00:00RTL Soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:04Il est 18h18, bonsoir Pierre Botton.
00:06Bonsoir.
00:06Merci de prendre la parole sur RTL, ancien homme d'affaires, ancien détenu aussi.
00:09A la prison de Freyne et de la Santé, vous publiez « Quand les détenus font la loi ».
00:13Le livre paraît demain aux éditions Robert Laffont.
00:16Gérald Darmanin, désormais garde des Sceaux je le rappelle, veut rassembler et isoler les 100 plus gros
00:21narcotrafiquants dans une prison de haute sécurité.
00:24Est-ce que c'est une bonne idée ? Est-ce que vous validez cette idée-là ?
00:26Alors d'abord je veux dire que j'ai beaucoup d'estime pour Gérald Darmanin, que je connais depuis très longtemps.
00:32Et je lui fais une grande confiance.
00:34Alors je fais une grande confiance à Gérald Darmanin, je ne le connais pas comme ministre de la justice,
00:39je vais le rencontrer, mais je ne le connais pas comme ministre de la justice.
00:42Je pense qu'on ne peut pas comparer les comparaisons qui ont été faites entre les détenus islamistes radicalisés
00:47et les détenus liés à la drogue, tout simplement pour le nombre.
00:51Il y a 17 000 détenus liés à la drogue en prison.
00:54Donc en isolant les 100, je vais juste vous donner un exemple.
00:56Mohamed Amra, qui est le détenu qui a organisé son évasion d'une cellule et où ça a tué deux surveillants
01:04et blessé trois au péage d'un Carville, n'aurait pas été identifié comme un détenu à isoler.
01:10Je reprends une autre.
01:11Maître à isolement, à Strasbourg, dans une cellule d'isolement, on a retrouvé 12 téléphones.
01:17Je pense qu'on ne prend pas conscience du poids que j'ai vécu, du poids du trafic de drogue et de l'argent que ça amène.
01:27C'est pour ça que vous avez toujours défendu l'idée de trier les détenus.
01:30Mais sur quels critères, Pierre Botton ?
01:32Sur des critères, je vais vous dire.
01:34La dangerosité, leur spécificité, si je puis dire.
01:36Les voleurs avec les voleurs, les violeurs avec les violeurs.
01:38Moi, je suis vraiment un détenu, donc j'ai un comportement très spécifique vis-à-vis des violeurs
01:45J'ai isolé, en tant que plus vieux détenu, c'est moi qui me chargeais de leur dire qu'il ne fallait pas...
01:50Voilà, j'aime pas ces gens-là.
01:52Ensuite, je pense que les gens qui ont des petites peines, qui sont en prison pour la première fois, c'est pas la peine de les mettre dans l'école du crime.
02:00Je vais vous donner un exemple, encore, qui est dans le livre.
02:03À Nice, il y a un gamin de 16 ans qui est pris parce qu'il a menacé des policiers.
02:10Il ressort un an après, et là, ça devient un tueur, et il y retourne parce qu'il a tué.
02:15Aujourd'hui, les trafiquants de drogue recrutent parmi ces jeunes pour qu'ils deviennent des tueurs.
02:21Et ils le deviennent, d'ailleurs.
02:22Ça fait plus de 15 ans que vous alertez nos responsables politiques sur la situation carcérale.
02:26Est-ce que vous avez été écouté et suivi d'une quelconque façon ?
02:30Alors, je vais vous expliquer.
02:31On a fait des choses.
02:32On a fait beaucoup de choses.
02:33J'ai permis aux surveillants de défiler sur les Champs-Élysées, ce qui n'existait pas.
02:36On a fait les quartiers respectos, où c'est des quartiers où les détenus sont responsables eux-mêmes.
02:43Franchement, on a fait beaucoup de choses.
02:45On a fait le téléphone légal, même si ça ne marche pas, si c'est une catastrophe, peu importe.
02:50On a fait des choses.
02:51Là, aujourd'hui, je n'ai pas vraiment le sentiment d'être écouté.
02:54Je répète, je n'ai pas vu le nouveau garde des Sceaux.
02:57En revanche, j'ai vu l'administration pénitentiaire.
03:00Alors qu'on arrive avec des financements privés, j'ai le sentiment qu'on me dit
03:05« Oui, ça, on y a déjà pensé, mais ce n'est pas fait. Je prends le cas des conteneurs. »
03:08Excusez-moi, Yves.
03:09Pour lutter contre la surpopulation, c'est très simple.
03:12Il faut mettre des conteneurs.
03:13On le met pour les étudiants.
03:14Il faut installer des conteneurs.
03:15Ça prend très peu de temps.
03:17Pourquoi on ne le fait pas ?
03:18– Vous avez la réponse ?
03:20– J'ai la réponse.
03:21Quand j'ai vu le directeur de l'administration pénitentiaire, il y pensait.
03:25– Donc, ça peut bouger et ça peut évoluer.
03:29– Ça fait combien de temps que vous êtes dans le monde politique, Yves ?
03:32Que vous les interviewez ?
03:33– Plus de 35 ans.
03:34– Vous y croyez encore, c'est bien.
03:37– Je crois la démocratie, ce n'est pas une croyance.
03:40– Ce n'est pas une question de démocratie.
03:42Si on vous dit que ça va arriver, ça va arriver.
03:44Il y a beaucoup de choses où on m'a dit que ça allait arriver, ce n'est pas arrivé.
03:47– J'en reviens à Gérald Darmanin, garde des Sceaux.
03:50« Isoler les 100 plus gros narcotrafiquants dans une prison de haute sécurité. »
03:54C'est une bonne idée ou pas ?
03:55– Oui, franchement, ce n'est pas une mauvaise idée, mais ça ne suffira pas.
04:01Je vais vous donner encore un autre exemple.
04:03Les détenus qui sont des détenus qui ont une grosse dimension dans le trafic de drogue,
04:08ils ont l'habitude d'être toujours doublés.
04:10Et je vais vous expliquer pourquoi ils se font doubler.
04:12Ils sont toujours deux dans la cellule.
04:14Parce que quand on trouve des téléphones, le gars qui est à côté,
04:17il est payé pour dire que c'est les siens.
04:19– C'est le complice.
04:21– Non, il est payé pour ça.
04:23Donc si vous voulez, le monde de la prison, il faut le connaître, M. Calvi.
04:26Le monde de la prison, il faut le connaître.
04:28– Vous décrivez une situation intenable des surveillants pénitentiaires
04:31qui ne rentrent plus dans les cours de promenade,
04:33des stratégies d'intimidation qui vont jusqu'à demander les familles,
04:36jusqu'à menacer les familles des juges,
04:39des prisons passoires où tout peut rentrer.
04:41On vient de le faire.
04:43Il n'y a plus aucune autorité de l'État à l'intérieur de nos prisons, Pierre Botton.
04:46– Mais il n'y a plus aucune autorité.
04:47La seule autorité qu'il y a, c'est celle des détenus.
04:49Moi, je vous le dis, la seule autorité qu'il y a à l'intérieur des prisons aujourd'hui,
04:52c'est celle des détenus.
04:53Avec des surveillants à qui je veux rendre hommage,
04:55parce qu'ils sont totalement lâchés par leur direction.
04:58Il faut libérer la parole des surveillants.
05:00Vous savez, moi, j'ai été menacé.
05:02Et quand on est menacé, il ne faut pas reprocher à quelqu'un qui est menacé de lâcher.
05:07Alors moi, je n'ai pas lâché parce que j'ai été soutenu par d'autres détenus,
05:09et c'était pour d'autres raisons.
05:11Mais il ne faut pas reprocher.
05:12Vous êtes tout seul devant la menace.
05:14Vous êtes tout seul.
05:16Vous voyez, j'ai vu des scènes.
05:18Vous savez quand un détenu dit à un surveillant,
05:20tu fais ça, sans ça, ce soir, ta voiture, elle crame.
05:24Le problème, c'est que le soir, la voiture, elle crame.
05:26Vous comprenez ?
05:27On n'est pas dans des paroles, là.
05:28On est dans des actes.
05:29On explique qu'aujourd'hui, il y a des parrains,
05:31j'utilise le terme, pas facilité,
05:32mais qui, tout simplement, font rentrer en prison
05:34des gars qui travaillent pour lui,
05:36afin qu'ils deviennent eux-mêmes surveillants.
05:38Oui, c'est une révélation qu'a fait Guillaume Darré.
05:40C'est quelque chose qui est...
05:41Mais moi, je l'ai signalé il y a quatre ans...
05:43Vous n'écoutez pas ?
05:44Non, bien sûr.
05:45Mais comme aujourd'hui, on ne veut pas m'entendre sur les containers.
05:49On ne veut pas m'entendre sur les chiens.
05:51Les chiens, pourquoi ?
05:52Dès son arrivée, Gérald n'a pas mis les chiens dans les coursives pour trouver la drogue.
05:57Et puis l'autre chose, il ne faut pas être...
05:59Parce qu'on pense que c'est peut-être une paix civile,
06:02qu'on s'octroie dans nos prisons.
06:03On a tort.
06:04On a tort d'être faibles ?
06:05Oui, parce que cette paix civile,
06:07cette paix civile momentanée pendant l'incarcération,
06:10on ressort avec des gens qui sont devenus tellement durs,
06:15qu'ils s'en foutent.
06:16Leur vie n'a pas de prix.
06:17J'ai été avec eux dans les cours de promenade, Yves.
06:19J'ai été avec eux.
06:20Leur vie n'a pas de prix.
06:22Vous entendez ce que je vous dis ?
06:23Ils savent qu'ils vont mourir sous les balles de leurs...
06:26Mais je vais vous donner un autre exemple.
06:28Il ne faut pas être que dans le négatif.
06:29Pourquoi on ne fait pas des tests salivaires pour la drogue ?
06:33Et si un gars accepte de se sevrer de la drogue pendant un mois,
06:37on lui fait une remise de peine.
06:39Je vais terminer cette interview par une citation.
06:42Je ne cesse de le répéter de livre en livre,
06:45de chapitre en chapitre, la prison est l'école du crime.
06:48On ne naît pas avec une kalachnikov en bandoulière ou un couteau à la main.
06:51En promenade, un proche de l'assassin de Samuel Paty m'avait expliqué
06:55comment, dès son plus jeune âge, il visionnait des vidéos de décapitation
06:59et comment pour ses 14 ans, on lui avait offert un couteau
07:02de 35 centimètres en provenance de Turquie.
07:04Au moment des faits, il venait d'avoir 18 ans
07:06et moi, je garde encore le souvenir marquant de son visage d'adolescent.
07:10Tout le reste est à lire dans votre livre.
07:12Oui, merci beaucoup.
07:13C'est une chose très difficile parce que c'est...
07:15Quand vous vous côtoyez, c'est jeunes.
07:17Excusez-moi, mais c'est des jeunes.
07:19Quand les détenus font la loi, prison, le pire, est déjà là.
07:22Le livre paraît demain chez Robert Laffont.
07:24Merci d'être venu nous voir ce soir, Pierre Botton.
07:26Merci.
07:28Nous venons d'évoquer le narcotrafic il y a...
07:31Dans cette interview, sachez qu'à 18h40,
07:33nous nous arrêterons sur un chiffre très inquiétant,
07:35celui de la consommation de cocaïne en France.
07:37Elle a doublé en 6 ans.
07:39Et si certains se tournent vers la cocaïne, c'est parfois pour tenir au travail.
07:42Notre reporter Arthur Perara a rencontré plusieurs consommateurs.
07:45Leurs témoignages sont absolument saisissants.
07:47A tout de suite pour le journal de 18h30.
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