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00:02 RTL matin
00:06 RTL 7h44, 17 personnes donc convoquées au Auvergnet pour tenter de percer le mystère de la disparition
00:13 de la disparition du petit Emile au lendemain de cette mise en situation.
00:17 Amandine Maigault, vous recevez François Daoust, ancien directeur de l'Institut de recherche criminelle de la Gendarmerie Nationale.
00:23 François Daoust, c'est je le disais cet institut qui a participé hier à cette opération, à cette mise en situation
00:29 et on a besoin de vous pour comprendre à la fois ce qui s'est passé hier et ce qui peut se passer dans les prochains jours,
00:34 les prochains mois, d'autant que tout ça s'est bien sûr passé à l'abri des caméras et des micros,
00:40 vous allez être un peu nos yeux et nos oreilles, même si vous n'êtes pas sur cette affaire.
00:44 Tout à fait.
00:45 Et donc voilà, mais vous connaissez parfaitement ces procédures.
00:48 Justement, cette procédure d'abord, cette mise en situation, c'est rare ?
00:51 Alors c'est assez rare, la façon dont on s'est médiatisé en plus, on a l'impression de découvrir quelque chose.
00:57 Il faut savoir que les mises en situation ou les reconstitutions, juridiquement, ça n'existe pas.
01:02 Ce n'est pas dans le code de procédure pénale.
01:04 La seule chose qui y est, c'est le transport du ou des juges d'instruction avec leur greffier sur une scène,
01:11 quelle qu'elle soit, et tout va se dérouler selon les directives du ou des juges d'instruction,
01:17 parce que je rappelle que ce sont eux qui ont la direction de l'enquête, qu'ils délèguent certes aux enquêteurs,
01:22 mais dès qu'ils arrivent sur le terrain, c'est eux qui reprennent la main.
01:26 Cette mise en situation, vous me disiez souvent on fait ça quand on a une mise en examen.
01:30 Là, la spécificité, c'est qu'on n'a personne.
01:33 Voilà. La reconstitution, c'est avec la mise en examen.
01:37 On essaye de comprendre qu'est-ce qu'il a fait sur place,
01:41 est-ce que ses déclarations sont concordantes avec ce qui a pu être trouvé,
01:45 et avec la configuration des lieux, notamment pourquoi il est passé à l'acte,
01:48 est-ce que ça nécessitait une préparation ou autre.
01:50 En l'espèce, il n'y a pas de mise en examen.
01:52 Donc, ce sont les protagonistes, que ce soit les témoins,
01:56 17 personnes, des membres de la famille, des voisins,
02:00 la parentèle, les voisins, qui ne sont pas forcément des témoins directs,
02:04 mais qui sont tout aussi intéressants parce qu'eux, ils ont peut-être vu les témoins directs
02:09 à un endroit qui n'est pas celui où le ou les témoins pensaient être lorsqu'ils ont vu, par exemple, le petit Émile.
02:16 Donc, très concrètement, ces 17 personnes, on les a réunies,
02:19 on les a chacune mises là où elles se trouvaient quelques minutes avant la disparition d'Émile,
02:25 et on leur a fait faire ce qu'elles faisaient, posé plein de questions.
02:28 Quel type de questions, par exemple ?
02:29 - Alors déjà, les juges ont le choix entre, soit on essaye de faire un déroulé chronologique,
02:37 mais chaque fois, avec l'autorisation des juges,
02:41 un témoin peut intervenir en disant "non, moi je ne l'ai pas vu comme ça", etc.
02:45 Et ça manque de continuité.
02:47 Soit on va jouer la version des protagonistes principaux,
02:51 la version de grand-père, la version de grand-mère, la version du témoin numéro 1, la version du témoin numéro 2.
02:56 Et là, on fait un déroulé complet, et on va voir,
02:59 est-ce que ça correspond aux déclarations, aux premières déclarations qui avaient été faites pendant les secours,
03:05 qui n'étaient pas des auditions judiciaires, mais des auditions immédiates pour essayer de guider.
03:10 Confrontation avec les auditions lors de l'affaire judiciaire,
03:15 là on rentre dans les détails, et c'est beaucoup plus long.
03:18 Et est-ce que ça correspond à ce qu'ils ont dit ?
03:21 Est-ce qu'on avait la même visibilité ?
03:23 Est-ce qu'ils pouvaient voir quelque chose ou pas ?
03:26 Est-ce que la temporalité était respectée ?
03:28 Pour eux, il y avait un laps de temps très court ou très long.
03:31 Est-ce qu'en réalité, cette temporalité était la même ?
03:35 On va prendre un exemple. Quelqu'un qui a dit avoir vu le petit Émile sur ce chemin,
03:40 à ce moment-là, on voit si d'autres personnes auraient pu le voir, par exemple.
03:44 Exactement. D'autres personnes, est-ce qu'elles pouvaient le voir ?
03:46 Est-ce que des voisins qui étaient chez eux pouvaient voir le témoin qui affirme
03:51 "je le voyais, j'étais à telle place" ?
03:54 Et là, on s'aperçoit que non, il n'était pas forcément à telle place.
03:57 On a vu des témoins qui parfois se trompaient, même de jour,
04:00 et ils étaient sincères dans leurs déclarations,
04:03 mais ils se sont trompés de 24 heures.
04:06 L'idée c'est quoi ? De pointer des incohérences ?
04:08 Exactement.
04:09 On l'a bien compris. De rafraîchir aussi peut-être la mémoire,
04:11 parce que sur le moment, quand on est interrogé, on oublie peut-être ce qui nous semble un détail
04:15 qui n'en est pas forcément un pour les enquêteurs.
04:17 C'est tout à fait ça. L'avantage d'une remise en situation,
04:20 on prend quelques minutes avant que commence l'événement,
04:25 et en fait, qu'est-ce qui se passe en réalité ?
04:28 Lorsqu'il y a un événement qui se passe, nous avons une situation d'ancrage.
04:32 C'est-à-dire que cet événement est marqué avec ce que nous faisions en ce moment-là,
04:37 et où nous étions.
04:39 Notre cerveau, qui est en roue libre en permanence,
04:41 et c'est lui qui nous commande et qui nous fait croire à beaucoup de choses,
04:44 nous dit simplement "je ne vais garder comme souvenir que cette action, que cette action, ou que cet acte".
04:51 Refoulant les autres, et le fait de remettre en situation,
04:56 on revient pratiquement à l'ancrage initial,
04:59 et ça peut faire ressurgir des souvenirs que le cerveau avait négligés,
05:03 mais qui pourtant, dans les témoignages, peuvent être très importants.
05:06 Même 9 mois après, là on est presque 9 mois après, ça paraît très long ?
05:11 Ça paraît très long, mais même 9 mois après,
05:14 notre cerveau qui a encore une capacité mémorielle, la mémoire à long terme marche bien,
05:18 et bien il peut ressentir quelque chose, parce qu'il a eu un déclencheur,
05:21 qui a été justement cette mise en situation.
05:24 On nous a aussi beaucoup dit depuis hier qu'on scrutait le comportement et l'attitude de chacun,
05:30 que tout ça d'ailleurs avait été filmé.
05:32 Il y a des gendarmes spécialisés pour ça, qui vont re-regarder ces images ?
05:36 Alors il y a le département des sciences du comportement,
05:39 au service central de renseignement criminel,
05:41 qui est juste en face de l'IRCGN, le laboratoire,
05:44 et il peut y avoir justement des psychologues criminels qui sont là.
05:49 Mais au-delà de ça, il regarde un ensemble,
05:54 qu'est-ce que c'est qui peut rendre mal à l'aise une personne ?
05:56 C'est peut-être qu'elle s'est souvenue de quelque chose,
05:58 sans forcément être coupable de quoi que ce soit.
06:01 Mais cette situation mal à l'aise, il faut vraiment l'exprimer,
06:06 pour qu'elle soit écartée du champ des possibles,
06:09 et en tout cas du champ de la suspicion.
06:11 François Davous, est-ce qu'on peut imaginer que parmi les 17 personnes
06:14 qui étaient convoquées hier, il y a celui ou celle qui sait ce qui s'est passé ?
06:19 Alors là, je ne sais pas, mais je pense que les juges d'instruction
06:23 essayent aussi de savoir, si nous sommes dans l'hypothèse d'un accident,
06:28 si quelqu'un sait ce qui s'est réellement passé.
06:32 Et c'est à ça que servent ces mises en situation,
06:37 c'est voir à un moment si quelqu'un ne joue pas un scénario appris, répété,
06:42 qui, il l'espère, l'exonérera de toute responsabilité.
06:46 Et est-ce qu'on peut, est-ce qu'on doit s'attendre à des gardes à vue
06:49 dans les prochains jours, les prochaines semaines ?
06:52 Alors on peut tous l'espérer, mais je vais vous décevoir, je ne sais pas.
06:56 Et puis même si vous le saviez, vous ne nous le diriez pas,
06:59 en tout cas ce matin, et on comprend bien pourquoi.
07:03 Ça paraît fou quand même, qu'un petit garçon de 2 ans et demi
07:06 ait pu se volatiliser comme ça, ça va faire 9 mois,
07:10 et il n'y a rien, rien.
07:12 Alors rien qui ressort au point de vue médiatique.
07:16 Maintenant il y a les deux hypothèses privilégiées,
07:19 c'est le petit garçon s'est réellement perdu,
07:21 et nous avions une végétation luxuriante,
07:23 et malgré les drones, malgré les caméras thermiques,
07:26 s'il se foutait, il y a une petite faille,
07:28 et bien ce petit garçon, il est tombé, il est au fond.
07:31 Et comme l'affaire Lucas Tron, ce jeune homme de 14 ans,
07:36 on l'a retrouvé plusieurs années après,
07:38 on avait fouillé le bas de la falaise, tout autour, etc.
07:42 Donc peut-être qu'il y a ça, et on voit qu'on est dans un drame,
07:47 c'est un petit garçon qui s'est perdu et qui a fait une chute,
07:49 ou alors, il y a autre chose,
07:52 et il manque les traces, les traces matérielles sur place,
07:56 et ce petit flux conducteur qui nous amènerait à la personne,
07:59 si jamais on est dans un accident, et on l'a maquillé derrière.
08:03 - On est en 2024, on sait aujourd'hui parfaitement dire
08:07 qui se trouvait à un endroit précis, à un instant,
08:10 et grâce notamment au téléphone portable,
08:12 c'est ce qu'on appelle le bornage téléphonique, j'imagine,
08:14 que ce bornage a été fait, qu'aujourd'hui,
08:17 les enquêteurs savent parfaitement qui était là, à ce moment-là ?
08:20 - Alors, le bornage va vous dire où était le téléphone.
08:24 Pas forcément le propriétaire.
08:27 Il y a ça aussi, ça nous arrive d'oublier naturellement notre téléphone,
08:31 et bien parfois, dans certaines affaires,
08:34 le fait d'oublier son téléphone a créé des alibis
08:37 là où il n'y en avait pas, réellement.
08:39 Donc, il faut aussi se méfier de ça.
08:42 On a des éléments techniques et des traces numériques liées au téléphone,
08:47 voire liées aux véhicules qui peuvent être géolocalisés,
08:51 mais ça doit être corroboré, vérifié,
08:54 et c'est pour ça en partie qu'il y avait aussi les experts de l'IRCGN en la matière.
08:59 - Dernière question, est-ce qu'on peut imaginer qu'Emile soit toujours vivant ?
09:02 On peut l'espérer ?
09:04 - On peut l'espérer, mais là-dessus, on est tous à se demander,
09:08 à ce moment-là, quelle pourrait être l'hypothèse du petit Emile,
09:12 vivant, quelque part, chez qui, où et pourquoi ?
09:15 - Merci beaucoup François Daoust,
09:17 et je rappelle le titre de votre dernier livre,
09:19 "Coécrit avec Jacques Pradel, la police scientifique et technique, le choc du futur".
09:23 On a bien compris que tous ces progrès étaient très utiles dans une enquête,
09:27 mais hélas, ils ne peuvent pas être utiles seuls.
09:30 - Exactement.
09:31 [SILENCE]
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