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Chaque semaine, nos critiques Marie Sauvion et Samuel Douhaire commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, "Wild Horse Nine", de Martin McDonagh. Une virée sur l'Île de Pâques, cynique ou drôle, les avis sont partagés.

En salles le 4 novembre 2026.

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Transcription
00:00John Malkovich et Sam Rockwell ont viré à l'île de Pâques, c'est le menu de Wild Horse 9
00:04de Martin McDonagh, le film à voir cette semaine.
00:07Comment est-ce Chris, en tout cas ?
00:08Il se perdait de la merde, il se dit des choses qu'il ne devait pas dire.
00:12Nous sommes ici pour stabiliser votre démocratie et ça va bien.
00:17Et qui t'es-tu, le CIA ?
00:21Nous sommes le CIA, en fait. Nous sommes totalement le CIA.
00:26Nous ne sommes pas le CIA.
00:27Alors j'avoue, je suis un grand fan de l'anglo-irlandais Martin McDonagh, qu'on avait découvert en France
00:33avec son deuxième film, Bon Baiser de Bruges,
00:35qui était vraiment une comédie très très noire tournée, comme son titre l'indique à Bruges.
00:40Là encore, il y a un lieu très fort à la voie sur le plan esthétique et sur le plan
00:43symbolique, puisqu'il s'agit de l'île de Pâques.
00:45Alors l'île de Pâques, pour ceux qui l'ignorent, se situe au large du Chili, ça fait partie du
00:49Chili, et c'est un détail qui a son importance dans le film,
00:52puisque ça se déroule fin août, début septembre 1973, et si vous vous souvenez de vos notions d'histoire,
00:59c'est au moment où va se dérouler le fameux coup d'État du général Pinochet.
01:02Alors il y a une recette, Martin McDonagh, des dialogues brillants, extrêmement caustiques, cruels,
01:11enfin vraiment un sens, un art de la vanne qui est assez irrésistible.
01:16Autre trait de fabrique de McDonagh, c'est l'amitié virile, souvent entre des hommes qui ne sont pas exactement
01:25du même âge,
01:26il y a le chien fou et le vieux sage, parfois ça peut changer, là c'est plutôt le vieux
01:30qui est un peu fou.
01:31Je dois dire que cet effet de répétition, finalement, en changement, qui fait comme si le réalisateur faisait des variations
01:38autour de toujours les mêmes thèmes,
01:40m'a un peu laissé de marbre dans celui-ci.
01:42Ce que j'aime vraiment beaucoup dans le film, c'est qu'il y a une espèce de crescendo vers
01:45l'émotion, un peu inattendue,
01:47parce que le début est vraiment très marrant, très très très caustique aussi,
01:51et on le doit beaucoup aux couples d'acteurs qui sont formidables tous les deux.
01:55Il y a Sam Rockwell qui joue le rôle du un peu moins vieux, qui est un peu un brave
01:59gars,
02:00il peut être extrêmement violent par ailleurs, mais on sent le type qui veut quand même arranger toujours les choses.
02:05Et puis face à lui, plutôt à côté de lui, il y a Chris que joue John Malkovich.
02:10Alors ça fait très longtemps qu'on ne l'avait pas eu aussi bon, il faut dire que là il
02:12a vraiment un rôle formidable,
02:14la moindre réplique est ciselée aux petits oignons par Martin McDonagh, et donc c'est un festival,
02:19et c'est comme Marie l'a dit, c'est le vieux, alors il a dépassé le stade d'être
02:22sage,
02:22il est au bout du rouleau, il n'a plus rien à perdre, plus rien à foutre de rien,
02:26et sinon de vivre ses derniers instants de la manière la plus sympa possible.
02:30Puis petit à petit, on se dirige vers la fin programmée de ce personnage,
02:34et le film gagne vraiment une émotion assez inattendue.
02:37Je ne pensais pas être aussi ému par ce film, vu comment ça démarrait,
02:40et la surprise n'en est que meilleure.
02:43À la fois le film est assez emballant, il est très séducteur, on va dire,
02:47les acteurs font des grands numéros, moi j'aime beaucoup Sam Rockwell,
02:51qui jouait le flic complètement imbécile, qui vivait encore chez sa maman dans Three Billboards,
02:58et qui là joue le jeune agent de la CIA, c'est vraiment des anti-woke,
03:04de base à une époque où le mot n'existait pas.
03:08Je suis plus partagée sur John Malkovich, qui est un acteur que j'aime bien,
03:12et en même temps, là, on sent bien qu'il est, c'est le festival de la roue libre,
03:16et qu'il a tout misé sur cette espèce d'accent traînant, cette drôle de tête,
03:21il s'est fait tout un look, etc.
03:23Mais du coup, il y a une sorte de surjeu, il y a une sorte de, voilà,
03:26on vous donne de l'essence, c'est du John Malkovich au carré, au cube même.
03:30Et donc, par moments, je trouve que ça éclipse un peu tout.
03:35Et par ailleurs, moi j'ai un vrai souci avec le film, c'est que les autres personnages n'existent
03:38pas.
03:39Et notamment les locaux, notamment les Chiliens,
03:42notamment deux personnages de jeunes filles qui sont vraiment accessoires,
03:46qui sont là pour incarner le renouveau politique,
03:51la jeunesse qui serait fan, et pas complètement, du président Allende, etc.
03:57Et là, je trouve qu'il y avait une noirceur,
04:00il y avait un désespoir dans les films de Martine McDonough,
04:03et là, je trouve qu'il n'y a plus que du cynisme, en fait.
04:06Preuve en est que cette émotion,
04:09et vraiment le film se vautre dedans à la fin,
04:11cette émotion qui est censée nous submerger,
04:14moi je l'ai refusé complètement,
04:16j'ai fait une sorte de halte là, point Godwin, quoi.
04:18Je dis, ben pas avec eux, moi je ne veux pas être émue avec eux.
04:21On a quand même passé tout le film à nous raconter
04:23comment ils avaient assassiné la démocratie absolument partout sur le globe,
04:27notamment Lumumba au Congo en 61,
04:30et tout à coup, dans une espèce de truc de rédemption,
04:35à la va comme je te pousse,
04:36il faudrait s'émouvoir des regrets de ces pauvres gars de la CIA
04:43qui se demandent quand même s'ils ont fait les bons choix de vie.
04:46Et là, je trouve que le film n'est pas aussi intelligent et pas aussi jubilatoire
04:50que ce que laissait promettre, on va dire, la première heure.
04:54Et que tout à coup, il y a une espèce comme ça de chantage, quasiment,
04:58que j'ai refusé, mais carrément physiquement, quoi.
05:01La vision de la géopolitique du film est quand même intéressante,
05:04pour rappeler que mine de rien,
05:05ils ont parfaitement conscience des saloperies qu'ils ont pu faire,
05:08et qui leur paraissaient tout à fait naturelles.
05:10Ils y croyaient même sans doute beaucoup,
05:12peut-être pas le personnage de Malkovich,
05:13mais le personnage de Sam Rockwell, oui.
05:15Et puis, évidemment, avec le temps,
05:17puis là, c'est peut-être justement la saloperie de trop,
05:20et c'est là où les personnages des jeunes sont intéressants, malgré tout.
05:22Ils sont peut-être, effectivement, pas assez développés
05:25par rapport au couple vedette,
05:27mais en même temps, ils expriment que, voilà,
05:28en fait, la démocratie, quand elle passe par les jeunes,
05:30il faut encore peut-être plus la respecter.
05:32Et c'est peut-être ça aussi,
05:33l'éclair de lucidité finale de ces deux personnages,
05:36qui, moi, m'a touché.
05:37Wild Horse 9 ?
05:38Mais que veux-tu dire, Martin McDonough ?
05:40Bof.
05:41Wild Horse 9, un nouveau bonheur signé Martin McDonough,
05:44c'est très bien.
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