00:00En compétition à Cannes, on a vu un film dossier qui ne cache pas sa nature,
00:03ce qui s'appelle Dossier 137.
00:05C'est le nouveau film de Dominique Molle, le réalisateur de La Nuit du 12.
00:12C'est l'histoire de Stéphanie qui est jouée par Léa Drucker.
00:15Elle est flic à l'IGPN, c'est la police des polices.
00:18Et elle enquête sur un cas de violence policière
00:22dont on ne sait pas si c'est un accident ou une bavure.
00:25Pendant la crise des Gilets jaunes en décembre 2018 à Paris,
00:29un jeune homme est retrouvé très grièvement blessé à la tête.
00:33Il reste handicapé de manière irréversible.
00:36Et il a reçu un tir de flashball.
00:38Et donc toute la question, c'est qui sont les flics masqués et en civil
00:42qui lui ont lancé un tir de LBD à la tête.
00:45C'est vraiment un film de parole, mais aussi d'images
00:48qui mêlent à la fois l'enquête de terrain menée par Léa Drucker et son équipe
00:53et des images de provenance diverse, c'est-à-dire des images de caméras-surveillance.
00:57Il y a tout un jeu comme ça de traçage du parcours de ces flics cagoulés
01:05grâce aux caméras de surveillance, et ça ne manque pas à Paris.
01:09Et puis aussi évidemment des images amateurs qui racontent les manifs,
01:13mais aussi la venue des gens arrivés en famille de Saint-Dizier,
01:17en bagnole, en chantant du Joe Dassin.
01:19Et donc il y a cette espèce de tressage entre les images censées faire réelles
01:26et les images de l'enquête de fiction.
01:29Et puis il y a aussi évidemment toute une partie qui est censée donner de l'épaisseur au personnage,
01:33c'est-à-dire que Stéphanie, elle a un fils, un ex, un chat,
01:38et puis voilà, elle est comme tout le monde, elle est en son linge.
01:41Et il se trouve que, coïncidence, ses parents habitent à Saint-Dizier,
01:44elle est née là-bas, ce qui lui donnera peut-être, on ne sait pas,
01:48une proximité inhabituelle, on va dire, avec cette affaire.
01:53Marie vient de dire que cette histoire de Saint-Dizier,
01:55ça résume un peu le problème du film, c'est-à-dire que Dossier 137 est un peu surécrit,
02:00hyper didactique tout le temps, c'est-à-dire qu'on ne passe par les dialogues
02:03beaucoup d'informations de manière un peu artificielle.
02:07Alors c'est difficile de ne pas comparer Dossier 137 à la nuit du 12,
02:11parce que c'est à un petit peu près la même démarche,
02:12c'est-à-dire de raconter vraiment une enquête depuis le fait divers
02:17jusqu'à sa résolution ou sa non-résolution.
02:20Ça marchait super bien dans la nuit du 12, il y avait vraiment une qualité d'écriture
02:23à la fois sur l'enquête proprement dit et ses répercussions sur la vie privée des personnages,
02:29et de s'articuler de manière vraiment brillante.
02:31Et là, malheureusement, dans Dossier 137, tant qu'on est dans l'enquête pure,
02:35c'est plutôt passionnant, c'est-à-dire vraiment,
02:37il y a ce côté de précision dans toutes les étapes de la procédure,
02:43dans le vocabulaire notamment utilisé par différents personnages.
02:46Vraiment, on en croit être avec Léa Drucker dans ce bureau de l'IGPN en train d'interroger les suspects.
02:51Mais dès qu'on sort de là et dès qu'on s'intéresse un peu plus à la vie privée des différents personnages,
02:55en particulier à celui de Léa Drucker, ça coince un peu parce que c'est trop lourd, trop écrit.
03:00Je suis très sévère avec le film parce que j'ai beaucoup aimé La nuit du 12.
03:04Il faut quand même reconnaître certaines qualités au film.
03:06Je l'ai dit, cette vision de l'enquête qui est vraiment passionnante en elle-même.
03:11Il y a des belles trouvailles malgré tout dans la mise en scène.
03:14Moi, j'aime beaucoup l'utilisation de la voix off pour reprendre des différents personnages
03:18qui disent un vocabulaire hyper technique, hyper juridique,
03:21notamment quand ils font les demandes de procédure.
03:23Ça, je trouve que ça authentifie, ça donne vraiment un cachet réaliste très fort au film.
03:27Et puis, il y a quand même Léa Drucker qui, vraiment, on sait que c'est une très grande actrice.
03:33Elle est vraiment formidable une fois de plus parce qu'elle arrive vraiment à dépasser les facilités du scénario,
03:41à les sublimer par sa qualité de son interprétation.
03:43Et en particulier dans toutes les scènes d'interrogatoire,
03:46là, vraiment, c'est avec pas grand-chose.
03:48Elle arrive vraiment à faire passer énormément d'émotions ou de non-émotions dans son jeu.
03:54Elle est vraiment, c'est une poker-fesse à un moment.
03:56Voilà, parce qu'elle sait qu'elle est face à des policiers qui lui mentent effrontément.
04:00Elle ne le montre pas en essayant de les amener à se dévoiler.
04:04Voilà, c'est du grand art.
04:05C'est vrai que j'aime énormément les scènes d'interrogatoire dans le film.
04:08Je trouve que c'est ce qu'il y a de plus réussi avec Léa Drucker dans cette position d'autorité,
04:12de visage impassible.
04:13Elle a une façon de dire, c'est moi qui pose les questions,
04:15qui n'appelle pas à discuter en réalité.
04:18Et elle est vraiment très, très bien.
04:19Et ce que je préfère vraiment dans le film, c'est dès qu'on a l'impression d'être dans les rouages,
04:25dans la mécanique, qui est assez fastidieuse, en fait, d'une enquête.
04:29Voilà, on va voir des gens, on regarde des vidéos, etc.
04:31Pour moi, ça va un petit peu trop vite dans le film.
04:33J'en aurais bien pris plus.
04:34Et c'est d'autant plus étrange que le reste du dialogue soit aussi inégal,
04:39qu'on se retrouve avec les flics à table,
04:41et tout de suite, on sait qu'ils ne se parleraient pas comme ça à la pause du déjeuner,
04:44parce que c'est trop didactique, c'est trop fait pour le grand public,
04:50pour qu'on sache bien de quoi ils sont en train de discuter.
04:52Ah bah oui, quand même, alors, les collègues, là, ils vivent des situations pas faciles.
04:56Ben non, en fait, il fallait peut-être, je dis ça de ma place,
05:00mais il fallait peut-être se dire,
05:02« Perdons un peu les gens, cinq minutes, c'est pas grave, on les rattrapera plus tard,
05:06mais donnons comme ça, voilà, cette vie,
05:08cette vie peut-être un peu difficile à capter pour un bleu. »
05:15Et je pense que le film manque finalement un peu de radicalité.
05:19Et on sent bien qu'il y a de la prudence, voire il y a de la précaution,
05:23pour que ce ne soit pas un film anti-flic,
05:25et qu'en même temps, on puisse quand même parler de la violence policière, etc.
05:28Et donc à un moment, tout ça, c'est un peu platounet.
05:31Le dossier 137, c'est une relative déception, il faut bien l'avouer,
05:35mais pour Léa Drucker, pour deux, trois belles idées de mise en scène, un petit bien.
05:40Le dossier 137, en compétition à Cannes, pour moi c'est bof.
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