00:00Il n'a pas dédaigné de serrer des mains par dizaines, une à une, comme on sème des promesses,
00:16prenant tout son temps pour cela, partageant volontiers de la conversation, des sourires,
00:21de l'empathie, de l'émotion, de l'attente et quelques fragments de lui-même déposés en
00:26offrande devant ces visages anonymes qui, soudain, deviennent miroirs de lui-même et de son temps.
00:31Il est venu ici, au plus près, de ces gens, les rencontrer, leur parler, les écouter et
00:37surtout faire l'expérience concrète et inédite de ce que cela donne comme frisson que de se
00:42mettre dans la peau d'un candidat, dans la peau de l'élu, du prochain. Dans les chaussures de
00:48celui que Paul Attenganji appelle désormais systématiquement le père de la nation.
01:26Le plaisir vertigineux que cela signifie que de s'y projeter, s'y voir en photo,
01:44objet de danse, de chant, de louange et de célébration. Ce plaisir rare de se sentir
01:50surhomme, investi de tant de magnétisme sur les autres, transfigurateur et transformateur
01:55de toutes les vies, de toutes les impossibilités, de tous les désespoirs. Ce plaisir rare qu'il est
02:01donc venu connaître ici. Lui, Fardinand N'Gongo, secrétaire général à la présidence, devenu
02:15l'instant d'un voyage à Yagwa-Ekuseri, à sa façon homme-dieu. Divinité païenne supposément
02:21envoyée par Paul Biya, dont le but de venir échauffer les cœurs dans ce lointain horizon,
02:25où chaque saison de ce mois de février porte le sifflement aride du Sahel.
02:29Devant ma concession, un enfant ici. Mais aujourd'hui, nous n'avons pas besoin d'un
02:42l'enfant. Et habitants, déjà fait nombreux, école, sainte école première, école maternité, lycée
02:53et centre de santé, centre de vétérinaire, agriculture, dans le village de Kurbi. Il y a
03:0510 000 habitants. Quand on chasse, on doit aller avec. Ici, votre création de parc, nous n'avions
03:16pas besoin de ça. Nous sommes nombreux. On peut aller installer où? Là, on ne sait pas. Parce
03:23que nous sommes très nombreux. Nous pouvons avoir au moins 10 000 habitants. On peut aller
03:29installer où? Nous n'avions pas besoin de Paris. Une sorte de voyage initiatique où ce trapéziste
03:35du temps vient jouer les archéologues de son propre destin et effleurer l'interdit afin de
03:41se mesurer aux possibilités du désir, de la tentation qui inévitablement monte. La tentation
03:46de capturer à son bénéfice propre toutes ses énergies vitales, toutes ses larmes et toutes
03:51ses voix et les transcrire dans la prochaine élection présidentielle sous la forme d'une
03:55manifestation d'indiscipline qui seule a inscrit sa trajectoire dans une empreinte unique et
04:00originale, celle de l'histoire du pays. Nous sommes des Camerounais, tout comme les autres
04:07Camerounais aussi. Voyez, nous sommes tous ici, on a fréquenté. Tous, ce sont des diplômés. Vous
04:13avez dit que la terre ne trahit pas. Voilà, nous avons accepté la terre comme bénéfice. Ça,
04:20c'est le mot clair de notre président Paul Biya. Voilà, nous avons allumé avec la terre. Vous
04:26nous changez encore la version. On quitte une population plus de dix millions. On n'est pas
04:31là pour faire du mal à quelqu'un. On revendique nos droits. Nos parents sont morts ici et nos
04:36grands-parents sont morts ici. Et aujourd'hui, on te dit de quitter comme ça. Mais ça nous plaît pas.
04:42Car pour Claire, a établi dans l'espace public la signature que...
04:46Ne dure pas au pouvoir qui veut, mais dure qui peut.
04:51Une signature en forme de défi. Un défi auquel Monsieur Ngongo, mieux que quiconque,
04:59sait pouvoir se mesurer. Lui qui, dans le même temps, sait mieux que quiconque que seule la
05:04force arrête la force, mais aussi ce que cela lui en coûterait de se méprendre sur sa force.
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