00:00Yves Calvi, Vincent Derosier, RTL Soir.
00:03Il est 18h44, bonsoir Wilfried Fonck, vous êtes secrétaire nationale UFAP, UNSA Justice,
00:09bref, surveillons pénitentiaires, merci beaucoup de prendre la parole sur RTL.
00:133000 places de prison supplémentaires en quelques mois, annonce faite par Gérald Darmanin,
00:18le ministre de la Justice était en visite ce matin dans l'Oise, dans une usine qui produit des préfabriqués en béton.
00:24Vous étiez sur place, qu'en avez-vous pensé ? Elles vous ont convaincu ces nouvelles prisons ?
00:29Alors c'était surtout notre secrétaire général qui était présent sur place,
00:32mais on a eu le retour aussi de la visite qui a été effectuée la semaine dernière en Allemagne,
00:37à la prison de Strobin, qui est déjà équipée de ce type de dispositif.
00:42Donc en effet, ce ne sont pas ce que nous on appelle des baraques de chantier, heureusement.
00:46Donc ce sont des cubes en fait en béton qui ont une surface, on va dire, entre 35 et 40 m²,
00:53qui sont soit préfabriqués en amont et montés sur place une fois arrivés à destination,
00:59ou qui arrivent déjà pré-montés et qu'il n'y a plus qu'à poser au sol ou à empiler les uns sur les autres
01:04en fonction de l'architecture définitive qui sera retenue.
01:08Donc effectivement, c'est un gain de temps en termes de fabrication,
01:11c'est aussi un gain budgétaire en termes de coût,
01:15puisque de 350 000 euros, la place de prison, lorsque c'est une construction classique,
01:20on descend là aux alentours de 200 000 euros.
01:23Et puis ça permet d'aller effectivement beaucoup plus vite, puisque vous disiez,
01:26sur 18 mois, on est capable d'aller installer 60 places, par exemple, sur le domaine de Trois-Lavaux,
01:32qui était le premier site retenu pour l'expérimentation.
01:35Alors vous venez en fait de très bien les décrire, ces structures dites modulaires en béton.
01:40Ça ressemble encore à une prison ?
01:42Oui, ça ressemble à une prison, parce que ce qu'on a vu sur place, en tout cas en Allemagne,
01:47oui, ça reste un établissement pénitentiaire, alors certes avec des dispositifs de sécurité
01:52qui sont beaucoup plus légers que ce qu'on pourrait avoir dans une structure classique,
01:56mais si derrière, l'administration pénitentiaire évalue correctement les profils
02:01et choisit avec énormément de discernement les détenus qui seront affectés dans ce type de structure modulaire,
02:10effectivement, ça peut permettre soit de désengorger les prisons,
02:13parce qu'actuellement, on a quand même 82 000 détenus pour 62 000 places,
02:17notamment sur des peines assez courtes ou sur des reliquats encore assez courts
02:22ou sur des infractions liées, par exemple, aux violences intrafamiliales ou à des délits routiers
02:27et qui ne justifient peut-être pas qu'il y ait des dispositifs de sécurité de haut niveau.
02:34Alors choisir les détenus avec beaucoup de discernement, comme vous dites,
02:37qu'est-ce que ça veut dire qu'on choisit des détenus dangereux mais pas trop ?
02:39Quel type de détenus vont aller là-bas ?
02:41Alors là, si on écoute effectivement le garde des Sceaux,
02:45lui, il est dans l'objectif d'y mettre des individus qui sont là pour des infractions
02:51de violences intrafamiliales, de délits routiers
02:55ou dont le reliquat de peine serait aux alentours de 12 mois.
02:59Donc effectivement, des individus qui arrivent sur des, on va dire,
03:03sur des cantums de peine à exécuter, qui sont assez légers
03:08et qui, en termes de dangerosité, en tout cas pour l'administration pénitentiaire
03:12et ses personnels, seraient beaucoup moindres que des individus
03:15qui seraient liés aux crimes organisés ou à des cellules terroristes.
03:19Donc des courtes peines mais aussi pour des détenus,
03:21et c'est un appel d'offres qui est concerné, pour des détenus qui font de la semi-liberté,
03:25c'est-à-dire qu'ils travaillent pendant la journée, c'est ça ?
03:27C'est ça, c'est-à-dire qu'après là c'est le deuxième volet,
03:29c'est-à-dire que sur les 3000, vous avez 1500 pour de l'exécution de peine,
03:33on va dire classique, et 1500 places qui seraient réservées
03:36à des quartiers de semi-liberté, donc des individus qui,
03:39durant la journée, sont à l'extérieur et qui sont soit en formation
03:43ou soit qui exercent une activité professionnelle.
03:46Alors le ministre donne cette définition,
03:48ce sont de vraies prisons mais construites dans des usines.
03:52Ça a quand même dû vous faire bizarre, non, quand on vous l'a annoncé ?
03:54Sur l'instant, on avait surtout, nous, l'expérience
03:58de ce qui avait déjà été réalisé, notamment sur le site
04:00de la maison d'arrêt de Dunkerque, avec des prêts fabriqués
04:05ou ce qui avait été déjà fait, par exemple, en Nouvelle-Calédonie
04:08où on avait plutôt, comment dirais-je, des conteneurs maritimes
04:13qui avaient été transformés en cellules et où là, évidemment,
04:17c'est à ne pas faire parce que ça n'a aucun intérêt pour nous, professionnels.
04:22Là, par contre, oui, ça reste une structure bâtimentaire rigide
04:26avec du béton, du béton plus ou moins armé tout de même,
04:30avec un poids sur un seul bloc qui peut aller jusqu'à 33 tonnes.
04:34Donc, effectivement, c'est quelque chose d'assez solide.
04:36Est-ce que des membres de votre syndicat sont allés voir
04:38ce que font nos voisins européens, justement, en la matière ?
04:42Alors, on a surtout visité le site de Strobin en Allemagne.
04:46On s'est forcément aussi renseigné sur ce qui se passe en Angleterre
04:48et notamment dans la prison de Rochester dans la province du Kent
04:52où il y a aussi là-bas des bâtiments modulaires.
04:57Alors, effectivement, une fois que c'est construit, posé, terminé,
05:00ça ressemble, oui, à un établissement pénitentiaire.
05:03Alors, certes, avec des dispositions de sécurité périmétrique
05:07beaucoup plus légères, mais ça reste un établissement pénitentiaire.
05:10Alors, on nous dit aussi qu'un des arguments avancés,
05:13c'est que ça servira à désengorger les prisons.
05:16On parle de structures plus petites.
05:18On rappelle que 82 000 détenus pour 62 000 places en France,
05:22ça va vraiment servir à les désengorger, ces prisons ?
05:25Alors, ça servira à les désengorger si, derrière,
05:28on n'a pas un appel d'air qui se produit.
05:30Et je pense notamment à la proposition de Louras
05:33qui a été votée favorablement la semaine dernière
05:36à l'Assemblée nationale durant la niche parlementaire du groupe Horizon,
05:39qui permettrait, en cas de validation et de vote favorable par le Sénat,
05:43aux juges de pouvoir prononcer à l'écrou, à la barre,
05:48des peines allant de six mois à un an,
05:51en termes d'exécution ferme et non plus en termes d'aménagement.
05:54Donc, si c'est pour, d'un côté, nous donner des places pour désengorger
05:57tout en nous envoyant des flux supplémentaires d'incarcération
06:02parce qu'on aura des peines de prison exécutées en supplément,
06:04finalement, ce sera une opération blanche
06:06et on sera toujours au même point en termes de sur-encombrement.
06:10Donc, aujourd'hui, oui, le sur-encombrement,
06:12ça doit être une priorité du ministre,
06:14tout comme il doit être aussi une autre priorité
06:17qui est de la résorption des vacances d'emploi,
06:19puisqu'en termes de personnel de surveillance,
06:22aujourd'hui, on est à 3 000 vacances d'emploi.
06:24Donc, là aussi, la question va se poser
06:26sur comment armer ces nouvelles structures modulaires
06:29avec des vacances d'emploi à ce niveau-là.
06:32Et d'un mot très court, s'il vous plaît,
06:34le premier site, il sera mis en place à 3 dans l'aube.
06:36Qu'est-ce que vous dites aux habitants de la région
06:38qui vont forcément se poser des questions sur la sécurité ?
06:41Que derrière, on ne fait pas malheureusement
06:44d'omelettes sans casser d'eux
06:45et qu'à partir du moment où on met des gens en prison,
06:47le jeu du détenu, c'est aussi, pour certains,
06:51de vouloir se soustraire à la surveillance
06:53de l'administration pénitentiaire.
06:55Donc, oui, le risque zéro n'existe pas.
06:58Après, derrière, tout sera fait
06:59pour que, bien évidemment, les incidents
07:01et notamment les évasions ne se produisent pas.
07:03Merci beaucoup, Wilfried Fonck,
07:05secrétaire national de l'UFAP, UNSA Justice.
07:08Et je vous rappelle que demain matin,
07:09le garde des Sceaux, justement,
07:10est l'invité de Thomas Soto à 7h40 sur RTL.
07:13Dans un instant, un homme qui nous permet
07:15de nous évader chaque soir,
07:16Marc-Antoine Lebray, c'est le Breaking News.
07:19Yves Calvi, Vincent Derosier, RTL Soir jusqu'à 20h.
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