00:00Il existe en France plus d'un million et demi de mères célibataires qui élèvent
00:04donc seules leurs enfants.
00:05Votre invité média, Laurent Vallier, réalise un documentaire sur ces femmes intitulé « Maman
00:10solo, les oubliés de la République » qui est disponible depuis aujourd'hui sur le
00:13site de la chaîne parlementaire LCP.
00:15Bonjour Réjeanne Varro.
00:17Bonjour.
00:18Alors il est formidable votre documentaire, je dois le dire, parce qu'il est entièrement
00:21composé de témoignages, pas de commentaires, des femmes que vous avez filmées à Lyon,
00:25qui vous ont autorisé à les filmer et qui se racontent, qui racontent leur vie au quotidien
00:30a toujours jonglé leur isolement, leur charge mentale, leur difficulté économique, leur
00:35santé physique, leur santé mentale.
00:36D'abord, pourquoi vous les appelez les oubliés de la République ?
00:39Parce que je pense qu'on n'y pense pas à ces femmes.
00:42Je pense qu'elles sont totalement oubliées, elles passent sous les radars parce qu'elles
00:45ont tellement de choses à faire et à gérer qu'elles n'ont absolument pas le temps de
00:49prendre la parole.
00:50La parole qu'elles prennent c'est pour s'occuper de leurs enfants, s'occuper pour payer le
00:54loyer, s'occuper de faire leur boulot, en fait d'être en charge pour leur vie quotidienne.
00:59Donc, elles n'ont pas le temps de témoigner.
01:02Mais elles se cachent même.
01:04En fait, ce qui est intéressant, à un moment, on va les suivre.
01:08Elles racontent qu'elles se maquillent, elles sont presque en tenue de camouflage parce
01:12qu'elles ont presque honte de leur statut.
01:15Oui, je suis contente que vous ayez relevé ça parce que même moi, je pense que ça
01:20m'a rendu très triste d'entendre parler de honte, honte d'être une maman solo en 2024.
01:29Elles ont honte parce qu'elles ont le sentiment de ne pas bien faire.
01:32Elles ont le sentiment que la famille, que notre représentation sociale, c'est la famille.
01:37C'est le papa, la maman, les enfants.
01:39Voilà. Et que du coup, elles, elles sont à côté.
01:43Elles prennent des chemins de travers.
01:44C'est un peu honteux.
01:46Et d'ailleurs, je pense que ce n'est pas qu'elles se mentent à elles-mêmes ou qu'elles
01:52se disent quelque chose qui n'existe pas.
01:54Je pense que c'est l'inverse.
01:55Elles ont raison.
01:56Elles ont la culpabilité ou alors elles assument.
01:58Ah non, elles se sentent coupables.
02:00Parce qu'après, ça peut interroger.
02:02Moi, je démarre le film par la rupture.
02:04Parce que être maman solo, ça raconte aussi une rupture amoureuse.
02:08Forcément, c'est soit en équité par la personne, son compagnon ou sa compagne.
02:13Ou pas. Il y a le choix aussi des femmes qui...
02:16D'être mère célibataire.
02:17C'est la PMA là.
02:18Mais en même temps, Aude, elle ne le choisit pas.
02:21Aude, elle est avec un amoureux.
02:23Ils se regardent, ils s'aiment, ils se parlent d'amour et puis elle tombe enceinte.
02:26Il lui donne deux coups de fil et il ne veut plus la voir.
02:29Ça interroge quand même.
02:33Alors, comment vous les avez choisis, ces femmes qui ont accepté d'être suivies dans leur quotidien ?
02:38Parce qu'on disait qu'elles se cachaient, qu'elles avaient honte.
02:40Certaines ont accepté d'être suivies au quotidien.
02:43Oui, oui, oui. Alors ça, c'est la richesse du documentaire.
02:46Très honnêtement, c'est-à-dire que j'ai passé avec chacune trois jours.
02:51À part de rester la nuit chez elle en rentrée, mais on a passé trois jours
02:56consécutifs avec elle.
02:57Il n'y a pas un regard caméra.
02:59C'est-à-dire, je pense qu'il y a un espoir de confiance et je pense une envie.
03:04Ça traduit l'envie de témoigner.
03:06Et comment vous les avez choisis ?
03:07En fait, au départ, elles font partie d'une association où des femmes qui, justement, ont ce sentiment de solitude, peuvent libérer leurs paroles.
03:17C'est un groupe de paroles.
03:20Je vous disais en rentaine que moi, vraiment, j'adore filmer les groupes de paroles.
03:23Dans mes films, quand les groupes de paroles sont bien riches, j'aime beaucoup parce que j'ai une palette de gens.
03:30Et là, c'est une palette de femmes.
03:32Moi, je fais beaucoup de repérage et j'ai repéré cette espèce de groupe uni, une sororité incroyable, même si par moment, il y a des incursions d'hommes.
03:42Ils viennent, mais ils en repartent assez vite.
03:45Et du coup, après, je fais comme une sorte de casting.
03:48Je repère un petit peu les femmes qui pourront être suivies face caméra, qui pourront élaborer.
03:54Alors, il y a Lucille, 39 ans, deux enfants de 4 ans et 18 mois.
03:59Aude, dont vous venez de parler, 44 ans avec sa fille, de 21 mois sans papa.
04:04La caméra bouge tout le temps.
04:06En fait, vous voulez montrer qu'elles sont, mais on parle de charge mentale, elles sont en hyperactivité, ces femmes, en fait.
04:12Je pense que oui, alors j'ai envie de dire, puisque je suis ici, comme toutes les femmes qui doivent porter, voilà, accompagner leurs enfants à l'école, qui doivent aussi mener leur vie professionnelle.
04:26Alors, imaginez bien déjà les femmes quand il y a un compagnon, ils compagnent sa match.
04:31Mais imaginez quand on est toutes seules.
04:34Là, c'est débordé, là, c'est même plus, c'est même plus possible.
04:38Il y a ce moment dans le documentaire où vous les interrogez, ces femmes, sur les pères et les pères dans tout ça.
04:45Les pères, le père de Romy, il n'est pas là.
04:48Je veux dire, ils n'ont pas des devoirs, les pères.
04:50Bien évidemment, ça se fait à deux, un enfant.
04:52Mais bon, ça, après, est ce qu'il y a des choses qu'ils n'ont pas réglées dans leur vie d'avant?
04:57Enfin, j'en sais rien, on peut tout supposer, mais bien évidemment, en fait, qu'ils doivent être présents.
05:01Je trouve ça triste et je me dis que franchement, si on n'était pas là, des orphelins, il y en aurait plein.
05:06Et ça me choque, en fait.
05:08C'est impressionnant, ce qu'elle vous dit, cette Aude.
05:11Vous voyez, on est dans la rue, elle part au travail et je lui pose des questions.
05:15Oui, c'est impressionnant, mais il n'empêche que quand on regarde le film et encore une fois, moi, j'ai été.
05:22Je pense qu'on peut être surpris, même en tournant un film.
05:24Et moi, j'ai été très, très surprise par l'absence des pères.
05:28Mais il n'y a pas de pères dans ce groupe de paroles.
05:30Il y a donc, comme Saliha l'expliquait, il y a un million et demi, à peu près, de femmes monoparentales.
05:36En fait, une famille sur quatre est monoparentale et la plupart, c'est des femmes.
05:4085% des femmes des familles monoparentales s'occupent seules de leurs enfants.
05:46Pourquoi il n'y a pas de pères dans ce groupe de paroles?
05:48Vous savez, parce que parce que je pense qu'en règle générale, ils sont en garde alternée.
05:53Il n'y a que 21% de pères qui réclament la garde alternée.
05:57Il ne faut pas non plus. Et d'autre part, parce qu'ils ont une semaine off et donc ça va, ils arrivent à reconstruire leur ville.
06:05Ils arrivent à travailler, reconstruire une vie amoureuse et tout ça.
06:08Les femmes, non, mais ça va plus loin que ça.
06:11Elles vous disent les pères ont des droits, des droits de visite.
06:16Mais nous, mais ils n'ont pas de devoir.
06:19Non, ils ont juste le devoir de la pension alimentaire.
06:22Oui, c'est ils ont le devoir de la pension alimentaire.
06:25Ils peuvent dire le matin, je suis fatigué, je n'irai pas chercher notre enfant.
06:29Moi, pour finir, je me suis interrogée sur un seul truc dans ce film.
06:33C'est que je me suis dit que parfois, il existe des pères qui peuvent être pères quand il y a la maman et la famille.
06:39Et qui n'arrivent plus à être père quand il n'y a plus leur épouse.
06:43Et ça, ça m'interroge.
06:45Merci, Réjeanne Varot.
06:46Le documentaire Maman Solo, les oubliés de la République, est disponible à partir d'aujourd'hui sur le site de la chaîne parlementaire LCP.
06:53Il sera diffusé le 12 décembre au cours d'une soirée spéciale suivie d'un débat sur le statut des femmes célibataires.
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