00:00Avec nous pour en parler Gaëtan Mélin, chef du service économie de BFM TV, Michel Calvirol, bonjour, rédacteur en chef de la rubrique Industrie et services à la Tribune,
00:12et Alain Dulac est également avec nous, PDG de Factem, leader en équipement électro-acoustique. Il y a une réunion aujourd'hui, Emmanuel Macron réunit les industriels de la défense
00:22avec une double injonction, Gaëtan, produire davantage et encore plus vite. Réunion avec qui d'ailleurs ?
00:27Avec tous les dirigeants des principales entreprises de défense en France, que ce soit Thalès, Safran, Dassault, MBDA et bien d'autres encore, Airbus, Naval Group.
00:37L'objectif c'est tout simplement de faire le point sur leur capacité de production actuelle et surtout sur la possibilité de monter en production à quel rythme et surtout à quel prix.
00:49Bien évidemment, tous ces sujets ont de l'importance, ça nécessite des investissements, ça nécessite des embauches et l'objectif c'est aussi d'apporter des garanties à tous ces industriels
01:01parce qu'encore une fois, on va partir sur une période de long terme et non pas de court terme, ce ne sont pas des investissements pour les 5 prochaines années mais bien pour les 25-30 prochaines années
01:13et tout ceci va permettre de voir où on en est aujourd'hui en France.
01:18Vous croyez qu'Abirol, ça va être un changement de paradigme à l'échelle de ce qu'est en train de faire l'Allemagne dans son virage stratégique ?
01:24Ce n'est peut-être pas un changement de paradigme mais en tout cas, elle va monter en puissance cette industrie de l'armement.
01:30La France a vraiment une industrie de l'armement très performante par rapport à tout ce qu'on peut en voir dans le monde entier sauf qu'aujourd'hui, cette industrie de défense est dimensionnée pour le temps de paix.
01:43Elle est encore dimensionnée pour le temps de paix donc aujourd'hui, il faut qu'elle monte en cadence.
01:47Il faut des recrutements, il faut des investissements en infrastructures industrielles, il faut des investissements en technologie.
01:55Tout cela ne se fait pas en un claquement de doigts.
01:58Le paradigme va arriver au fur et à mesure et donc, on ne va pas claquer des doigts pour justement faire cette économie monter en puissance pour aider soit l'Ukraine, soit ce réarmé.
02:10C'est vraiment une des problématiques principales et crucielles de l'industrie de défense aujourd'hui française.
02:16Il y a une question de volume, une question de technologie aussi. On sait tout faire aujourd'hui en France ou alors est-ce qu'il y a des choses qu'on est obligé d'importer ?
02:21Très certainement, on sait tout faire ou à peu près.
02:24Je veux dire, c'est une réponse au moment mais on sait faire un avion de A à Z, les avions rafales d'assaut d'aviation, on sait faire de A à Z.
02:34On sait faire des bâtiments de guerre, un porte-avions, des frégates de premier rang, des patrouilleurs, tout cela, on sait faire.
02:42Après, sur des systèmes un peu plus compliqués, échantillonnaires, on achète aux Etats-Unis.
02:48Par exemple, je vais vous donner un exemple, c'est l'avion de détection AWACS, il vient des Etats-Unis.
02:54On saurait faire mais les séries sont trop petites pour que la France se lance. Ce serait trop cher pour que la France se lance.
03:02Sur les drones, on n'était pas très bons quand même.
03:04On n'était pas très bons mais on sait faire en fait, technologie bien. Je veux dire, l'industrie française sait faire.
03:08Après, les drones, c'est une longue histoire. C'est une longue histoire politique.
03:14Il y a eu beaucoup d'aléas, de retours. C'est une histoire de leadership industriel où les industriels Airbus, Thales, Dassault sont un peu disputés.
03:25Donc, on n'y est jamais arrivé mais on a technologiquement toutes les capacités à faire des drones, surtout que c'est un système assez...
03:32Sauf qu'en temps de paix, on a choisi de s'en remettre à d'autres fabricants que nous-mêmes.
03:36Et c'est ce qui crée des dépendances dont peut-être il faut se défaire aujourd'hui en fait, non ?
03:41Oui. Petit à petit, effectivement, la France et en tout cas l'industrie de l'armement via le ministère des armées se désensibilise de plus en plus à cette dépendance qu'elle soit,
03:54notamment américaine. On ne va pas se le cacher. C'est des dépendances américaines.
03:59Donc, effectivement, il faut petit à petit se désensibiliser mais on ne pourra pas se désensibiliser à 100%. Ça, ce n'est pas possible.
04:06J'ai un exemple. Vous avez un missile RR qui s'appelle le Météor qui est fabriqué par CPI. Il y a beaucoup de composants américains.
04:15Donc, si vous voulez exporter ce missile, il faut avoir l'autorisation des États-Unis.
04:20Et pourtant, c'est un missile qui est performant et disruptif par rapport à toute la panoplie.
04:27Jacques, on a cité Dassault, on a cité Thalès, mais la défense, c'est aussi énormément de PME, 4000. Qu'est-ce que fabrique votre entreprise Factem ?
04:38Oui, bonjour. Alors nous, on fabrique chez Factem des accessoires électro-acoustiques. On est accessoriste des grands donneurs d'ordre que vous avez cités précédemment.
04:50Aujourd'hui, ça a été dit, l'industrie de défense, c'est une industrie du temps long. Et nous, pour produire, pour être capable de monter en puissance,
05:00en fait, on a besoin de trois choses. On a besoin d'avoir un outil de production qui soit opérationnel et pour ça, c'est un besoin de financement.
05:08On sait qu'aujourd'hui, il y a un paradoxe entre les exigences d'ESG des établissements financiers et cette volonté de monter en puissance et de financer l'industrie de défense.
05:22On a besoin de ressources humaines. Les ressources humaines, c'est un besoin de formation, de recrutement. Et puis, on a besoin de matériaux ou de composants.
05:31Et donc ça, c'est toute la problématique de la supply chain qui a été évoquée précédemment et donc de notre capacité à être souverain sur nos approvisionnements et sur la sécurisation de ces approvisionnements.
05:43La montée en cadence que va vous réclamer aujourd'hui Emmanuel Macron, elle va impliquer des problèmes, vous le dites, d'approvisionnement, de recrutement aussi ?
05:53Tout à fait. C'était mon deuxième point. C'est les ressources humaines, donc de formation et de recrutement. Et en fait, aujourd'hui, la BITD, les PME de la BITD,
06:04on est prêts, je dirais, à monter en puissance à condition d'avoir de la visibilité. Et pour nous, la visibilité, c'est des commandes. Si on a des commandes,
06:12aujourd'hui, on sera en mesure d'aller chercher des financements pour faire grossir notre outil de production, de faire l'effort de recruter en ayant des perspectives pour ces nouveaux collaborateurs.
06:29Et puis également de déclencher des approvisionnements, des approvisionnements longs, de façon à sécuriser nos approvisionnements, notre production et de pouvoir sécuriser les livraisons chez nos fournisseurs.
06:39Donc vraiment, aujourd'hui, ce qui nous manque, ce qui nous manque et ce qui est vital pour nous pour pouvoir avancer, c'est de la visibilité et donc des commandes.
06:47Gaëtan, ça, c'est une surprise ?
06:49Oui, parce que jusqu'à présent, le ministre de l'Économie s'était refusé à mettre en place un livret d'épargne dédié à la défense, préférant cibler l'assurance-vie et surtout,
07:01en laissant les gestionnaires de fonds flécher l'argent vers ces secteurs d'activité sans pour autant demander aux Français de choisir ce secteur de la défense.
07:12Alors que là, c'est la piste qui semble privilégiée, en fait.
07:14Effectivement, il est assez flou. Il dit tout simplement que ça va être aux établissements bancaires de proposer des solutions aux Français pour les insister à investir dans la défense.
07:24On ne sait pas encore véritablement s'il fait allusion à de nouveaux produits d'épargne, s'il veut les encourager. En tout cas, encore une fois, tout ceci mérite d'être un peu éclairci.
07:36On va voir dans les prochains jours puisqu'effectivement, le ministre de l'Économie réunit tous ses acteurs le 20 mars à Bercy pour faire justement le point sur les besoins de cette industrie de la défense et puis ce qu'on peut mettre sur la table.
07:48Merci à tous les quatre d'avoir été avec nous pour nous expliquer ça.
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