00:00C'est votre vie conso avec Charlotte Méritan. Bonjour Charlotte, on est à 5 jours de la fin des négociations commerciales entre la grande distribution et les fournisseurs, c'est tous les ans.
00:08C'est ça qui détermine les prix en rayon dans les mois qui viennent et c'est très tendu cette année, on doit s'attendre à quoi ?
00:14Ce qui est discuté lors de ces négociations commerciales qui durent donc en gros de décembre à février, ça dure 3 mois, ce sont les prix mais aussi les promotions,
00:23la place en rayon, l'assortiment, etc. Ce qui cause évidemment le plus de tensions ce sont, vous vous en doutez, les prix et c'est particulièrement tendu cette année
00:33en raison du contexte économique. Et comme dans n'importe quel contexte où finalement il y a un acheteur et un vendeur, chacun essaie de tirer son épingle du jeu.
00:42Donc le vendeur, là ici en l'occurrence les fournisseurs que sont les marques, c'est-à-dire Lactel, Danone, Nestlé, etc. essaient de vendre le plus cher possible leurs produits
00:54et ceux qui sont les acheteurs de ces produits, donc la grande distribution, Carrefour, Leclerc, Intermarché, etc. essaient d'acheter le moins cher possible et chacun a ses arguments.
01:04C'est vrai qu'on le dit tous les ans mais là plus que jamais c'est un bras de fer.
01:07C'est un bras de fer, vraiment. Pour la grande distribution, il y a eu moins d'inflation cette année, il y a des baisses de prix sur certaines matières premières agricoles
01:15et donc ils estiment qu'il faut baisser les prix de moins 3 à moins 5 % en gros. Côté fournisseurs, on dit oui mais il y a eu une hausse du coût des matières premières industrielles
01:25donc l'emballage, l'énergie, etc. Et nous, ça fait 4 années d'inflation qu'on rogne sur nos marges, ça ce sont leurs arguments, donc aujourd'hui ils veulent un genre de rattrapage
01:34et ils veulent des hausses qui vont de 3 à 7 % à peu près. Résultat, on est à deux mois et demi de discussions intenses, à cinq jours de la fin de ces négociations commerciales
01:45et finalement on n'est pas capable de tirer des conclusions très claires de tout ça puisqu'il y a à peine la moitié des contrats qui ont été signés, en tout cas avec les grands groupes de l'agroalimentaire
01:54pour ce qui est de la signature des contrats avec les petites et moyennes entreprises, a priori, c'est fait ou quasiment.
01:59Bon, ça c'est argument contre argument, est-ce qu'il y a au moins une tendance qui se dessine ?
02:02Oui, finalement, lorsque j'ai interrogé des acteurs de chaque côté, il y a quand même un accord sur une chose, c'est qu'on va arriver probablement à une relative stabilité des prix.
02:12Ils me disent tous qu'on devrait à peu près suivre l'inflation, c'est-à-dire des hausses de prix de 1 à 2 % maximum sur la plupart des produits de grande consommation,
02:22sauf tout de même sur ceux qui ont subi des hausses de cours, donc des hausses de prix sur le café, le chocolat, le cacao et le jus d'orange.
02:33Ce sont les trois grands produits qui vont probablement augmenter de l'ordre de 10 %, même les distributeurs sont d'accord pour le dire.
02:40On va arrêter de petit-déjeuner en fait, se mettre à la chicorée.
02:44Voilà, bonne idée, d'autant qu'après les prix sont fixés pour toute l'année, ça aurait dû changer à un moment ?
02:51À l'époque, on avait entendu parler qu'il y aurait d'autres négociations à l'été par exemple ?
02:54Exactement, en théorie, c'est très théorique tout ça, ils sont fixés pour l'année, mais en pratique, il y a des révisions de prix qui sont possibles.
03:00Une révision automatique des prix a été mise dans la loi EGalim.
03:04Donc s'il y a une évolution des coûts des matières premières agricoles, il peut y avoir un changement pour le panier de course et donc une évolution des prix en cours d'année.
03:12Sachant que ces prix qui sont renégociés là, vous n'allez pas voir apparaître ces hausses ou ces baisses en rayon le mois prochain,
03:19parce que le temps que les anciens stocks soient écoulés, ceux qui avaient été négociés l'année dernière, il va se passer probablement un mois ou deux.
03:26Et si ça ne marche pas, si Coca, Nutella, Orangina n'arrivent pas à se mettre d'accord avec les enseignes, les produits disparaissent ?
03:32Alors il y a un risque, mais un risque qui est finalement assez faible sur l'ensemble du panier de course au global,
03:38puisque la loi fait en sorte de contraindre tout le monde à se mettre d'accord, et si jamais ils ne se mettent pas d'accord, il y a de fortes amendes, il y a des sanctions.
03:44On l'a vu par exemple avec Leclerc l'été dernier, qui avait pris une amende de 38 millions d'euros, parce qu'il n'avait pas respecté les dates.
03:51Ça c'est intermarché la pub là qu'on voit ?
03:53Oui, alors intermarché, ce qui s'est passé ces derniers jours, c'est qu'ils se sont plaints que Mars avait arrêté de livrer leurs produits,
04:00dans le cadre de ces négociations et de ces conflits dans les négociations.
04:05Donc ça peut être soit à l'initiative du fournisseur qui arrête de livrer, ça peut aussi être à l'initiative du distributeur.
04:10J'ai discuté avec un industriel qui me disait qu'il y avait un acteur de la grande distribution qui avait baissé ses commandes, ses volumes de commandes,
04:17pour mettre la pression comme ça, c'est un autre moyen de pression.
04:21Ils ont le droit d'arrêter de livrer ? Contractuellement, ça me paraît compliqué quand même.
04:25Non, c'est vrai qu'ils ne peuvent pas ne pas respecter les commandes.
04:29En revanche, la loi EGalim a mis en place une possibilité de stopper les livraisons si les fournisseurs estiment qu'il y a eu trop de tensions.
04:38Ça a été mis en place parce qu'on estimait qu'il y avait un genre de rapport de force déséquilibré,
04:43puisque les distributeurs, eux, peuvent tout simplement décider de commander moins.
04:47Et ça, on ne peut pas leur reprocher, ils disent « moi, je n'ai pas besoin de 10 tonnes ».
04:52Voilà, exactement.
04:54Mais finalement, tout le monde est d'accord pour dire qu'à un moment donné, tout le monde va lâcher.
04:58Tout ça, c'est quand même un théâtre.
04:59Tout le monde dit « oui, on sait, il y a beaucoup de dramaturgie là-dedans ».
05:02Et ce qu'on peut dire aux consommateurs, c'est d'être rassuré parce que finalement, sur le panier de course, ça ne va pas changer grand-chose tout ça.
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