00:007h10, RTL Matin, avec Stéphane Carpentier.
00:04A 8h18, en vous souhaitant la bienvenue, on va ouvrir le dossier des migrants ce matin, car c'est l'actualité.
00:09Le sujet sensible sera au cœur des discussions du jour à Londres, lors du 37e sommet franco-britannique.
00:14Emmanuel Macron est outre-Manche, la Manche que de plus en plus de migrants traversent depuis nos plages.
00:20Pour rejoindre les côtes anglaises, 20 000 hommes et femmes depuis le début de cette année, record depuis 2018, 7 000 de plus que l'an dernier.
00:28« Eux ont réussi, beaucoup échouent et certains meurent ».
00:32Et je voudrais qu'on en parle en direct ce matin avec Brigitte Lips, une habitante des environs de Calais, qui est connectée en direct.
00:38Bonjour à vous.
00:40Bonjour, bonjour Stéphane.
00:41Brigitte, ça fait des années que vous aidez ces personnes qui rêvent d'Angleterre, qui fuient des pays en guerre.
00:46Vous leur ouvrez chaque jour votre garage pour leur servir un café, pour qu'ils se réchauffent quand il fait froid, pour qu'ils rechargent leur téléphone portable.
00:54Vous avez été rebaptisée d'ailleurs « Mamie Charge », on va y revenir.
00:57Je voudrais d'abord qu'on explique les choses aux auditeurs, Brigitte, ensemble.
01:01Vous qui les voyez, vous qui les côtoyez, qui sont-ils ces exilés ?
01:06Alors actuellement, j'ai un très grand groupe d'Erythréens.
01:10Donc ils fuient l'Erythré parce qu'ils sont pour la plupart enrôlés à vie.
01:15Ils sont jeunes et beaucoup arrivent d'Allemagne actuellement.
01:23Ils fuient l'Allemagne parce qu'ils ont peur que leurs papiers ne soient pas renouvelés.
01:27Parce que pour beaucoup, ils ont des papiers.
01:30Donc là, en ce moment, c'est plutôt des réfugiés érythréens qui fuient l'Allemagne
01:35parce qu'ils ont peur de ne pas avoir leurs papiers renouvelés.
01:40Et ils veulent passer en Angleterre.
01:42Ils fuient leur situation, évidemment.
01:44Généralement, ils fuient des pays en guerre, c'est ça ?
01:47Oui, oui, oui.
01:49Alors, pour les Érythréens, ils sont enrôlés à vie dans l'armée.
01:54Et ça ne finit jamais, en fait.
01:57Pour les Érythréens, c'est ça.
01:58Pour les Soudanais, forcément, il y a la guerre chez eux.
02:01Les Iraniens, c'est pareil.
02:04J'ai beaucoup d'Érythréens, d'Éthiopiens, d'Iraniens, de Soudanais.
02:09C'est des vagues, en fait.
02:11Comme le camp des Érythréens est près de chez moi,
02:14c'est plus facile pour eux de venir à la maison.
02:17Vous nous dites, Brigitte, qu'ils sont régulièrement plutôt jeunes.
02:20Est-ce que ce sont particulièrement des hommes ?
02:24Oui, mais il y a des femmes aussi.
02:26Mais les femmes sont sur le camp.
02:27Moi, je vois des femmes de temps en temps, quelquefois le midi.
02:31Mais les femmes restent sur le camp, comme dans le temps.
02:35Chez nous, les mamans, elles étaient à la cuisine et à la lessive.
02:39Les femmes tiennent le camp.
02:40C'est pour ça qu'on les voit moins.
02:42Alors, ils fuient, ces migrants, ces exilés.
02:45Ils effectuent un vrai périple.
02:47Quelles sont leurs motivations ?
02:48Ils ont vraiment le sentiment qu'une nouvelle vie va s'offrir à eux,
02:51de l'autre côté de la Manche ?
02:53Oui, bien sûr.
02:53Alors, ils vont rencontrer une de leurs communautés,
03:01quelquefois des cousins, des frères, des sœurs.
03:05Mais s'ils n'ont pas de lien avec quelqu'un en Angleterre,
03:12ils arrivent dans une communauté et ils sont accueillis.
03:14C'est ça l'objectif.
03:17C'est l'Angleterre à tout prix.
03:19Il y a ces migrants qui réussissent, d'autres qui échouent.
03:22Il y a ces migrants qui meurent en mer aussi.
03:25Ils connaissent les dangers avant de se lancer.
03:28Oui, oui.
03:29Alors, souvent, quand je leur demande
03:31« Est-ce que tu savais que c'était comme ça les camps à Calais ? »
03:35Ils me disent « Non, on ne s'y attendait pas du tout. »
03:38Mais je dis « Si tu avais su que c'était comme ça,
03:42est-ce que tu serais venu quand même ? »
03:44Et là, ils disent « Oui ».
03:46On n'a pas le choix.
03:48On fuit le pays.
03:50On fuit la dictature, beaucoup, pour beaucoup.
03:54Et ils veulent apprendre.
03:56Ils ont soif d'avoir un métier, d'apprendre.
04:00J'ai eu une petite Turque la fois dernière, 26 ans,
04:05qui a fui son pays parce qu'elle ne peut pas étudier
04:08et qui veut aller en Angleterre à tout prix
04:11pour pouvoir faire des études et être professeure.
04:15Ça, elle, c'est son but.
04:17L'Angleterre à tout prix, vous nous dites, Brigitte Lips,
04:19alors qu'ils ne sont pas forcément les bienvenus sur place.
04:21Les Anglais, ils voudraient qu'on empêche les bateaux de partir,
04:24ces fameux Zodiacs à bord desquels ils s'entassent.
04:26Le ministre de l'Intérieur aussi, en France, chez nous,
04:29souhaite durcir les choses.
04:30Ça, c'est la réalité.
04:31Est-ce qu'ils arrivent à le mesurer, ça ?
04:33Non. Bien sûr que non.
04:35Pour eux, un jour ou l'autre, ils passeront.
04:37Ils n'ont pas réussi aujourd'hui.
04:39Ils n'ont pas réussi demain.
04:41Ils réussiront forcément un jour.
04:43Pour eux, c'est leur but ultime.
04:47Et puis, si, alors je dis, mais tu peux mourir en mer,
04:50eh bien, c'est que Dieu l'aura voulu.
04:52Le naufrage du 27 octobre, l'année dernière,
04:58j'en ai eu 10 d'une équipe d'ici,
05:01qui venait régulièrement, tous les jours.
05:03J'en ai eu 10 qui sont morts.
05:05Et j'ai Youssi, qui lui, il savait nager,
05:09parce que généralement, ils ne savent pas nager.
05:12Lui, il savait nager.
05:13Il a eu la vie sauf grâce à ça.
05:15Et il a dit, mamie, Nati est mort.
05:20Un tel, un tel, un tel est mort.
05:22Et comme j'avais fait un reportage,
05:24on a repassé les images.
05:26Et il m'a montré les images de ceux qui étaient morts en mer.
05:30Et quand il se noie, il ne crie pas help.
05:35Il crie leur nom.
05:37Il crie leur nom pour que ceux qui sont rescapés
05:40puissent dire à leur famille qu'ils sont morts en mer.
05:43C'est une situation, Brigitte Lips,
05:45qui n'est pas facile à gérer chez nous, dans votre région.
05:48D'abord par les policiers, évidemment,
05:50par les bénévoles d'associations qui les soutiennent.
05:52Il y a des habitants qui n'en peuvent plus de leur présence
05:55parce qu'il y a des violences.
05:56Ça divise forcément ?
05:58Oui, bien sûr.
06:00Moi, dans ma rue,
06:02il y a beaucoup de gens qui ne sont pas d'accord
06:05avec l'action que je fais.
06:07Mais moi, je leur dis,
06:08ils ne viennent pas spécialement de la Corne d'Afrique
06:10pour venir charger leur téléphone chez moi.
06:13Et puis, il y a un point de fixation
06:16pour donner les repas.
06:17Le gouvernement français a très bien fait les choses.
06:21Il y a un point de fixation tout près de chez moi.
06:23Donc, ils ne viennent pas forcément que chez moi.
06:26Ils vont aussi chercher leur repas.
06:29Mamie Charge, c'est votre survie.
06:31Oui, c'est ce qu'ils m'ont dit, oui.
06:33Parce qu'évidemment, ils viennent chez vous,
06:34donc dans ce fameux garage
06:36où vous leur permettez de charger le téléphone portable
06:38ou vous leur servez quoi ?
06:40Té café, la chaleur humaine aussi ?
06:43Oui, mais beaucoup plus.
06:44Oui, beaucoup de chaleur humaine.
06:46Le matin, là aujourd'hui,
06:48j'en ai un qui arrive.
06:49Hier matin, j'en avais 15.
06:51Eh bien, ils sortent les chaises,
06:53ils sortent la table
06:54et ils prennent le petit déjeuner.
06:56Donc, thé café.
06:57J'ai eu du pain encore hier soir gratuitement.
07:00J'ai eu des prunes.
07:02Donc, il y a des gens qui me portent des vêtements,
07:05du sucre.
07:07Donc, je suis un petit peu aidée comme ça.
07:09Et là, ce matin, il y a du fromage
07:11pour mettre sur le pain
07:12ou de la crème fraîche.
07:14C'est ce que j'ai trouvé.
07:16Brigitte, ma question va peut-être vous paraître
07:18un peu stupide,
07:18mais pourquoi vous faites ça ?
07:21Ah, je fais ça ?
07:22Alors, au nom de ma foi,
07:25de ma foi chrétienne.
07:26Je suis créée et les évangiles nous demandent
07:33de nous occuper des petits.
07:36Alors, il y a des fois,
07:37les gens qui disent,
07:39oh, et les SDF ?
07:41Eh bien, figurez-vous,
07:42aussi, de temps en temps,
07:43quand ils ont besoin d'un coup de main,
07:45dans les associations,
07:47je vais et je donne de mon temps
07:49ou de mon savoir-faire.
07:52Je fais un repas.
07:55quand c'est utile
07:58et quand on a besoin.
08:00Merci à vous d'avoir partagé tout cela
08:02avec les auditeurs.
08:03Depuis chez vous, en direct,
08:05en pleine activité,
08:05on l'entend,
08:06puisque ces migrants
08:07ne sont pas chez vous quotidiennement,
08:08trois fois par jour,
08:09si je ne me trompe pas.
08:10Et votre histoire,
08:11votre générosité,
08:12elle est parfaitement racontée
08:12dans Mamicharge,
08:13donc,
08:14une vie au service des migrants.
08:16C'est aux éditions...
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