00:00RTL Matin
00:02Avec Amandine Bégaud et Thomas Soto. Il est 8h16, l'interview d'Amandine Bégaud. Ce matin, vous avez choisi, Amandine, de recevoir
00:08l'avocate des parents de Samuel Paty, qui vont encore vivre des heures bien difficiles
00:13avec le procès des complices présumés de l'assassin de leur fils. Elle s'appelle Virginie Leroy. Bonjour et bienvenue à vous.
00:18Bonjour. Bonjour maître et bienvenue sur RTL.
00:22Les parents de Samuel Paty ont toujours été extrêmement discrets, n'ont pas pris la parole dans les médias. Comment vont-ils
00:29aujourd'hui, à quelques heures maintenant de l'ouverture de ce procès ?
00:32Alors malheureusement, le
00:35père de Samuel a eu un accident il y a quelque temps, donc il se trouve hospitalisé, donc ils ne pourront pas être là ce matin.
00:43La maman de Samuel, Bernadette, viendra vendredi déposer pour elle et son époux et puis j'espère que l'état de santé de Jean
00:51lui permettra de venir assister au procès au plus vite.
00:55On imagine que de ne pas être là aujourd'hui, c'est très dur pour eux ? C'est extrêmement dur, oui, oui, tout à fait.
01:01Ils attendaient
01:03beaucoup de ce moment
01:05être présent. Alors bien sûr, vous allez les représenter, j'imagine que leurs filles seront là aussi ? Oui, bien sûr.
01:11Ne pas être là, c'est quoi ?
01:14Une douleur en plus ?
01:17Oui, enfin bon, là, il n'a pas le choix. Bien sûr. Donc voilà, oui, oui, c'est quelque chose qu'ils attendaient depuis longtemps, enfin voilà, ce procès
01:24on a un peu égrené les jours depuis pour se dire, ça y est, ça va arriver.
01:29C'est un moment très important, c'est aussi l'aboutissement de quelque chose, une page qui se tourne.
01:35La justice pour leur fils, tout simplement, c'est ça, donc c'est très symbolique et en même temps c'est très important, donc bon,
01:42on verra après. Très important, ce procès va durer jusqu'au 20 décembre.
01:47J'imagine que vous espérez qu'ils puissent y assister par la suite.
01:52Qu'en attendent-ils, concrètement ?
01:55Alors, ils attendent que toutes les responsabilités, et c'est très important pour eux, parce qu'on le sait, c'est un engrenage,
02:02il y a huit accusés, là, à ce procès, huit accusés qui vont être jugés,
02:06que toutes les responsabilités soient examinées, soient jugées, soient condamnées. C'est ça, leurs attentes, c'est qu'on ne laisse rien passer.
02:13Une extrême fermeté, c'est ce qu'ils réclament ? Oui, bien sûr, bien sûr. On sait qu'il y a eu le procès des mineurs
02:19jugés dans cette affaire, c'était au mois de décembre dernier, et la famille de Samuel Paty a été ressortie extrêmement déçue, des mineurs
02:26condamnés à des peines allant de 14 mois de prison avec sursis à deux ans, dont six mois fermes. Vous aviez, parlez-vous,
02:33d'un rendez-vous manqué ?
02:35Oui, c'était ma sensation, puis c'était la leur aussi, surtout,
02:38d'un rendez-vous manqué, déjà, parce que les débats étaient décevants, on a eu des mineurs dont la parole était verrouillée,
02:45dont on ne voyait pas vraiment le chemin depuis les faits, aussi, c'était assez décevant.
02:49Et puis, des peines qui nous ont semblées insuffisantes, il faut le dire, face à la gravité des faits, face
02:57aussi
02:58à une peine de justice, une décision de justice, ça condamne des faits, ça analyse des responsabilités, puis c'est aussi un signal
03:06sociétal, forcément.
03:08L'institution judiciaire a un rôle majeur dans ce qui nous occupe, là, et c'est ça aussi qui était décevant.
03:13Un procès historique, dit maître Francis Spiner, qui est l'avocat de l'ex-compagne et du fils de Samuel Pasty,
03:19c'est votre sentiment, aussi ?
03:21Oui, c'est historique à bien des égards, on a eu beaucoup de procès ces dernières années, historiques, filmés pour l'Histoire,
03:28concernant des crimes terroristes commis sur notre sol.
03:33C'est un en plus, mais avec une dimension toute particulière, parce qu'on a
03:38ce facteur des réseaux sociaux qui a pris une ampleur
03:42mortifère, dans le cas de Samuel Pasty, et ce sera aussi
03:46le procès des réseaux sociaux et des fatwas lancés sur les réseaux sociaux.
03:49Parce qu'avant d'être décapité, et il faut le rappeler pour nos auditeurs, Samuel Pasty a fait l'objet d'un acharnement
03:57terrifiant sur les réseaux sociaux.
03:59Terrifiant et organisé, et c'est ce volet
04:02d'organisation aussi qu'on va décrypter et qui est très important.
04:06J'entendais une conférence de presse de certains avocats de la Défense qui avaient l'air de dire que, finalement,
04:11de tomber sur ces vidéos, c'était une aubaine pour le meurtrier, comme si tout ça était dû au hasard. Il n'y a aucun hasard
04:18dans l'assassinat de Samuel Pasty. Aucun.
04:21Aucun hasard, ça veut dire qu'il aurait pu être évité ?
04:23Ça veut dire qu'il aurait pu être évité, et puis ça veut dire aussi que si les huit accusés dans le box
04:29n'avaient pas commis ce qu'ils ont commis, Samuel serait vivant.
04:32Ces huit accusés,
04:34vous disiez, les jeunes se sont un peu dérobés.
04:37Vous espérez qu'ils ne se dérobent pas, j'imagine. Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire ce matin ?
04:42J'ai envie de leur dire que
04:44alors, c'est difficile parce qu'évidemment ils ont leur ligne de défense, et on le sait, je pense qu'il n'y a pas beaucoup de suspense,
04:50c'est des acquittements qui seront demandés en face.
04:53Moi, j'ai envie de leur dire que s'il leur reste une once d'humanité,
04:57face à ses parents, face à cette famille qui est meurtrie à jamais, il faut dire les choses.
05:02Il faut assumer maintenant. L'heure est celle d'assumer ses responsabilités,
05:07d'expliquer aussi, parce que les explications données au cours de l'instruction ne sont pas vraiment, franchement, ni sincères à mon sens,
05:15ni satisfaisantes, donc c'est le moment ou jamais. Vous disiez, il y a un enjeu sociétal aussi dans ce procès,
05:22il faut des peines à la hauteur.
05:24Qu'est-ce que c'est des peines à la hauteur ? J'ai envie de vous dire, rien ne ramènera, hélas, Samuel Paty.
05:29Non, et la justice n'est pas là pour ramener les gens, elle ne le peut jamais.
05:33La justice, elle est là pour condamner, et puis elle est aussi là pour offrir au parti civil une mesure,
05:40dont, moi, c'est ce que j'espère vraiment,
05:43avec force et conviction pour mes clients, c'est qu'à l'issue du procès, il y a un certain apaisement en se disant, voilà,
05:49justice a été rendue pour Samuel. C'est ça, en fait, l'aboutissement de ce procès pour eux.
05:54Est-ce que vous avez le sentiment, maître, que rien n'a changé depuis la mort de Samuel Paty ? On a vu
06:00l'assassinat, l'an dernier, de Dominique Bernard, ce professeur de lettres d'Arras, les parents, d'ailleurs, de Samuel Paty, et vous nous l'aviez dit, ici même,
06:07il était anéanti par ce nouvel assassinat. Vous pensez que ça pourrait arriver à nouveau ? J'ai eu
06:12Mickaël Paty, ici même, il y a une quinzaine de jours, et elle disait, mais bien sûr, ça peut recommencer à tout moment.
06:16Oui, moi, je suis d'accord, je suis complètement d'accord.
06:19Ça peut arriver à nouveau. Vous savez, quand vous voyez les débats qu'il y a pour les minutes de silence,
06:25par exemple, c'est un exemple comme d'autres, mais c'est un exemple qui est déterminant.
06:31C'est bien. Et c'est terrifiant, ce que vous nous dites.
06:33Oui, mais je pense qu'il faut voir, si on veut combattre un ennemi, il faut le regarder en face. Et on ne le regarde pas en face ?
06:39On essaye, on essaye, mais je ne suis pas sûre que ce soit le cas de tout le monde. Ces minutes de silence, moi, j'étais
06:45quand même
06:46impassablement agacée de constater que, dans la majeure partie des établissements, me semble-t-il,
06:52on a fait la minute de silence parce qu'il fallait la faire, mais sans la
06:55contextualiser, sans l'expliquer, sans avoir cette démarche pédagogique pour dire aux élèves,
06:59voilà ce qui s'est passé, voilà pourquoi ça s'est passé, et voilà pourquoi il ne faut plus que ça se reproduise.
07:03Ça démarre à l'école, tout ça.
07:05Et ça veut dire qu'il y a une responsabilité de l'État aussi là-dedans ?
07:09Dans le cadre de l'assassinat de Samuel Paty, ça, il y a une plainte qui a été déposée, qui est en cours d'instruction,
07:14mais il y a une responsabilité de l'État au quotidien, dans nos écoles.
07:18Oui, et puis du citoyen, j'ai envie de vous dire aussi, c'est à nous aussi, chacun,
07:24de s'élever.
07:26Moi, je l'avais dit en sortant, justement, de l'audience des mineurs, je n'ai pas vu ce sursaut, je n'ai pas vu, voilà,
07:31je ne sais pas ce qu'il faut de plus qu'un professeur décapité dans la rue pour que on se lève, qu'on soit ferme et
07:37qu'on se dise, non, notre école, c'est sacré, notre démocratie, c'est sacré, nos droits et nos libertés, c'est sacré.
07:43Et c'est ce que vous dites ce matin à tous ceux qui nous écoutent, réveillez-vous ?
07:46Oui, oui, bien sûr, bien sûr. Je pense que si nous voulons sauvegarder nos institutions,
07:51sauvegarder notre socle, qui est absolument indispensable et qui permet de faire tellement de choses, c'est ça aussi.
07:57Je pense que tout le monde est heureux de vivre en France, alors, avec les qualités et les défauts et
08:02diverses opinions qu'on peut avoir, mais quand même, c'est un socle qui est sacré.
08:07Et c'est le combat aussi des parents de Samuel Paty.
08:09Mais bien sûr, bien sûr, ils sont professeurs, sa sœur Gaëlle est professeure, c'est quelque chose.
08:14Alors, évidemment, ils sont meurtris, parce qu'il ne faut pas oublier que Samuel, c'est leur fils, voilà.
08:19Ils sont évidemment dans une peine qui sera toujours une peine incommensurable, mais derrière ça, il y a aussi de voir ce qui leur est cher,
08:30ce qu'ils ont construit toute leur vie, attaqué.
08:34Merci beaucoup, maître, d'avoir été ce matin avec nous sur RTL, maître Virginie Leroy.
08:38Je vous laisse transmettre toutes nos pensées et un bon rétablissement au papa de Samuel Paty.
08:43Merci.
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