00:00RTL soir, Yves Calvi et Agnès Bonfillon.
00:03RTL, il est 18h20, bienvenue à vous tous qui nous rejoignez.
00:06Bonsoir Michel Fournier.
00:08Oui, bonsoir.
00:09Vous êtes président de l'Association des maires ruraux de France
00:11qui regroupe 12 000 élus et les villes de moins de 3500 habitants.
00:14Merci beaucoup de nous rejoindre.
00:15Vous dénoncez vivement l'accord de libre-échange du Mercosur
00:19entre l'Europe et l'Amérique du Sud.
00:21Pour rappel, le Mercosur est en fait une zone de libre-échange,
00:24regroupant plusieurs pays.
00:25Quelles sont exactement vos inquiétudes ?
00:28Oui, une petite précision, c'est plus de 13 000 communes à cette heure.
00:33Bon, voilà, c'est un détail.
00:36Non, non, ce n'est pas un détail.
00:37Oui, toujours est-il que, quelles sont nos inquiétudes ?
00:41Nos inquiétudes, elles sont, vous savez, dans les communes rurales,
00:44c'est le monde agricole aussi.
00:46Et le monde agricole, on sait qu'il y a des mouvements
00:51qui sont en cours parce qu'il y a une grogne,
00:55parce qu'il y a des difficultés professionnelles, etc.
01:00Et le Mercosur va accélérer forcément,
01:07et notamment dans l'élevage,
01:09que ce soit au niveau de la viande, puisque c'est ça le sujet majeur.
01:15En fait, vous craignez, pardonnez-moi, je vous interromps,
01:17mais l'arrivée massive de viande d'Amérique du Sud
01:19est à des prix beaucoup plus bas que les nôtres, c'est ça ?
01:21Oui, mais pas seulement les prix.
01:23Premièrement, il y a l'histoire des prix,
01:25donc il va y avoir une concurrence,
01:27et cette concurrence, elle est forcément déloyale
01:29parce que les pratiques d'élevage ne sont pas les mêmes dans ces pays,
01:33pour x raisons, et on laisse, et on va mettre en concurrence
01:37des gens qui pratiquent différemment, avec des intrants, il faut bien le dire,
01:42et une nourriture plus classique, plus saine dans notre France,
01:47et notamment dans nos élevages.
01:50Et ça, ça a un double aspect,
01:52ça va mettre en difficulté les élevages,
01:54mais ça va aussi apporter une nourriture,
01:58une potentielle nourriture qui va être,
02:02avec quelques réserves, et qui va être moins chère.
02:05Donc, pardonnez-moi, vous vous inquiétez à la fois des tarifs qui pourraient être pratiqués,
02:10et qui seront donc par définition plus bas,
02:12et de la qualité de la viande en provenance de ces pays d'Amérique du Sud, c'est bien cela ?
02:16Exact, et de la qualité alimentaire qui en découle,
02:20et qui va en faire les premières utilisations,
02:24pour des raisons tout simplement financières ?
02:26On le sait, ça va être tout ce qui est la restauration de collectivité,
02:30et notamment les cantines scolaires,
02:32parce que forcément, quand vous devez faire des repas à 3 euros ou 4 euros le repas,
02:38et bien si vous pouvez gagner 20 centimes d'euros,
02:41et bien à ce moment-là, il n'y aura plus photo.
02:43Ça veut dire qu'on va détruire également les circuits courts,
02:47on va détruire la qualité locale,
02:50et ça, ce n'est pas concevable.
02:53Donc, on est en soutien complet avec ce monde agricole.
02:57On comprend tout à fait vos inquiétudes,
02:58mais j'ai envie de vous dire, on ne va pas intoxiquer nos cantines
03:01en donnant à manger de la viande en provenance d'Argentine,
03:05qui par ailleurs a une excellente réputation ?
03:08Vous êtes spécialiste de...
03:11Non, mais vous avez le droit de vous moquer de moi !
03:13Non, mais honnêtement...
03:15Mais non, mais on le sait qu'il y a certains produits
03:20qui sont utilisés pour accélérer la progression de l'animal,
03:26qui feront qu'à un moment donné,
03:28ces produits-là qui sont interdits en zone européenne et notamment en France,
03:34et bien vont créer une potentialité de concurrence
03:37qui va complètement déstabiliser...
03:39Ah, alors ce sera une concurrence déloyale, nous sommes d'accord.
03:42C'est une concurrence déloyale...
03:44Mais on ne peut pas inquiéter les Français en leur disant
03:46si vous mangez de la viande d'Argentine, vous allez tomber malade
03:49ou en tout cas c'est mauvais pour votre santé ?
03:50Plus une garantie alimentaire qui n'est plus forcément la même.
03:54Mais si, parce qu'on le sait, c'est un peu comme les OGM.
03:59Donc voilà, aujourd'hui tout le monde est...
04:03Enfin, je ne comprends pas, on fait une marche arrière,
04:05parce qu'on a utilisé ces pratiques, y compris chez nous.
04:09Je suis fils de paysans, j'étais paysan moi-même,
04:12je sais très bien qu'à un moment donné, il y a eu...
04:15On n'a pas fait n'importe quoi, mais on a fait des choses qui...
04:19Parce qu'on était mal informés et on était même...
04:25On nous obligeait à utiliser certaines choses.
04:27Eh bien aujourd'hui que l'on revient à des choses beaucoup plus saines,
04:32beaucoup plus naturelles, que c'est vraiment au bénéfice
04:36de la santé des personnes,
04:39il ne faut pas qu'on retombe dans des traverses comme cela,
04:41qui en plus vont créer une concurrence déloyale.
04:45– Bon, le congrès des maires se prépare.
04:48Est-ce que vous avez un meilleur climat que celui qui entoure la viande ?
04:52Et quelles sont, au moment où nous parlons,
04:54les inquiétudes de nos petits maires, si je puis dire ?
04:58– Il n'y a pas de petits maires.
04:59– Non, mais vous avez compris mon terme, ça n'avait rien de déplaisant.
05:02– J'ai compris, mais il y a des maires de communes plus modestes, certes.
05:07Eh bien, nous simplement, et j'étais avec le Premier ministre tout à l'heure,
05:12donc je peux vous dire que beaucoup de points sur lesquels
05:16nous réfléchissons et nous travaillons avec ce gouvernement,
05:20comme avec d'autres auparavant, c'est sur le statut des maires,
05:25et notamment c'est très important pour les maires des élus de communes rurales,
05:30c'est-à-dire une réforme de ce statut,
05:32une prise dans le compte qui est nécessaire de la reconnaissance
05:36du travail que l'on fait au quotidien et qui n'est pas,
05:40ben finalement, qui n'est pas, comment dirais-je,
05:43enfin, conforté par une indemnité qui soit correcte,
05:47notamment pour quelqu'un qui est jeune, qui veut s'engager,
05:50mais qui a besoin de remplir le frigo, qui est obligé de travailler à côté,
05:54ben ce n'est plus possible, et pourtant on est la proximité,
05:57et pourtant quand il y a un ruissellement, et quand il y a, et quand il y a,
06:01et quand il y a, c'est eux qu'on vient chercher.
06:04– En quelques mots, est-ce que vous comprenez votre consoeur maire de Pibraque,
06:07près de Toulouse, qui démissionne en raison des règles complètement rigides
06:10qu'on impose aujourd'hui à nos élus, au-delà des problèmes,
06:14bien entendu, tout simplement d'argent ?
06:17– Oui, je le comprends, parce que, tout simplement, et très rapidement,
06:21parce qu'encore une fois, moi je suis un maire depuis 89,
06:25donc j'ai le cuir tanné, mais quand on est jeune élu,
06:28et que l'on arrive, et au bout de quelques années,
06:30on se rend compte que c'est difficile, d'une part, d'avoir une activité professionnelle,
06:35d'avoir une activité d'élu, et finalement, au détriment d'un revenu correct,
06:40sans plus, on n'est pas là pour s'enrichir, et bien ça, je peux comprendre,
06:44et d'ailleurs de nombreuses décisions sont des gens qui exercent leur premier mandat.
06:48Alors je ne dis pas que c'est son cas, mais ça peut être son cas.
06:51– Merci infiniment Michel Fournier, président de l'Association des maires ruraux de France,
06:55qui, je le rappelle, regroupe 13 000 élus,
06:57et de très nombreuses villes de moins de 3 500 habitants.
07:01C'est une petite révolution, l'écran le plus regardé dans nos foyers,
07:05n'est plus la télévision, mais le téléphone portable.
07:08Juste après le journal de 18h30, vous entendrez des parents et leurs enfants,
07:11ce n'est pas toujours facile, facile, d'installer des règles, croyez-moi.
07:15Et puis l'eurodéputé France Insoumise, Manon Aubry,
07:18nous expliquera pourquoi cet accord du Mercosur que nous venons d'évoquer,
07:21fait vraiment l'unanimité contre lui.
07:24Agnès Bonfillon et Yves Calvi.
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