00:0011 ans après Le Fils de Saul, le Hongrois Laszlo Nemes revient en compétition à Cannes avec un film très
00:05attendu,
00:06c'est Moulins, un biopic du chef de la Résistance Intérieure en France, interprété par Gilles Lelouch.
00:13Je suis rentré en contact avec De Gaulle.
00:17Aujourd'hui était un grand jour pour la France.
00:20Bientôt nous sommes libres.
00:22Vous ne voulez pas me mentir ?
00:24Nos réseaux sont infiltrés de tous les côtés, mais je doute de tout le monde.
00:31Dégagez !
00:32Sur le papier, Moulins de Laszlo Nemes, c'était un des films les plus attendus de cette 79e édition du
00:37Festival de Cannes,
00:38mais un des films les plus redoutés aussi, c'est Gilles Lelouch qui a obtenu le rôle.
00:41Sur le papier, c'est un choix qui là aussi faisait un petit peu peur,
00:44parce que Gilles Lelouch, ce n'est pas un comédien qui est toujours dans la retenue,
00:49plutôt dans la démesure en permanence, très extraverti.
00:52La bonne surprise du film, c'est que Gilles Lelouch est vraiment remarquable dans le rôle de Jean Moulins,
00:57donc il a compris les enjeux du film.
00:59On flirte avec aussi le cinéma d'horreur,
01:02puisqu'il y a une sorte de suspense terrible en attendant les scènes de torture,
01:08que Laszlo Nemes aborde, il me semble, de façon assez intelligente,
01:14c'est-à-dire le hors-champ, le son,
01:17et puis tout à coup de se retrouver attaché vraiment à Jean Moulins,
01:24physiquement, voilà, et maintenu et obligé.
01:27C'est lui qui est obligé de regarder et c'est à travers son regard à lui
01:31qu'on imagine ce que sont en train de subir ses camarades.
01:35Le film est compliqué, je trouve, à déplier, à appréhender.
01:39Il est à la fois dans une lumière sépulcrale, vraiment très travaillée, il y a de belles images.
01:46Il y a aussi vraiment un vrai souci de mesurer les mouvements de caméra, la mise en scène, etc.,
01:53qui fait que c'est quelque chose d'un peu costaud à digérer,
02:00dont l'utilité peut être vraiment discutée,
02:03c'est-à-dire est-ce que c'est comme ça qu'il faut entrer dans l'histoire Moulins,
02:09à destination d'un large public, à destination d'un public jeune aussi,
02:13c'est-à-dire vraiment en jouant la carte, voilà, quasi du film de genre, du film d'horreur.
02:18Et il se trouve que j'ai été assez cueillie par la mise en scène,
02:22de plus en plus rapprochée, de plus en plus accrochée au visage de Moulins
02:26et par l'intériorité du jeu de Gilles Lelouch,
02:30qui rabote tout et qui fait que tout à coup,
02:35on est bouleversé, vraiment, interpellé intimement sur, voilà,
02:42qu'est-ce que c'est que le courage, qu'est-ce que c'est que l'héroïsme ?
02:45C'est d'abord la peur, voilà, c'est d'abord l'histoire d'un mec qui a peur de
02:49mourir.
02:49Dès le début du film, il le dit, chaque fois que je saute en parachute,
02:52je crois que je vais mourir.
02:53Le film est effectivement assez difficile à appréhender
02:56et ça bouscula beaucoup nos certitudes sur ce qu'on peut ressentir du film.
03:01Moi, je suis passé par exemple par différents sentiments très opposés
03:04des moments de franche adhésion au film,
03:06des moments où j'étais un petit peu en retrait,
03:07voire un peu gêné par ce que le film montrait.
03:09Il y a notamment, sur la fin, puisque je n'aime pas trop la vision finale
03:15de l'agonie de Jean Moulin, où là, pour le coup,
03:18Laszlo Némès en fait quasiment une figure christique.
03:21Et je trouve ça très maladroit parce que ça donne raison
03:24à une phrase que lui dit Klaus Barbie un petit peu plus tôt,
03:27où il lui disait, vous ne voulez pas mourir en héros,
03:29vous voulez mourir en martyr.
03:31Et c'est un petit peu l'imagerie du film à ce moment-là
03:33qui est, à mon sens, un peu regrettable.
03:35Le plus on rentre vraiment dans le cœur du sujet,
03:37c'est-à-dire l'affrontement psychologique puis physique
03:40entre Klaus Barbie et Jean Moulin,
03:43là, vraiment, le film retrouve la grande puissance de mise en scène.
03:45Ça joue beaucoup sur le hors-champ.
03:47Il y a toujours cette angoisse,
03:48toute cette bande-son infernale avec des hurlements,
03:51des bruits de portes qui claquent, des bruits de chiens,
03:54des bruits d'exécution aussi avec des fusillades
03:56qui sont un maelstrom sonore qui, franchement, vous prend aux tripes.
04:00Alors, sur la note, je suis partagée.
04:02Sur la nécessité du film, in fine, je suis presque à bof.
04:06Et sur l'effet produit, je suis à bien.
04:08Moulin, c'est un film éprouvant,
04:10pas forcément indispensable, mais plutôt bien.
04:22La vérité ou la mort.