00:00Avec plus d'un demi milliard d'utilisateurs, la popularité de PowerPoint est indéniable.
00:13Ce logiciel édité par Microsoft permet de concevoir et de projeter sur écran des présentations
00:19plus ou moins sophistiquées allant du simple diaporama de texte et d'image à de véritables
00:24animations intégrant vidéo, infographie, interactive et réalité virtuelle augmentée.
00:30Cela fait de PowerPoint un outil de communication à part entière, capable de combiner la projection
00:36sur écran d'un support dont le déroulé suit la parole de l'orateur.
00:41Cette association du visuel et du sonore confère à PowerPoint un impact potentiellement nettement
00:48supérieur à celui d'un simple discours derrière un pupitre.
00:52Mais un tel avantage passe difficilement inaperçu.
00:55Il est d'ailleurs à l'origine de nombreuses critiques dénonçant certaines de ses dérives.
00:59PowerPoint peut en effet s'avérer un outil idéal pour lyophiliser un projet, ennuyer
01:06un auditoire, feindre la transmission de connaissances et assujettir les consciences à l'esthétique
01:12du simplisme absolu.
01:14Pour ces déconstructeurs, PowerPoint ne doit pas être considéré comme un simple logiciel
01:20dépris de bonnes intentions avec pour objet la connaissance et pour finalité la recherche
01:24de la vérité par le dialogue.
01:26A leurs yeux, PowerPoint est une machine à convaincre, qui impose sa vision du monde
01:31à l'aide d'une rhétorique assistée par ordinateur.
01:34Son usage intensif et extensif contribue à la décimation d'une pensée unique dont
01:41les valeurs cardinales sont la simplicité, la rapidité et la performance.
01:47De telles accusations sont-elles vraiment justifiées ? Faut-il combattre l'usage
01:52de PowerPoint ou bien l'usage qu'en font ses utilisateurs ? En d'autres termes,
01:56faut-il considérer PowerPoint comme un outil inerte, dépourvu de toute intention ou bien
02:02faut-il voir à travers lui un conditionnement des esprits et un formatage de la façon de
02:07penser sa communication ?
02:08Ces questions soulèvent un dilemme philosophique.
02:12Peut-on et faut-il dissocier l'objet de son usage ?
02:15Pour John Stuart Mill, la responsabilité de l'usage que l'on fait d'un objet
02:20incombe principalement à son utilisateur, à l'image d'un couteau qui peut être
02:25un simple objet de cuisine ou une arme blanche capable de tuer.
02:28Mais pour Martin Heidegger, il faut être bien naïf pour croire à la neutralité des
02:33objets, car la nature même influence l'usage que l'on en fait.
02:38A cet égard, la neutralité de PowerPoint est donc discutable, les contraintes d'espace
02:44de caractère associées aux possibilités graphiques incitent à projeter des slogans
02:48ou des punchlines, des histogrammes simplifiés, des images et des clips vidéo spectaculaires,
02:53le tout encourageant des explications sommaires ou métaphoriques.
02:57Mais n'est-il pas excessif de prêter à PowerPoint la capacité de conditionner à
03:03lui seul un résultat ? N'est-ce pas sous-estimer la potentielle capacité critique d'un auditoire
03:10et faire un procès d'intention à son médiateur ?
03:12Cela d'autant plus que les fonctionnalités de PowerPoint peuvent être mises au service
03:17d'une intervention destinée à éveiller les esprits, à susciter le questionnement
03:23et à enrichir l'entendement dans un subtil mélange de paroles, d'images et d'interactions
03:28avec l'audience.
03:29A l'arrivée, si on ne peut pas totalement dissocier l'objet de son usage, il est bien
03:35présomptueux de prêter à l'objet une conscience d'en déplaise aux amateurs d'anthropomorphisme.
Commentaires