00:00Et aujourd'hui, nous avons une dette publique qui est à 112% du PIB, c'est 17% au-dessus de la moyenne de la zone euro.
00:07Nous avons des déficits à 6,1% et l'année 2024...
00:11Quels sont les risques pour les Français ? Parce que c'est des chiffres et je ne suis pas sûr que les Français comprennent ce que ça peut provoquer.
00:16Si ils comprennent bien, je pense qu'il y a deux chiffres qu'il faut donner.
00:18D'abord, la dérive 2024, on a voté le déficit à 128 milliards d'euros, ça s'exécute à 180.
00:23Et deuxième chose, c'est la charge de la dette, c'est-à-dire le remboursement annuel de la dette.
00:27Il était de 25 milliards d'euros en 2021, c'est le budget du logement. Il est de 53 milliards d'euros cette année, c'est le budget de la défense.
00:34Il sera de 70 milliards l'année prochaine, c'est le budget d'éducation nationale ou presque. Il sera à 100 en 2027.
00:42Et qu'est-ce que ça veut dire ? C'est-à-dire que la dette publique, c'est la dépense publique la plus stupide qui soit.
00:47Chaque euro qu'on consacre au remboursement de la dette, c'est un euro en moins pour justement l'éducation, la recherche, l'innovation, l'écologie.
00:54Et un pays qui est aussi endetté est un pays paralysé.
00:57Alors, il y a un problème de crédibilité à l'égard de nos partenaires.
00:59Et donc, qu'est-ce qu'on fait ?
01:01Alors, première chose, moi, je ne sais pas qui sera Premier ministre demain ou plus tard.
01:04La seule chose que je voudrais rappeler comme président de la Cour des comptes, c'est qu'il ne faut pas oublier cette question de la dette.
01:10Ça fait 40 ans que je suis dans la vie publique, comme haut fonctionnaire, comme homme politique.
01:14Il y a une chose que j'ai apprise, c'est qu'on ne peut pas faire de bonne politique publique sans bonne finance publique.
01:19C'est la condition sine qua non.
01:21Et je ne voudrais pas qu'on soit en train d'additionner des choux et des carottes et qu'on reste sur des niveaux de déficit incroyables.
01:28Deuxième chose, la loi spéciale qui va être votée, tant mieux.
01:31Oui, tous les groupes sont d'accord.
01:33Tant mieux, mais c'est la moindre des choses.
01:34On n'aura pas de shutdown.
01:36Les fonctionnaires seront payés.
01:37Les prestations sociales seront assurées et les dépenses seront votées.
01:40Mais ensuite, le vrai budget qu'on construira en janvier ?
01:45Alors, il peut arriver.
01:46Première chose, personne ne l'évoque, c'est qu'on vive pendant longtemps avec cette loi spéciale.
01:51L'Espagne n'a pas de budget, je n'y crois pas.
01:53Moi non plus.
01:54Mais ça veut dire qu'il faut faire voter un projet de loi de finances pour 2025 à partir de janvier.
02:00Et ça peut prendre un certain temps parce que soit on reprend le même et on le modifie, soit on le change complètement et le compteur repart.
02:07Plus on attend, plus ça se complique.
02:08Celui de Barnier a été censuré, donc ça ne peut pas être le même.
02:12Non, mais de toute façon, on pourrait, mais techniquement, ça ne poserait pas de problème.
02:18Il n'y a rien d'interdit, mais ce n'est pas ça qui se produira.
02:21Un nouveau Premier ministre avec un nouveau ministre des Finances et un nouveau ministre des Comptes publics,
02:27il va vouloir essayer de mettre sa marque, de démontrer un certain nombre de priorités,
02:32d'avoir l'air d'être justement plus vertueux que ses prédécesseurs.
02:37Et je lui souhaite beaucoup de courage.
02:39Moi aussi, mais néanmoins, c'est un courage nécessaire parce que, en France, qu'est-ce que nous risquons ?
02:44Vous posez la question.
02:45Oui, pour les Français, pour qu'ils comprennent bien.
02:47On risque d'abord d'avoir cette charge de la dette qui continue d'augmenter,
02:50les marges de manœuvre de l'État qui sont réduites à rien, donc les services publics qui finalement s'appauvrissent.
02:56On risque un enfoncement de notre économie doucement.
02:59Le ralentissement de la croissance, des investissements, de l'attractivité et l'anticipation,
03:05et les chefs d'entreprise et les consommateurs qui seront des anticipations négatives.
03:10On est dans une triple incertitude, une incertitude économique, une incertitude financière, une incertitude politique.
03:14Et ce que je dis, c'est que le nœud, il est politique.
03:17C'est la défiance à l'égard du politique qui fait que, effectivement, les investisseurs diffèrent les investissements,
03:22que les consommateurs épargnent alors qu'ils devraient consommer.
03:25C'est ce qui explique aussi qu'on ait cette formidable montée de la dette.
03:29Et moi, ce que je crains, c'est un pays qui, petit à petit, sort de l'écran.
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