00:00RTL Matin, avec Amandine Bégaud et Thomas Soto.
00:05Il est 8h16, l'interview d'Amandine Bégaud est de 40.
00:08Les Restos du Coeur lance ce mardi leur 40e campagne.
00:1040 ans que les enfoirés chantent, c'est pas vraiment ma faute s'il y en a qui ont faim,
00:14mais ça le deviendrait si on n'y changeait rien.
00:16Lui et ses formidables bénévoles font tout pour que ça change.
00:19Alors ce matin, Amandine, vous avez choisi d'inviter Patrice Douré,
00:22c'est le président des Restos, bonjour et bienvenue.
00:24Bonjour Patrice Douré, et merci beaucoup d'être là.
00:26Ce matin, on se souvient de cet appel à l'aide que vous aviez lancé l'an dernier
00:29pour la toute première fois.
00:31Les Restos du Coeur avaient dû refuser du monde,
00:32refuser de nourrir des gens qui auraient dû, pu recevoir votre aide.
00:36Est-ce que ce sera encore le cas cette année ?
00:39Et oui, vous avez raison de le rappeler, l'an dernier,
00:41nous avons dû refuser 110 000 personnes que nous aurions acceptées.
00:45Mais malgré cela, nous avons quand même accueilli 1 300 000 personnes,
00:48c'est-à-dire le même chiffre que l'année d'avant.
00:50Et grâce à l'aide que l'on a reçue,
00:52puisque aujourd'hui pour les restos, ça va mieux, c'est très bien.
00:54Mais en revanche, la précarité, elle, va très bien aussi.
00:57Et donc, on va pouvoir consacrer cette aide à de nouvelles actions
01:00et pouvoir renforcer toute l'aide envers les plus vulnérables.
01:03On va parler notamment des enfants, parce que les chiffres sont effrayants.
01:06Mais vous allez devoir, il n'y a plus question de refuser du monde a priori.
01:10Les restos ont toujours refusé du monde.
01:12Malheureusement, on n'a pas la possibilité et on reste totalement raisonnable
01:16sur le fait qu'on ne pourra jamais accueillir 10 millions de personnes
01:19qui, aujourd'hui, vivent sous le seuil de pauvreté.
01:21Donc, il a fallu toujours refuser du monde.
01:22Ce qui est certain cette année, c'est qu'on va pouvoir en accepter plus.
01:26Et notamment, les publics les plus vulnérables,
01:28les familles monoparentales et les enfants, on en a parlé, on va en reparler.
01:31Vous nous aviez dit aussi, l'an dernier,
01:34si on ne fait rien, et on se souvient de cet appel à l'aide,
01:36vraiment, qui nous avait tous surpris, c'était au début du mois de septembre,
01:38si on ne fait rien, les restos vont mettre la clé sous la porte.
01:41Ça, il n'en est plus question.
01:42C'est sauvé.
01:44Pour l'instant, encore une fois, on est extrêmement raisonnable et prudent.
01:48Pourquoi ? Parce que les inquiétudes sont toujours là.
01:51On voit bien aujourd'hui qu'on a une crise sociale qui débute.
01:54Chaque fois qu'il y en a eu une, je pense à 2008,
01:572008, trois ans plus tard, c'était 25% de personnes.
01:59Ça veut dire que les plans sociaux qui sont annoncés en ce moment,
02:01Auchan, Michelin, tout ça, ça vous inquiète ?
02:03Tout à fait. Les premiers thermomètres de cette précarité, ce sont nos bénévoles.
02:07Chaque fois qu'il y a eu une crise, ils ont vu arriver tout de suite
02:10des personnes nouvelles au resto du cœur.
02:12Aujourd'hui, moi, je ne sais pas dire si dans les prochaines semaines,
02:15les prochains mois, nous n'aurons pas la même augmentation d'activité
02:18et donc de précarité. Là, on parle d'hommes, de femmes et d'enfants
02:21qui viennent frapper à notre porte.
02:22Moi, je ne sais pas dire aujourd'hui quels seront les prochains besoins.
02:25Les enfants, je voulais qu'on s'arrête sur ces chiffres qui, je le disais, sont effrayants.
02:2939% de vos bénéficiaires sont des mineurs, 15% moins de 5 ans
02:34et près de 10% moins de 3 ans.
02:36Ce sont des bébés, 128 000 bébés accueillis.
02:39C'est un chiffre qui est en constante augmentation.
02:41Qui sont ces enfants ?
02:43C'est terrible. Ce chiffre, je crois que c'est celui qui nous heurte le plus
02:46au-delà de toutes les personnes qui viennent chez nous.
02:49Aujourd'hui, on ne peut plus accepter ça.
02:51Ce n'est pas possible.
02:52L'an dernier, c'était 126 000.
02:54Il y a deux ans, c'était 110 000.
02:55Ce sera quoi l'année prochaine ? 150 000.
02:58Ces enfants, ces bébés de moins de 3 ans,
03:00ce sont peut-être les adultes qui viendront frapper à la porte des restos du cœur
03:03dans quelques années.
03:05C'est inacceptable et on doit prendre notre part de responsabilité
03:09comme nous le faisons.
03:10Les restos bébés ont débuté au début des années 90.
03:13Donc, on le fait depuis très longtemps.
03:15Mais là, on a décidé effectivement, avec l'aide des Français,
03:17d'essayer modestement, tout au long de la 40e campagne,
03:22d'apporter 100% de l'aide alimentaire et matérielle à ces bébés
03:26et puis d'essayer d'aider leurs parents, souvent ce sont des mamans seules,
03:29à s'occuper aussi d'elles.
03:30Ça veut dire leur proposer une alternative pour garder ces enfants
03:35parce qu'elles n'ont pas forcément les moyens d'avoir recours à une garde.
03:37Ça veut dire des rendez-vous, je ne sais pas, médicaux, un soutien psychologique.
03:42C'est tout un accompagnement global.
03:44Concrètement, c'est un accompagnement global.
03:47Alors, c'est de pouvoir passer du temps avec leur bébé et elle dans nos centres d'activité.
03:51On a déjà près de 700 de nos 2348 lieux d'activité
03:55qui sont dotés de ce qu'on appelle un espace petite enfance.
03:58C'est leur permettre de se poser quelques instants
04:00pour discuter avec nos bénévoles de leurs propres besoins
04:02pendant que d'autres bénévoles s'occupent du bébé
04:04et surtout, leur apportent toute l'aide alimentaire et matérielle dont ils ont besoin.
04:08Ces 1000 premiers jours, c'est là où se fait toute la vie adulte du bébé.
04:13Et on ne peut pas laisser un enfant, bien sûr, avoir faim et être dans des situations de précarité.
04:18C'est quelque chose d'insoutenable.
04:19J'imagine que tout ça, ça suppose des moyens de l'argent.
04:22Oui.
04:22Donc, c'est pour ça que vous avez besoin de l'argent des Français
04:24qui ont été au rendez-vous l'année dernière.
04:26Des moyens humains aussi, peut-être ?
04:28Oui, absolument, parce qu'il va falloir déployer des moyens humains très lourds.
04:33Ça ne va pas se faire tout de suite.
04:34Il va falloir du temps.
04:35Il faut qu'on puisse gérer des approvisionnements énormes en lait, en couches, en produits d'hygiène,
04:40une aide matérielle également.
04:41Et puis, il va falloir former tous les bénévoles, tous les nouveaux bénévoles
04:44qui vont venir renforcer tous ces lieux d'activité.
04:47Ça ne sera pas opérationnel demain, mais ça va se mettre en place dans les prochains mois.
04:50Si on veut vous aider, si les auditeurs qui nous écoutent veulent vous aider,
04:53il y a bien sûr les dons sur le site de l'association restauducoeur.org.
04:57Mais si on se dit, moi, j'ai une petite expérience, je ne sais pas,
05:01autour des bébés et que je veux vous aider, comment je fais ?
05:05Très simplement, en allant sur le site des Restos du Coeur,
05:08vous avez la possibilité de déposer une candidature.
05:11Ou en allant dans le centre le plus proche.
05:13Vous savez, il y a toutes les façons de donner.
05:15Donner du temps, c'est important, un peu, beaucoup, parfois beaucoup trop.
05:19Mais donner aussi un peu d'argent, parfois un peu, et puis parfois beaucoup.
05:23C'est l'ensemble de ça qui fait que cette chaîne de solidarité fonctionne depuis près de 40 ans.
05:27Vous allez fêter, j'aime pas ce mot fêter, ce 40e anniversaire,
05:31parce qu'on se serait tous bien passé, bien sûr, de cela.
05:35Est-ce que vous diriez aujourd'hui, Patrice Douré, que les bénéficiaires que vous aidez
05:39sont encore plus en difficulté qu'il y a 5, 10 ou 20 ans ?
05:43Oui, par rapport à 1985, il y a beaucoup de choses qui changent,
05:47mais malheureusement, il y a ce qui ne change pas.
05:49En 1985, en Coluche-Acrée-les-Restos, on parlait de nouveaux pauvres.
05:53Aujourd'hui, ils ne sont pas si nouveaux, ils sont toujours là,
05:56ils sont beaucoup plus nombreux, et ils sont surtout beaucoup plus pauvres.
05:59Et ça, ça ne s'arrête pas.
06:00Et il y a une forme de colère froide aujourd'hui
06:03de toutes les associations de solidarité, à se dire, mais on attend quoi ?
06:07Simplement de se dire que chaque année,
06:09c'est une simple fatalité de se dire que les chiffres vont augmenter.
06:12Mais derrière les chiffres,
06:14ce sont, je le redis, des hommes, des femmes et des enfants qui viennent frapper à la porte,
06:18qui nous disent, moi une fois que j'ai payé mon loyer et mes charges,
06:21je n'ai plus un seul euro.
06:23La fin du mois, elle est au début du mois pour eux.
06:25C'est ça le problème.
06:26Vous allez voir Michel Barnier, le Premier ministre, tout à l'heure,
06:29puisque un chapiteau est installé pour deux semaines à Gennevilliers,
06:32tout près de Paris, là où tout a commencé avec Coluche il y a 40 ans.
06:35Qu'est-ce que vous demandez au Premier ministre aujourd'hui ?
06:37Nous, ce que nous attendons, ce sont des mesures structurelles.
06:40Ce n'est pas normal que chaque année, il y ait de plus en plus de personnes en difficulté
06:43face à l'alimentation, au logement, et toutes les associations le disent.
06:47Il faut des mesures structurelles.
06:49On n'a pas pour ambition de voir chaque année nos chiffres d'activité croître.
06:52Nous ne sommes pas une entreprise faite pour ça.
06:54Nous sommes une association de solidarité.
06:57Donc, je vais déjà lui rappeler qu'effectivement, il faut des mesures
06:59pour faire en sorte qu'il y ait moins de gens qui aient besoin de nous.
07:02Et puis, deuxièmement, on a besoin de son soutien encore.
07:04Aujourd'hui, ce qu'on demande, ce sont des mesures très simples.
07:07Quand on sait que...
07:09Aujourd'hui, c'est très compliqué au niveau des finances publiques, on l'a bien compris.
07:12Mais quand on donne 1 euro d'argent public au resto,
07:15on déploie 4 à 5 euros de missions sociales sur le terrain.
07:19Ce qu'on souhaite, c'est qu'ils prennent, ils nous accompagnent sur une décision qui est importante,
07:23c'est l'exonération de TVA, sur les achats alimentaires des associations.
07:26C'est-à-dire qu'aujourd'hui, vous achetez des biens, enfin des aides,
07:29des aliments, pour nourrir bien sûr vos bénéficiaires, et vous payez la TVA dessus ?
07:34C'est-à-dire qu'on n'achète plus du tiers de ce qu'on distribue gratuitement, et on paye la TVA dessus.
07:38C'est une économie que l'on pourrait directement consacrer à nos missions.
07:41C'est le premier point.
07:43Et puis, Michel Barnier connaît très bien l'Europe.
07:44On a besoin de l'Europe pour nous soutenir.
07:46On va commencer l'année prochaine à renégocier le budget de l'aide européenne.
07:50Pour les restos, c'est 1 repas sur 5.
07:52Il va falloir que le gouvernement nous appuie
07:54pour qu'on puisse s'assurer d'un renouvellement de ce soutien qui est important pour nous,
07:58mais surtout pour les gens qu'on aide.
07:59Juste d'un mot, exonérer cette TVA, c'est des millions de repas en perspective ?
08:04C'est ça aussi ?
08:05C'est une estimation de 6 à 10 millions de repas supplémentaires pour les restos du cœur.
08:09Merci beaucoup.
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