00:00– Bonsoir Maître Ingrin, merci beaucoup d'être avec nous ce soir.
00:05Je reviens sur ce que disait Elsa Vidal à l'instant.
00:11En 2005, le 6 octobre 2005, il y a cette rencontre
00:15entre Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi sous une tente en Libye.
00:18Nicolas Sarkozy est ministre de l'Intérieur.
00:20Dans l'acte d'accusation, on explique que c'est à ce moment-là que tout se joue,
00:24que le pacte de corruption se joue.
00:25Ce jour-là, qu'est-ce qu'ils se disent tous les deux ?
00:28– Alors, quelques précisions.
00:31C'est grotesque de prétendre que c'est grâce à la France
00:34que Mouammar Kadhafi est revenu sur la scène internationale
00:37et que la Libye est revenue sur la scène internationale.
00:40Le retour de la Libye sur la scène internationale,
00:42c'est bien avant cette visite, c'est dès 2004 et ça n'est pas lié à la France.
00:46C'est la levée des sanctions par l'OTAN.
00:49Lorsque Nicolas Sarkozy, ministre de l'Intérieur,
00:52se rend le 6 octobre 2005 à Tripoli,
00:55il est le 39e dirigeant politique occidental
00:58à rendre visite à Mouammar Kadhafi à Tripoli depuis 2004.
01:02Le 39e dirigeant politique.
01:04– Mais qu'est-ce qu'ils se disent sous l'attente ?
01:05– Alors, le sujet de la visite, c'est la lutte contre l'immigration
01:09puisque déjà à l'époque, il y avait un sujet avec la Libye
01:12qui était le passage de tous les immigrés,
01:14en tout cas d'une grande partie des immigrés qui venaient en Europe,
01:17et un sujet de lutte contre le terrorisme.
01:20Puisque là aussi, la Libye apportait son soutien
01:24à la lutte contre le terrorisme en France.
01:27Donc c'est ça le sujet.
01:29Vous regardez les images de cette rencontre
01:31sous cette fameuse tente dont vous parlez.
01:33Il y a à peu près, entre le ministre de Sarkozy et le guide Kadhafi,
01:40la même distance qu'entre moi et madame.
01:42– Oui.
01:43– Est-ce que vous imaginez une seconde, regardez les images,
01:47est-ce que vous imaginez une seconde qu'à cette distance,
01:50avec un entourage, et de toute façon des interprètes,
01:53Nicolas Sarkozy ne parle pas arabe et moi Marc Kadhafi ne parlait qu'arabe,
01:58qu'au cours de cette réunion, on demande le soutien financier
02:02pour une campagne qui va avoir lieu dans deux ans ?
02:05C'est grotesque.
02:06– Vous vous dites que c'est grotesque.
02:07Pour l'accusation, pour le parquet national financier,
02:10le pacte de corruption est là.
02:11Je voudrais qu'on écoute le procureur Bonner,
02:13qui était l'invité ce matin d'Apolline de Malherbe.
02:16Voilà ce qu'il dit, vous lui répondrez dans un instant.
02:19– Tout ce que j'avance est documenté par le dossier.
02:23Nous avons 70 tomes de matériel, de déclarations,
02:27d'éléments, de flux financiers qui ont pu être retracés.
02:32Nous avons interrogé les autorités judiciaires de 21 pays
02:36qui nous ont répondu à des niveaux parfois très différents,
02:40mais avec des éléments qui sont rentrés dans le dossier
02:42que les juges d'instruction ont recueillis.
02:44– Le procureur Bonner dit, nous on a des éléments,
02:46il n'y a rien de politique là-dedans, notre boussole c'est uniquement la loi.
02:51Bon, d'abord une observation, un procureur, et quel procureur ?
02:54Le procureur de la République financière qui prend la parole
02:57le matin d'une première audience qui va durer quatre mois
03:00pour délivrer son réquisitoire contre le président Sarkozy,
03:03c'est une première, contre le président Sarkozy,
03:09ou n'importe quel autre justiciable,
03:11et pas dans n'importe quelle émission, à la télé, à la radio en même temps,
03:15et un réquisitoire sévère.
03:17Je crois qu'on n'a pas lu le même dossier,
03:18le procureur de la République financière et moi.
03:21Des virements en provenance de Libye pour financer la campagne, il n'y en a pas.
03:26Des paiements effectués avec de l'argent libyen pour payer la campagne,
03:30il n'y en a pas, il n'y a pas de traces de rien.
03:32Alors on a un dossier de financement illégal de la campagne électorale,
03:35de financement de la campagne électorale par la Libye,
03:37sans traces de financement, c'est ennuyeux.
03:40– Alors attendez, sur ce point-là, sur l'argent,
03:41le procureur dit, l'accusation dit, attendez,
03:43évidemment que ce n'est pas aussi simple qu'un compte en banque de Muammar Gaddafi
03:47duquel partirait de l'argent qui arriverait sur le compte en banque
03:49de la campagne de Nicolas Sarkozy, ce n'est pas aussi simple que ça.
03:52Eux disent, il y a des flux financiers qui sont suspects,
03:55qui ont pu transiter par le compte en banque de proches de Nicolas Sarkozy.
03:58Ils évoquent Claude Guéant, ils évoquent Thierry Gobert, etc.
04:01Eux disent, ce n'est pas aussi simple que ce que vous êtes en train de décrire.
04:03– Oui, alors si ce n'est pas simple, c'est peut-être parce qu'il n'y en a pas.
04:07Je veux dire, il ne faut pas…
04:08Moi je sais qu'il n'y a pas de financement illégal
04:10de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy,
04:12ce n'est pas parce que ce n'est pas facile à montrer
04:14que ça veut dire qu'il y a eu un financement et qu'il est caché.
04:17C'est quand même le monde à l'envers.
04:19S'agissant de l'exemple de Claude Guéant que vous prenez,
04:21on dit, la preuve qu'il y a eu un financement illégal de la campagne,
04:25c'est que Claude Guéant, pendant la campagne,
04:28loue une chambre forte dans une banque Place de l'Opéra,
04:32et s'il l'a fait, c'est probablement pour y mettre de l'argent
04:36qui avait été donné par Kadhafi.
04:38Non mais on rêve, vous imaginez.
04:40Alors, je ne sais pas quelles sommes,
04:41parce que le dossier n'est pas capable de nous dire
04:44quelles sommes auraient été données pour la campagne.
04:48On a 3, 5, 50, 400 millions,
04:50on va jusqu'à 400 millions de données par la Libye.
04:53On n'a trace de rien, de rien.
04:55Et vous imaginez que l'argent des espèces,
04:58j'imagine, dans l'esprit du procureur de la République financière,
05:02serait stocké dans une chambre forte Place de l'Opéra,
05:04et que de temps en temps, Claude Guéant irait retirer des billets
05:08au fur et à mesure des besoins.
05:10Ça n'a aucun sens.
05:11Christophe Barbier.
05:12Pour ce que je connais du dossier, maître,
05:15je partage assez votre avis,
05:16des témoins douteux, de l'argent volatilisé.
05:19Il n'y a rien qui me semble bien solide.
05:20On verra si le procès apporte plus.
05:22Néanmoins, il y a un élément qui me trouble.
05:23La campagne de Nicolas Sarkozy, en 2012,
05:26a coûté non pas 22 millions, le plafond autorisé,
05:29mais on le sait aujourd'hui, 40 millions.
05:32C'est la fameuse affaire Big Malion.
05:34J'ai vécu cette campagne de l'intérieur.
05:36Campagne magnifique en 2012, mais courte.
05:38J'ai vécu celle de 2007 de l'intérieur.
05:41Campagne magnifique et longue.
05:43Elle a démarré en janvier et non en mars.
05:45Il me semble donc assez crédible,
05:46si la deuxième a coûté 40 millions,
05:48que la première ait coûté 50 millions.
05:51Et là, je me dis, cet argent,
05:52il fallait bien le trouver quelque part.
05:54Alors évidemment, tout ça ne fait pas une preuve.
05:55C'est de la déduction, c'est de la règle de trois.
05:57Mais avouez que c'est troublant quand même.
05:58Alors, cet aspect a été examiné dans le dossier.
06:03Vous imaginez bien.
06:04Il y a eu une débauche de moyens pour renvoyer
06:06Nicolas Sarkozy devant le tribunal correctionnel,
06:08qui est une débauche inédite.
06:10Et parmi tout ce qui a été fait,
06:11il y a l'étude de cette campagne de 2007.
06:15La grosse différence avec 2012,
06:16c'est précisément le nom que vous donniez,
06:18c'est Big Malion.
06:19En 2007, la campagne est gérée en direct par l'UMP.
06:22C'est-à-dire l'UMP a des contacts avec les prestataires,
06:25mandate les prestataires et elle gère elle-même la campagne.
06:29En 2012, c'est délégué à Big Malion.
06:32C'est un détail.
06:34Mais surtout, je vous le disais,
06:35cette campagne, elle a été examinée.
06:36Elle a été examinée d'abord dans le cadre
06:39de l'affaire Bétancourt.
06:41Puisqu'on avait reproché un moment,
06:44le juge Jean-Michel Gentil reprochait à Nicolas Sarkozy
06:46d'avoir bénéficié de dons en espèces
06:49pour financer sa campagne,
06:50de dons d'espèces procurés par Madame Bétancourt.
06:52Il a obtenu un non-lieu, le président Sarkozy, là-dessus.
06:55Parce qu'après l'examen des comptes
06:57et après avoir interrogé tous les prestataires,
07:00il est apparu que tout le monde avait été payé par virement
07:03et qu'il n'y avait pas de fausses factures.
07:05Alors, moi, je n'ai pas connu,
07:07j'ai connu les deux campagnes comme simples citoyens.
07:10Je ne les ai pas connues de l'intérieur.
07:12Mais si vous voulez, pour moi, c'est la seule chose qui compte.
07:14Ça a été examiné.
07:16Il y a un cas où, en effet, il y a cette affaire dont vous parlez.
07:20Et l'autre cas dans lequel le juge d'instruction Jean-Michel Gentil,
07:24qui n'est pas connu pour être d'une particulière souplesse,
07:27a délivré une ordonnance de non-lieu
07:29à l'encontre de Nicolas Sarkozy.
07:30Mettre un grain, je reprends votre mot, grotesque.
07:33Grotesque comme les accusations de Zia Takedine.
07:36C'est ce que vous aviez dit, Takedine,
07:37qui, ce matin encore, chez le confère d'RTL, disait
07:39« Si, si, il y a bien eu de l'argent qui a transité. »
07:40Voilà, une 17e version.
07:4117e version, c'est ce que vous dites de Zia Takedine.
07:43Une toute dernière question.
07:44Tout à l'heure, Amélie Rosi qui évoquait Nicolas Sarkozy
07:47et l'absence de bracelet électronique.
07:48On peut imaginer que Nicolas Sarkozy soit équipé d'un bracelet
07:51au cours de ce procès ?
07:52Alors, il y a une procédure en cours,
07:55puisqu'il y a eu cette condamnation définitive
07:57qui fait maintenant l'objet d'une contestation
07:59devant la Cour européenne de droit de l'homme.
08:00Parce qu'au passage, c'est la première fois en Europe
08:03qu'une personne est condamnée sur la base de conversation
08:06avec son avocat.
08:07C'est la première fois en Europe.
08:08Et quand je dis conversation, c'est des bribes de conversation.
08:11Donc, la procédure sur le bracelet, elle est en cours.
08:13Je n'ai pas d'informations.
08:14Mais le justiciable Nicolas Sarkozy,
08:18pour cette affaire de bracelet électronique,
08:20comme pour tous les autres sujets,
08:21il a les mêmes droits que tout le monde.
08:24Pas plus, mais pas moins.
08:25Merci beaucoup, Maître Ingrain, d'avoir été avec nous ce soir.
08:29Merci d'avoir été l'invité du 20h BFM.
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