00:00C'est une menace silencieuse qui continue de tuer bien après la fin des conflits.
00:05Les mines antipersonnelles mettent en danger 100 millions de personnes dans le monde, selon l'ONU,
00:09qui ouvre aujourd'hui à Genève une réunion de trois jours sur le sujet.
00:12Et ce, alors que cinq pays européens ont l'intention de revenir en arrière,
00:16de se retirer de la convention internationale qui interdit les mines.
00:20La Finlande, la Pologne et les Pays baltes, ils veulent réutiliser les mines terrestres
00:25pour sécuriser leurs frontières avec la Russie.
00:27Bonjour Bénédicte Jeannereau.
00:28Bonjour.
00:29Vous dirigez le bureau de Paris de Human Rights Watch.
00:31Votre ONG sera représentée d'ailleurs dans cette réunion internationale.
00:35Vous pensez qu'il est encore possible de faire changer d'avis ces cinq pays européens ?
00:38Alors pour le moment, en fait, les cinq pays ont annoncé leur intention de se retirer
00:44par la voix de leur ministère de la Défense pour ce qui est de la Pologne et des Pays baltes.
00:51La Finlande, la semaine dernière, a aussi annoncé son intention de se retirer,
00:54de se traiter d'interdiction par la voix du Président.
00:57Donc c'est extrêmement inquiétant, mais on considère que c'est une première étape qui est réversible.
01:05Et donc là, la dynamique qui doit se mettre en place, c'est de faire entendre que les pays
01:13qui adhèrent à ce traité d'interdiction qui s'appelle le traité d'Ottawa,
01:16fassent entendre leur voix, affirment leur attachement à l'interdiction des mines
01:21et convainquent ces cinq États européens de ne pas se retirer de ce traité
01:25qui a fait évoluer dans le bon sens les normes internationales de protection des civils.
01:30Ce sera un sacré retour en arrière et pourtant ça ne suscite pas franchement de réaction.
01:34Il n'y a pas d'indignation planétaire.
01:36Ça vous surprend cette indifférence ?
01:37Alors, elle nous choque en fait, parce que le traité d'Ottawa, c'est une convention internationale
01:46qui était bien installée.
01:47Elle a été adoptée il y a une trentaine d'années.
01:50Elle a fait évoluer les normes du droit international humanitaire,
01:54la protection des civils dans les conflits, etc.
01:56Et donc, on s'attendait effectivement à ce que ce retrait de cinq pays de l'Union européenne
02:01provoque beaucoup plus d'indignation, ce qui n'a pas été le cas.
02:06La France a rappelé son attachement à la convention,
02:11mais elle ne l'a pas fait de manière publique.
02:13Et c'est ça que nous demandons maintenant au gouvernement européen,
02:16en particulier à la France, en particulier,
02:20de protester beaucoup plus fortement contre cette intention de retrait des cinq pays européens.
02:26et de réaffirmer l'importance de normes humanitaires
02:30qui protègent les civils dans les conflits.
02:32Alors, ce traité, il n'a pas été signé par l'ensemble des pays sur la planète,
02:36ce qui veut dire qu'il y a des pays qui produisent encore des mines antipersonnelles
02:39et d'autres qui en utilisent.
02:41Où est-ce qu'on en utilise le plus aujourd'hui ?
02:43Alors, il y a des pays qui sont très massivement contaminés
02:46et sans doute une situation qui a eu un point de bascule
02:50sur la question des mines, c'est l'Ukraine,
02:52où la Russie utilise de manière très répandue
02:56les mines antipersonnelles.
02:57Et les Ukrainiens aussi.
02:58Les Ukrainiens ont reçu des mines antipersonnelles
03:01de la part des Etats-Unis en fin d'année 2024,
03:03ce qui a provoqué une indignation, là pour le coup, assez générale,
03:08le fait que les Etats-Unis transfèrent des armes interdites à l'Ukraine.
03:14Donc l'Ukraine est très largement contaminée.
03:17Human Rights Watch a sorti un rapport hier
03:20sur la contamination qui est très large aussi en Syrie.
03:24On évoque des chiffres de 600 personnes
03:27qui ont été blessées ou tuées
03:29depuis simplement décembre 2024 en Syrie.
03:33Et là encore, ce sont les civils qui sont les premières victimes.
03:37Et ce qui est tragique en Syrie,
03:38c'est que ce sont bien souvent des civils
03:40qui retournent chez eux après dix années de guerre
03:42et qui sont frappés par cette arme
03:46qui est par nature indiscriminée.
03:49Oui, parce qu'une mine, ça ne fait pas la différence
03:51entre un soldat et un civil.
03:52Et ça ne fait pas non plus la différence
03:53entre un adulte et un enfant.
03:55Voilà, et c'est pour ça, c'est pour cette raison...
03:57Ça se déclenche à partir de combien de kilos ?
03:59C'est vraiment très léger ?
04:00Alors il y a beaucoup de produits,
04:03enfin de mines qui sont différentes.
04:05Il y a des mines qui se déclenchent
04:07quand elles sont en contact avec quelqu'un.
04:09Des mines qui peuvent se déclencher à distance aussi
04:11avec des déclencheurs.
04:13Donc il y a toute une série de mines,
04:14mais en tout cas,
04:15elles sont intrinsèquement indiscriminées.
04:17Et c'est pour cette raison
04:18que le traité d'Ottawa les a interdites
04:21il y a une trentaine d'années.
04:21Alors il y a le bilan humain,
04:22mais il y a aussi les conséquences économiques,
04:24humanitaires,
04:24puisque ces mines empêchent aussi le pays,
04:28une fois que la guerre est terminée
04:29ou que le conflit est terminé,
04:31de se développer économiquement,
04:33de dépaysant,
04:33de cultiver des terres
04:34parce qu'elles sont pleines de mines.
04:36Il y a plein d'autres conséquences
04:37auxquelles on ne pense pas.
04:38Oui, en fait, les mines,
04:39elles tuent et elles mutilent
04:43et elles empêchent aussi
04:44la reconstruction dans certains pays,
04:47le retour de population sur leurs terres,
04:50l'acheminement des laides humanitaires.
04:53Donc elles ont vraiment des effets,
04:54parfois pendant des décennies.
04:56On voit encore des pays
04:57qui continuent d'être contaminés
04:59avec des conflits qui se sont terminés
05:01depuis de très nombreuses années.
05:02Par exemple ?
05:03Par exemple, le Laos, le Cambodge,
05:06l'Afghanistan,
05:09des pays qui sont encore très largement contaminés
05:12et qui empêchent un retour à la vie normale
05:15des populations civiles.
05:17Comment on fait pour les enlever ?
05:18Alors là, c'est des spécialistes qui le font.
05:22Alors, c'est un autre problème, en fait,
05:23c'est que quand il y a des spécialistes
05:25avec des plans nationaux de déminage
05:27pour la détection, le déterrage
05:30et l'élimination des mines,
05:35quand le déminage est encadré,
05:38il peut être fait de manière sécurisée.
05:40Ce qu'on démontre aussi dans le rapport
05:42que nous avons sorti hier sur la Syrie,
05:45c'est que quand il n'y a pas
05:46ces plans nationaux de déminage,
05:48c'est souvent des personnes
05:50qui s'improvisent des mineurs
05:51ou qui vont aider leurs voisins à déminer
05:54et qui sont eux aussi exposés
05:57et qui sont blessés.
05:58On a plusieurs exemples dans le rapport
06:00que nous avons sorti hier
06:01de personnes qui, en voulant déminer leur champ
06:04ou aider leurs voisins à déminer leur champ,
06:07ont été mutilées ou même tuées
06:08par des engins explosifs.
06:10Voilà cette convention d'Ottawa,
06:12de laquelle cinq pays européens
06:15veulent se retirer.
06:16Je signale par ailleurs que les Etats-Unis,
06:17la Russie ou la Chine
06:18ne l'ont jamais signée, cette convention.
06:20Merci Bénédicte Jeannereau.
06:22Vous dirigez le bureau de Paris
06:23de Human Rights Watch.
06:24Je vous souhaite une bonne journée.
06:25Merci beaucoup.
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