00:00RTL Matin
00:03Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto
00:05Il est 8h17, une ado de 13 ans qui meurt de faim en France, ça paraît inconcevable.
00:09Et pourtant c'est le calvaire qu'a vécu Amandine, privée de soins et de nourriture pendant des mois, jusqu'à en mourir.
00:154 ans et demi après sa disparition, sa mère et son compagnon sont jugés depuis lundi devant la cour d'assises de l'Hérault.
00:21Une affaire effroyable qui fait bondir les associations de défense des enfants, et notamment l'Enfant Bleu.
00:27Amandine, vous avez donc choisi ce matin de recevoir sa présidente Isabelle Debré, bonjour et bienvenue à vous.
00:32Bonjour à vous.
00:33Bonjour Isabelle Debré, votre association fait partie des parties civiles dans ce procès.
00:37Pour comprendre comment on a pu en arriver là, quel est ce matin votre sentiment face à un tel drame ?
00:43De la colère, de la révolte, de la rage ?
00:45Les trois.
00:47De la colère, parce que je pense qu'on n'a pas été à la hauteur, la société n'a pas été à la hauteur.
00:53C'est une horreur.
00:55Ca fait maintenant plus de 30 ans que je suis au sein de l'association l'Enfant Bleu.
00:59Et franchement, je n'ai jamais vu ça.
01:01Je n'ai jamais vu ça, surtout l'âge de la petite, 13 ans.
01:05Elle a parlé.
01:06Ca fait 10 ans qu'il y a des signalements, des informations préoccupantes.
01:10Il y a eu trois saisines de juges.
01:13Il y a eu la conseillère principale d'éducation qui a prévenu.
01:16Est-ce que ça a été jusqu'à l'inspection académique ? Je ne sais pas.
01:19Et c'est pour cette raison que l'association l'Enfant Bleu s'est constituée partie civile.
01:23Pour justement avoir accès au dossier et voir où sont allées toutes les défaillantes.
01:28Mais vous le disiez, il y a eu plein de signalements.
01:30Que ce soit à l'école, l'école primaire d'ailleurs.
01:34Il y a une directrice d'école qui un jour est terrorisée en voyant les bleus que porte Amandine.
01:42Aux genoux, sur les fesses, sur les bras.
01:44Il y a à l'époque un examen médical d'ailleurs qui est diligenté.
01:48Une infirmière scolaire, plus tard, alerte.
01:50Un CPE, vous le disiez.
01:52Amandine parle à des camarades.
01:56Et pourtant, rien, les juges sont saisis.
01:59Il ne se passe rien.
02:00C'est la faute de la justice ou pas ?
02:03Bien sûr, le porocelle dira.
02:04Voilà, c'est pour ça que je ne veux pas me prononcer aujourd'hui.
02:07Mais en tout cas, il y a des fautes partout.
02:09Il y a des défaillantes.
02:10C'est pour ça qu'on se constitue partie civile pour savoir ce qui s'est vraiment passé.
02:14Mais il y a de quoi être révoltée ?
02:15Parce que cet enfant a vécu un véritable cauchemar.
02:18Elle était enfermée dans un cagibi, affamée, battue, laissée nue
02:23pour qu'elle ne cache pas de nourriture dans ses poches.
02:26Alors ça, c'était pendant le confinement.
02:28Donc tout ce qui s'est passé à la fin, c'était pendant le confinement.
02:31Mais là encore, c'est pour ça qu'on milite pour des visites inopinées,
02:35des visites surprises.
02:37Aujourd'hui, on prévient les parents avant d'envoyer des services sociaux ?
02:39Normalement, les visites inopinées sont permises.
02:42Maintenant, est-ce qu'elles sont mises en place ? Je ne suis pas certaine.
02:44Mais aujourd'hui, c'est possible.
02:47Et nous, on milite pour qu'il y en ait de plus en plus.
02:49Parce que c'est trop facile.
02:50Quand vous arrivez, les enfants sont conditionnés.
02:53La maison est toute propre, tout est nickel.
02:55Donc voilà, c'est trop facile.
02:56Donc on milite pour ça depuis très longtemps.
02:58Aujourd'hui, c'est possible.
03:00Est-ce que c'est fait ? Est-ce que c'est appliqué ?
03:02Voilà, peut-être pas toujours.
03:03Et là, pendant le confinement, sachant qu'il y a eu autant de signalements
03:06et sachant que pendant le confinement, les enfants étaient prisonniers chez eux,
03:10avec, là, on pourrait parler de bourreau.
03:12Avec son bourreau, il fallait aller voir.
03:14Il fallait voir si ça se passait bien.
03:15Or, rien n'a été fait.
03:16Et pendant ce confinement, Amandine est décédée morte de faim.
03:20Effectivement, comme vous l'avez dit,
03:21ce qui est absolument ahurissant en France au 21e siècle.
03:25Et c'est mourir...
03:2628 kilos pour 1m55.
03:2813 ans, 28 kilos, 1m55.
03:30C'est ahurissant, mais c'est révoltant.
03:33Il n'y a pas de mots, en fait.
03:34C'est révoltant.
03:35Nous sommes révoltés à l'association.
03:38L'équipe qui travaille beaucoup sous la direction de Laura Morin,
03:41la directrice générale,
03:43nous sommes tous complètement à l'envers par cette histoire.
03:46Et notre avocate, qui assiste au procès,
03:49qui voit tout, Véronique Boulet, qui voit tout,
03:51qui voit les photos, qui voit les témoignages,
03:54la mère qui était dans le déni total,
03:57ça y est, maintenant, elle n'est plus dans le déni.
03:59Elle va être écoutée, auditionnée aujourd'hui,
04:02témoignée aujourd'hui avec son compagnon.
04:04On va peut-être en savoir un peu plus,
04:06mais c'est absolument ahurissant.
04:08Vous pensez, Isabelle Debré,
04:10qu'il y a aujourd'hui d'autres enfants comme Amandine
04:12qui vivent un tel cauchemar ?
04:14Oui, je pense que la maltraitance, malheureusement, en France existe.
04:17On dit qu'il y a un enfant qui meurt tous les 5 jours
04:20sous les coups de leurs parents.
04:22Un, tous les 5 jours, c'est énorme.
04:24Et je pense que c'est en dessous de la vérité.
04:26Je pense vraiment que c'est en dessous de la vérité.
04:28On ne parle pas des bébés secoués,
04:30on ne parle pas des suicides d'enfants
04:32après une maltraitance psychologique.
04:35Donc je pense que le chiffre est sous-évalué, malheureusement.
04:38Sous-évalué, ça veut dire ?
04:40D'après vous, il y en a combien ?
04:42Je ne peux pas vous dire, mais je sais qu'il y en a beaucoup plus que ça.
04:44Pour nous, il y en a beaucoup plus que ça.
04:46L'enfant bleu, on pense vraiment qu'il y en a plus que ça.
04:48Mais le chiffre, à la limite,
04:50ce n'est pas que ça n'a pas d'importance,
04:52mais ce que l'on veut, c'est maintenant,
04:54essayer de sensibiliser le public à tout ça.
04:56Faire en sorte que les voisins...
04:58Alors, le confinement a apporté quelque chose de bon, quand même.
05:02C'est que les voisins prennent conscience du rôle qu'ils peuvent jouer
05:06pour justement sauver les enfants.
05:08Mais dans le cas d'Amandine, les voisins ont alerté, eux aussi.
05:10C'est bien pour ça que je dis qu'il y a des défaillances partout.
05:12Partout, partout.
05:14Parce qu'ils ont même enregistré, puisque ça a été
05:16écouté hier au procès.
05:18Il y a vraiment des défaillances.
05:20Ce n'est pas possible. Il faut que les voisins prennent conscience.
05:22Il faut qu'ils n'aient pas peur d'appeler le 119.
05:24Ils n'aient pas peur d'aller à la police.
05:27Une association, s'ils ont peur de la police ou du 119.
05:30Même si on a peur de se tromper, il vaut mieux appeler au cas où.
05:33Oui, on ne dénonce pas, on alerte.
05:35Je n'aime pas ce mot, dénoncer, mais on alerte.
05:37Vous rappeliez ce chiffre.
05:39Sous-estimé, nous dites-vous, ce matin sur RTL.
05:41Un enfant meurt tous les 5 jours sous les coups de ses parents.
05:44Et pourtant, Isabelle Dobré, il n'y a aujourd'hui plus de ministre,
05:47ni de secrétaire. Il y a des tas dédiés à l'enfance.
05:50Ça aussi, ça vous met en colère ?
05:52Oui, il n'y a pas que l'enfant bleu qui est en colère.
05:54Il y a toutes les associations.
05:56Il n'y a même pas le mot enfance dans les titres des ministres.
05:59Et aujourd'hui, si on ne prend pas soin des enfants,
06:03que deviendra notre société ?
06:05C'est l'avenir de notre société, nos enfants.
06:07Emmanuel Macron a indiqué en décembre qu'il voulait créer un haut commissariat à l'enfance.
06:10Ce n'est pas mieux qu'un ministère, ça, un haut commissariat ?
06:13On verra, on verra. Il faut quelqu'un de stable.
06:16Nous avons beaucoup travaillé avec Adrien Taquet,
06:18qui était secrétaire d'Etat et qui a vraiment travaillé avec les associations.
06:22Mais après, on a eu des ministres qui auraient pu être certainement très, très...
06:25On a eu trois femmes formidables, mais c'était trop court.
06:28Il faut que ça soit dans le long temps.
06:30Donc là, ça commence vraiment à nous poser un gros problème.
06:33Nous n'avons pas d'interlocuteur.
06:34Ce haut commissariat, Emmanuel Macron l'a promis au mois de décembre,
06:37et il a dit que ce sera pour janvier.
06:39On est le 23 janvier.
06:41Qu'avez-vous envie de lui dire ce matin au Président,
06:44si vous l'aviez en face de vous ?
06:46Vous vous moquez de nous, Monsieur le Président, c'est ça ?
06:48Oh, je serais peut-être plus respectueuse,
06:50mais je lui dirais, écoutez, faites quelque chose.
06:53Quand vous voyez cette histoire,
06:56vous voyez bien qu'on a besoin d'un interlocuteur pour faire avancer les lois.
06:59Je vous donnerai juste un petit exemple.
07:01Quand je suis arrivée à l'association L'Enfant Bleu,
07:03la prescription pour les crimes sexuels était de 10 ans.
07:07C'est L'Enfant Bleu qui l'a passée à 20 ans,
07:09avec beaucoup de travail, avec notre avocat Yves Crespin,
07:12qui a beaucoup milité.
07:13Et là, toutes les associations ont travaillé,
07:16et grâce aux témoignages aussi de personnes connues,
07:19qui nous ont aidées aussi dans ce travail,
07:22la prescription est de 30 ans.
07:24Donc, il y a des choses positives.
07:25Aujourd'hui, ça serait quoi la mesure à porter et à faire appliquer rapidement ?
07:29Alors, un fichier centralisé, par exemple, pour le cas d'Amandine,
07:33il y aurait eu un fichier centralisé des informations préoccupantes, par exemple.
07:38Eh bien, le collège dans lequel elle était
07:41aurait pu être au courant de ce qui s'est passé dans le collège précédent.
07:44Elle a changé d'établissement trois fois.
07:46Exactement.
07:47Et à chaque fois, les établissements n'étaient pas au courant
07:50de la situation dans laquelle elle vivait.
07:52Souvenez-vous de la petite Marina, ça a été le cas.
07:54Elle est morte aussi.
07:55Elle a eu plusieurs écoles et jamais personne n'est au courant
07:59de ce qui s'était passé dans la précédente école.
08:01Il y a eu un film extraordinaire qui s'appelle « La maladroite »
08:04qui a expliqué tout ça.
08:05Donc, aujourd'hui, il faut que, justement, il y ait un fichier centralisé
08:09des informations préoccupantes et des signalements
08:11de façon à ce que l'information soit partagée
08:14et que tous les acteurs soient au courant de ce qui se passe pour l'enfant.
08:17Merci beaucoup, Isabelle Debré.
08:19Et on rappelle, bien sûr, ce numéro au moindre doute.
08:22C'est ce que vous nous dites.
08:23On ne vous annonce pas, mais on alerte.
08:25Ce numéro, c'est le 119.
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