00:00Chaque matin, Brigitte ouvre la porte de son garage aux migrants pour qu'ils puissent
00:14y recharger leurs téléphones.
00:16Les gens disent tellement de choses des migrants parce qu'ils ne les connaissent pas.
00:23Chaque année, les gars viennent et maman aide.
00:26Cette femme est très agréable avec nous.
00:29Si c'était mes enfants qui demandaient un verre d'eau et qu'on leur refusait,
00:34ici je les regarde comme des humains.
00:36Je suis heureuse de me mettre au service de ces gens-là.
00:54Alors ici, on est dans le garage que mon mari a perdu depuis 15 ans.
00:59Ici, j'ai des bonnets.
01:01Dans les boîtes ici, il y a tout ce qui est produit d'hygiène.
01:05Les serviettes éponges sont propres, sont douces, sont lavées.
01:08Les gens m'ont apporté des vêtements.
01:10Je trouvais que c'était bien de les mettre sur des cintres.
01:13Donc quand ils arrivent, ils se servent de ce qu'ils ont besoin.
01:17Bonjour, ça va ?
01:19On m'appelle Mamie Charge parce que je charge les téléphones.
01:23Je suis en retraite, mais c'est comme si je travaillais encore.
01:26Il faut vraiment qu'à 8h du matin, la porte s'ouvre, jusque 9h.
01:32J'ouvre à nouveau de 11h30 à 12h15.
01:36Et le soir, j'ouvre de 5h à 6h.
01:38C'est du lundi au vendredi.
01:40Le samedi et le dimanche, c'est fermé.
01:43Pourquoi es-tu venu ici ?
01:44J'ai des chargements, des vêtements, des chaussures.
01:49Tous les jours, tu viens, Mamie t'aide.
01:52Dupeu lui laissait le matin, et elle le garde, même pendant plusieurs jours.
01:59Je sais pas comment elle fait.
02:02Elle se souvient de nous, elle a vraiment une bonne mémoire.
02:05Allez, on va mettre du pain au chocolat.
02:08Ma retraite actuelle, elle est de 930 euros.
02:11J'ai des plans pour avoir les choses moins chères.
02:14Les bouteilles d'eau, je les vends.
02:17A Auchan, ils les reprennent 2 centimes.
02:20Et je leur dis que quand le sac, il est plein, plein, plein,
02:24ça fait deux baguettes.
02:25Je connais mes prix par cœur.
02:35Alors comment c'est venu l'aide auprès des migrants ?
02:38Il y a une vingtaine d'années, des érythréens ont sonné.
02:41Ça devait être un dimanche, pour avoir de l'eau.
02:45Bon, je donnais un verre d'eau.
02:47Puis il y en a eu un deuxième, et un troisième,
02:50où j'ai dit, oh, oh, oh, pourquoi ici ?
02:52Pourquoi chez moi ?
02:54Et ils m'ont dit, tu es la seule à avoir dit oui,
02:57pour nous donner de l'eau, du robinet.
03:00Après, il y a eu certains qui avaient des petits Nokia.
03:04Mais au fil du temps, il y a eu de plus en plus de monde qui se sont présentés.
03:09On n'avait pas le droit de les faire rentrer chez nous.
03:12Donc c'est moi qui allais, au niveau de ma boîte aux lettres,
03:15récupérer ce qu'ils voulaient bien me confier, téléphone ou batterie.
03:20Camp de fortune, la jungle de Calais se transforme au fil des jours
03:24en véritable ville.
03:26Depuis sa création en avril, le camp ne cesse de s'agrandir,
03:30avec des constructions de plus en plus solides.
03:34Comme celle d'Alpha, cette maison, ce Mauritanien la construit lui-même.
03:38Plusieurs pièces, un jardin et même un poulailler.
03:43En 2016, le gouvernement a décidé de démanteler cette jungle.
03:48Il y a d'autres jungles qui se sont installées partout à Calais.
03:58Tout cet espace-là, pendant un moment, c'était des jungles.
04:02Tout a été démantelé, les arbres ont été coupés.
04:05Le maire de Calais a décidé de mettre des rochers tellement collés les uns aux autres
04:11qu'il est impossible de mettre une tente entre deux.
04:14Ce sont les premiers qui ont été mis.
04:17On voit déjà, ils commencent à verdir.
04:20Partout où on peut se cacher, se protéger du froid,
04:25il y a des grilles et des barbelés.
04:28Celui qui a vendu les grillages, il a fait une bonne affaire.
04:36Ça va ?
04:42Ça va ? Bonjour.
04:49Ils sont chassés, mais oui.
04:51Les CRS ne veulent pas qu'ils soient agglutinés, par exemple à 3-4.
04:56Il faut qu'ils marchent, qu'ils bougent.
04:59On ne veut pas les voir.
05:01Il y a eu des arrêtés où ils n'avaient pas le droit de prendre certaines rues.
05:04Mais c'est du n'importe quoi.
05:13Ils viennent à Calais pour la bonne raison, qu'ils veulent passer en Angleterre.
05:17Ils ne veulent pas rester en France.
05:20D'abord, on leur dit qu'on peut travailler sans papiers.
05:23Vous voulez aller en Angleterre ? Vous êtes fous aussi.
05:27Et vous ? Fous.
05:29Vous voulez aller en Angleterre ? Fous, fous.
05:32Mais ce n'est pas la même mer.
05:35En Méditerranée, c'est comme ça.
05:38Mais ici, c'est...
05:40Non, quand le temps est bon, les gens sont là.
05:43Oui, mais le temps n'est pas bon.
05:46Quand ?
05:48Quand ? Ce n'est pas aujourd'hui.
05:50Pour les passages, c'est très rare, mais alors très rare qu'ils me disent « c'est pour cette nuit ».
05:57Vendredi soir, on en a vu repartir avec des grands sacs poubelles.
06:01Et dedans, on voyait bien que c'était des gilets de sauvetage.
06:04Et avec mon mari, on se dit « mais ils sont fous ».
06:07L'eau est à 7, 8 degrés, peut-être même moins.
06:10Parce que pour entrer dans le bateau, ils doivent se mettre à l'eau jusque-là.
06:14Et après, c'est au moins 5 à 6 heures de traversée.
06:17Comment on peut tenir alors qu'il y a des températures négatives ?
06:22Cet hélicoptère est allé secourir une dizaine d'exilés.
06:25Tombés à la mer ce matin, au large d'Ardeleau.
06:28Il y a eu un naufrage en mer le 27 octobre.
06:32Ils ont retrouvé trois corps, trois personnes inanimées.
06:36Dans ce bateau, il y avait toute mon équipe éthiopienne.
06:39Et quand ils sont revenus le lendemain, ils m'ont dit « maman, il y en a au moins 10 qui sont morts ».
06:46Et alors, ils ont été vraiment traumatisés.
06:50Je me suis dit « ils ne vont plus reprendre le bateau ».
06:53« Bah si, si, si, si, ils ont repris le bateau ».
06:56Quand ils sont soit arrivés, soit sur le point d'arriver,
07:01qui sont dans le bateau des gardes-côtes, ils m'envoient un message.
07:05« Oui alors maman, je voulais juste vous rapertir que nous sommes sur le point d'entrer au Royaume-Uni.
07:11Parce que nous étions dans notre petit bateau et le grand bateau du Royaume-Uni est venu nous récupérer.
07:16Vu la façon dont vous m'avez traité, vous êtes la première personne à qui je peux quand même vous informer.
07:22Et puis ma maman, voilà. Donc vraiment, merci beaucoup. Merci pour tout. »
07:26Ça me fait chaud au cœur. En plus, quand il dit d'abord « il m'appelle maman »,
07:30alors que je ne le connaissais que depuis 2-3 mois.
07:43Quand je vais à la messe le dimanche et que j'entends l'évangile du jour,
07:46je me dis « waouh, mais ça je l'ai vécu cette semaine ».
07:50C'est l'Esprit Saint qui me pousse à agir.
07:55« T'es chrétienne toi ? » Je dis « oui ».
07:58« Pourquoi t'aides les musulmans ? Ton Dieu et mon Dieu, c'est le même Dieu. »
08:03Ils m'ont dit « oui ».
08:05Et il n'y a plus d'autre question.
08:07Quand on me demande, j'ai eu un tapis.
08:09Et la fois dernière, ils voulaient un carton pour faire la prière.
08:14J'ai déroulé le tapis. Waouh ! Le tapis de prière maintenant.
08:18Moi, ça me rend heureuse et je suis contente de leur avoir fait plaisir.
08:26Il y a des moments, j'irai à genoux à côté d'eux pour prier.
08:30Parce que ça me pousse.
08:32Parce que ce sont des humains et qu'ils ne sont pas regardés en tant qu'humains.
08:36Ici, je les regarde comme des humains, comme des gens comme moi.
08:40Parce que je reste persuadée qu'on est les justes d'aujourd'hui.
08:44Ceux qui regardent ce qui n'est pas regardable.
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