00:00Nous retrouvons notre invité au cœur de l'info.
00:02Le moustique est responsable chaque année de la mort de 720 000 à 1 million de personnes dans le monde.
00:09Et la grande majorité de ces décès est causée par le paludisme, une maladie due à un parasite.
00:14Le continent africain est le plus durement frappé puisqu'on y enregistre 95% des cas.
00:19Des chiffres vertigineux qui ne connaissent aucune amélioration.
00:23Au contraire, avec le démantèlement de l'aide au développement américain,
00:26on craint une reprise de la maladie et la multiplication de poches de résistance.
00:32Des ONG se mobilisent pour que les gouvernements africains se réapproprient leur politique de santé publique.
00:37Et c'est l'un des objectifs de l'ONG de notre invitée, Olivia Engou.
00:42Bonsoir, vous êtes directrice exécutive d'Impact Santé Afrique.
00:46Concrètement, un enfant meurt du paludisme chaque minute.
00:50L'énoncé, c'est prendre la mesure de l'ampleur de cet enjeu.
00:55Comment expliquer qu'il y ait encore aujourd'hui une telle létalité de ce parasite ?
01:04Alors oui, merci.
01:05C'est très grave qu'aujourd'hui encore, on perd des enfants à cause d'une maladie qu'on peut prévenir et on peut traiter.
01:12Il faut savoir que les enfants de moins de 5 ans sont très fragiles à cause de leur système immunitaire qui se développe encore.
01:19Et lorsque ces enfants sont malheureusement piqués par des anophèles femelles qui donnent le paludisme, ça peut conduire à des anémies très sévères.
01:28Et ça entraîne les décès rapides dans les 48 heures si ces enfants ne reçoivent pas de tests et de traitements appropriés.
01:35C'est pour ça que malheureusement, aujourd'hui, on a encore plus de 265 millions de cas de paludisme avec environ plus de 600 000 décès par an.
01:47Et 17% de ces décès sont les enfants de moins de 5 ans.
01:52Donc c'est vraiment les premières victimes de cette maladie qu'on peut prévenir et qu'on peut guérir.
01:57C'est ça qui est d'autant plus choquant dans ce que vous évoquez, vous venez de le dire à l'instant, c'est une maladie dont on peut guérir.
02:04Et on sait que l'OMS a décidé de mettre en place cette journée internationale pour lutter contre le paludisme en 2007.
02:12Ça commence à faire un moment et les objectifs qui avaient été posés par l'OMS sont très loin aujourd'hui d'avoir été réalisés.
02:23Comment est-ce qu'on explique cette difficulté-là de l'organisation internationale ?
02:30Alors il faut dire que la lutte contre le paludisme, c'est déjà la lutte des pays d'abord, des pays africains, des ministères de la Santé publique,
02:38qui travaillent sans relâche pour mettre fin à cette maladie.
02:41Bon déjà, il faut reconnaître qu'entre 2000 et 2015, on a eu une réduction de plus de 50% des cas de décès du paludisme chez les enfants de moins de 5 ans.
02:50On a fait d'énormes progrès dans le passé avec l'arrivée des nouveaux tests de diagnostic rapide, des nouvelles moustiquaires et d'autres nouvelles innovations.
02:59Ça a permis vraiment de réduire les décès et surtout les financements importants comme ceux du Fonds mondial pour la lutte contre le paludisme,
03:06la tuberculose et le BASIDA et aussi les fonds GAVI qui ont permis d'apporter ces nouvelles innovations.
03:13Malheureusement, depuis 2015, on assiste à des perturbations qui affectent l'atteinte des objectifs de 2030.
03:21Et parmi ces perturbations, on a en premier lieu la résistance.
03:25On a la résistance aux médicaments, aux insecticides et avec les vecteurs et les moustiques qui se développent maintenant
03:33et qui se mutent à chaque fois qu'on découvre des nouveaux remèdes, ces moustiques continuent à se muter et provoquent des résistances.
03:43Ensuite, on a un grand challenge avec les changements climatiques qui provoquent des perturbations en matière de saisons de pluie, par exemple.
03:51Et vous savez que la prolifération des moustiques est directement liée à l'eau.
03:55Donc, avec les inondations, les saisons de pluie et les saisons de pluie qui sont devenues presque imprévisibles.
04:01Là, on assiste à vraiment une remontée de cas dans plusieurs pays.
04:05Ce qui est plus inquiétant, c'est qu'on voit que ces cas sont aussi maintenant arrivés dans des pays qui n'avaient presque plus de paludisme,
04:15dans certaines régions comme le Kenya.
04:17Et on remarque qu'avec le changement climatique, avec les inondations, on commence à retrouver le paludisme dans ces pays-là.
04:24Ensuite, il y a aussi un grand challenge qui est arrivé depuis les années 2015, c'est celui du financement qui n'est pas adéquat et qui n'est pas suffisant.
04:33On est seulement à près de 40% des fonds mondiaux mobilisés nécessaires pour toucher toutes les populations qui sont affectées par le paludisme.
04:43Et vous, vous vous doutez bien que…
04:45Oui, allez-y.
04:46Effectivement, Olivia Ngoo, je vous attends, vous êtes passionnante.
04:48C'est pour ça que je vous laisse nous expliquer tout ça.
04:51Mais sur l'aspect du financement, c'est vrai qu'on va l'évoquer à l'instant, il y a l'arrêt de l'aide américaine.
04:57Vous allez nous expliquer comment cela peut impacter les actions sur place, menées sur place.
05:02Mais déjà, effectivement, cette cause-là, cette lutte-là était sous-financée.
05:06En 2023, les bailleurs internationaux ont consacré seulement 4 milliards de dollars,
05:10alors qu'il faudrait 8 milliards pour apporter de l'aide et sauver ces vies, sauver ces enfants.
05:15Exactement. Et le plus dangereux ou le plus triste, c'est qu'on a des solutions,
05:22mais on n'arrive pas à atteindre toutes les populations.
05:24Les solutions ne sont pas encore assez répandues et assez déployées là où il faut.
05:31Je vous prends l'exemple, par exemple, des nouveaux vaccins.
05:32On a eu l'innovation l'année dernière avec des nouveaux premiers vaccins historiques de lutte contre le paludisme,
05:38mais ces vaccins ne sont déployés que dans certains districts.
05:41Tous les enfants de moins de 5 ans en Afrique ne sont pas encore touchés par ces vaccins par faute de financement.
05:49Donc, d'un côté, on a les outils, on a les solutions.
05:52D'un autre côté, on a des grands défis pour pouvoir déployer ces solutions-là,
05:57mais surtout vers les populations qui meurent à cause de cette maladie qu'on peut prévenir.
06:01Et ces populations sont des populations qui se trouvent dans les zones les plus reculées,
06:05dans des zones rurales, dans des zones où il n'y a pas de centre de santé.
06:08Dans des zones où lorsqu'on est piqué par un moustique et qu'on a 48 heures pour se faire tester et traiter,
06:14on n'a pas de centre de santé et on n'a pas accès rapide.
06:19Parce qu'il faut savoir que le paludisme, c'est une question de temps.
06:22On joue avec le temps.
06:23On n'a que 48 heures pour rapidement se faire traiter de manière efficace.
06:28Et dans ces zones-là où on n'a pas ces médicaments,
06:31où des fois même on n'a même pas les moyens pour pouvoir financer un traitement de paludisme grave,
06:37et bien on va malheureusement perdre des enfants inutilement.
06:43D'où l'importance à ce moment-là que les gouvernements des pays concernés,
06:47les gouvernements africains, prennent le relais et soient présents
06:51et mettent en place un maillage qui n'est pas le seul ressort des ONG ou des associations.
06:57Oui exactement, donc les gouvernements ont vraiment de grands rôles à jouer.
07:03Je vais commencer par les gouvernements africains.
07:05Nos gouvernements doivent absolument augmenter désormais le financement alloué à la santé.
07:11On le dit depuis 2001, depuis la déclaration d'Abouja,
07:14qui demandait aux gouvernements africains d'allouer 15% de leur budget à la santé.
07:20Dans la plupart des pays, on est malheureusement à moins de 5%.
07:24Donc il est vraiment temps que cette augmentation soit réelle d'allocations budgétaires allouées à la santé
07:30pour la lutte contre le paludisme et pour tout le système de santé,
07:33toutes les réformes qui vont concerner même le personnel de santé,
07:36qu'on s'assure vraiment qu'on investisse suffisamment de moyens dans la santé.
07:40Et en plus de cela, nos gouvernements peuvent aussi jouer un grand rôle
07:45pour accélérer déjà la prévention, l'utilisation des outils efficaces,
07:50parce que comme je l'ai rappelé, on a les outils qui sont efficaces.
07:54Maintenant, il faut s'assurer que les populations les utilisent
07:56et il faut mettre beaucoup de moyens dans les programmes de sensibilisation, d'éducation
08:01pour utiliser déjà des outils qui sont efficaces et mettre vraiment l'accent sur la prévention.
08:06Et un autre point, c'est aussi se débarrasser et mettre l'accent sur la destruction des causes du paludisme
08:13et s'attaquer aux causes profondes de ces moustiques-là,
08:16à nos fels femelles qui se développent,
08:18aller maintenant creuser pour étendre des programmes
08:22qui vont permettre de s'attaquer aux gîtes larvaires,
08:26de remettre les pulvérisations intradomiciliaires,
08:29de vraiment mettre en place des programmes qui vont s'attaquer à la cause même du paludisme
08:35et ces programmes environnementaux nécessitent forcément la participation de plusieurs ministères
08:43et plusieurs secteurs.
08:44Alors la lutte contre le paludisme ne peut pas être juste le problème du ministère de la Santé,
08:49le ministère de l'Environnement et l'Habitat, l'éducation, l'agriculture
08:54doivent s'y mettre pour qu'on puisse définitivement mettre fin à cette maladie.
09:00Il faut une synergie effectivement des différents ministères.
09:03Ce que l'on comprend aussi, c'est que ce n'est pas qu'une lutte africaine.
09:08Ce n'est pas circonscrit de ce que vous disiez tout à l'heure justement.
09:11Il y a des poches de résistance qui se mettent en place.
09:13Donc ça nous concerne tous aujourd'hui.
09:17Oui, alors bien que 90% des cas de paludisme se retrouvent dans un continent qui est l'Afrique,
09:23il faut savoir que la lutte contre le paludisme ne doit pas juste être un problème africain
09:27ou une lutte africaine parce que malheureusement les moustiques n'ont pas de frontières
09:32et on assiste à une propagation de la résistance.
09:38Si on ne peut pas maintenir et vraiment adresser la riposte paludisme en Afrique de manière efficace,
09:44on va se retrouver dans quelques années à avoir des résistances,
09:47à avoir des moustiques qui pourront donner le paludisme à des personnes
09:51et on n'aura pas de traitement efficace pour cette maladie-là.
09:57Et imaginez-vous, si on n'arrive pas à contenir ce problème,
10:01très rapidement il va devenir un problème de sécurité mondiale et de sécurité sanitaire mondiale.
10:07Donc ce n'est pas vraiment un problème africain.
10:09C'est pour ça qu'en même temps, il est très important que les gouvernements des pays extérieurs
10:15continuent, ne relâchent pas les efforts maintenant.
10:18Après avoir investi pendant 40-50 ans, après avoir découvert toutes ces innovations-là,
10:25ce n'est pas le moment de relâcher les efforts
10:28parce que malheureusement, pendant ce temps, le moustique ne nous attend pas.
10:32Il va se développer, il va se muter, il va devenir plus résistant
10:36et on risque de se retrouver avec une maladie pour laquelle on n'aura pas de traitement du tout.
10:42On entend, Olivia Ngu, votre mobilisation, votre détermination,
10:48on voit bien à quel point vous vous appuyez sur cette communauté,
10:51vous êtes impliquée auprès de ces communautés.
10:54Comment réagissent les politiques que vous interpellez ?
10:57Est-ce qu'ils répondent à votre appel ?
11:01Alors, de manière très surprenante, les leaders politiques avec lesquels on travaille
11:05répondent très favorablement une fois qu'on leur donne les informations clés
11:09parce qu'on s'est rendu compte qu'ils n'avaient pas vraiment beaucoup d'informations.
11:12Donc, beaucoup pensaient qu'avec l'arrivée des vaccins, avec l'arrivée des moustiquaires,
11:16le périodisme, c'était une maladie déjà presque du passé.
11:21Et lorsqu'on leur donne des évidences venant du secteur de la recherche
11:25qui sont très, très, très alarmants sur les résistances,
11:28sur les nouveaux vecteurs même qui sont en train de se développer,
11:31comme la Nophel-Steven-6 qui commence à piquer en milieu uber
11:34et pour lequel on n'a pas encore de traitement,
11:37lorsqu'on remarque déjà, lorsqu'on leur donne les informations clés,
11:43alors ces leaders commencent à nous écouter
11:45et commencent à vouloir absolument mettre en place des actions concrètes.
11:53Par exemple, on a maintenant aujourd'hui les parlementaires
11:56qui vont se réunir la semaine prochaine au Ghana
11:59et qui ont décidé de former la coalition des parlementaires africains
12:04pour mettre fin au paludisme en Afrique.
12:06Et ça, ce sera une grande première.
12:08Et un de leurs objectifs, ce sera justement d'assurer
12:10l'augmentation de la mobilisation des fonds domestiques
12:14et ensuite assurer maintenant qu'il y ait des écosystèmes africains
12:18favorables à des solutions locales pour la lutte contre le paludisme,
12:24mais aussi à s'assurer que les solutions actuelles,
12:27telles que la nouvelle moustiquaire imprégnée à double insecticide,
12:33les nouveaux vaccins, les nouveaux traitements,
12:35que ces nouvelles innovations soient déployées
12:38vers les populations qui en ont besoin.
12:40Je vous remercie beaucoup, Livia Ngu.
12:42Je rappelle que vous êtes directrice exécutive d'Impact Santé Afrique.
12:44Merci pour vos actions, votre détermination,
12:47pour la parole que vous portez pour ces populations,
12:50pour que ces enfants, ces femmes et ces hommes
12:52ne soient pas des statistiques, mais qu'ils puissent être sauvés.
12:55On comprend l'importance de ces journées aussi pour mobiliser
12:58les acteurs qui travaillent sur le sujet.
13:01Merci à vous.
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