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  • il y a 5 heures
Chaque semaine, nos critiques Marie Sauvion et Samuel Douhaire commentent un film sorti en salles. Aujourd’hui, "Moulin", de László Nemes, avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin...

En salles le 28 octobre 2026.
Transcription
00:0011 ans après Le Fils de Saul, le Hongrois Laszlo Nemes revient en compétition à Cannes avec un film très
00:05attendu,
00:06c'est Moulins, un biopic du chef de la Résistance Intérieure en France, interprété par Gilles Lelouch.
00:13Je suis rentré en contact avec De Gaulle.
00:17Aujourd'hui était un grand jour pour la France.
00:20Bientôt nous sommes libres.
00:22Vous ne voulez pas me mentir ?
00:24Nos réseaux sont infiltrés de tous les côtés, mais je doute de tout le monde.
00:31Dégagez !
00:32Sur le papier, Moulins de Laszlo Nemes, c'était un des films les plus attendus de cette 79e édition du
00:37Festival de Cannes,
00:38mais un des films les plus redoutés aussi, c'est Gilles Lelouch qui a obtenu le rôle.
00:41Sur le papier, c'est un choix qui là aussi faisait un petit peu peur,
00:44parce que Gilles Lelouch, ce n'est pas un comédien qui est toujours dans la retenue,
00:49plutôt dans la démesure en permanence, très extraverti.
00:52La bonne surprise du film, c'est que Gilles Lelouch est vraiment remarquable dans le rôle de Jean Moulins,
00:57donc il a compris les enjeux du film.
00:59On flirte avec aussi le cinéma d'horreur,
01:02puisqu'il y a une sorte de suspense terrible en attendant les scènes de torture,
01:08que Laszlo Nemes aborde, il me semble, de façon assez intelligente,
01:14c'est-à-dire le hors-champ, le son,
01:17et puis tout à coup de se retrouver attaché vraiment à Jean Moulins,
01:24physiquement, voilà, et maintenu et obligé.
01:27C'est lui qui est obligé de regarder et c'est à travers son regard à lui
01:31qu'on imagine ce que sont en train de subir ses camarades.
01:35Le film est compliqué, je trouve, à déplier, à appréhender.
01:39Il est à la fois dans une lumière sépulcrale, vraiment très travaillée, il y a de belles images.
01:46Il y a aussi vraiment un vrai souci de mesurer les mouvements de caméra, la mise en scène, etc.,
01:53qui fait que c'est quelque chose d'un peu costaud à digérer,
02:00dont l'utilité peut être vraiment discutée,
02:03c'est-à-dire est-ce que c'est comme ça qu'il faut entrer dans l'histoire Moulins,
02:09à destination d'un large public, à destination d'un public jeune aussi,
02:13c'est-à-dire vraiment en jouant la carte, voilà, quasi du film de genre, du film d'horreur.
02:18Et il se trouve que j'ai été assez cueillie par la mise en scène,
02:22de plus en plus rapprochée, de plus en plus accrochée au visage de Moulins
02:26et par l'intériorité du jeu de Gilles Lelouch,
02:30qui rabote tout et qui fait que tout à coup,
02:35on est bouleversé, vraiment, interpellé intimement sur, voilà,
02:42qu'est-ce que c'est que le courage, qu'est-ce que c'est que l'héroïsme ?
02:45C'est d'abord la peur, voilà, c'est d'abord l'histoire d'un mec qui a peur de
02:49mourir.
02:49Dès le début du film, il le dit, chaque fois que je saute en parachute,
02:52je crois que je vais mourir.
02:53Le film est effectivement assez difficile à appréhender
02:56et ça bouscula beaucoup nos certitudes sur ce qu'on peut ressentir du film.
03:01Moi, je suis passé par exemple par différents sentiments très opposés
03:04des moments de franche adhésion au film,
03:06des moments où j'étais un petit peu en retrait,
03:07voire un peu gêné par ce que le film montrait.
03:09Il y a notamment, sur la fin, puisque je n'aime pas trop la vision finale
03:15de l'agonie de Jean Moulin, où là, pour le coup,
03:18Laszlo Némès en fait quasiment une figure christique.
03:21Et je trouve ça très maladroit parce que ça donne raison
03:24à une phrase que lui dit Klaus Barbie un petit peu plus tôt,
03:27où il lui disait, vous ne voulez pas mourir en héros,
03:29vous voulez mourir en martyr.
03:31Et c'est un petit peu l'imagerie du film à ce moment-là
03:33qui est, à mon sens, un peu regrettable.
03:35Le plus on rentre vraiment dans le cœur du sujet,
03:37c'est-à-dire l'affrontement psychologique puis physique
03:40entre Klaus Barbie et Jean Moulin,
03:43là, vraiment, le film retrouve la grande puissance de mise en scène.
03:45Ça joue beaucoup sur le hors-champ.
03:47Il y a toujours cette angoisse,
03:48toute cette bande-son infernale avec des hurlements,
03:51des bruits de portes qui claquent, des bruits de chiens,
03:54des bruits d'exécution aussi avec des fusillades
03:56qui sont un maelstrom sonore qui, franchement, vous prend aux tripes.
04:00Alors, sur la note, je suis partagée.
04:02Sur la nécessité du film, in fine, je suis presque à bof.
04:06Et sur l'effet produit, je suis à bien.
04:08Moulin, c'est un film éprouvant,
04:10pas forcément indispensable, mais plutôt bien.
04:22La vérité ou la mort.

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