service
42:03il donne des objectifs
42:05au service
42:05et donc il dit
42:06je veux qu'on élimine
42:08ce chef terroriste
42:09qui nuit à la France
42:10ou je veux qu'on coule
42:11ce bateau
42:12mais il laisse au fond
42:15le service libre
42:17de ses moyens
42:18et de son organisation
42:20sauf que dans cette affaire
42:21il ne l'a pas laissé libre
42:22de son délai
42:23je l'ai dit tout à l'heure
42:24donc en fait
42:25de toute évidence
42:26c'est le service action
42:28qui à l'intérieur
42:29de la DGSE
42:29a proposé
42:31la solution
42:31qui consistait
42:32premièrement
42:33à couler le bateau
42:34et à le couler
42:35de cette façon-là
42:36c'est-à-dire
42:36avec deux bombes
42:37rappelons qu'il y avait
42:38deux bombes
42:39parce que la première
42:40était censée
42:41effrayer l'équipage
42:42et donc le faire sortir
42:44et la seconde
42:44qui explosait
42:45cinq minutes plus tard
42:46coulait définitivement
42:47le bateau
42:48c'était fait pour éviter
42:49qu'il y ait des victimes
42:50il faut le rappeler
42:51certains agents
42:52me l'ont dit
42:52après coup
42:53le plus simple
42:54sur le plan opérationnel
42:56aurait consisté
42:56à mettre une bombe
42:57sous le bateau
42:58avec un très long retardateur
43:00qui aurait coulé
43:01le bateau
43:01en pleine mer
43:02donc le bateau
43:03aurait coulé
43:04on n'aurait probablement
43:05jamais su
43:05pour quelle raison
43:06il avait coulé
43:06et tout le monde
43:07serait mort à bord
43:08mais le service
43:09n'agit pas comme ça
43:11les services
43:11dans les grandes démocraties
43:12je l'ai dit tout à l'heure
43:13ne tuent pas les gens
43:14si ce n'est pas absolument
43:16nécessaire
43:16et si ce n'est pas
43:17l'ordre qu'ils ont reçu
43:18ou s'ils ne se plantent pas
43:19ils ont tout fait
43:20pour éviter
43:21qu'il y ait une mort d'homme
43:22et malheureusement
43:23il y en a eu une
43:24alors on n'aura pas le temps
43:25malheureusement
43:25d'évoquer
43:26le rôle central
43:28du journaliste
43:28Edoui Plenel
43:29et du journal Le Monde
43:30qui aura protégé
43:32quand même
43:32les intérêts
43:32d'abord dévoiler
43:34l'existence
43:35de la troisième équipe
43:36et ensuite
43:36une petite écoute téléphonique
43:38que je cite dans mon livre
43:39le démontre
43:40décider consciemment
43:42et volontairement
43:43d'arrêter l'enquête
43:44pour ne pas qu'elle remonte
43:45jusqu'à François Mitterrand
43:46à l'épilogue
43:47jeudi 19 septembre
43:49François Mitterrand
43:50fait venir de bon matin
43:51l'Elysée
43:51Charles-Hernu
43:52Mitterrand lui avait dit
43:53que ce serait épouvantable
43:54si la France était mêlée
43:55à cette affaire
43:56c'est la fin
43:57l'amiral Lacoste
43:58va consentir
43:59de son côté
44:00à payer de sa tête
44:01le fiasco de l'opération
44:02mais il va refuser
44:04la demande du Premier Ministre
44:05il ne dira pas
44:06de qui il avait reçu
44:08des ordres
44:09voilà
44:09je vous engage à lire
44:11deux bombes
44:11sous le Rainbow Warrior
44:12aux éditions Flammarion
44:13merci beaucoup
44:15d'être venu
44:15avec chez nous
44:17nous voir
44:17Hervé Gatteillot
44:18je vous rappelle
44:19que vous pouvez aller voir
44:20aussi tous nos contenus
44:21sur la chaîne YouTube
44:23de Sud Radio
44:24la semaine prochaine
44:25on se retrouve
44:25samedi midi
44:2613h
44:27pour une nouvelle affaire
44:28dans l'affaire
44:29tout de suite
44:29c'est Alain Marty
44:30qui nous amène
44:30sur les routes
44:31des vins de France
44:31du Beaujolais à Gaillac
44:32ça change du pacifique
44:36allez à tout de suite
44:37sur Sud Radio
Écris le tout premier commentaire