00:00Et Agnès Bonfillon, RTL Soir.
00:02Carlos Tavares n'est plus à la tête du groupe Stellantis.
00:05Ce grand patron de 66 ans a dirigé le quatrième constructeur mondial d'automobiles pendant 10 ans.
00:1014 marques, 250 000 salariés.
00:12Pour dire les choses simplement, il vient d'être viré.
00:15C'est un événement majeur dans l'univers de l'industrie automobile.
00:18C'est pourquoi nous accueillons ce soir Dominique Chapatte, M6 Turbo.
00:22Vous le connaissez tous les dimanches.
00:24Dominique à 11h20, c'est sur M6.
00:26C'est notre spécialiste maison, Christophe Bourroux.
00:28Bonsoir à tous les deux.
00:29Bonsoir.
00:31Alors pourquoi est-il débarqué, Carlos Tavares, Dominique Chapatte ?
00:35Ah, j'userai d'un vieux proverbe qui dit « qui trop embrasse mal étreint ».
00:41Je pense qu'avoir une boulimie, et c'est bien les concentrations dans l'univers de l'automobile,
00:46ça réduit les coûts de fabrication, d'industrialisation, de technologie, de recherche et tout.
00:52Mais il y a un moment où on est dépassé par l'événement.
00:55L'absorption ou l'intégration de FCA, donc Fiat Automobile,
00:58avec tous les groupes italiens plus les marques françaises.
01:03Il y a un moment, je pense, où la machine vous échappe.
01:07Et on l'a constaté quand on a fait l'émission avec Christophe au Portugal avec Carlos Tavares,
01:13où il reconnaissait son erreur.
01:16C'était une pénitence pour lui de demander pardon à tous les automobilistes qu'il a laissés sur leur faim
01:23avec des voitures qui ne marchent plus, qui tombent en panne, pas de ressources de prêt-relais.
01:29C'est un peu l'apprenti sorcier.
01:31On coupe le balai et le balai se multiplie et on est dépassé par les événements.
01:36Dites donc, le portrait fait peur.
01:38Christophe Bourou, il a pourtant connu des succès absolument exceptionnels, il faut le rappeler.
01:42Oui, il faut le rappeler. En 2014, il prend les rênes de PSA.
01:45A l'époque, il faut savoir que PSA perd 50 millions d'euros par mois au bord de la banque.
01:51Donc, il va sauver l'entreprise.
01:53D'ailleurs, il faut raconter comment il est arrivé à la tête de PSA, c'est-à-dire qu'il est numéro 2 de Renault.
01:57Et il dit, finalement, moi j'aimerais être numéro 1, mais il y a déjà un numéro 1, un certain Carlos Ghosn.
02:03Donc, évidemment, il est viré.
02:04Il pensait atterrir chez un constructeur américain.
02:07Il arrive à la tête de PSA et là, c'est la remontada avec la fusion avec Fiat, puis l'achat d'Opel.
02:13Et là, ce sont des marges à deux chiffres, ce qui est quand même exceptionnel dans le monde automobile pour une marque généraliste.
02:19Généralement, c'est les marques haut de gamme.
02:20Là, deux chiffres, c'est exceptionnel.
02:22Il se qualifiait lui-même de psychopathe de la performance, c'est-à-dire complètement obsédé par les chiffres.
02:28Et dans un premier temps, ça fonctionnait avec des bénéfices records.
02:32Simplement, comme le dit Dominique, la machine s'est emballée.
02:34Alors, pour prendre une métaphore, parce que Carlos Tavares est un fan de pilotage, la machine s'est emballée.
02:39La Formule 1 ne s'est pas arrêtée.
02:42Et donc, il a fait une sortie de route, puisque les bénéfices ont quand même été divisés par deux en l'espace de six mois.
02:47Mais ce qui est assez étonnant quand même, pour quelqu'un comme Carlos Tavares, on imagine quand même qu'il mesure ses risques ?
02:54Oui, tout à fait. C'est quelqu'un d'extrêmement intelligent.
02:56Mais en tout cas, je pense qu'il s'est entêté, et c'est d'ailleurs le problème.
02:59La famille Agnelli, qui représente 14% de Stellantis, la famille Agnelli, c'est Fiat,
03:05s'est rendu compte que finalement, il continuait dans ses erreurs, à la fois, surtout pour la vente de voitures, c'est-à-dire que les voitures sont vendues trop chères.
03:13On fait des démarches sur les voitures qui sont vendues extrêmement chères, notamment aux Etats-Unis.
03:18Seulement, le problème, c'est que la concurrence, pendant ce temps-là, vend moins cher, et ça grignote des parts de marché.
03:23Stellantis a quand même perdu 30% de ses ventes en l'espace d'un trimestre.
03:27Alors justement, dites-moi Dominique Chapatte, l'État français est bien actionnaire de Stellantis.
03:31Est-ce qu'il a aussi été lâché par les politiques ?
03:34Je voudrais quand même apporter une précision sur mon propos liminaire.
03:41C'est un immense patron, indéniablement.
03:43C'est une perte immense, je pense, pour le monde de l'automobile, et française, et mondiale,
03:48parce que c'est quelqu'un qui a apporté beaucoup de choses et beaucoup d'innovation à ce milieu, à cette industrie.
03:55Maintenant, oui, il va être lâché par tout le monde, parce qu'on va parler d'arrogance, on va parler d'égoïsme, de nombrilisme.
04:04Il lui remontait des choses de la base et qu'il ne les écoutait pas.
04:07Pardonnez-moi Dominique, mais c'est ridicule, on s'en fout.
04:09C'est un grand patron qui est censé faire grandir une boutique, après ses humeurs ?
04:15Non, non, non, mais il l'a fait grandir la boutique, il ne faut pas non plus exagérer.
04:20On sait qu'il a eu des problèmes récemment avec les États-Unis,
04:23ce pourquoi il est allé pendant l'été à Détroit pour effectivement remettre les choses dans le bon ordre,
04:29et notamment de la rentabilité, ce qui n'est pas le cas aux États-Unis.
04:33Et puis voilà, il y a des marques qui sont défectueuses.
04:36Fiat n'est pas en bonne forme, Alfa n'est pas en bonne forme, Lancia n'est pas en bonne forme,
04:41autant de choses, Opel n'est pas en bonne forme, autant de choses dans le groupe qui ne vont pas.
04:46Renault est toujours leader et Peugeot est à la traîne.
04:49En tout cas Dominique, plusieurs syndicats de Stellantis se félicitent finalement du départ de Carlos Tavares,
04:56en critiquant ses méthodes de gestion implacables, je cite leur communiqué,
05:00ces vagues de suppression de postes.
05:03Oui c'est vrai, mais enfin bon, quand les ouvriers touchaient des primes de fin d'année ou de bon rendement,
05:09les syndicats...
05:10Ils n'étaient pas contre, oui.
05:11Voilà, il faut quand même arrêter de tirer sur les ambulances, quoi.
05:14Christophe Bourou, visiblement c'est un spécialiste de la marge à deux chiffres,
05:18comme son salaire d'ailleurs, on parle de 30 millions annuels, 36 millions en 2023.
05:22Oui, qui a beaucoup fait causer, et d'ailleurs même les politiques,
05:25mais alors, ce que disait Carlos Tavares, il disait,
05:27alors moi les grands footballeurs, les pilotes de F1 sont payés à ces tarifs-là,
05:32et moi je fais vivre plus de 200 000 personnes, 200 000 salariés,
05:35et si finalement on n'est pas content, mais on n'a qu'à faire une loi pour encadrer mon salaire.
05:40En fait, ça fonctionnait, pourquoi ? Parce que les chiffres étaient bons,
05:43et la bourse était contente, les investisseurs aussi, puisque ça fonctionnait,
05:47donc tout roulait.
05:49Le problème aujourd'hui, c'est qu'il y a un grain de sable, un gros grain de sable,
05:52et finalement, tout arrive en disant, finalement, Carlos Tavares va falloir qu'il change de braquet,
05:57parce que sinon, l'entreprise risque d'aller dans le décor.
06:01Il est allé extrêmement vite, et je pense qu'il y a une espèce de toute-puissance de la part de Carlos Tavares,
06:05ce qui a été vrai pendant un moment,
06:07mais aujourd'hui où le marché commence à se durcir avec des ventes d'électriques qui patinent,
06:10ça devient extrêmement compliqué.
06:12– Si j'ai bien compris, on lui reproche de délocaliser ses productions dans les pays à bas coût,
06:17ce qui serait un scandale notamment pour les Italiens,
06:19et la patrie de Fiat, ça vous semble être un procès légitime ?
06:23– C'est le jeu de l'autonomie dans ce moment.
06:26Donc apparemment, il y a aussi des risques en France,
06:28puisque l'usine de Poissy, par exemple, qui fabrique en ce moment une Opel Mokka en 2028,
06:35risque de voir cette production aller en Espagne.
06:37C'est-à-dire que les constructeurs vont là où les coûts de production sont les moins chers.
06:41On peut s'en fâcher, on peut être choqué,
06:45mais c'est la logique, malheureusement, économique aujourd'hui,
06:47surtout dans un secteur, et Carlos Tavares l'a dit,
06:50il devrait rester à terme que quatre gros constructeurs mondiaux,
06:53sinon les autres en disparaîtront.
06:55– Oui, lesquels ?
06:57– C'est bien malin qui peut le savoir, mais en tout cas, c'est très compliqué.
07:00En tout cas, Toyota est en tête des constructeurs aujourd'hui,
07:03donc on pense que Toyota restera numéro un assez longtemps.
07:06– Dominique, vous parliez d'un immense patron,
07:08tous les portraits le concernant sont fascinants.
07:10C'est un obsessionnel qui contrôle son alimentation, son sommeil,
07:13on ne l'a jamais vu dans une soirée mondaine ou un spectacle.
07:17L'ancien ministre Pierre Moscovici le décrit même comme un samouraï,
07:21obsédé par le travail, exigeant un froid rapide et d'une efficacité redoutable.
07:26– C'est ça, un simple rappel, quand on a fait l'émission avec Christophe au Portugal,
07:29au milieu de ses vignes, il est arrivé quasiment en…
07:33il avait des chaussures de trekking et un bermuda.
07:36Je m'apprêtais à lui dire, on pourrait peut-être adopter une autre tenue
07:40pour présenter une émission sur M6,
07:43je n'ai pas osé parce qu'il s'en foutait complètement.
07:45– Oui, ôtez-moi un doute, avant qu'on se sépare,
07:46il vous a quand même donné une bouteille ?
07:48– Pas du tout !
07:49– Ça nous dit quelque chose du personnage.
07:51Merci à vous deux, Dominique Chapatte,
07:54on vous retrouve dimanche à 11h20 sur M6,
07:57dans un instant en homme qui en a sous le capot.
08:00C'est l'as du dérapage contrôlé, Marc-Antoine Lebray pour le Breaking News.
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