00:00Yves Calvi, Aude Vernuccio, RTL Soir jusqu'à 20h.
00:04RTL, il est 18h17. Bonsoir Maître Louise Aubré-Lobar.
00:07Vous êtes avocate au barreau de Vannes où vous venez de représenter 14 des partis civils dans le procès de Joël Le Squarnex.
00:13Ce dernier a donc été condamné cet après-midi à la peine maximale de 20 ans de prison, dont deux tiers de période de sûreté.
00:20L'ex-chirurgien pédocriminel était accusé de viol et d'agression sexuelle sur près de 300 victimes.
00:25Pour la plupart mineurs, au moment des faits, il a décidé de ne pas faire appel.
00:29Maître Audré-Lobar, 20 ans de réclusion, assorti de deux tiers de sûreté.
00:33Comment les victimes que vous défendez ont accueilli ce verdict ?
00:37Oui, bonsoir. Alors, effectivement, je représentais 17 partis civils directs, victimes directes et beaucoup de familles également, donc une trentaine de personnes.
00:48Je dirais que les réactions des partis civils sont mitigées par rapport à ce verdict
00:53parce qu'on avait l'espoir d'avoir une décision un petit peu plus sévère
00:58et notamment une rétention de sûreté qui avait été requise par M. l'avocat général vendredi dernier.
01:05Et c'est vrai que les partis civils, durant le week-end, attendaient quand même que ce verdict prononce cette rétention de sûreté.
01:12Donc, il y a plutôt, je dirais, de la déception, de la stupeur, de la tristesse, pour l'instant, du côté des partis civils.
01:20Alors, il s'agit d'un placement, la rétention donc de sûreté, vous venez de le rappeler, n'a pas été prononcée.
01:25Il s'agit d'un placement en centre socio-médico-judiciaire, une fois la peine purgée.
01:32Ça n'est pas assez, si on doit dire les choses très simplement ?
01:36Le problème, c'est qu'effectivement, la loi, elle est faite ainsi.
01:39C'est-à-dire que, pour Joël Lesquarnac, pour ce dossier avec 299 victimes, on ne pouvait pas aller au-delà des 20 ans prévus par le code pénal.
01:48Donc, l'avocat général a essayé d'aller au-delà par ce système de rétention de sûreté,
01:54qui aurait permis, effectivement, d'aller au-delà de ces 20 ans par ce système de soins et de centres de soins
02:00où, finalement, Joël Lesquarnac, tous les ans, aurait dû passer devant une commission
02:05et on aurait pu évaluer son degré de dangerosité.
02:09Aujourd'hui, ça ne sera pas le cas.
02:11Il y aura, effectivement, un suivi socio-judiciaire de 15 ans à l'issue de la peine.
02:15Donc, ça, ça permet quand même, normalement, de le surveiller.
02:19Mais ça ne sera pas un système fermé.
02:22Théoriquement, Joël Lesquarnac pourrait sortir en 2030.
02:25Il a été incarcéré depuis 2017.
02:28Est-ce que cette date est devenue un sujet d'angoisse pour ceux que vous défendez ?
02:33Complètement.
02:33Alors, on ne sait pas si ça va être 2030, 2031, 2032.
02:37Le calcul de la peine est relativement complexe.
02:42Mais, effectivement, c'est une date qui sort.
02:45C'est une date dont les parties civiles parlent.
02:50Et les parties civiles sont inquiètes parce qu'on ne sait même pas si, par exemple,
02:53on va être informé du jour où il va sortir.
02:56On ne sait pas où il va s'installer.
02:58On ne sait pas si on va être prévenu de où il va s'installer.
03:01Il a eu simplement une obligation de fixer sa résidence.
03:05Mais est-ce que les parties civiles vont être informées de où sera sa résidence ?
03:09On ne sait pas si, par exemple, ses voisins seront informés de ce que Joël Lesquarnac devient leur voisin.
03:15Mes clients sont inquiets, en fait, pour l'avenir.
03:17On se dit que, finalement, cet homme de 74 ans, dans quelques années,
03:22pourra sortir et pourra se réinsérer dans la société et vivre à côté de gens et d'enfants, notamment.
03:29À la cour, je ne sollicite aucune mensuétude.
03:31Simplement, accordez-moi le droit de devenir meilleur et accueillir cette part d'humanité qui m'a fait défaut.
03:36Ces propos sont ceux de Joël Lesquarnac avant la délibération.
03:39Il a donc convaincu, d'une certaine façon, les juges ?
03:43Alors, en tout cas, ce qui est certain, c'est qu'effectivement, dans l'explication de la décision,
03:49la présidente a tenu à dire que son comportement depuis les huit dernières années
03:56et son comportement pendant ces trois mois de procès ne permettent pas d'aller, effectivement,
04:04jusqu'à cette rétention de sûreté parce qu'il a tenu à se présenter quotidiennement,
04:08il a présenté ses excuses, il a reconnu les faits.
04:12Et donc, c'est vrai que l'attitude de Joël Lesquarnac pendant ces trois mois de procès
04:17a certainement joué en sa faveur et sur la décision qui a finalement été prononcée.
04:24Oui, j'ose vous demander comment les victimes que vous défendez ont accueilli ces excuses ?
04:29Eh bien, je dirais que ça dépend des victimes parce que certaines victimes ne voulaient pas d'excuses
04:37et il leur a imposé des excuses.
04:40C'est-à-dire même lorsqu'une victime à la barre disait « je ne veux pas entendre vos excuses »,
04:44il regardait la victime droit dans les yeux et lui disait « je vous demande pardon ».
04:48Et puis d'autres, finalement, ont malgré tout eu un échange de regard avec l'accusé,
04:56il y a eu une demande de pardon et ont senti de la sincérité.
04:59Donc, je dirais que mes clients, en tout cas, n'ont pas vécu chacun la même chose à ce moment de l'audience.
05:06Alors, de fait, et vous venez de l'exprimer, beaucoup ont dénoncé des excuses faites avec des mots répétitifs mécaniques,
05:13en tout cas, rien d'authentique.
05:15D'autres l'ont perçu d'une façon tout à fait différente.
05:19Pensez-vous qu'il a été honnête et surtout qu'il a tout dit ?
05:23Je sais que cette question est délicate.
05:25Alors, en tout cas, moi, personnellement, non, je ne pense pas parce que, comme vous l'avez dit,
05:33il y a eu un côté très, très mécanique dans ses prises de parole.
05:37De temps en temps, il y avait des moments d'émotion, mais sinon, il était très, très bon élève.
05:44Il se levait, il répondait, il reconnaissait les faits de manière très systématique et très mécanique.
05:49Tiens, j'ai perdu le fil de votre question, mais oui, alors…
05:55Je vous demandais si vous pensez qu'il avait été sincère, notamment dans ses excuses.
05:58Oui, alors, dans ses excuses, je ne sais pas, je ne sais pas.
06:03Mais par exemple, dans le fait qu'il n'y ait plus d'envie envers des enfants,
06:09il n'y ait plus de pulsions pédophiles, ça, on est assez unanime pour dire que ça nous étonnerait vraiment fort.
06:16Et puis, sur la sincérité, clairement, il a dû cacher des choses.
06:18On voit son relationnel avec son épouse, qu'il continue à soutenir alors que, manifestement, elle savait.
06:28Non, manifestement, il n'a pas tout dit.
06:29Il reste un mystère, même pour les experts psychiatres qui ont déposé devant la barre, il reste un mystère.
06:35Pendant ces trois mois d'audience, les parties civiles que vous défendez ont-elles eu le sentiment
06:39d'avoir pu, au minimum, exprimer leur souffrance et tout simplement de décrire ce qu'elles avaient vécu ?
06:45Ça, c'est certain.
06:47Sur les trois mois de procès, les deux tiers du procès ont été consacrés aux auditions des parties civiles.
06:54Donc ça, la Cour a vraiment pris le temps de les entendre, de leur laisser tout le temps de parole qu'elles souhaitaient.
07:01Il y avait d'abord la déposition spontanée où les personnes arrivaient soit avec une lettre très très longue,
07:07soit avec juste un mot.
07:08Je me rappelle d'une de mes clientes qui est arrivée en disant « Moi, j'ai rien à vous dire, sauf qu'il a détruit mon enfance. »
07:14Voilà, ça, c'était sa déclaration spontanée.
07:16Et puis ensuite, la Cour posait des questions, des questions avec un ton très adapté, compassionnel.
07:24Et puis voilà, chaque partie civile a pu vraiment s'exprimer, déposer, déposer son histoire.
07:30Et souvent, quand même, elles sont sorties soulagées de ce moment qui était un moment quand même difficile de la déposition devant la Cour.
07:38En tout cas, les experts psychiatres, eux, ainsi que les psychologues disent que tous, pardonnez-moi, disent tous que le risque de récidive est extrêmement important.
07:46Nous sommes bien d'accord, le concernant.
07:48Alors, effectivement, les experts psychiatres ne l'ont pas vu en 2025.
07:53Les experts psychiatres l'ont vu il y a déjà quelques années.
07:58Donc, c'est un peu la problématique.
08:00C'est-à-dire qu'ils sont venus déposer sur des expertises qu'ils ont fait il y a quelques années.
08:07Et effectivement, ils disaient qu'au moment où ils l'ont rencontré,
08:10ils n'étaient absolument pas soignés de sa perversion et que son introspection était très relative.
08:17Donc, on a essayé, nous, de dire aux experts qui sont venus déposer,
08:22bon, ben voilà, quelle a été son attitude devant la Cour.
08:24Est-ce que vous pensez que cette attitude-là permet de plutôt être confiant sur le fait qu'il a changé ou pas ?
08:32Notamment sur la question de l'altérité.
08:34Joël Le Scournec a imposé son pardon aux victimes qui venaient devant lui.
08:40Et on lui a dit, mais voilà, est-ce que du coup, il se rend compte que les autres ne veulent pas de son pardon ?
08:47Il lui demande de ne pas leur imposer son pardon.
08:52Et sur cette question-là, les experts ont dit, ben, effectivement,
08:56il ne semble pas avoir beaucoup bougé depuis le moment où on l'a vu.
08:59Merci beaucoup, Maître-Louise Aubray, le barve 4 au barreau de Vannes,
09:02pour présenter, je le rappelle, 17 parties civiles au procès de Joël Le Scournec.
09:07Et je rappelle que des cris de douleur ont donc été entendus après le verdict.
09:11Dans un instant, le journal de 18h30, puis dans RTL Inside,
09:14notre reporter Valentin Boisset part à la rencontre des supporters du PSG,
09:18trois jours avant la finale de la Ligue des Champions.
09:20Et ce soir, une rencontre avec un fidèle parmi les fidèles.
09:23Samedi, ce sera tout simplement son 1162e match en tribune.
09:27A tout de suite sur RTL.
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